Grand peur

Depuis longtemps, la presse (surtout anglo-saxonne) se fait l’écho de l’inquiétude des créateurs de l’intelligence artificielle.

La société qui opère le modèle Claude estime que l’intelligence artificielle « pourrait tuer tous les humains ». (Les Echos du 17 septembre)

Should markets discount the AI apocalypse?
How should investors interpret the labs’ calls for a slowdown? (Financial Times du 15 septembre)

La menace est crédible. Internet est une sorte de cordon ombilical de l’humanité, et le véritable talent de l’IA semble sa capacité à trouver et à exploiter ses failles. Elle aurait, ainsi, découvert que le logiciel libre était une passoire, contrairement à ce que les experts croyaient. (D’ailleurs Internet n’a pas besoin de l’IA pour présenter par sa nature même des risques.)

Nvidia et Trump disent de continuer comme si de rien n’était. Leurs intérêts financiers comptent plus que le sort de l’humanité. Quant à la population, elle ne se sent pas concernée.

Ce problème a le mérite de sensibiliser des puissants à un sujet qui m’intéresse : l’IA semble avoir un « comportement émergent », et si l’on cherchait à le comprendre comme on l’a fait pour les « phénomènes naturels », avec notre cerveau ?

(J’imagine que d’aucuns diront qu’il faut utiliser l’IA pour comprendre l’IA, car qui possède encore un cerveau ?

Au moins, si l’IA produit une catastrophe mondiale, la question de « l’urgence climatique » aura été réglée.)

Inquiétante Simone

Aristote a fait l’apologie de l’esclavage. Ne le lisez pas ! Quand on peut aboutir à une telle conclusion, c’est que l’on est pourri, ce qui ne peut que se manifester dans tout ce que l’on écrit, et corrompre le lecteur. Saint Thomas, qui a fait d’Aristote la pierre angulaire de son oeuvre, doit subir le même sort. Idem pour Bergson, qui a cru trouver « l’élan vital » ici et maintenant, alors qu’il est dans l’au-delà. (Paradoxalement, l’y chercher fait que l’on mène, ici, une bonne vie.) Ou pour le Judaïsme, Rome, Charles V, Richelieu et le culte de l’Etat. Tous ces gens ont asservi l’espèce humaine à des idoles.

Si je comprends bien Simone Weil, c’est ce qu’elle dit. Elle n’est peut-être pas très loin de la pensée d’Heidegger concernant un biais fondamental de la pensée occidentale. Mais lui le fait remonter à Socrate. Et il semble aboutir à une conclusion diamétralement opposée. Quid de The road to serfdom d’Hayek ? La condition de l’homme moderne, d’Hannah Arendt ?

Qu’en penser ? Qu’elle a peut-être raison. Mais que, compte-tenu de l’influence de la société, qui nous a formés, il est difficile de prendre conscience de sa condition et, encore plus, de s’en tirer. Est-ce possible ? Et, encore plus, de parvenir à faire basculer la société sur des bases saines. Mais le principal danger, piège dans lequel est tombé Hayek, peut-être Heidegger, est de croire avoir trouvé une solution. Soyons in quiets ?

Christian Bourgois

Christian Bourgois, homme charmant. Littéraire contrarié, il a étudié, contre son gré (mais il n’avait pas besoin de motivation pour être premier), à sciences po (avec Chirac, alors Pasionaria façon Mélenchon) puis à l’ENA, à laquelle il a fini par donner sa démission.

Il a réalisé sa vocation. Il est devenu éditeur.

Une fois de plus, autres temps, autres moeurs ? Qu’est-ce qu’un éditeur aujourd’hui ? Alors, l’éditeur créait une oeuvre, comme un auteur. Cette oeuvre, c’était son catalogue. Il exprimait une passion au travers des livres qu’il avait choisis. D’ailleurs, cela lui valait une éternelle précarité. C’était un sacerdoce.

L’enracinement de Simone Weil

1943, Simone Weil écrit ce livre en 3 semaines. Quinze jours plus tard, elle est morte.

Elle prépare la société d’après-guerre. Son mal, universel mais particulièrement terrible en France, est le « déracinement ». L’individu ne tient à rien. Et il est emporté par le moindre courant d’air. Comment l’enraciner ?

Simone Weil semble provoquer un malaise chez ceux qui commentent son oeuvre. Heureusement qu’elle est une femme à l’heure du féminisme triomphant, car elle adopte des positions que la morale actuelle réprouve. Qu’en est-il ?

C’est un drôle de livre, mal construit. On y voit, en creux, un portrait de la société d’avant guerre qui n’est pas celle que l’on nous raconte. Les ouvriers et les paysans souffrent. Mais on les a montés les uns contre les autres. La patrie ne signifie rien, pour personne. Mieux vaut être allemand que mort, dit le paysan. Tous, d’ailleurs, ont le sentiment d’avoir été roulés lors de la guerre de 14. Pas étonnant que le pays se soit effondré aussi facilement.

