Perfide Albion

A l’occasion d’une émission parlant de la « poche de Royan », j’ai découvert que les Anglais n’avaient pas eu le rôle que je croyais pendant la guerre.

A la fin de la guerre, les Anglais ont bombardé Royan. C’était une poche de résistance allemande, solidement fortifiée. Curieusement, ils ont frappé le coeur de la ville où ne se trouvaient pas les installations militaires. D’où une hécatombe civile. Curieusement, aussi, il ne s’en est rien suivi, aucune opération terrestre n’étant prévue.

Un peu comme l’homme saoul qui cherche ses clés sous la lumière du lampadaire, les Anglais bombardaient ce que savait leur indiquer leur système de guidage : le centre des villes. Mais cela avait une heureuse conséquence imprévue : le déclenchement de gigantesques incendies, qui tuaient énormément de civils, à la façon d’Hiroshima. (Et donc démoralisait l’ennemi ?)

Lorsque j’écoutais la BBC, j’ai beaucoup entendu parler des bombardements allemands qui avaient détruit tel ou tel site historique, beaucoup moins des bombardements anglais (que j’attribuais d’ailleurs aux Américains).

Hold up social

Au temps glorieux des débuts des réseaux sociaux, j’ai eu l’impression que le talent pouvait y être reconnu. Mais, plus cela va, moins ce que l’on écrit semble répercuté. J’ai même l’impression que le réseau social s’arc-boute pour bloquer la diffusion des messages. Si bien que l’on est confiné dans sa « communauté ». Ce qui, d’ailleurs, n’a pas que des inconvénients.

Les réseaux sociaux veulent notre argent. Mais à quoi cela sert-il de les payer, lorsque l’on fait face à des multinationales ? Et d’ailleurs, qu’est-ce que ces multinationales ont gagné avec les réseaux sociaux ? Et s’ils étaient de l’espèce de ces mafieux, qui vous réclament de l’argent pour vous protéger d’eux-mêmes ?

En considérant wikipedia ou l’Eglise au temps de sa gloire, je me demande si l’histoire n’aurait pas pu tourner différemment. Seulement, il aurait fallu faire des réseaux sociaux de véritables serviteurs de la société.

Pascal Paoli

La Corse fut-elle, bien avant les USA et la France, la première république ?

Au milieu du dix-huitième siècle, Pascal Paoli a mené une révolte contre Gènes, à laquelle appartenait la Corse. Peut-être parce que cette dernière trouvait cette possession encombrante, elle l’a vendue à la France, qui y a remis de l’ordre. Paoli a fuit. Ce qui en a fait une vedette internationale. Il était à la fois adoré par les Lumières et par les ennemis de la France. Soit toute l’Europe. Lors de la révolution française, il a été considéré comme un héros, en France. Puis il s’est brouillé avec les révolutionnaires, et est revenu en Corse avec l’armée anglaise. Episode sans lendemain.

Il semble s’être vu comme un dictateur, un « führer », dont la première mission était de mettre le Corse au pas, par la terreur. Car le pays était déchiré par la vendetta, qui avait pris des proportions invraisemblables. Condition nécessaire de liberté en Corse ?

(D’après une émission de France Culture.)

Désobéissance

J’ai lu que les putschistes de l’Algérie française avaient pour modèle la désobéissance de Gaulle. Je lisais quelque-chose de similaire sur Trump, récemment. Et s’il s’était inspiré des considérations humanitaires qui ont présidé aux « printemps arabes » ? D’ailleurs, n’a-t-on pas aussi parlé de « cancel culture » ? N’a-t-il pas fait, à sa manière, ce que s’étaient permis ceux qui l’avaient précédé ?

Kant n’a-t-il pas raison, lorsqu’il affirme qu’il faut se demander ce que donnerait une décision si tout le monde la prenait ? Plus exactement, n’est-il pas une erreur de penser seulement que c’est la « bonne décision », ne faudrait-il pas aussi s’interroger sur ce qu’en ferait une personne mal intentionnée ?

Jacques Yonnet

Miracle des rediffusion. On redécouvre des illustres inconnus. Qui fut Jacques Yonnet ?

Petit-à-petit, j’ai fini par comprendre que c’était, comme de Gaulle, le représentant d’une espèce disparue : le « gros malin ». Titi parisien, roi du canular, sa vie est rocambolesque et lui fait fréquenter toutes les strates du monde. Il rencontre Lénine et Trotsky, prend le thé avec Hitler, est reçu par Staline et de Gaulle, en Angleterre. Et tous, il les perce à jour. D’ailleurs, il n’a pas une bonne impression de De Gaulle, qui sans être un monstre glacé comme Hitler et Staline, est froid et méprisant pour la valetaille qu’est le résistant. Car c’est un héros de la résistance, qui, profitant de multiples dons, en particulier de spécialiste du faux papier, et de sa débrouillardise innée, monte et dirige un réseau de renseignement, qui ne sera pas démantelé. C’est lui qui démasque Petiot.

