Simone Weil n’aime pas Bergson, et pourtant ils semblent dire la même chose.
Et cette chose est que la science passe à côté de l’essentiel. Simone Weil va jusqu’à écrire, en citant Mein Kampf, que c’est des enseignements de la science qu’est sorti Hitler. Elle le trouve bien moins coupable que ceux qui ont écrit ce qu’il a lu, ou qui pensent comme lui mais n’ont pas le courage de passer à l’action.
En fait, cette idée était courante après guerre. Beaucoup de savants estimaient que la science moderne était basée sur un présupposé erroné, qui était responsable des horreurs de la guerre, qui avaient failli être fatale à notre espèce, et amenait l’humanité à sa perte. Car le succès de la science est celui de la physique, la science de l’atome, de l’individu ultime. D’où une tentative de créer une « science de la société », systémique, puis théorie de la complexité.
En fait, l’erreur de la science est peut-être, tout bêtement, de croire que l’on peut en tirer des enseignements. Car les enseignements que l’on en tire à un moment sont niés par les découvertes suivantes.
Quant à Simone Weil, Bergson et Hannah Arendt, ils semblent penser, avec raison ? qu’il existe un principe qui échappera éternellement à la science : l’humanité.