Culture SCOP

L’étude de la SCOP (précédent billet), m’amène à de curieuses observations :

La SCOP serait le lieu idéal pour la créativité à la française. Le dirigeant français (le Français) est extrêmement créatif, seulement il confond idée et exécution. La culture démocratique de la SCOP le force à convaincre ses associés, et, ce faisant à concevoir la mise en oeuvre pratique de ce qu’il a dans la tête. (« Le succès est dans l’exécution » disait Napoléon.)

La SCOP réalise, aussi, le rêve des économistes : adapter à nos entreprises le « modèle allemand » de cogestion. Mais, en plus, celui des élus locaux : la SCOP est « fixée au sol », et, en particulier, non délocalisable.

Seulement, la SCOP n’est pas pour tout le monde. Une SCOP ne fonctionne bien que si les « bonnes personnes sont au bon endroit ». La SCOP pourrait être mieux adaptée à une entreprise qui a fait ses preuves, même si son dirigeant, jusque-là, était « seul dans son bureau », qu’à une entreprise en création, dont la cohésion n’a pas été testée par « l’épreuve du feu ».

Ce qui amène à une dernière question : et si la SCOP était la structure d’entreprise qu’exige la culture (au sens anthropologique du terme) de notre pays ?

Inversion

Jadis de Gaulle parlait de la « grandeur de la France ». Il n’était pas le premier. La France, depuis longtemps, « rayonne ». Ensuite, la gauche en est revenue à la lutte des classes (ultra marxiste ? la fin de l’histoire, selon Marx, serait l’ère culturelle – la réaliser ne fut-il pas la politique de la gauche ?), et la droite au libéralisme de la performance et de la productivité, lutte des classes encore.

Ces politiques nous auraient-elles monté les uns contre les autres ? Ont-elle fait éclater la structure sociale héritée de la 3ème république (cf. l’école républicaine) ? Nous ont-elles appauvris ?…

Et s’il fallait en prendre le contre-pied ? La France peut-elle trouver à « grandeur » une acception qui ne soit ni celle de De Gaulle, ni celle de Louis XIV ?

SCOP

J’ai commencé récemment à me pencher sur une des questions du moment : la cession d’entreprise. Beaucoup d’entreprises seraient à céder, leurs dirigeants partant à la retraite, très peu seraient susceptibles de trouver un repreneur. 3 millions d’emplois seraient en jeu !

Et pourquoi ne pas transmettre son entreprise à ses salariés ? Voilà qui réglerait le problème ! J’enquête donc auprès de ceux qui ont réussi, et raté ! ce type de cession. Je suis tombé sur le cas de la SCOP.

Une fois de plus, j’avais tort. Je pensais que c’était l’entreprise de ceux qui rejetaient l’entreprise. En fait, c’est un moyen inattendu de réussir le changement que doivent réussir nos PME. Et ce, rapidement.

Voici pourquoi. Nos PME ont une créativité réellement extraordinaire, mais elles sont peu résilientes : leur dirigeant est « seul dans son bureau », il ne connaît pas le potentiel de son affaire, ses relations avec ses salariés sont souvent tendues et, contrairement à ses concurrents étrangers, son entreprise n’est pas stimulée par son environnement immédiat. Ce qui tue l’innovation dans l’œuf (cf. le Français n’achète pas français) et plombe la performance de notre économie.
Par les temps qui courent, c’est préoccupant.

Or, la transformation en SCOP amène le dirigeant à compléter son équipe de direction et l’entreprise à s’interroger sur ses forces et à « accoucher » d’un modèle économique pérenne. Ses équipes se soudent. Elle sort de son isolement pour entrer dans un environnement stimulant (le « cluster » des SCOP).

