Science et conscience

Simone Weil n’aime pas Bergson, et pourtant ils semblent dire la même chose.

Et cette chose est que la science passe à côté de l’essentiel. Simone Weil va jusqu’à écrire, en citant Mein Kampf, que c’est des enseignements de la science qu’est sorti Hitler. Elle le trouve bien moins coupable que ceux qui ont écrit ce qu’il a lu, ou qui pensent comme lui mais n’ont pas le courage de passer à l’action.

En fait, cette idée était courante après guerre. Beaucoup de savants estimaient que la science moderne était basée sur un présupposé erroné, qui était responsable des horreurs de la guerre, qui avaient failli être fatale à notre espèce, et amenait l’humanité à sa perte. Car le succès de la science est celui de la physique, la science de l’atome, de l’individu ultime. D’où une tentative de créer une « science de la société », systémique, puis théorie de la complexité.

En fait, l’erreur de la science est peut-être, tout bêtement, de croire que l’on peut en tirer des enseignements. Car les enseignements que l’on en tire à un moment sont niés par les découvertes suivantes.

Quant à Simone Weil, Bergson et Hannah Arendt, ils semblent penser, avec raison ? qu’il existe un principe qui échappera éternellement à la science : l’humanité.

Art

Claude Lévi-Strauss discute de l’évolution de l’art. Curieusement, l’artiste moderne aurait voulu redevenir primitif.

L’art du primitif est fait de signes, c’est un langage, celui du civilisé veut représenter la réalité. Ayant abouti à une impasse, il a cherché (inconsciemment), à revenir aux origines. Mais il a échoué. Chacun a inventé un langage que personne ne comprend.

En fait, le phénomène est peut-être plus étrange qu’il ne le dit. Il donne l’exemple d’un peuple primitif : lorsqu’une personne est malade, elle fait appel à un guérisseur, qui vient passer une nuit chez le patient, communique par le rêve avec les esprits, et en tire une peinture murale qui, paradoxalement, ressemble à toutes les peintures murales ayant la même fonction. Et si le surréalisme avait été le dernier effort de nos artistes pour se transformer ? Comme les chamans, les surréalistes prétendaient avoir accès, par le rêve, aux esprits de la nature, à la véritable réalité. Mais le langage qu’ils ont produit ne nous parlait pas. Car, contrairement aux chamans, ils n’étaient pas les autorités culturelles de la société, qui ont accès non à la nature ultime, mais à l’esprit commun à leur groupe social ?

Je me demande si Claude Lévi-Strauss ne se trompe pas : l’art n’est pas un concept universel. C’est un sous-produit des religions des peuples primitifs. L’Occident, avec sa manie de la division des tâches, n’en a-t-il pas fait une activité en tant que telle ? Activité qui a pris sa propre vie. Et qui a connu une série d’innovations, comme tout ce qui est occidental, et a fini, comme d’habitude, en contradiction ?

Oulipo

L’Oulipo ou l’humour potache ? me dis-je.

En fait, il semble que ce n’ait pas été l’intention initiale. Il s’agissait d’inventer de nouvelles structures qu’aurait pu utiliser l’homme de lettres.

Exemple d’un changement non contrôlé ?

(Toujours est-il qu’il est regrettable que l’école ne se soit pas inspirée de ses jeux : ils auraient fait aimer notre langue, à défaut d’inspirer de grandes oeuvres ?)

Primitif ou non

Comment est née l’écriture ? Pour Claude Lévi-Strauss, la société primitive n’en a pas besoin. Mais, lorsque la société se développe et se hiérarchise, tout change. Il fait de l’écriture un moyen de « domination ».

Mais n’est-il pas victime de la pensée de son temps ? Nos ancêtres ne pouvaient-ils pas croire que chacun était à sa place et remplissait un rôle ? En outre, l’écriture n’a-t-elle pas une utilité pour les relations entre égaux ? Mais aussi de télécommunication ? Lorsqu’une société s’étend, tout simplement, elle a besoin d’une nouvelle forme de langage ?

