D’ordinaire j’apprécie les travaux de Michel Winock, cette fois-ci il ne m’a pas appris grand chose.
Il consacre un livre à Sartre. Ce fut le grand homme de sa jeunesse. Il l’admirait alors comme un écrivain. Il n’a découvert qu’ensuite son engagement.
Sartre fut un précurseur. Comme une partie de notre élite, il haïssait le milieu dont il venait, la grande bourgeoisie, et il mentait au peuple pour son bien.
Paradoxe. On lit partout que l’on est écrasé sous les lois. On l’entend même dire des députés et des sénateurs. On brandit les codes de loi. En quelques années leur taille a été décuplée ! Or, nos élus ne mollissent pas. Ils légifèrent à tire-larigot. La seule fois où le député de ma circonscription m’a écrit, d’ailleurs, c’était, outre pour dire qu’il votait la dissolution du gouvernement pour des raisons d’unité nationale, pour annoncer qu’il avait contribué à un nombre invraisemblable de lois et d’amendements !
Et si ce paradoxe s’expliquait par la fin du cumul des mandats ? Il y a quelques décennies, nos géniaux économistes ont décrété qu’il fallait mettre un terme au « cumul des mandats ». Cela permettrait aux députés d’avoir le temps de se consacrer à leur métier. Ils sont devenus les godillots de leur parti. Ils ne représentent plus l’électeur. Ils ne connaissent rien à la réalité de la France.
Et, si, la nature ayant horreur du vide, ils trompaient l’ennui en écrivant des lois ?
Un sous-titre qui est un programme présidentiel : Refaire France ! Analyse systémique de l’histoire récente de la France. Fin de cycle. Caractéristiques ? Dette et rente. Mode mondiale. Mais la France a fait des choix surprenants. Elle constitue le « triangle atlantique », avec les USA et l’Angleterre. Comme eux, elle a un déficit et un endettement massifs et perdu son industrie. Choix, par ailleurs, incompatibles avec la discipline de la zone euro.
Règne de la finance. Logique « oligopoliste ». Partout se constituent, par fusion et acquisition, et endettement colossal (donc passage aux mains des fonds de pension), des entreprises gigantesques. Elles « font de l’argent avec l’argent » : concentrées sur leur « cœur de métier », elles utilisent leur puissance pour écraser sous-traitants et employés ; les sommes collectées sont placées au mieux (paradis fiscaux…). La fonction traditionnelle de l’entreprise, innovation, production, etc., est abandonnée car incertaine et non rentable à court terme. L’innovation résiduelle est fournie par une frange de start-up et de PME qui sont englouties puis dépouillées.
L’Etat est structuré pour encourager ce mouvement. Hyper centralisé et dirigiste, avec les banques centrales, il procède par « quantitative easing » et plans de relance. Cette création monétaire considérable est captée par ces oligopoles. Faute de ressources, il n’entretient plus les services publics et s’endette. En outre, l’Allemagne et la France ont joué au jeu de la fourmi qui détrousse la cigale.
L’Etat s’attendait à une création d’emplois en « présenciel » (service de proximité) qu’il croyait, à tort, protégé. Mais il y a eu blocage des salaires (à l’exception de ceux des dirigeants des oligopoles et de leurs collaborateurs, qui ont connu une inflation massive), augmentation spectaculaire des patrimoines (immobilier et actions)… Et surtout, concentration du pouvoir et des ressources, entre quelques mains et quelques lieux. Tout le reste étant nettoyé à sec.
Pourquoi ce phénomène n’a-t-il pas été perçu ? Le système de répartition français est le plus efficace au monde.
« Vide les baignoires et remplit les lavabos« , aurait-on envie de dire, selon la fameuse définition de l’entracte.
Alors, comment « refaire France » ? Sonner la fin de l’entracte. Et s’atteler à résoudre les problèmes, de tous ordres, que nous laisse le cycle économique finissant. Le chantier est monumental, mais si nous parvenons à « retrouver l’élan vital des périodes de renaissance« , nos lendemains chanteront.
Jeu amusant et risqué, « prévoir l’avenir ». Que va-t-il résulter des prochaines élections américaines ?
Trump conserve une importante base d’inconditionnels. L’économie se porte bien. Certes les conditions de vie d’une partie de la population s’est dégradée. Mais qu’est-ce que cela aura comme conséquence ? abstention ? Car, contrairement à ce qui se passe chez nous, le « vote contre » n’est pas américain. Les démocrates ne sont pas aimés et un segment de leur électorat est pro Palestinien et ne soutiendra pas un candidat qui ne soit pas aligné avec ses vues.
C’est une élection qui mobilise d’ordinaire peu de monde. Or, on dépense comme jamais en publicité (et elle est étonnamment efficace aux USA) et Trump bat le rappel de ses troupes…
Autres considérations : que l’UE bascule à l’extrême droite, comme l’Amérique latine, serait un triomphe pour Trump. Pour l’UE, Trump est une dangereuse bénédiction : en la menaçant de mort, elle la force à regarder la réalité en face.
L’histoire du MITI (un précédent billet) apporte peut-être une réponse à un paradoxe. Pourquoi nos gouvernants se sont-ils appelés « élite », alors qu’ils n’ont pas d’idée à eux ?
