Elite de notre temps

L’histoire du MITI (un précédent billet) apporte peut-être une réponse à un paradoxe. Pourquoi nos gouvernants se sont-ils appelés « élite », alors qu’ils n’ont pas d’idée à eux ?

L’élite de mon enfance ne s’appelait pas élite. Elle était discrète, mal payée, « grand commis » au service de la nation, voire de l’humanité. Son intellect lui permettait de maîtriser les derniers progrès de la science et de faire du pays un innovateur. France Télécom en fut longtemps l’exemple.

Le MITI montre qu’insensiblement cette « élite »a changé de mission. Il ne s’agit plus d’inventer, d’être un pionnier, mais de détecter dans quel sens va l’économie mondiale, afin de diriger le pays. L’élite est formée par des années de concours permanents à saisir la parole du maître ? Ayant perdu tout esprit critique, elle est girouette ?

MITI

C’est une déferlante ! Les sondages révèlent que les Français veulent une industrie et tout ce qui va avec, formation professionnelle, science, etc. Jamais, pour aucun sujet, je n’avais vu une telle unanimité ! C’est ultra-soviétique !

Un ami, qui habitait alors en Bretagne, entre deux missions en Afrique et en Asie, me disait qu’il avait découvert près de chez lui un Japonais, parfaitement francophone. Il était employé par le MITI japonais, qui voyait la Bretagne comme un coeur de l’innovation des télécommunications. Il renseignait l’industrie japonaise, le cas échéant montait des partenariats entre elle et des entreprises prometteuses.

La France a besoin d’un MITI m’a-t-il dit. J’ai cherché un ouvrage de référence sur le sujet. A nouveau, j’ai découvert que ce que je croyais était faux.

Dans les années 80, le Japon, extrêmement agressif, allait de victoire en victoire. Il faisait trembler les USA. J’avais l’impression qu’il était mû par l’esprit de la guerre (l’Allemagne lui ressemblait). En fait, le Japon avait été crises et misère. Un consensus avait émergé : le salut résidait dans le développement économique. Ce devait être l’objectif unique de la nation. Elle avait joint ses forces pour l’atteindre. Ce qui avait résulté de multiples aléas et revers.

Le MITI, une toute petite agence, était là pour guider cette transformation. C’était un « think tank » avant tout. Il orientait la recherche et développement nationale, études de marché et conquête commerciale, il devait faire coïncider les intérêts (souvent divergents) par de multiples mécanismes de coordination. Il organisait l’analyse de l’expérience acquise et l’apprentissage collectif.

Il était constitué par une élite bureaucratique semblable à celle que nous eûmes à cette époque. L’économie japonaise était dirigée par un petit nombre d’anciens élèves d’universités prestigieuses, dévoués à l’intérêt général. Comme chez nous. Son souci était de trouver des arrangements pragmatiques et d’éviter à tout prix de créer de nouvelles lois.

Mais cela ne dura qu’une génération. Celle d’ensuite, élevée dans le confort, inventa le Japon que nous connaissons.

(Voir MITI AND THE JAPANESE MIRACLE, par Chalmers Johnson.)

Paul Valéry

Curieux destin que celui de Paul Valéry. Après guerre, on le considérait comme un penseur indispensable. Un sage. On dissertait gravement de ses travaux. Et puis, plus rien. Pourtant, son oeuvre n’a rien de la complexité apparente ou du jargon du philosophe moderne. Elle est classique.

Je pensais qu’une émission de France culture me ferait découvrir, dans cette oeuvre, quelque vérité profonde cachée à l’esprit moderne. Je suis resté sur ma faim. Comme Sartre, était-il le produit d’une mode ?

Vidons la bulle ?

Back in 2021, Ireland was ahead of the curve in slamming the brakes on new data center construction. When that effective moratorium was lifted late last year, the country enacted new requirements for tech firms who want to connect data centers to its aging electricity grid. They had to fund new renewable energy projects in Ireland, enough to meet at least 80% of their energy demands.