Professeur Haudricourt

Voici un étonnant personnage ! Totalement inconnu. Une sorte de génie autiste, comme les aiment les USA. Un homme capable, dans son domaine, de compter les gouttes de pluie, comme Rain man.

C’était un ingénieur agronome devenu ethnologue. Il ne pouvait comprendre aucune langue, mais il parvenait à toutes les lire. Et, surtout, il a étudié les « tons » qu’on utilise pour les prononcer, et il a fait faire des avancées fantastiques à cette science.

(France culture.)

Bergson

Magistrale présentation de l’oeuvre de Bergson par Jankélévitch. Connaissant Jankélévitch, elle est exceptionnellement sobre.

Bergson s’oppose à Kant. Nous pouvons pénétrer l’esprit de la nature, par l’intuition. Sa philosophie est celle de l’engagement par l’action, contrairement à celle des intellectuels de l’époque (et de la nôtre ?), peu engagés pendant la guerre et qui ont ensuite confondu parole et engagement. C’est une philosophie qui regarde résolument vers l’avant, une philosophie de la création, le propre de l’humanité, qui nie le néant et la mort.

Une philosophie pour notre temps ?

Mystère scientifique

Connaissez-vous les espaces de Hilbert ? Si non, vous avez un point commun avec Hilbert.

Un espace de Hilbert, contrairement à ce que ferait craindre son nom, est une chose simple, c’est une généralisation de l’espace à 3 dimensions dans lequel nous croyons vivre. Or, cette chose simple s’appliquerait très bien à la mystérieuse mécanique quantique. (Article.) Très bien, mais pas toujours…

Sorce (is) content to use whichever mathematical construction best suits the quantum object he’s studying. Often it’s a Hilbert space. Sometimes it’s a von Neumann algebra. And occasionally it might even be one of the many other spaces mathematicians have cooked up over the last century.

Mystère de la science ? de notre esprit ? Il semble que « dans certaines conditions », impossibles à définir, notre science puisse s’appliquer et notre esprit ait le sentiment de dominer la situation, mais que, dès que l’on en sort, plus rien n’aille, et qu’il faille adapter l’un et l’autre. C’est ainsi que j’entends la « rationalité limitée » d’Herbert Simon : notre rationalité s’applique là où elle peut s’appliquer…

Théorie du vote

On me disait que la loi qui interdit le cumul retraite emploi était une bêtise. Le pays se prive du savoir-faire qui était nécessaire à son redécollage.

Nous semblons gouvernés par des extraterrestres. Les hommes des Lumières seraient étonnés de cette situation, eux qui croyaient que le droit de vote créerait le meilleur des mondes.

Quant aux présidentielles, Mme Le Pen est annoncée. Mais, quel que soit notre président, il pourrait ne pas avoir de majorité au parlement. Et si notre système politique éliminait tous les bons candidats ? N’est-ce pas ce qu’exprime le vote populaire ? Il paralyse le gouvernement, jusqu’à ce qu’un miracle (ou une crise ?) fasse apparaître une personne compétente ? Forme de démocratie ?

Apprentissage scolaire

Le Commissariat au plan s’inquiète des résultats de notre Education nationale (rapport).

Même si le vocabulaire est mesuré, il donne l’impression d’un bateau ivre.

Nos élèves ont plus de cours qu’ailleurs, et, en plus sur une durée moindre ! En particulier en ce qui concerne les matières où ils réussissent le moins bien (français et mathématiques) ! Cela en dit long sur les méthodes utilisées. Les enseignants sont à plaindre : mal payés, mal formés (à la théorie, pas la pratique !), peu considérés, devant s’occuper de plus en plus d’élèves en difficulté, ils subissent réforme sur réforme, jamais évaluée (« fire and forget » ?). Conséquence : pour certaines académies, il y a beaucoup moins d’un candidat par poste de professeur des écoles.

Ce rapport a un mérite : il fait un travail que, curieusement, personne n’avait encore pensé à faire : une évaluation. Longue vie au Commissariat au plan ?