Je me suis demandé si les barrières entre les classes sociales n’étaient pas, en son temps, plus poreuses que maintenant. En effet, il appartenait à un milieu ouvrier, mais d’ouvriers syndicalistes, ce qui les mettait en contact avec les hautes classes du pays. Par ailleurs, il fut coiffeur, mais aussi traducteur d’anglais et d’allemand, pianiste, dessinateur et écrivain à succès.

(D’après France culture : Jacques Yonnet, un homme en liberté, une émission de 1963. Selon wikipedia, Jacques Yonnet est mort en 1974, à seulement 59 ans, ce qui explique peut-être que l’on n’en ait pas entendu parler.)

Qui a tué le Gaulois ?

Pourquoi ne parlons-nous plus gaulois ? A défaut, pourquoi y a-t-il si peu de mots gaulois dans notre vocabulaire ?

Le gaulois était une variante du celte. Les Gaulois semblent avoir occupé un vaste territoire géographique. Mais leur culture était essentiellement orale. Les druides insistaient pour transmettre leur savoir de bouche à oreille. Quand ils écrivaient, ils utilisaient l’alphabet des peuples voisins qui en avaient un. (Ce qui signifiait que certains d’entre eux devaient être, au moins un peu, polyglottes ?) L’écriture résiste mieux au changement que la parole ?

Ce qui reste d’eux, ce sont les noms de sites.

Ce qui demeure d’une langue est ce qu’elle porte d’original ?

Naguère, de Gaulle

De la caricature à la vie ? Un précédent billet m’a amené à écouter une série d’émissions consacrées à de Gaulle.

Je n’ai pas appris grand chose. Sinon du détail. Je n’avais pas pris conscience à quel point c’était un grand tragédien. Il avait du talent. Je me suis demandé s’il aurait été ridicule à côté de Sarah Bernard. Il passait un temps considérable à écrire et à apprendre ses discours, qu’il disait sans aucune erreur, même lorsqu’ils duraient une heure et demi ! Et à visiter la France et l’étranger. Au fond, il ne semble pas avoir beaucoup travaillé, au sens où je l’entends.

Je savais que, depuis son enfance, il s’était préparé à sa mission. Ce qui lui avait valu une carrière qui se serait mal terminée sans la guerre. Mais je ne savais pas qu’il était allé jusqu’à écrire une apologie de la désobéissance judicieuse !

Comme le disaient les participants à l’émission, le plus curieux, peut-être, est que rien de ce qui le faisait, la grandeur de la France, l’honneur, etc. ne lui a survécu. D’ailleurs, j’ai eu le sentiment qu’il manquait quelque-chose à l’émission. Après coup, j’ai pensé que c’était « l’air du temps ». De Gaulle n’avait plus rien de commun avec la société dans laquelle il vivait.

Etrangement, il semblerait qu’elle ait choisi d’être médiocre, petite, insignifiante. L’héritage de De Gaulle aurait-il été le manque de confiance en soi ? La rançon d’un paternalisme excessif ?

Prostitution

Grisélidis Réal est-ce un pseudonyme ? Eh non ! Il y a des gens qui se nomment ainsi. En particulier une prostituée suisse qui fut la passionaria de sa profession. Elle venait d’un milieu favorisé et avait reçu une excellente éducation, d’où la puissance de sa parole, mais avait été victime de fâcheux aléas. La prostituation avait été le seul moyen qu’elle avait trouvé pour nourrir ses trois enfants.

Ce que lui avait appris son métier, car c’en est un, était la misère humaine, presque plus masculine que féminine. La prostitution avait une fonction sociale. En niant la réalité, les ligues de vertu font de la vie de misérables un enfer.

Anti Jupiter

Si la guerre d’Iran a quelque chose de bon, c’est de nous amener à nous interroger sur l’usage et l’efficacité de l’intelligence artificielle, dont elle fait un emploi massif.

A ce sujet, je note une première. Jusque-là la guerre était la mère de l’invention, dans ce cas, les USA se servent des produits du marché.

L’intelligence artificielle fait gagner les batailles, mais perdre les guerres ? L’homme tend à lui déléguer ses responsabilités, or, elle n’a pas de vision d’ensemble. Résultat, elle démolit beaucoup, et de manière indiscriminée, mais elle ne comprend rien à la stratégie. Curieusement, comme je le note depuis des années, elle semble révéler les biais cognitifs humains. Dans le cas de l’Iran et du Hezbollah, il a été fait l’hypothèse implicite que ces sociétés étaient construites sur le modèle occidental du surhomme. Il suffisait de le décapiter pour que le pays s’effondre. Exemple type d’énantiodromie : faute de chef, M.Trump n’a plus d’interlocuteur. (Aurait-il fabriqué une société de terroristes qui n’obéissent à personne ?)

Autrement dit, le rôle de l’homme est plus important que jamais. Il doit apprendre par la pratique le bon usage de l’intelligence artificielle, ce que ne font pas les Européens, qui se sont interdit d’aller en Ukraine. Et surtout, il doit construire des sociétés résilientes. Le modèle jacobin a vécu ?

(Réflexions suscitées par Affaires étrangères.)

(M.Trump, dit-on, est soucieux de laisser une trace dans l’histoire. Il a, d’ores et déjà, réussi son coup. Une autre preuve que l’homme est tout et l’intelligence artificielle, rien ?)