Aimer Trump

Tiendra-t-on rigueur aux USA de l’épisode Trump ? Probablement pas. Ce qui n’aura pas évolué entre-temps reviendra comme avant : la mémoire est courte. Et surtout, nous sommes tous dépendants les uns des autres. Ceux qui paraissent nos ennemis, comme la Chine ou la Russie, sont des pays fragiles, nous n’avons aucun intérêt à leur malheur.

Il va falloir apprendre à aimer son prochain. (Nos intellectuels vont devoir renoncer à leur manichéisme, et à leurs espoirs de Grand soir ?) Et, aussi, à le contrôler. Car, comme l’a montré Trump, l’interdépendance favorise les comportements parasitaires. N’est-ce pas d’ailleurs ce qu’exprime le phénomène nommé « élite » ? Les hauts fonctionnaires, au lieu d’être de « grands commis », se sont crus les maîtres de la nation ?

Tout cela n’a-t-il pas été permis par le libéralisme qui desserre les liens sociaux ? Un monde interdépendant n’a pas le luxe du libéralisme ?

Géopolitique de l’IA

Enfin une bonne émission ? Affaires étrangères discute des dessous de l’IA.

Entre la Chine et les USA, c’est le bras de fer. Ils sont interdépendants et cherchent à gagner du temps afin d’acquérir ce que possède l’autre. Ce qui se joue, selon eux, est la domination du monde.

Aux USA, l’IA est devenue sujet de campagne. L’électeur est allergique au data centre, il craint de perdre son travail et trouve que le pouvoir des démiurges du GAFA est une menace pour la démocratie. Mais ceux-ci contre-attaquent en achetant des hommes politiques (et probablement de la publicité, qui a un pouvoir surprenant aux USA).

Il se trouve que l’Europe n’aurait pas perdu la partie. Elle détiendrait un maillon de la « chaîne de la valeur » de l’IA, des « acteurs de pointe », ASML, hollandais, Zeiss et Trumpf, allemands. Or, ce sont des industriels ! Justement ceux que nos prix Nobel d’économie veulent éliminer au nom de la course à l’IA ! Et même très anciens, en ce qui concerne Zeiss. (Quant à la France, elle convoque Sam Altman au conseil de sécurité des Nations Unies : chacun selon son talent ?)

Du bon usage de la dissolution

« Jupiter a fait parler la foudre ». Commentaire d’une caricature d’un Emmanuel Macron carbonisé. Un « M’enfin » à la Gaston Lagaffe aurait été bienvenu. Une émission expliquait qu’il avait fait une erreur de débutant : la « dissolution de confort », autrement dit tactique. La méthode anglaise. Elle fait de l’arroseur un arrosé. Jacques Chirac, sur les conseils de Dominique de Villepin, en a fait l’expérience.

Or, il existe une bonne manière de dissoudre : lors d’un conflit au sein du parlement. On demande alors au peuple de trancher.

Concordance des temps.

Imparfait du subjonctif

Une émission traitant du Bon usage de Grevisse me fait m’intéresser à l’imparfait du subjonctif.

Curieusement, c’est une forme simple à construire, qui semble obéir à une concordance des temps d’un autre temps. (Fait-on encore concorder les temps ?) En dehors de la marquise de Sévigné, ou de moi, pour les besoins du Scrabble, qui s’en sert encore ?

Quel était son bon usage ? Etaler son éducation ? Marquer son appartenance à une caste ?…

Guerre des talents

Anthropic brings in Accenture for AI safety testing
CEO Dario Amodei says labs should more deeply embed third-party testers as concerns grow around risks associated with the technology (Financial Times du 18 septembre)

J’ai écrit que la peur de l’IA était l’occasion de chercher à comprendre sa conduite. Hier on aurait employé quelque grand scientifique à cette tâche, un Pasteur, par exemple. Aujourd’hui on appelle Accenture. Chacun sait que plus l’homme est payé cher, plus grand est son talent !

(Talent devrait reprendre sa signification financière.)

Le charme de l’humilité

On me dit que la France devrait imiter tel ou tel pays.

Je réponds que ce qui fait l’éventuel succès de ces pays, c’est d’avoir connu la crise et d’avoir eu l’humilité de se demander comment la résoudre. La France est en crise et la seule chose que l’on puisse lui souhaiter, c’est l’humilité. Son cas n’est pas totalement désespéré : après la honteuse défaite de 40, elle a cherché à se racheter, et ce fut un succès.

