Culture et société

Le président Abdou Diouf disait (cf. Concordance des temps) qu’il se reconnaissait dans les histoires de Gaulois que lui contait l’école française.

En effet, on l’oublie peut-être, au delà des traits physiques des Gaulois, que l’on ne retrouve probablement nulle part en France, on y voyait un peuple inculte se défendre vaillamment et finalement être transformé par la civilisation. (D’ailleurs, la même émission expliquait que César avait fait entrer des immigrés Gaulois au Sénat, ce qui avait fait pousser de hauts cris à Cicéron, cris dignes du FN.)

En fait, ce qui me frappe, c’est la permanence de certains traits. Par exemple, ce que dit le maréchal de Saxe de ses troupes retrouve ce que l’on voit de celles de Napoléon ou de ce que j’ai lu récemment de la conquête de l’Algérie, mais aussi ce que l’on lit sur les Gaulois.

L’anthropologie des entreprises, une forme d’anthropologie parmi d’autres, constate que le comportement d’un groupe d’hommes est conditionné par les lois implicites qui, en quelque sorte, résultent de l’interprétation de ce qui fait qu’elle a réussi à se constituer et à prospérer. Ces lois peuvent évoluer, mais probablement simplement à la marge, en fonction des événements « décisifs » qu’elle parvient à traverser. Et elles forment l’inconscient des ressortissants du pays. (Exercice d’application : comparer les a priori de personnes qui travaillent pour des entreprises différentes.)

Il est donc possible que, effectivement, nos origines culturelles aient quelque-chose de gaulois.

Malédiction artificielle ?

Je viens d’apprendre que « l’intelligence artificielle » (du moins les algorithmes populaires) apprend des questions qu’on lui pose. Si bien que des questions « paresseuses » produisent un logiciel paresseux. Or, justement, c’est pour cela que, massivement, on l’utilise : parce que nous n’avons pas le courage de penser par nous-mêmes ou d’agir.

Ce qui m’a rappelé un des grands principes de systémique qui remonte, au moins, à Héraclite. C’est l’énantiodromie. En gros, c’est « qui veut faire l’ange fait la bête ». Ou « qui sème le vent récolte la tempête ». Si l’on déclenche un « phénomène », sans le contrôler, on obtient le contraire de ce que l’on cherchait. Or, l’Intelligence artificielle, c’est exactement cela : un « machin » que l’on ne comprend même pas, mais qui est supposé devenir « super intelligent » !

Voici un commentaire que me fait un spécialiste du sujet :

Si l’on part de la conclusion de ton billet (c’est à dire : il (Google) semble victime du fric et de l’intelligence artificielle. Le premier parce qu’il faut payer pour être vu, la pertinence du contenu n’entre plus en jeu, le second parce que toute requête, même parfaitement rédigée, est interprétée et déformée. Curieusement l’IA semble convaincue que l’homme est un boeuf…), je ne dirai pas cela aussi fort mais il y a beaucoup de vrai dans cette phrase. 

J’ajouterai néanmoins une potentielle explication pour cette situation. En effet certains se sont aperçus que du fait que les gens se servent de Chat Gpt ou Grok ou l’équivalent pour questionner Google via des scripts (« prompts » dans le langage de l’IA) de faible niveau sémantique, les réponses sont au diapason  du niveau des questions, c’est à dire pauvres en matières de contenu. Comme elles sont par ailleurs extrêmement fréquentes elles viennent charger les « data repositories » des algorithmes LLM, en labellisant des scénarios quasi identiques pour le moteur associé à IA générative choisie, et de facto impactant le comportement de Google. Au début, ceci n’est pas apparu clairement, mais au bout d’un certain temps, ces ajouts systématiques (d’une grande vacuité d’intérêt) aux processus d’apprentissage continus créent un biais cognitif que certains ont signalé (dont toi dans ton post), comme de la « pauvreté sémantique » une sorte d’infection  du processus.

Ceci se discute néanmoins, rappelons que des approches IA génératives sont capables de produire des « hallucinations » (*) non expliquées (voir note), mais ce n’est sans doute pas le cas ici, en revanche un biais cognitif lié à la pauvreté du contenu sémantique peut créer des distorsions de comportement des moteurs « transformers ».

