Coup de théâtre à l’Elysée

« Incroyable coup de théâtre et première historique, les parlementaires ont rejeté le 12 avril la nomination du candidat proposé par l’Elysée à la présidence de l’Ademe. » (Article.)

Après les manifestations de rue, le député et le sénateur se révoltent.

Raison : « Une décision qui sanctionne surtout une organisation gouvernementale brouillonne et un manque de dialogue. »

Les mêmes causes, les mêmes effets ?

La fin du travail

La pandémie a démontré que le monde pouvait tourner sans nous. On ne travaillait plus et pourtant tout marchait comme avant ! Voilà ce que j’entends depuis quelques-temps.

Cette théorie servirait à justifier l’idée que les machines peuvent nous remplacer.

Mais, le pays n’a pas marché sans nous ! Il a accumulé des dettes, pour nous nourrir au chômage. (Je suis une exception : je n’ai jamais autant travaillé !) Et aujourd’hui, le gouvernement doit faire des prouesses pour éviter aux entreprises plombées par le PGE de sombrer.

Cette politique résulterait d’une leçon tirée de la crise de 2008 : contrairement à l’Allemagne, la France avait laissé ses entreprises faire faillite. D’où chômage et perte de compétitivité nationale, par appauvrissement de notre tissu économique.

Plus récemment : on a vu l’impact de la politique de zéro covid de la Chine sur l’économie mondiale.

La France entre Charybde et Scylla : d’un côté un gouvernement qui nous croit trop bêtes pour comprendre sa politique, de l’autre l’intellectuel gramsciste ? La recette de l’irresponsabilité et de la révolution ?

Greed and fear

Les banques centrales augmentent leurs taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation. Les obligations perdent leur valeur. SVB s’effondre, Crédit Suisse a des difficultés. Les marchés financiers prennent peur. Mais l’Etat intervient. Ils se calment.

Jamais on a eu autant d’Etat ! Après deux ans d’épidémies où il a maintenu la population chez elle, et l’entreprise en respiration artificielle, il vient désormais au secours des libertaires de la silicon valley. (Comment s’étonner que l’on soit choqué de devoir travailler jusqu’à 64 ans ?)

Que feraient le « marché », aux thèses si libérales, sans l’Etat ? Greed and fear disent les Anglo-saxons. Le financier serait-il resté en enfance ? Il joue les matamores lorsqu’il se croit en sécurité, mais appelle bien vite sa maman dès qu’il aperçoit une ombre ?

Grande armée

Les Ukrainiens demandent 200 Léopards, les Allemands en ont exporté 2000. Et nous ? Quel est le nombre de tanks français ? me suis-je demandé.

J’ai eu une réponse : 215. L’armée française n’est plus rien. Face à Poutine, la France n’aurait pas tenu 5 minutes.

Quand j’ai fait mon service militaire, j’ai été frappé par l’invraisemblable désorganisation de notre armée, et par son manque de moyens ridicule. Apparemment, les choses n’ont pas changé.

Il se peut aussi, que, non seulement elle n’a pas de moyens, mais elle est rançonnée. Au temps de Marcel Dassault la France fabriquait des avions à 30% du prix des américains. Je ne serais pas surpris que le rapport se soit inversé, aujourd’hui. Les Turcs, eux, ont compris l’art de la guerre moderne : le drone pas cher.

Où est le problème ? Je soupçonne que l’Etat a perdu de vue la nature réelle de sa mission. Il se noie dans une micro gestion dont il n’a pas les moyens.

(PS. Depuis, j’ai lu que les Russes auraient perdu, en date du 7 février dernier, 3245 tanks, soit plus de 15 fois le parc français !)

L’Etat à l’eau

Rapport de la Cour des comptes. Il parle de la « différence entre les logiques administratives (régions, départements) et hydrographique (bassins versants ou sous-bassins versants) », ayant pour résultat que « 56 % des masses d’eau de surface et 33 % des masses d’eau souterraines ne sont pas en bon état au sens de la directive communautaire sur l’eau ».

Paradoxe d’un Etat surpuissant ? Il a cru qu’il commandait aux éléments ? D’où un délire de directives politiques créant un « mille feuille » d’organismes qui ne sont plus responsables de rien ? Ce qui lui a fait perdre de vue l’intérêt général, la bonne administration de l’eau ?

Cas particulier d’un problème général ? Comment amener l’Etat à prendre à nouveau conscience de ce que doit être son rôle ? De sa Responsabilité Sociale ?

Réforme de l’Etat

L’Etat « post libéral » est dans une situation dramatique. Comment le remettre en marche ? Comment, aussi, éviter que ce ne soit par une simple réparation, qui consolide les avantages acquis ? Un Etat à la « Mad Max » ?

Problème insoluble ? Car, ne risque-t-on pas d’être victime de « l’idéalisme » qui a produit ce désastre ?

Depuis quelques-temps, j’observe la question de l’entreprise « à mission ».

Au début, le sujet m’a déplu. En effet, c’est une réinvention de l’eau froide. Tout cours de stratégie parle de la mission de l’entreprise. Et vous dit comment l’identifier. Seulement, c’est bien de le dire, encore faut-il le faire. Et, cette fois, il y a peut-être un espoir que l’exercice soit bien fait.

Tout commence par une interrogation sur sa responsabilité et ce qu’attendent de l’organisation ses « parties prenantes », qui peuvent être la nature, ou les générations futures. Si l’exercice est réussi, on « dilue » les lobbys qui ont pris le pouvoir sur l’appareil, et l’ont orienté dans le sens de leur intérêt mal compris. Cela produit une sorte de « nuit du 4 aout ». Tout l’art, ensuite, est de transformer ces tables de la loi en actions qui les respectent. Si on a la rigueur intellectuelle nécessaire, on découvre alors que le génie résulte de la contrainte.

