Ponzi bis

Big Tech profits get $160bn boost from gains on stakes in other AI companies
Analysts say large paper windfalls on investments in OpenAI, Anthropic and SpaceX have muddied the tech sector’s earnings metrics

Financial Times, 30 août

La logique de l’innovateur est la course en avant. Il doit inspirer confiance pour qu’on lui donne les moyens de poursuivre ses recherches. Il doit faire rêver. Pour cela tout est bon. Y compris créer un marché fictif.

L’homme d’affaire est un poète ?

Mais, seulement dans une certaine mesure :

Pharma stocks soar as investors seek AI alternatives
Pricing deals with the White House and positive clinical data boost sector

Financial Times, 30 août

Justice

Que dire de la justice, internationale en particulier ?

Que l’on se trompe ? On pense qu’il suffit de décider de quelque-chose, justice internationale, liberté de la presse, droit de vote pour tous… pour qu’un miracle se produise. Or, personne ne sait de quoi il s’agit. Il faut une longue jurisprudence pour arriver à mettre au point le concept, puis en faire un réglage permanent, de même que le code de la route n’arrête pas d’évoluer. La première chose que doit juger le jugement, c’est la justice.

Elle ne vise pas, non plus, à corriger un « coupable », le porteur du « mal ». C’est impossible et qui croit être le mal ? Mais d’assurer, ou de rétablir, la bonne marche de la société. En particulier, le jugement doit être une leçon pour elle. Ce n’est pas une question pour professionnel, mais un moment de réflexion collective – où rien ne va plus et où l’on réexamine de fond en comble nos lois et nos préjugés.

Et la justice internationale ? C’est une innovation. Un voeu pieu : et si l’on remplaçait la guerre, la loi du plus fort, par le jugement, l’exercice de la raison ?

Comment émergera-t-elle ? Crise de fin du monde, comme en 40, ou patient travail (de « conduite du changement ») ? En tout cas, il s’agit d’un bien commun à la Elinor Ostrom. Une inspiration ?

Une idée curieuse, pour finir. Si l’on rassemblait des représentants des différentes nations, en dehors de tout conflit, parviendraient-ils à se mettre d’accord sur de grands principes d’une justice internationale ? Les bases du « bien commun » précédent ?

Intellectuel

Michel Winock écrit que les intellectuels ont disparu. Ce avec quoi je ne suis pas d’accord. J’ai toujours tort. Car, j’ai passé l’été à écouter parler les sommités du début du siècle, les Gide, les Claudel, les Lévi-Strauss et constate que, effectivement, elles n’ont pas été remplacées.

Il a fallu attendre les années vingt pour que le nombre de bacheliers atteigne les dix mille. Et sa progression fut lente. Qui pouvait comprendre ce qu’ils disaient, alors ? Avoir le moindre esprit critique ? C’était des autorités, des monuments dont on était fier, comme de Versailles. Et ils avaient le temps de construire une oeuvre.

Aujourd’hui, tout le monde a le bac. Et se cherche des maîtres à penser. Ceux-ci sont des vedettes des « Ted talks », à la française. Ils n’ont pas construit d’oeuvre, les diplômes faisant office de garantie, pas plus qu’ils ne se préoccupent beaucoup de confronter leurs idées à celles de leurs prédécesseurs, comme le fait le scientifique digne de ce nom. Ils répondent aux besoins du marché ?

Justice internationale

Que dire de la justice pénale internationale ? Ce que tout le monde en pense : elle n’existe pas ? C’est une « justice de vainqueurs » ? Au Rwanda les crimes du camp présidentiel n’ont pas été jugés. Et, pour les USA et les autres empires, ce qui est juste est ce qui est dans leur intérêt.

On dit que l’Etat a acquis le « monopole de la violence ». La justice, quelle que soit son efficacité, a permis d’éliminer le règlement de compte. Peut-être est-ce ce qui se joue ? Une nouvelle tentative de progrès ? Porter ce monopole à un niveau supra national ?

En tout cas, Nuremberg pourrait avoir été un succès. Les alliés s’étaient donné, comme but de guerre, ce procès. Surprenant ? Mais n’était-ce pas cela ce qui s’affrontait : deux conceptions du monde ? Les Lumières contre le totalitarisme ?

Rien de pire pour un Nazi que de subir ce qu’il niait, d’ailleurs ?

Nuremberg n’a condamné que quelques chefs, qui n’avaient plus rien de nuisible, mais il a eu la vertu de permettre la renaissance de l’humanité. Une justice prise au pied de la lettre, tentation de l’intellectuel, aurait produit un bain de sang, une « épuration », et un cercle vicieux de vengeances ?