Le plus « fort » est l’aspect « conduite du changement » de la démarche. Cédant et repreneurs sont pris en main, et, en peu de temps, ils acquièrent une formation à l’état de l’art du management d’entreprise. Exemple caractéristique : la question financière, sujet culturellement inquiétant et dont les techniques sont ignorées. La valeur de l’entreprise est correctement calculée, le cédant n’a pas à faire de sacrifice, mais, grâce à un montage financier de haut vol, l’investissement demandé au salarié-repreneur est compatible avec ses (faibles) moyens !

Saint Simon

La « massification » de l’enseignement supérieur a eu un effet déplaisant : on ne peut plus écouter religieusement les autorités de la raison. C’est le constat que je fais lorsque j’entends un universitaire parler d’un auteur que j’ai lu. J’ai l’impression qu’il exprime un sentiment personnel.

Quel est mon sentiment vis-à-vis du duc de Saint Simon ?

Je l’ai découvert il y a bien longtemps, par hasard. Et j’ai beaucoup aimé ses portraits. Ils sont épiques.

Il me fait penser à ces officiers, politiciens ou aventuriers qui ont connu la ruine de leurs espoirs mais savent avoir vécu un moment exceptionnel de l’histoire. Ils désirent laisser un témoignage. Napoléon et de Gaulle en sont des exemples.

Sa vie fut un drame. Il était le représentant même du mal qui a détruit ce à quoi il croyait plus qu’à tout : la haute noblesse. En effet, les rois s’étaient mis à faire des ducs de tout et n’importe quoi. En particulier de son père, un favori de Louis XIII (qui avait plus des minions que des favoris). Or, Louis XIV a poursuivi cette pratique. Ce qui menaçait dangereusement les privilèges nouvellement acquis de Saint Simon.

Quant à ses portraits, ils ne faut pas les prendre comme des critiques. Ce qui fait le noble digne de ce nom est la grandeur. Vice ou qualité, tout est hors de mesure. Il plane au dessus de la populace, qui n’est même pas visible. Je me demande, d’ailleurs, si le Français n’a pas conservé ce préjugé : il hait ses compatriotes parce qu’ils ne portent pas assez haut la seule culture qui ait jamais existé. (Le reste de l’humanité est indigne d’intérêt.)

(Pour une autre opinion : une série de France culture.)

Recette du succès

J’ai été frappé, il y a quelque temps, d’un billet qui enjoignait la France d’imiter les Grecs et les Portugais. J’ai l’impression que, depuis la mort de De Gaulle, nous sommes devenus des imitateurs. On nous dit d’imiter le GAFA, M.Schröder et les Allemands, dernièrement Madame Meloni et les Italiens. Et M.Giscard d’Estaing se serait vu en John Kennedy.

D’où vient cette curieuse tendance ? En tous cas, pas d’une analyse des faits. Car, qu’est-ce qui explique le succès, extrêmement temporaire, de tous ces gens ? La crise. En difficulté, ils se sont mis à réfléchir. Et chacun a trouvé « sa » solution.

Voilà ce qui me donne un, faible, espoir pour l’Europe.

Pinocchio

Je n’ai jamais lu l’histoire de Pinocchio. En en écoutant des extraits, j’ai pensé qu’elle n’était pas faite pour les enfants. Pinocchio est bête et il ne lui arrive que des malheurs. Il n’y a qu’un adulte qui puisse prendre plaisir à une telle aventure.

Peut-être est-ce aussi l’histoire de son auteur ? Etudiant-prêtre défroqué, il a vécu misérablement, écrivant pour payer ses dettes de jeu. Pinocchio fut l’oeuvre de la fin de sa vie. Son succès n’est venu que bien des décennies après.

Juan Carlos

L’histoire récente de l’Espagne ? Un monolithe Franco, qui désigne Juan Carlos comme successeur. A la mort du premier, le second choisit la démocratie. Voilà ce que j’ai cru.

En fait, le pouvoir de Franco n’était pas bien assuré. Il n’aurait pas été très malin, mais a su manoeuvrer de nombreuses factions. Il semblait avant tout pragmatique. Il a penché d’abord du côté des fascistes, puis il est passé du côté des alliés, et, lorsque les USA lui en ont intimé l’ordre, il a libéré son économie et ouvert son pays, d’où quinze glorieuses. Apparemment, son souci aurait été essentiellement l’unité du pays.

