C'est l'idéologie qui fait le clown

Alcatel ou la chronique d’une mort annoncée. Un ami s’y trouvait et me racontait, à chaque fois que l’on se voyait, le progrès du déclin, et ses efforts pour que ses dirigeants ne le précipitent pas par une nouvelle bêtise. Il les appelait « les clowns ». 

Le « fabless » d’Alcatel n’est pas propre à son dirigeant, il illustre la vision « post moderniste » de la France que son gouvernement s’applique à réaliser, avec une détermination remarquable. Notre pays serait-il dirigé par des « clowns » ? 

Qu’est-ce que cela signifie ? Le Français attend tout de l’Etat. Il a tort. Certains parlent de « Grand soir ». Ils croient qu’une idéologie peut en remplacer une autre. Or, c’est l’idéologie qui fait le clown.

Le Français doit tout attendre de lui-même. 

Responsabilité, Solidarité, Exemplarité, dit Dominique DELMAS. 

Et si l'on se passait de l'Etat ?

J’ai non seulement toujours tort, mais je suis aussi hautement influençable. 

Je travaille sur le financement de l’innovation. L’Etat fait beaucoup de chose pour l’aider, malheureusement on me dit, et je constate, que l’aide ne va « qu’au plus visible ». On me parle aussi de ce qui se fait en Allemagne, en Suisse et ailleurs : les banques locales y ont un rôle critique. Elles sont au coeur des tissus économiques des territoires. Non seulement, elles investissent vite et bien, mais, surtout, elles ont une compétence technique, qui leur donne les moyens d’assister le dirigeant, de le pousser à donner son meilleur. 

Comment adapter ces modèles à notre pays, me dis-je ? Jusqu’à ce que je m’intéresse à la Vendée, et que l’on me parle d’entrepreneurs de zones d’activité, qui détectent, par le bouche à oreille, des projets prometteurs et les font profiter de « financement participatif ». Or, c’est bien plus malin que le système étatique ou l’allemand. Non seulement l’entrepreneur lève de l’argent, mais il trouve beaucoup plus important : l’expérience de « pairs ». Et ceux-ci peuvent faire fructifier leurs ressources. En outre, c’est la réinvention des « noyaux durs » de M.Balladur : ce type d’entreprise est très difficile à saisir par le court-termisme du marché. 

(Quant à l’Etat, il conserve un rôle important, même en Vendée : il construit des routes.)

Et si on oubliait l'Etat ?

Le mal de la France, c’est l’Etat ! Plus j’interviewe de monde, plus je m’en convainc. On me décrit, par le détail, sa risible inefficacité, on en appelle à la réforme. 

Et l’erreur est là. Car, en attendant la réforme, qui ne fera, comme les précédentes, qu’empirer les choses, on ne fait rien ! 

Or, on peut agir. 

  • Mes interviews le confirment. Exemple récent de la Vendée. Un nouvel entrepreneur ne trouve pas de fonds. Des dirigeants locaux ont entendu parler de lui, ils ont fait du « financement participatif ». Et quoi de mieux que des investisseurs qui ont une longue expérience de l’entreprise, quand vous entrez dans le métier ? Vous ne les trouverez ni dans une banque, ni à la BPI !
  • Mieux. L’Etat se lamente sur le manque de trésorerie de nos PME, qui les empêche de se tirer du cercle vicieux de la « guerre des prix ». C’est faux. Les PME ont des gisements de trésorerie dont elles n’ont pas conscience. Ce qui leur manque réellement, c’est un « cerveau collectif », qui permette à la fois de les identifier et de trouver les projets qui permettraient de les utiliser. 

Aliénation ?

La coopérative a éradiqué le paysan, lit-on dans La forteresse agricole. Inattendu. Je pensais que la coopérative avait été, au contraire, un succès du monde paysan. D’ailleurs, n’est-ce pas une idée de Proudhon ? 

En fait, le phénomène a quelque-chose d’évident. Les coopératives sont dirigées par des salariés. Ceux-ci se sont convaincus d’une certaine vision du progrès. Elle rendait obsolète le paysan. 