Radio libre : le justice pénale internationale.

Où y a de la gêne

Trump says US to take control of 65bn barrels of Venezuelan oil
The president says the countries’ joint venture will lower petrol prices for Americans

Financial Times

Esprit de l’Amérique ? L’entrepreneur digne de ce nom fait ce qui est interdit par la loi ou la raison. Il y a encore quelques décennies, c’est ce que l’on appelait, dans les milieux intellectuels, « hacking growth ».

Le monde civilisé regarde Donald Trump, médusé, et espère que la complexité de la nature va le sauver sans avoir à agir ?

Le jeune Haroun

Haroun Tazieff est interviewé en 1959. Il a 45 ans et est déjà célèbre.

On découvre un révolté, qui n’étudiait bien qu’avec les enseignants qui lui plaisaient, qui a rejeté le milieu universitaire de ses parent et l’esprit des colons qu’il a rencontrés au Congo Belge. (Mais il trouvait que les colonisés étaient bien traités.) Comme je le pensais, il était avant tout un sportif et un aventurier. Il est devenu vulcanologue par hasard. Il est séduit par le spectacle que donne le volcan. Et très déçu lorsqu’il n’est pas actif.

En 1959, il envisage la retraite. Il est las des voyages et aimerait avoir du temps à soi…

(France culture : Tous les plaisirs du jour sont dans la matinée – Haroun Tazieff (1ère diffusion : 21/11/1959 France II Régionale))

Marronnier artificiel

OpenAI says it took a week to detect its AI models had hacked Hugging Face
Start-up says AI agents communicated among themselves and sometimes tried to conceal efforts to cheat during testing

Financial Times, 26 août

Marronnier de ce blog : l’intérêt qu’il y aurait à étudier le comportement de l’intelligence artificielle. Et le fait qu’elle ressemble à une sorte de Mr Hyde. L’enfant naturel d’une culture obsédée par le bien et le mal ? (Et qui produit le mal en disant faire le bien.)

Simenon

L’oeuvre de Simenon est faite pour la radio. Le roman est trop court (écrit à la hâte ?), le film aussi. La radio laisse à l’ambiance le temps de s’installer. Et je préfère imaginer les personnages que les voir.

Les Maigret montrent une curieuse image de la France. Le couple Maigret est peut être l’exemple de l’ascenseur social. Le policier semble, à cette époque, une des rares personnes à avoir une situation assurée. Une grande partie du pays paraît vivre dans la précarité et la pauvreté. Une frange importante basculant même dans la prostitution et le crime. D’après ce que dit un des créateurs de la polie scientifique, dont parle ce blog, la France était bien ainsi. Une situation que l’on a oubliée. Quant aux inconnus dans la maison, on y voit un portrait sinistre de la bourgeoisie provinciale. Si Moulins fut comme cela, il est méconnaissable.

Son oeuvre compte aussi un grand nombre de nouvelles. Elles me semblent, souvent, parler des ratés. Mais Simenon a aussi inventé « l’agence O ». Il exploite une veine comique. Et s’inspire de Sherlock Holmes ? y compris de son sens, très particulier, de la justice ?

Feuilletons Simenon.

Simenon

Drôle d’homme que ce Simenon. Il est très content de soi. Et susceptible à la galéjade : à l’en croire, certains Africains vivent dans les arbres et d’autres les chassent et les mangent ! Et il annonce taper 92 mots à la minute (une dactylo professionnelle dépasse difficilement les 40 mots minutes), il est vrai que son orthographe est approximative.

Il accuse les vedettes de la littérature de son temps « d’intellectualisme ». Elles vivent entre elles, ne connaissent rien à la vie. Quel peut être l’intérêt de leur oeuvre ? Ce qui n’est pas faux. D’ailleurs leur notoriété est surprenante, elles sont peu lues (surtout en comparaison de sa production : il annonce 55 millions d’exemplaires vendus, par ouvrage – qui lui aurait demandé 7 jours de travail), et comprises.

Argent

L’argent, c’est le mal, lis-je souvent. Simone Weil en fait le principal facteur de « déracinement », de malheur humain. Mais qu’est-ce que « l’argent » ? Rien. Simplement un bon qui permet l’échange à distance du travail de l’un contre le travail de l’autre. Cela paraît une bonne idée, seulement, on tombe immédiatement dans la « complexité ». Le bon prend une valeur en lui-même, on le thésaurise, on le manipule, on en crée trop ou pas assez… Et l’économie, qui devrait en être la science désintéressée, fait l’objet d’une prise d’otage par des « intérêts spéciaux », qui la détournent.

En tout cas, une société ne peut pas vivre sans.