Presse et démocratie

Qui sème le vent récolte la tempête ? Au fond, ce qui est arrivé à la presse est le sort de la justice aux USA. Certains l’ont gentiment utilisée, orientée, pour faire triompher ce qu’ils estimaient être le « bien ». Ce qui a provoqué, à leur grand étonnement, une réaction ultra violente, disproportionnée. Quasi suicidaire.

On découvre maintenant que la presse est consubstantielle à la démocratie. Sans une presse qui inspire confiance, on a abstention, lutte fratricide, « polarisation », « théorie du complot », « populisme »…

Elle doit être un lieu où toutes les opinions peuvent s’exprimer et se confronter, à la façon du procès et de la justice. Elle doit aussi permettre de « faire la part des choses », de remettre les questions qui concernent la société dans leur contexte, sans en omettre, et sans donner à certaines d’importance exagérée : « séparer l’important de l’urgent ». Comme je l’écrivais, il y a déjà longtemps, « elle doit informer et faire réfléchir ».

C’est un « commun » disent les savants. Comment le reconstruire ?

Tonneau des Danaïdes ?

France 2030 : la Cour des comptes dénonce un arrosage ultra-concentré
Selon un rapport au vitriol de la Cour des comptes, le plan d’investissement d’avenir France 2030 souffre d’une assymétrie critique : seulement 1 % des projets captent 49 % des fonds publics alloués. Les magistrats de la rue Cambon alerte sur les risques d’éviction des PME innovantes au profit de grands groupes déjà sursubventionnés.

La Tribune du 28 octobre

Notre gouvernement semble adorer le plan de relance, il y a eu celui du COVID, France 2030… Mais où va cet argent ?

Vers des spécialistes de l’optimisation fiscale, de la délocalisation et du licenciement ?

L’amour n’est pas aimé

Comme si cela ne suffisait pas, voilà les Perses…

Inquiétude des services de renseignement européens sur la persistance de la menace iranienne en Europe
Projets d’assassinats, incendies criminels, actes de sabotage, cyberattaques… Une menace iranienne durable et globale pèserait aujourd’hui sur les pays européens alors que les arrestations de personnes soupçonnées d’avoir prêté concours aux services de Téhéran se multiplient.

Le Monde du 28 octobre

Curieux monde. Alors que l’on n’entendait parler que de paix, de compassion, de « care », que l’on nous dit qu’il n’y a rien de plus urgent que le refroidissement climatique… on découvre que beaucoup de peuples nous en veulent à mort.

« La raison du plus fort est toujours la meilleure » ?

Grand reporter

Le grand reporter de jadis partait à l’aventure, quasiment dans des territoires inconnus, sans moyens, jouant souvent sa vie à pile ou face, celle-ci ne tenant, souvent, qu’à une sorte de « présence d’esprit » géniale. Comment pouvait-on être grand reporter ?

Je me demande si ce n’est pas une illustration des travaux de Martin Seligman. Le grand reporter était un optimiste, au sens où il était stimulé par le revers. On lui annonce qu’il n’y a pas de place dans un bateau avant 5 mois ? Il sait qu’il va en trouver une… (C’est le moindre des incidents.)

En stimulant l’intellect, l’optimisme fait trouver des solutions inattendues, que personne d’autre ne voit.

Les « primitifs » devaient être des optimistes. La civilisation est-elle une machine à faire des loosers ?

Balzac récupéré

Balzac a connu le succès après sa mort. Surtout, il a été récupéré. D’abord, par Victor Hugo. Il ne semble pas l’avoir fréquenté de son vivant, mais il lui a trouvé du talent lors de son enterrement. Il en a fait un révolutionnaire. La mode était lancée. Chacun l’a plié à sa cause, de Marx aux collabos ultra, premiers révisionnistes d’après guerre. Pour tous, Balzac ne comprenait pas la signification de ce qu’il écrivait.

On l’a loué tout en lui trouvant des vertus contradictoires, bon ou mauvais écrivain, bon ou mauvais témoin de la société de son temps… De la relativité du jugement humain ? (Ou peut-être de l’absence de jugement : en dehors de Marx, Hugo et quelques-autres, l’homme suit des modes ?)

Concordance des temps.

Défiance

Les journalistes font un travail dont se nourrit le GAFA sans le payer. Cela peut-il durer ?

Plus curieusement, le journalisme inspire la « défiance ». Pas seulement celle du lecteur, mais aussi celle des « institutions ». Que ce soit le parquet, les pompiers, la gendarmerie, la préfecture… plus question de faire autrement que de passer par leur service de communication, par mail ! Tout ce monde ne communique que ce qu’il désire.

Voilà ce que j’ai entendu lors d’un débat organisé par le Prix média et ruralité.

Pour pouvoir attaquer le GAFA, la presse devra-t-elle commencer par balayer devant sa porte ?

