Noble violence

Le Noble d’ancien régime était-il particulièrement violent ?

Apparemment non, il était dans la moyenne de la population. (Mais on ne connaît du sujet que ce que disent les archives.)

Le duel était courant. Il était puni de mort (si on lui survivait). Mais, il y avait un moyen bien codifié de sauver sa tête : prouver qu’il avait été une question d’honneur, et que l’on n’était pas sous l’emprise de la raison.

Concordance des temps.

Toute société a ses règles qui paraissent juste à ses membres parce qu’ils ont été formés pour en jouer ?

Choc démographique

En réalisant une interview, je me suis posé une question. On parle de « choc démographique », peut-être moins vieillissement que limitation des naissances. Il va bientôt être impossible de payer les retraites. Et si nos gouvernements, las de ne pouvoir faire adopter des lois désiraient une crise ? En tous cas, ils auraient imposé aux entreprises de préparer leurs employés à la retraite.

Comment la baisse de la natalité va peser sur le déficit des retraites
Le Conseil d’orientation des retraites estime que le déficit du système des retraites va être plus important que prévu et grimperait à 2,4 points de PIB…

Les Echos 8 juin

Que se passera-t-il lorsque la crise viendra pour ceux qui ne l’auront pas préparée ? Comme en Allemagne, les retraités vont-ils devoir retrouver un travail ? Pour les plus mal en point : de l’EPHAD à l’hospice ? Solution espagnole, solidarité familiale, lorsqu’il reste encore des familles ?…

Du courage en politique (et ailleurs) ? Courage de redresser ce qui est mal fait ou de résister à la tentation de mal faire ?

Emmanuel Chabrier

Emmanuel Chabrier était un musicien amateur, devenu professionnel sur le tard. Il me semble avoir composé quelques « tubes », dans une veine moins sinistre que la mode de l’époque.

Peut-être avait-il raison ? Lorsqu’on regrettait qu’il soit devenu compositeur si tard (d’autant qu’il a peu écrit, étant mort tôt, de la syphilis, ce qui se faisait beaucoup en ces temps), il répondait qu’il était dommage que d’autres le soient si jeune.

Raymond Aron

Raymond Aron est une énigme. Pourquoi n’a-t-il pas sa place parmi les philosophes français qui ont fait trembler le monde, les Foucault, les Sartre, le Derrida, les Deleuze, voire les Bourdieu ?

Parce qu’il a eu raison et qu’ils ont eu tort ? Il a vu le monde dans toute sa complexité, et il en a tiré des conclusions probablement justes. Et il a voulu en faire part à ses contemporains. Ce qui est un travail ingrat. Ce fut un philosophe engagé, au véritable sens du terme. Dans l’action, pas dans la parole.

Son héritage serait-il moins une oeuvre qu’une attitude ? Véritable philosophe ?

France culture.

Tsigane

Pauvre Tsigane ? On ne s’intéresse à lui que comme à un objet folklorique ?

Une émission de France culture parlait de la « civilisation tsigane ». Voilà qui était prometteur. Mais qu’en est-il résulté ? Une discussion de croyances plus ou moins exotiques, qui ne sont probablement plus d’actualité. Seul intérêt : l’histoire de ses origines. Mais, là aussi, le fantasme n’est pas loin. On lui prête un passé égyptien. En fait, il est venu d’Inde, et il est passé de nation en nation, ce dont la langue qu’il parle garde la trace.

Perfection

Les histoires de Péguy et du bottier ont en commun la perfection. L’artisan d’hier recherchait la perfection de son travail. La satisfaction du « travail bien fait ». Quitte à repartir de zéro si l’oeuvre ne tourne pas bien.

C’est ce qui m’avait frappé lors de mon service militaire. Les « manuels » accordaient un soin infini à tout ce qu’ils faisaient. Alors que le diplômé ne faisait rien de bien.

L’éducation déformerait-elle ? Elle fait croire à la « formule miracle » ? Mais aussi école de l’échec : le diplômé doute de soi, il se croit incapable de toute perfection ?

Bottier

Dans les années 80, il existait encore des « bottiers ». Les chaussures étaient faites sur mesure, selon le goût du client, la mode du moment, comme peuvent l’être encore les robes de certaines femmes. S’il n’était pas content du produit final, il ne payait pas !

