Claude Lévi-Strauss discute de l’évolution de l’art. Curieusement, l’artiste moderne aurait voulu redevenir primitif.
L’art du primitif est fait de signes, c’est un langage, celui du civilisé veut représenter la réalité. Ayant abouti à une impasse, il a cherché (inconsciemment), à revenir aux origines. Mais il a échoué. Chacun a inventé un langage que personne ne comprend.
En fait, le phénomène est peut-être plus étrange qu’il ne le dit. Il donne l’exemple d’un peuple primitif : lorsqu’une personne est malade, elle fait appel à un guérisseur, qui vient passer une nuit chez le patient, communique par le rêve avec les esprits, et en tire une peinture murale qui, paradoxalement, ressemble à toutes les peintures murales ayant la même fonction. Et si le surréalisme avait été le dernier effort de nos artistes pour se transformer ? Comme les chamans, les surréalistes prétendaient avoir accès, par le rêve, aux esprits de la nature, à la véritable réalité. Mais le langage qu’ils ont produit ne nous parlait pas. Car, contrairement aux chamans, ils n’étaient pas les autorités culturelles de la société, qui ont accès non à la nature ultime, mais à l’esprit commun à leur groupe social ?
Je me demande si Claude Lévi-Strauss ne se trompe pas : l’art n’est pas un concept universel. C’est un sous-produit des religions des peuples primitifs. L’Occident, avec sa manie de la division des tâches, n’en a-t-il pas fait une activité en tant que telle ? Activité qui a pris sa propre vie. Et qui a connu une série d’innovations, comme tout ce qui est occidental, et a fini, comme d’habitude, en contradiction ?