Et si l’on faisait de l’Education nationale, de la SNCF, du secteur de la santé… des « entreprises à mission » ?

Etat et vertu

Où est passé le « grand commis » de l’Etat français ?

Il était le fruit de l’école républicaine. Son élite. Il avait conscience de faire un sacrifice à la nation. Avec ses compétences, que le monde nous enviait, il aurait pu avoir une bien meilleure place, entendait-on. Lors des guerres, il allait, même, en première ligne, comme n’importe quel Français. (Et il s’y faisait tuer.)

Ce sacrifice était un sujet de satisfaction. Et, il était flatté d’appartenir à un corps d’élite. Ce qui, d’ailleurs, ne lui permettait aucun laisser aller intellectuel.

Cette élite mettait son talent au service de la nation, sans compter. Sa vie était un sacerdoce. Ce qui était une immense satisfaction.

Ce qui semble avoir été fatal à ce modèle est la « massification » de l’enseignement supérieur. Jadis « l’élite » était une race d’hommes à part, de même que l’aristocrate était le fruit d’une éducation particulière. Aujourd’hui, la distinction entre deux « bac + 5 » est artificielle. Résultat : l’administration, qui était l’ossature de la nation, est devenue médiocre. Ce qui n’est probablement pas tant une question de QI, que de sens des responsabilités. Le fonctionnaire n’est plus un « élu ».

En tuant l’élite, nous avons tué l’Etat, qui était à la fois consubstantiel à notre nation et en conflit avec notre égalitarisme forcené. Et maintenant ?

Le paradoxe de la coupure

On n’aura pas d’électricité cet hiver. Après l’avoir nié catégoriquement, le gouvernement semble le reconnaître. (Et on s’étonne que certains croient à la théorie du complot…)

Le paradoxe de l’affaire est que c’est au moment le plus froid, lorsque tout le monde a besoin d’énergie en même temps, que plus personne ne peut se chauffer.

Bien sûr, c’est surtout une question d’imprévoyance. On touche aux limites du libéralisme. C’est bien d’avoir des gens qui font ce qu’ils veulent, mais, de temps en temps, il est bien d’avoir, aussi, une vision d’ensemble de ce qui se passe. Serait-ce pour cela que l’on crée des Etats, que l’on appelle des « bien communs », ou des « choses publiques » ?

Politique industrielle

Le gouvernement veut un grand nombre de centrales nucléaires. Or, en construire une est un calvaire. Le savoir-faire a été perdu. Et il va falloir des moyens, des entreprises, des employés…

Si demain la Chine s’empare de Taiwan, de la voiture à l’aspirateur, nous ne pouvons plus rien produire. Nos composants électroniques sont fabriqués à Taiwan. Or, il se trouve que, par miracle, nous avons conservé pas mal de compétences. Alors, faut-il prendre les devants, et organiser la « montée en puissance » de notre tissu économique ?

D’après ce qu’on lit, nous payons notre énergie 8 fois plus cher que les USA. Cela signifie l’accélération des délocalisations (voir paragraphe ci-dessus), l’enterrement définitif de notre industrie. Mais cela peut être aussi une opportunité. D’une part, parce qu’il y a un gros mouvement vers le « bio sourcé », bas carbone, basse énergie, l’industrie de demain n’a aucune raison d’être celle d’aujourd’hui, et que réorganiser la façon dont nous vivons, construisons…, permettrait de réduire massivement notre consommation. Encore une fois, cela demande une coordination de nos ressources par l’Etat.

On parle aujourd’hui de « politique industrielle ». A-t-on bien compris de quoi il s’agit ? Notre gouvernement croit qu’il peut « prévoir l’avenir », et nous faire découvrir les innovations de demain, qui portent toutes des noms anglais. Or, ce qu’il faut faire est bien plus simple. (Trop simple pour une élite intellectuelle ?) Il faut imiter les Américains pendant la guerre. Leur force fut leur logistique et leur planification. Ils se sont organisés pour construire des masses de matériels de guerre.

Et si, de tuteur, notre gouvernement devenait planificateur ?

La France en changement ?

Ce qui caractérise l’action de l’Etat vis-à-vis des territoires, c’est le dysfonctionnement, disent des sénateurs, dans un rapport : « Pour les rapporteurs, la cause des réformes qui se sont empilées « est à chercher du côté de l’idée que l’on se fait de la place de l’Etat dans les territoires. Or, à cet égard, il faut bien reconnaître un déficit de vision sur le long terme, qui ne peut que nourrir les tâtonnements, les improvisations et les expérimentations décevantes ». » (Article.)

Ils donnent une explication, c’est intéressant, systémique : une confusion des « rôles ». « Le rapport ne propose donc pas un nouveau big bang territorial, mais plutôt une clarification des rôles de chacun, fondée sur les principes de subsidiarité et de complémentarité des fonctions – un Etat recentré sur ses fonctions régaliennes, accompagnateur plutôt que censeur des collectivités territoriales. C’est l’esprit de la dernière réforme issue d’Action publique 2022, qui redonne, par ailleurs, un rôle central au niveau départemental, après une période marquée par la toute puissance du niveau régional impulsée par la période « Reate » . »

Il est, en particulier, question « d’auto contrôle ». Un changement majeur peut-être qui pourrait faire que le citoyen soit, un jour, considéré comme un « adulte ». En conséquence de quoi l’Etat ne se percevrait plus comme son tuteur. Il serait, désormais, une « république », autrement dit le « bien commun » d’une société d’adultes, dont le rôle est de réaliser leurs objectifs, et non plus les idées qui lui passent par la tête.