() This could be the start of a trend in Europe. Teresa Ribera, the European Commission’s green transition chief, told POLITICO last month the EU should force tech firms to invest in clean energy to power their data centers.

Politico.eu 30 octobre

Brillante idée ? Utilisons l’argent de la spéculation pour financer des projets d’intérêt général ?

Podcast

L’innovation change la vie. Le podcast a changé la mienne. J’ai toujours beaucoup écouté la radio publique. Jadis je pestais contre ses programmes. Grâce au podcast, j’écoute ce qui me plaît et, surtout, je vis dans le passé. C’est l’occasion d’une étonnante recherche historique, du type de celle que j’ai faite en découvrant ce que lisait mon père.

A ce sujet, nous avons de la chance. Nous conservons nos archives. Ce qui n’est pas le cas, par exemple, de la BBC.

Le podcast a aussi changé ce blog. Son moteur est l’étonnement. Initialement sa source était The Economist et France Culture, deux opposés. Il est devenu les podcasts France Culture la nuit et les titres de la presse anglo-saxonne et française (celle qui me semble un rien fiable).

Mystère Google

J’utilise l’intelligence artificielle de Google. Elle a l’intérêt de donner ses sources. Seulement, pour être une source préférée par Google, il faut payer. Les résultats que j’obtiens sont-ils dignes de foi ?

Une réponse ?

Google shares tumble 10% after $51bn AI outlay deepens cash burn
Search giant admits its ‘AI mode’ has hurt traditional search as sales and profits undershoot expectations

Financial Times du 28 octobre

Chère intelligence

US economy beats forecasts to grow at 3.4% rate in third quarter
The US economy expanded at an annualised rate of 3.4 per cent in the third quarter, topping Wall Street expectations as the AI spending boom continued to fuel growth.

Financial Times du 29 octobre

Utile intelligence artificielle ? Elle rapporte peu mais elle fait beaucoup construire ? Et elle nourrit la « réindustralisation ».

C’est aussi la vertu de l’armement et du spatial.

Presse et démocratie

Qui sème le vent récolte la tempête ? Au fond, ce qui est arrivé à la presse est le sort de la justice aux USA. Certains l’ont gentiment utilisée, orientée, pour faire triompher ce qu’ils estimaient être le « bien ». Ce qui a provoqué, à leur grand étonnement, une réaction ultra violente, disproportionnée. Quasi suicidaire.

On découvre maintenant que la presse est consubstantielle à la démocratie. Sans une presse qui inspire confiance, on a abstention, lutte fratricide, « polarisation », « théorie du complot », « populisme »…

Elle doit être un lieu où toutes les opinions peuvent s’exprimer et se confronter, à la façon du procès et de la justice. Elle doit aussi permettre de « faire la part des choses », de remettre les questions qui concernent la société dans leur contexte, sans en omettre, et sans donner à certaines d’importance exagérée : « séparer l’important de l’urgent ». Comme je l’écrivais, il y a déjà longtemps, « elle doit informer et faire réfléchir ».

C’est un « commun » disent les savants. Comment le reconstruire ?

Tonneau des Danaïdes ?

France 2030 : la Cour des comptes dénonce un arrosage ultra-concentré
Selon un rapport au vitriol de la Cour des comptes, le plan d’investissement d’avenir France 2030 souffre d’une assymétrie critique : seulement 1 % des projets captent 49 % des fonds publics alloués. Les magistrats de la rue Cambon alerte sur les risques d’éviction des PME innovantes au profit de grands groupes déjà sursubventionnés.

La Tribune du 28 octobre

Notre gouvernement semble adorer le plan de relance, il y a eu celui du COVID, France 2030… Mais où va cet argent ?

Vers des spécialistes de l’optimisation fiscale, de la délocalisation et du licenciement ?