Et Juan Carlos ? Son sort a, quasiment jusqu’au bout, été incertain. Son père était le roi légitime. Lui-même a été élevé par Franco, mais sans trop savoir où cela le menait. Jusqu’à la mort de Franco, il était sous surveillance permanente. Drôle de vie, d’ailleurs. Considéré comme un imbécile par beaucoup, il aurait tué son frère dans un accident, été balloté entre Franco et son père, sans véritable enfance, et pourtant, il a joué un rôle essentiel dans la transformation du régime politique espagnol, à un moment où le pays était pris entre les terroristes de l’ETA et ceux de l’extrême droite. (Les premiers cherchant à pousser les seconds à une réaction violente, en assassinant des officiers.)

Quant à la monarchie, elle ne semble pas bien installée en Espagne. Les Bourbon seraient considérés par la noblesse comme des parvenus. Et le peuple l’accepte tant qu’elle ne le gène pas ?

Le hasard et la nécessité ? L’Espagne ne pouvait vivre en vase clos et était poussée à se conformer à l’air du temps ? Mais la transition vers la démocratie a été progressive, contrairement à ce que l’on dit, et elle aurait pu très mal se passer. La façon dont on raconte l’histoire est une reconstruction après coup ?

(Ce que je retiens de Juan Carlos, tout contre Franco.)

Les énigmes de la physique

En l’espace d’une vie nos plus grandes certitudes peuvent changer du tout au tout.

Dans mon enfance, on croyait que la physique allait trouver l’explication ultime du monde. En remontant de l’équation fondamentale tout deviendrait évident. On s’est cassé le nez doublement. D’une part parce que l’on ne parvient pas à trouver l’explication ultime, et, d’autre part, du fait de la « complexité » : dès que l’on remonte vers ce qui fait la vie, ne serait-ce qu’une dune de sable, il apparaît des phénomène étranges et fascinants. (Les énigmes de la physique.)

Traitresse traduction

Je lisais un article qui expliquait que M.Trump appartenait à la catégorie des « connards ». Les connards se caractériseraient par « la conviction que les règles communes ne les concernent pas, et l’imperméabilité aux plaintes ».

Le terme serait une traduction de l’anglais « asshole ». Il me semble, dans ce cas, signifier autre chose que « connard ». Probablement, une traduction littérale serait plus appropriée.

Bien plus qu’une insulte, c’est un trait culturel. Le protestant est convaincu d’avoir raison. En conséquence, il n’a rien à faire des lois sociales. Il méprise, d’ailleurs, les cultures étrangères. A ce sujet, il y a encore peu, la meilleure société parlait de « hacking growth », l’innovateur était celui qui savait plier les règles sociales.

Mais le protestant est aussi un trouillard. « Greed and fear » dit-on. Il ne résiste pas longtemps à la douleur. C’est elle qui lui tient lieu de raison.

(Le « connard », profil psychologique type de Donald Trump, Eric La Blanche. Libération)

Les origines du vélo

J’ai passé quelque temps à Montréal, au début des années 90. Comme je le fais partout, je me suis promené dans la ville. Je suis un grand marcheur. Mais j’ai vite vu que mon cas n’avait pas été prévu. Car ce que j’empruntais était des pistes cyclables. J’ai aussi découvert que la ville était divisée en deux populations. D’un côté l’aristocratie anglaise, qui vit dans d’élégantes habitations et pratique la bicyclette, de l’autre la plèbe française qui roule en voiture et occupe une sorte de logement troglodytique.

Voyant que la bicyclette a envahi Paris, je me demande si nous n’avons pas été gagné par une mode anglo-saxonne. Une mode qui donne peut-être ce que décrit H.G. Wells dans La machine à remonter le temps : une société où des créatures falotes sont menacées par des affreux grossiers, façon Trump.