Le métier s’apprenait tôt. Il demandait dix ans de patients efforts et surtout une grande curiosité, car il n’était pas enseigné. Métier complexe, d’ailleurs. Par exemple, il fallait concevoir un modèle, en bois, du pied, en trois dimensions. CFAO avant l’heure. Qui l’eut dit ? La chaussure d’homme demandait des qualités « athlétiques » !

Mais ce n’était pas tout. Le bon artisan est un commerçant. On aime venir chez lui pour causer. C’est le psy du peuple.

(France culture : Maurice Arnoult, portrait d’un bottier à Belleville.)

Suivisme

L’Europe a voulu l’économie des services, puis celle de la connaissance. La France a obtempéré et liquidé son industrie. Puis elle a constaté qu’elle exportait peu de services et beaucoup de produits. D’où déficit. Mais pas de GAFAM français. Puis l’Europe a voulu le Green deal. Elle a écrit beaucoup de règles. Mais l’on a constaté que c’était les Chinois qui en profitaient, que l’automobile française buvait la tasse, et que le déficit national accélérait son augmentation. Maintenant l’Europe constate qu’elle s’est trompée et veut devenir une puissance industrielle. Et la France suit, sans pour autant avoir renoncé à ses illusions « d’innovation de rupture » et de grandeur numérique passées.

Comment se fait-il que nous soyons des suiveurs, alors que nous sommes dirigés par une élite intellectuelle ? Comment se fait-il qu’au pays de la critique, l’élite n’ait aucun esprit critique ?

Ce qui est frappant lorsque l’on écoute un très haut fonctionnaire d’élite, c’est qu’il fait toujours référence à un « rapport ». Et si ses études l’avaient sélectionné, justement, pour comprendre extraordinairement vite des raisonnements extraordinairement complexes, mais, pour y parvenir, en faisant l’hypothèse implicite qu’ils sont justes ?

(Ce n’est pas nouveau, notre élite a aussi été fascinée par le fascisme, « le major des majors » de polytechnique ayant même joué le rôle de collaborateur en chef – et terminant mystérieusement sur une table d’opération allemande.)

Péguy

Que sait-on de Péguy ? Un nationaliste chrétien ? Un saint de l’école d’autre-fois ?

En écoutant sa vie, l’esprit de son oeuvre se clarifie. Il chante la France qu’il a connue, la France, digne, du « bon ouvrier », qui ne connaît, quel que soit son métier, que la perfection, la France de l’instituteur mais aussi de l’Eglise. Blum et Lucien Herr l’ont traité « d’anarchiste ». Et, en effet, comme les penseurs du peuple qu’étaient les Proudhon ou les Elisée Reclus, il semble avoir refusé d’en rabattre sur ses idéaux, au nom d’une fin qui justifierait tous les moyens. Quitte à être un martyr ? Il fallait dire la vérité au peuple, par respect ?

(France culture : Cinquantenaire de sa mort – Hommage à Charles Péguy : Jeunesse de Péguy (1ère diffusion : 20/09/1964))

Les forçats de l’IA

Dans cette vidéo, la cheville ouvrière de l’implantation de l’intelligence artificielle chez Renault explique son travail.

Le problème principal à résoudre est de « cartographier » les objets à connecter, ce qui demande de les nommer. Sans cela, rien n’est possible. Et y parvenir requiert des années (trois, dans ce cas) ! Puis les directions demandent un « retour sur investissement » immédiat, ce qui se traduit par des applications de type « maintenance prédictive », usine par usine.

Voilà qui n’est guère glorieux. D’autant que ma faible expérience de la maintenance prédictive me fait douter de l’efficacité de l’IA, elle-même imprévisible. Ce qui « marchait » de mon temps c’était l’algorithme, qui révélait à l’expert une règle « évidente ». Effectivement, la question critique était l’accès (généralement impossible) aux données.

Par ailleurs, le meilleur outil de maintenance prédictive était souvent le cerveau de l’ouvrier qui vivait dans l’usine. L’intelligence humaine a un talent fou pour tirer des règles d’une réalité complexe.

Décidément, il y a loin de l’amour de nos économistes pour « l’innovation de rupture » à la réalité ?