(*) Hallucination : En simplifiant, si on fait une demande à un outil d’IA générative, ce dernier doit normalement donner  un résultat qui répond de manière appropriée à la demande (c’est-à-dire une réponse correcte  et cohérente à une question). Cependant, il arrive que les algorithmes d’IA produisent des résultats qui ne sont pas basés sur des données d’apprentissage, et qui de plus sont mal décodées par le transformer ou ne suivent aucun modèle identifiable. En d’autres termes, on dit que le modèle génératif « hallucine » la réponse.

Gaulois performatif

Quand on écoute la façon dont le Gaulois (Concordance des temps) a été utilisé dans notre histoire, on comprend comment les mythes se forment, chez nous et chez les peuples « primitifs » (qui, du coup, n’ont franchement rien de primitif).

La méthode est la suivante : une société part de ce qu’elle veut (est convaincue ?) être, et elle invente le passé pour justifier son désir. Ce qui n’a rien de malhonnête : l’histoire racontée est « performative », elle crée le passé. Ainsi, utilisant une interprétation en hébreux de « gaulois », un auteur démontrait que Noé avait créé en premier la Gaule, qui était à l’origine des autres civilisations.

Au fond, c’est comme cela que marche la philosophie. Epicure, les Stoïciens… affirment ce qu’est la nature de la nature et en déduisent ce qui justifie leur affirmation, qui est démontrée par son résultat.

C’est aussi probablement la raison pour laquelle toute la publicité que nous recevons représente la société que le publicitaire juge idéale et qui n’a rien à voir avec celle dans laquelle nous vivons : il croit qu’il suffit de la vouloir ainsi pour qu’elle le soit.

La notion de vérité serait-elle une invention récente ? Si c’est le cas nous ne devons peut-être pas tout aux Gaulois…

Ainsi parlait Vladimir

Il est parfois réconfortant d’écouter les philosophes patentés. On apprend qu’ils éprouvent les mêmes difficultés que nous à lire Vladimir Jankélévitch.

Au départ, sa pensée paraît légère et lumineuse. Mais, au bout d’un moment, on se demande où il va. Sa parole se nourrit d’elle-même ?

Sa technique est un mélange d’expérience quotidienne et de références savantes généralement inconnues et souvent livrées en version originale. Peut-être est-ce la bonne façon d’utiliser, voire d’éduquer, sa raison ? (Une autre façon d’interpréter « je pense donc je suis » ?) Par une critique permanente de sa pensée, mais aussi en faisant appel à celle des autres, afin de produire de nouvelles idées, de faire progresser sa conscience ? Seulement, cela doit s’arrêter un jour, conduire à une action ? Ce qui n’est ni l’objet du livre, ni celle du cours ?

Grande muraille

Encore une « fausse nouvelle ». J’ai toujours entendu dire que la grande muraille de Chine était le seul édifice humain que l’on voyait de la Lune. C’est faux. Cette fable remonterait au 18ème siècle.

Par ailleurs, pour un Occidental, la Chine a quelque-chose de curieux : elle veut protéger ses ressortissants des idées subversives… (Concordance des temps.) Au fond, on le sait, cela nous paraît même amusant. Mais s’est on demandé ce que cela signifiait des projets qu’elle avait pour nous ?

Et s’il était temps de casser la muraille ? D’amener la Chine à comprendre qu’elle n’a rien à gagner à agresser ses clients. Plus elle fera d’affaires avec eux, plus son peuple sera prospère, et moins il aura de tentations de se révolter.

Georges Nivat

Georges Nivat ou le représentant de l’universitaire d’un autre temps ? Un universitaire qui mettait vingt ans pour écrire une thèse, et qui s’emparait tellement de son sujet qu’il s’identifiait à lui.

Dans son cas, c’était la culture russe. Il est d’ailleurs représentatif d’un autre phénomène curieux, qui ne lui est pas propre : il en est arrivé à donner aux natifs des leçons sur leur propre culture.

Joueur d’échecs de Zweig ? Effet pervers ?

Révélation

André Comte-Sponville raconte qu’il était un élève médiocre, jusqu’à ce qu’il rencontre un professeur de philosophie qui lui a révélé sa vocation et qui en a fait un normalien, un agrégé de philosophie et bien d’autres choses.