L’élite de mon enfance ne s’appelait pas élite. Elle était discrète, mal payée, « grand commis » au service de la nation, voire de l’humanité. Son intellect lui permettait de maîtriser les derniers progrès de la science et de faire du pays un innovateur. France Télécom en fut longtemps l’exemple.
Le MITI montre qu’insensiblement cette « élite »a changé de mission. Il ne s’agit plus d’inventer, d’être un pionnier, mais de détecter dans quel sens va l’économie mondiale, afin de diriger le pays. L’élite est formée par des années de concours permanents à saisir la parole du maître ? Ayant perdu tout esprit critique, elle est girouette ?
C’est une déferlante ! Les sondages révèlent que les Français veulent une industrie et tout ce qui va avec, formation professionnelle, science, etc. Jamais, pour aucun sujet, je n’avais vu une telle unanimité ! C’est ultra-soviétique !
Un ami, qui habitait alors en Bretagne, entre deux missions en Afrique et en Asie, me disait qu’il avait découvert près de chez lui un Japonais, parfaitement francophone. Il était employé par le MITI japonais, qui voyait la Bretagne comme un coeur de l’innovation des télécommunications. Il renseignait l’industrie japonaise, le cas échéant montait des partenariats entre elle et des entreprises prometteuses.
La France a besoin d’un MITI m’a-t-il dit. J’ai cherché un ouvrage de référence sur le sujet. A nouveau, j’ai découvert que ce que je croyais était faux.
Dans les années 80, le Japon, extrêmement agressif, allait de victoire en victoire. Il faisait trembler les USA. J’avais l’impression qu’il était mû par l’esprit de la guerre (l’Allemagne lui ressemblait). En fait, le Japon avait été crises et misère. Un consensus avait émergé : le salut résidait dans le développement économique. Ce devait être l’objectif unique de la nation. Elle avait joint ses forces pour l’atteindre. Ce qui avait résulté de multiples aléas et revers.
Le MITI, une toute petite agence, était là pour guider cette transformation. C’était un « think tank » avant tout. Il orientait la recherche et développement nationale, études de marché et conquête commerciale, il devait faire coïncider les intérêts (souvent divergents) par de multiples mécanismes de coordination. Il organisait l’analyse de l’expérience acquise et l’apprentissage collectif.
Il était constitué par une élite bureaucratique semblable à celle que nous eûmes à cette époque. L’économie japonaise était dirigée par un petit nombre d’anciens élèves d’universités prestigieuses, dévoués à l’intérêt général. Comme chez nous. Son souci était de trouver des arrangements pragmatiques et d’éviter à tout prix de créer de nouvelles lois.
Mais cela ne dura qu’une génération. Celle d’ensuite, élevée dans le confort, inventa le Japon que nous connaissons.
(Voir MITI AND THE JAPANESE MIRACLE, par Chalmers Johnson.)
L’UE discute avec le Canada. Un rapprochement ne semble avoir que des avantages. L’UE est le plus gros marché mondial, et le Canada produit ce qui sert, entre d’autres mains, de moyen de chantage, terres rares, énergie…
Mieux ? le Canada est dirigé par un ancien gouverneur de deux banques nationales, une expérience précieuse dans les circonstances actuelles…
Curieux destin que celui de Paul Valéry. Après guerre, on le considérait comme un penseur indispensable. Un sage. On dissertait gravement de ses travaux. Et puis, plus rien. Pourtant, son oeuvre n’a rien de la complexité apparente ou du jargon du philosophe moderne. Elle est classique.
Je pensais qu’une émission de France culture me ferait découvrir, dans cette oeuvre, quelque vérité profonde cachée à l’esprit moderne. Je suis resté sur ma faim. Comme Sartre, était-il le produit d’une mode ?
Back in 2021, Ireland was ahead of the curve in slamming the brakes on new data center construction. When that effective moratorium was lifted late last year, the country enacted new requirements for tech firms who want to connect data centers to its aging electricity grid. They had to fund new renewable energy projects in Ireland, enough to meet at least 80% of their energy demands.
() This could be the start of a trend in Europe. Teresa Ribera, the European Commission’s green transition chief, told POLITICO last month the EU should force tech firms to invest in clean energy to power their data centers.
Politico.eu 30 octobre
Brillante idée ? Utilisons l’argent de la spéculation pour financer des projets d’intérêt général ?
L’innovation change la vie. Le podcast a changé la mienne. J’ai toujours beaucoup écouté la radio publique. Jadis je pestais contre ses programmes. Grâce au podcast, j’écoute ce qui me plaît et, surtout, je vis dans le passé. C’est l’occasion d’une étonnante recherche historique, du type de celle que j’ai faite en découvrant ce que lisait mon père.
A ce sujet, nous avons de la chance. Nous conservons nos archives. Ce qui n’est pas le cas, par exemple, de la BBC.
Le podcast a aussi changé ce blog. Son moteur est l’étonnement. Initialement sa source était The Economist et France Culture, deux opposés. Il est devenu les podcasts France Culture la nuit et les titres de la presse anglo-saxonne et française (celle qui me semble un rien fiable).