Ce qui amène d’ailleurs à une autre question. Nous vivons à l’heure des surhommes décomplexés, des Trump, des Musk, des Macron… et si l’homme – fourmi, le sans-grade, lorsqu’il prend son sort en main, et coopère avec son prochain, était infiniment plus génial qu’eux ? Annonce d’une nouvelle ère ?

Paganisme

On raconte que l’Occident s’est converti au christianisme du jour au lendemain.

Or, c’était un temps où l’on pensait beaucoup. Les religions locales se mélangeaient. Particulièrement importantes étaient celles de l’Iran, dont on entend peu parler. Chaque société faisait un travail d’ajustement. Par exemple, elle reprenait tel ou tel dieu égyptien et le rendait méconnaissable par son peuple d’origine. Elle adaptait ses croyances à ses besoins. En particulier, le ciel était l’image de la terre, hiérarchique comme elle.

La « religion chrétienne » viendrait-elle d’une convergence de ces flux ? Nul mieux que Saint Augustin ne représente cette conjonction d’influences : il a cherché sa voie parmi les doctrines à la mode. Il fut manichéen, néo platonicien… avant de devenir évêque.

Sommes nous si différents de nos ancêtres que nous le disons ? Ainsi, par exemple, nous aussi nous sommes manichéens, nous croyons au bien et au mal, comme les anciens Iraniens. Plus que la religion, c’est l’esprit du temps qui nous y prédispose ? Les mêmes causes produisent les mêmes effets ?

(France culture : Analyse spectrale de l’Occident – Les religions orientales et la fin du paganisme – 1958 – en 5 épisodes, dont voici le 3ème.)

Mat

Cyberattaques contre des sites sensibles français : « Pour une puissance étrangère hostile, ces bases de données deviennent des outils d’influence » (Le Monde du 19 septembre)

De l’usage de l’Intelligence artificielle ? D’après un billet précédent, M.Poutine cherche à porter un coup fatal à l’Europe. Pourrait-il y parvenir ? Une variante de la grand peur de l’IA des démiurges américains ?

Google’s Gemini hacked three companies in new AI safety incident
Breakout during training exercises follows instances at rivals OpenAI and Anthropic as concerns grow over safety of frontier systems (Financial Times du 19 septembre)

Réaliste Trump

Le président américain, lui, craint que l’éclatement de la bulle IA conduise à une récession, selon le « New York Times ». (Le Monde du 19 septembre)

Un mystère est la part qu’occupe l’intelligence artificielle dans la croissance américaine. Il semble, par exemple, qu’une grande partie de l’activité industrielle soit due à la construction de data centres.

Une fois de plus, on constate que M.Trump, que l’on dit un clown, est beaucoup plus réaliste que nos gouvernants. Ils ont la curieuse caractéristique de croire au père Noël. Ou, peut-être, comme le disaient mes petits copains « de prendre leurs désirs pour des réalités » ?

OpenAI expects to burn $280bn by 2030
AI start-up has projected deeply negative cash flows as it invests in infrastructure and faces price pressures (Finacial Times du 18 septembre)

Simone et moi

Que pensé-je de Simone Weil ? Je lisais ce qu’en disent la BNF et l’ENS, il en ressort ce qui m’était apparu : une personnalité entière, intransigeante qui meurt de la souffrance du monde. « Le malheur n’est pas un état d’âme. C’est une pulvérisation de l’âme par la brutalité mécanique des circonstances.« 

Ce qui me plaît chez elle est son raisonnement philosophique. Satisfaction intellectuelle, je suis séduit par l’élégance de la pensée. Satisfaction de comprendre une belle démonstration, des idées nouvelles et paradoxales. Mais danger d’y perdre son esprit critique.

Ce qui me plaît aussi c’est de retrouver dans son propos ce qui semble rejoindre mon expérience et mes travaux sur le changement. Et sa révolte. Surtout, elle soulève une question fondamentale, inquiétante, celle de « l’aliénation ». Notre société, notre pensée ne sont-elles pas fondées sur un principe vicieux ? Un principe qui fait de nous des esclaves ?

Ce qui me convient moins, c’est sa manière de condamner sans appel. Est-ce ce qu’elle appelle l’amour ? A moins qu’elle ne le réserve au démuni ? Son amour n’est que compassion ? La compassion est probablement la bonne traduction de « care ». La compassion est condescendante. Ne passe-t-elle pas à côté de la véritable nature du monde ? De sa complexité ? De l’horreur qu’il inspire, au sens peur et fascination. L’homme est génial et dangereux, fatal. Le véritable amour n’est-il pas ce sentiment « d’horreur » ?