Prix média et ruralité

L’autre jour j’assistais à la remise de prix Média et ruralité. Le Prix Média et Ruralité récompense chaque année les articles ou reportages de la presse écrite, du web, de la radio et de la télévision montrant le mieux la réalité des territoires. Il est un des prix média qui a le plus de succès (plus de 900 candidatures pour huit prix).

C’est un moment agréable, ce qui n’est pas si fréquent actuellement. A la fois bien organisé, bien mené, et bon enfant.

Que voit-on de la ruralité, ou, plutôt, de la France qui n’habite pas les métropoles ? Qu’elle ne se laisse pas abattre. Qu’elle rencontre beaucoup de problèmes, certes, solitude, assimilation d’immigrés, manque de médecins, manque de moyens, violences conjugales, routes encombrées de camions, dangereuses pour les écoliers… mais qu’elle ne se décourage pas, et qu’elle leur trouve des solutions, originales. Les évêques sillonnent les routes, les femmes réparent les tracteurs, les agriculteurs veillent les uns sur les autres pour éviter les suicides… Le succès demande souvent à certains de faire preuve d’un dévouement inépuisable, mais, finalement, la solidarité vient à bout de toutes les difficultés.

Amérique du Sud

Affaires Etrangères parlait d’Amérique du Sud, à la veille des élections brésiliennes. L’émission ne prévoyait pas la victoire de Lula. Mais disait, que, si c’était le cas, il serait en situation délicate : les chambres appartiennent à l’autre camp. Comme un peu partout dans le monde, le mécontentement des classes moyennes était au coeur de l’élection. Avec la question de l’insécurité en plus – ce qui n’est pas ce que l’on entend par là chez nous.

Emprise de Trump, comme le disait l’émission ? L’Amérique du sud semble basculer d’un extrême à l’autre. En ce moment, c’est l’extrême droite qui aurait le vent en poupe. Quand parviendra-t-elle à trouver le « juste milieu » ?

Une victoire pour Trump ? Ou pour ses successeurs ? Car la Chine, calmement, colonise économiquement le continent. Même si elle ne semble pas devoir beaucoup reculer, ces nouveaux régimes ne devraient-ils pas être favorables aux intérêts américains ?

Presse et démocratie

Que produit la disparition de la presse locale ?

Elle est comblée par les réseaux sociaux. Ils orientent l’information vers le lecteur, en fonction de ce qui semble lui plaire. Celui-ci n’entend qu’un son de cloche. Et, parfois, plus de son du tout : aucun journaliste n’assiste aux conseils municipaux. Résultat : polarisation des débats, mais aussi abstention.

On découvre que la presse locale était un endroit où l’on retrouvait les confrontations d’opinions, plus ou moins correctement encadrées. Elle contribuait au bon exercice de la démocratie.

Elle informait aussi une communauté de la vie des siens. Les naissances, les décès, les événements divers qui lui arrivaient. Désormais, on ne connaît plus son voisin. Etait-elle le véritable réseau social ?

Un fait curieux : l’électeur prend des décisions en fonctions des thèmes que « matraquent » les médias. Il vote pour celui qui lui semble le mieux à même de traiter ces questions. Changez ces thèmes et vous aurez un autre choix…

(Ce que je retiens d’un débat organisé par le Prix média et ruralité.)

Charles Pasqua

Un hasard ? France Culture parlait de Charles Pasqua.

Comme d’habitude, je me trompais sur son compte. Fils d’un policier sorti du rang par ses mérites, il fut un adolescent résistant allant jusqu’à jouer au démineur avec un couteau. Il avait un amour fou de De Gaulle, et la résistance, pour lui, était une fraternité. Fraternité qui faisait que Mitterrand et lui se tutoyaient.

Contrairement à ce que je pensais, il n’est pas arrivé au sommet de la société Ricard par ses accointances politiques, mais par son talent commercial. Il a quitté l’entreprise lorsque son fondateur lui a préféré son fils pour la diriger. C’est alors qu’il s’est véritablement investi en politique. D’abord, grâce à ses talents d’organisateur, dans ses services d’ordre.

L’émission le traitait de « parrain ». S’il a occupé des fonctions politiques de premier plan, et s’il était un grand orateur, il paraît avoir préféré rester dans l’ombre. Il possédait un réseau considérable, et il plaçait ses hommes. En particulier Chirac et Sarkozy.

L’émission affirmait qu’il aimait le « pouvoir ». Tout dépend de ce que l’on entend par là. D’ordinaire, on dit que celui qui aime le pouvoir veut être « chef ». Ce n’était pas son cas, apparemment. Serait-il mieux de parler de « puissance » ?

A-t-il facilité l’évènement du FN ? Il semble avoir partagé son horreur de ce que l’on pourrait appeler la « gauche caviar ». Mais il paraît plutôt avoir voulu lui prendre ses électeurs.

Quant à son honnêteté, elle été au dessus de tout soupçon. Seulement, ce n’était pas le cas de celle de ce fameux réseau. L’honnête homme est inefficace ?