Ce phénomène est-il exceptionnel ou bien ne naîtrait-on pas bon élève mais le deviendrait-on ? contrairement à ce que prétend l’Education nationale ?

D’autres témoignages parlent, a contrario, du professeur qui dégoute des études, voire qui suscite la révolte. Qu’elle est lourde la responsabilité de l’enseignant ?

(J’ai rencontré des enseignants des deux types. Pour ceux, un en particulier, qui auraient pu faire prendre à ma vie un cours tout différent, je n’ai pris conscience de ce qu’ils me disaient que presque un demi siècle plus tard. La chance sourit à l’esprit éclairé…)

RIP Google ?

Depuis quelque temps, on lit que le moteur de recherche de Google va être victime de chatgpt (et équivalents). Je me demande si Google ne va pas être, plutôt, victime de lui même. En effet, plus je l’utilise, moins il trouve. Les requêtes les plus simples, avec lesquelles je pensais ressortir un document consulté il y a quelques années, ne donnent plus rien. Et il m’oriente vers des sujets « populistes ». (Je cherche des statistiques sur la transmission d’entreprise, il me parle de la question de la fiscalité des successions.)

Il semble victime du fric et de l’intelligence artificielle. Le premier parce qu’il faut payer pour être vu, la pertinence du contenu n’entre plus en jeu, le second parce que toute requête, même parfaitement rédigée, est interprétée et déformée. Curieusement l’IA semble convaincue que l’homme est un boeuf, incapable d’exprimer ses désirs. (J’ai d’ailleurs noté le même phénomène chez Amazon.)

Landemain qui chante

M.Trump un temps s’est intéressé à la Corée du nord, il a envoyé des bombes sur l’Iran, maintenant il a enlevé le président du Vénézuela. Où cela le mène-t-il ?

Son plan semble être de s’entendre avec le gouvernement vénézuélien actuel (qui est celui de M.Maduro, sans lui) et de demander aux pétroliers américains de s’emparer du pétrole vénézuélien. D’après ce que je lis, ledit pétrole vénézuélien est d’un type particulier (« brut extra-lourd »). Il a besoin de retraitements extrêmement coûteux. Les installations nécessaires ont été laissées à l’abandon. Les reconstruire signifie des investissements très importants. Or, le pays serait aux mains de sortes de seigneurs de guerre. D’ailleurs rien ne garantit qu’il n’y aura pas une nouvelle nationalisation au départ du gouvernement Trump. Qui peut vouloir s’engager dans de telles conditions ?

Bref, tout le monde fait le mort en attendant que M.Trump soit pris d’une nouvelle lubie ? Et si c’était sa logique ? Faire la une des journaux ? Faut-il se demander quel est le prochain coup qu’il prépare ?

(Se pose surtout la question de l’Amérique latine et de bien des pays : ils semblent osciller entre des extrêmes. Le seul moyen de les en sortir serait-il économique ? Qu’ils parviennent à créer une économie propre, qui ne dépende pas seulement de leurs ressources naturelles ? La recette de la démocratie apaisée ?)

André Comte-Sponville

André Comte-Sponville semble avoir pris le contre-pied de la « pensée 68 ». Il a procédé comme Montaigne : il s’est demandé comment vivre une existence d’honnête homme, et il a bâti ses réflexions sur ses constats et convictions. Et il les a alimentées des travaux des philosophes qui lui semblaient les plus utiles. Ils étaient, généralement, les plus anciens. Il en a déduit « sa » philosophie. (Au passage, il observe qu’il y a une forme de philosophie française, très littéraire, celle de Pascal, Descartes et Montaigne.)

Son succès d’auteur vient, d’après lui, de ce que la génération 68 s’est trouvée face à la question qu’il avait dû résoudre : les idéaux de 68 sont bien beaux, mais il ne sont pas très utiles pour élever des enfants.

Il fait, d’ailleurs, une bonne publicité à son oeuvre : il semble content de son sort et de son histoire. Rendre le pratiquant heureux : la vocation même de la philosophie ? Alors, imitons-le, tous philosophes, tous humanistes ? La véritable « French philosophy » ?