Le mal de l’humanité c’est, en quelque-sorte, le pragmatisme. C’est renoncer à l’idéal, à la dignité humaine, pour faire avec ce que l’on a. Ce qui aboutit à l’esclavage et à Hitler – un pauvre type victime d’un lavage de cerveau social. Sans le savoir, nous sommes tous des esclaves. Il suffit d’observer nos comportements pour le constater. Il existe une vérité, que l’on peut appeler Dieu, elle se manifeste par la beauté. Il faut retrouver l’esprit originel de la religion chrétienne, qui n’est pas celui du Judaïsme, de la pensée grecque d’avant Aristote, mais aussi de toutes les sociétés anciennes. Aime et fais ce que tu veux, pourrait-elle dire ?

Irresponsabilité sociétale et environnementale

Un dirigeant me disait que la directive NIS2 prévoyait des sanctions personnelles pour les dirigeants. Or, les services des impôts ont été piratés sans que l’Etat paraisse le moins du monde concerné. Il s’est excusé du bout des lèvres. Le dirigeant était dégouté. Ce qui est un mot bien faible.

Il est étrange, en ces temps de recherche fiévreuse de moyens de combler le déficit public et d’élection présidentielle, que personne ne dise à notre gouvernement qu’il nous fait payer ses erreurs. Des extrêmes au centre, politiciens de tous les pays unissez-vous ?

Si l’on désire un peu d’originalité, c’est peut-être chez M.Mélenchon qu’il faut la chercher. Il annonce qu’il éliminera les dettes du pays d’un trait de plume. Va-t-il reprendre l’argument de Trump : je ne suis pas responsable des erreurs de mes prédécesseurs, dont vous avez profité ? Ou un procédé éternel ? Quid de Philippe Le Bel ?

France B

2Be3. J’ai dû vivre hors de mon temps. J’apprends que, dans les années 90, un groupe a eu un succès fou. Je n’en avais jamais entendu parler.

Je découvre aussi que les « boys band » ne sont pas coréens. La France en fabriquait à cette époque. Elle copiait ce qui se faisait à l’étranger. Et, comme pour Françoise Hardy, les producteurs français appliquaient une recette. Comment bien gagner sa vie sans effort ? Production à la chaîne. Les chanteurs étaient choisis pour leur physique. Leurs chansons étaient des faces B de disques américains.

Le destin de la France ?

Antonin Artaud

Antonin Artaud fut un malade, dont la vie fut un calvaire. Il en a passé une partie en asile d’aliéné. Pourtant son talent a été immédiatement reconnu. Et il faisait l’admiration d’une secte de disciples du meilleur monde. Aujourd’hui, il est oublié. Seul son nom surnage encore. Mais pour combien de temps ?

Autres temps autres moeurs ? L’élite littéraire était alors réduite à une poignée de personnes. Et elle rayonnait sur une haute société elle aussi petite. Le reste de la France les regardait avec admiration ou les ignorait ?

(Réminiscences.)

Equilibre ponctué

Un hasard me fait découvrir que Stephen Jay Gould aurait proposé le concept de Punctuated equilibrium. L’évolution n’est pas graduelle comme le dit Darwin. Des phases fiévreuses, puis plus rien ne se passe.

J’ai l’impression qu’il en est ainsi dans la vie. Les sociétés, par exemple, connaissent des courts moments créatifs puis calme plat. Il en a d’ailleurs été ainsi de ce blog.

François-Marie Banier

A l’époque où j’écoutais les informations, j’ai entendu parler d’un photographe qui aurait fait un détournement de vieille dame.

Je viens de découvrir qu’il s’appelait François-Marie Banier. Apparemment ce fut un amuseur de la haute société. En particulier de la cour de François Mitterrand. Il y a gagné la gloire et la fortune. En serions-nous revenus au temps de l’Ancien régime ?

Quant à la famille L’Oréal, qui a contribué à cette fortune, elle semble cacher de tristes secrets. Un fondateur sauvé de l’épuration par son futur gendre, ami de François Mitterrand, une fille qui épouse le fils d’un martyr et qui a des enfants juifs… Drame de la richesse ?

Carlos Castaneda

Nouvel illustre inconnu. Ce faux ethnologue américain aurait écrit des best sellers. Il racontait avoir rencontré un sorcier qui lui aurait enseigné le pouvoir de drogues indiennes. Cela tombait au bon moment et au bon endroit. En 1968, en Californie. La jeunesse intellectuelle rejetait le matérialisme de la société de l’époque et voulait s’évader des contingences de la réalité.

La raison (de l’intellectuel ?) est bien peu de choses ?

Emission.