Ce phénomène est bien connu dans l’entreprise. 

Et s’il avait touché le pays dans son intégralité ? Et si nos gouvernements successifs avaient adopté une vision de l’avenir (peut-être même que nous approuvons, parce que nous n’en voyons pas les conséquences) incompatible avec l’existence de leurs électeurs ? Et si cela expliquait l’état du pays ? 

(En particulier, le grand nombre de personnes « en recherche de sens ».) 

Jacobin désertificateur ?

Une émission parlant de la Corse (France Culture) disait que l’Etat lui avait fait subir de mauvais traitements. Par exemple, en lui réservant quasi exclusivement le retour des Pieds noirs. Cela expliquerait son malaise. 

Cela m’a rappelé des interviews que j’ai faites de Basques et de Bretons. Même discours : dans les années 90, ils ont perçu le risque d’une désertification. L’Etat les transformait en zones touristiques. Ils se sont accrochés, avec succès, à leur économie. 

Au fond, me suis-je dit, la bombe est peut-être un aveu de faiblesse. Si la Corse avait su s’unir pour défendre son économie, elle n’aurait pas été réduite au plastic. 

Ce qui m’a aussi fait me demander s’il n’y avait pas quelque-chose de juste dans la pensée 68 concernant l’Etat jacobin. N’y a-t-il pas, quelque-part dans ses principes, un vice qui l’amène à transformer la campagne en désert, ou, peut-être, en réserve ? 

Soutien à l'économie : mais qui va payer la note ?

Qui va payer la note ? C’est bien d’éviter aux entreprises la faillite, mais qui va payer les dettes que nous avons accumulées ? Voilà la question que pose un groupe de dirigeants.

Dans un billet ancien, je disais qu’un économiste m’a rappelé que la méthode de soutien à l’entreprise que nous avons utilisée a été employée par les Allemands en 2008, alors que N.Sarkozy a laissé « faire le marché ». Nous : économie qui se contracte, chômage ; eux : « rebond ».

Prenons l’exemple d’une entreprise de « l’événementiel » que « j’accompagne » dans le cadre de mon action associative. L’aide du gouvernement lui a permis non seulement de ne pas déposer le bilan, mais surtout de se réinventer. Son modèle économique initial, location de matériel, valait zéro. Elle a découvert qu’elle avait un autre métier : la logistique. Elle est entrée sur ce marché. Les affaires que dégage un entrepôt comme les siens valent plusieurs millions d’euros, pour un investisseur. Et, en plus, rien n’empêche d’ajouter entrepôt à entrepôt. Ce qui était impossible avec son métier initial. 

Pas mal. 

Ce n’est pas tout : si elle a pu saisir cette opportunité, c’est que, en masse, le commerce est devenu électronique. C’est un tsunami. Cela signifie non seulement marketing digital mais aussi explosion des besoins de logistique. 

Si cet exemple n’est pas une exception, s’il y a réinvention de l’économie française, si nos PME, de zéro, se mettent à valoir « quelque chose », elles produiront des bénéfices, et elles emploieront des chômeurs et cela nourrira les impôts, et éliminera les dépenses d’assistance sociale, et cela remboursera les dettes. Et l’Etat aura bien joué. 

Mal français : le sens des réalités ?

Et si le mal de notre pays, c’était son gouvernement ? 

La logique qu’il suit, depuis toujours, semble la suivante. Il veut résoudre instantanément tous les problèmes du moment. Transition climatique, Education nationale, terrorisme au Mali, intégration, pauvreté, culture… Mais il n’a pas les moyens pour. Alors, petite entourloupe pour faire « comme si ». Si bien que tout rate, et que les fonds investis sont perdus. On avait peu, on a encore moins. Et le problème a empiré.

Et si tout n’était qu’une question de priorités ? On ne commence une réforme que lorsque l’on a réussi la précédente ? Et on part de la réforme la plus importante ? 

C’est comme cela qu’un de mes interviewés redresse les entreprises. D’ailleurs, quand il en prend les commandes, il les trouve dans l’état de la France… Et il nomme sa démarche : « garder le sens des réalités »…

(Il n’a pas présenté sa candidature à l’élection présidentielle.)

Méfie-toi de l'Etat quand il fait des cadeaux ?

Le CRTE (contrat de relance et de transition écologique), c’est  la relance par en bas. Les intercommunalités décident de projets locaux et en négocient les moyens avec l’Etat. Le changement planifié ? La fin du jacobinisme ?

« Le CRTE, un paquet sans cadeau » répond : attrape nigaud. En réalité, ce serait un moyen déguisé de faire faire à la collectivité locale ce qu’a décidé l’Etat, mais avec moins de moyens qu’auparavant. Mais, avec, en plus, le handicap nouveau d’un cadre dysfonctionnel hérité des dernières réformes : c’est l’intercommunalité qui décide, alors que c’est la commune qui connaît et subit la réalité, et doit appliquer les décisions d’en haut. 

Curieusement, on retrouve quasi exactement le mécanisme décrit pour les EHPAD dans un précédent billet. L’Etat jacobin impécunieux décide en fonction de la dernière mode (environnement, relance…), sans faire aucun choix, c’est génétique ? Mais ne veut pas assumer le coût de ses décisions ? Pour cela, il invente un dispositif supposé abuser le bon peuple, et lui faire réaliser des exploits, contre sa volonté. 

Peut être serait-il temps qu’il comprenne que ce qui est bon pour l’Ukraine est bon pour la France ? La défiance mine une nation. Le jour où notre gouvernement sera convaincu que l’entourloupe est interdite, il fera enfin travailler le cerveau qui lui vaut le titre « d’élite » et le pays entamera son redressement ? 

EHPAD

Un ami se demandait comment un EHPAD de Neuilly pouvait-il être touché par un scandal. Les familles concernées devaient avoir des moyens d’action. 

Un article sur le sujet semble dire que les EHPAD souffrent à la fois d’un système de surveillance dysfonctionnel, partagé entre ARS et départements, et de financements insuffisants. 

La question que cela pose est : n’est-ce pas le principe de notre Etat qui est dysfonctionnel ? Il est obsédé par la diminution de ses coûts. Pour cela il a multiplié les réformes. Elles ont pour caractéristique une réduction de financements associée à un montage d’une structure de contrôle en « usine à gaz », et appel au privé, supposé être efficace par nature. Résultat : accidents et crises violentes. L’Etat se met alors, brutalement, à déverser l’argent public. 

Une autre question concerne la société dans son ensemble, et, peut-être, Neuilly en particulier : comment se fait-il que l’on ne se préoccupe pas du sort des personnes âgées ?

Réformer l'Etat : impossible n'est pas français

Autour de moi, on en veut à M.Macron de ne pas faire maigrir l’administration. Mais comment licencier des fonctionnaires ?

En fait, l’Etat a connu une transformation curieuse. Ses réformes « libérales » ont consisté à liquider les couches de l’administration qui aidaient les citoyens et les entreprises, pour les remplacer par des donneurs d’ordres. L’administration ressemble à une pyramide inversée, des chefs et pas d’exécutants, me disait un haut fonctionnaire. Pire, la loi NOTRe, qui a créé de grandes régions, les a faites sur le modèle de l’Etat. Il n’y a plus un Etat, mais 14, maintenant. Et le millier d’intercommunalités leur emboîtent le pas. Mal français.

Il n’est pas impossible que la société civile ait commencé à réagir. Il n’est donc peut être pas judicieux de regonfler les anciennes couches utiles de l’Etat. Mais le reste ? 

Solution simple, sans licenciement : reconfigurer l’Etat pour l’efficacité. Et payer le personnels inutiles à ne rien faire. Une forme de chômage, mais illimité. Bien sûr, rien n’empêche de concevoir des programmes de reconversion volontaire de ces personnels. Par exemple, pour ceux qui le peuvent, l’enseignement (plus la classe est petite mieux on apprend), ou des formes de « mécénat de compétence ».