Roulette américaine

Donald Trump, qui cherche à « monétiser » son pouvoir présidentiel, devrait organiser des paris sur ses décisions.

Va-t-il envahir Cuba ? Sa tactique serait celle utilisée au Vénézuela : je remplace le dirigeant par quelqu’un qui me laisse exploiter les ressources du pays. Cela n’a pas marché en Iran, et il doit maintenant se refaire avant les « élections de mi mandat ». En tous cas, il a mis en oeuvre l’arme favorite des USA : l’extraterriorialité de ses lois : il accuse le dirigeant cubain d’être un criminel. Quant aux ressources, ce pourrait être le tourisme. Trump a déjà voulu y installer un hôtel. Et la Floride, où se trouvent les immigrés cubains, serait un « Etat pivot », lors des élections. Cuba est à genoux, deux millions de personnes sur onze auraient déjà émigré. Voilà, enfin, une nation à la mesure de l’Amérique de Trump. Seulement, il y a une difficulté : et si l’intervention américain provoquait un flux d’immigrants cubains aux USA ?

Les jeux sont ouverts.

Affaires étrangères

Autonomiste

Le gouvernement décide de tester le véhicule autonome. (Commissariat au plan.)

Nous copions les étrangers, avec des années de retard ? Aux USA, il y a des enjeux financiers énormes, qui écrasent tout sur leur passage. En Chine, c’est une politique d’Etat. Dans ces deux cas, rien ne compte, même pas la faisabilité du projet ou la vie du piéton. Comme pour les batteries (cf. ACC), les risques sont considérables, nous n’avons pas de savoir-faire, et ce sont les « copains » qui vont, quasi certainement, récupérer les subventions, ceux qui grenouillent à proximité du gouvernement. Subventions perdues, ce qui creusera le déficit national, forcera le gouvernement à prélever sur le salarié et l’entreprise, réduisant le pouvoir d’achat et la compétitivité de l’économie, d’où faillites, chômage…

Le pays est secoué de toutes parts, on ne lui annonce que des catastrophe, et son élite fait preuve d’une incroyable incapacité à regarder la réalité en face, et, surtout, à accoucher d’une pensée qui lui soit propre ? Elle ne sait qu’adopter les idées étrangères. L’éducation qu’elle a reçue serait-elle en cause ?

Baroque

La musique classique a ses modes. Dans mon enfance, le romantisme avait le vent en poupe. Il était bien question de baroque, de Vivaldi, de Bach, de Händel, de Pachelbel… Mais on n’entendait que des « tubes » et on les présentait comme les précurseurs du romantisme et de la modernité.

Mais, petit-à-petit, le baroque s’est imposé. On a joué de plus en plus d’oeuvres des musiciens déjà célèbres, mais, surtout, on a redécouvert beaucoup d’autres musiciens. D’ailleurs, bizarrement, le baroque tend de plus en plus à inclure la renaissance et le moyen-âge.

Ceci résulte peut-être de tout un travail effectué sur l’instrument d’époque. Peut-être aussi de l’accroissement du nombre de musiciens, qui ont dû chercher de nouveaux marchés. Peut-être, encore, de l’évolution des goûts du public. Le baroque a démodé la musique qui l’a suivi ?

Gros dégueulasse

Pour l’Américain, il n’y a pas de justice. La justice est une arme dont il se sert pour dévaliser le faible, et détruire les concurrents de ses entreprises. Jusque-là, à l’époque des Clinton et Obama, il se donnait un peu de mal pour le cacher. Mais Trump lui a enlevé ses derniers complexes. Voilà ce que disait un dirigeant que les USA prirent en otage.

Ce à quoi une amie répondait « Quand allons-nous montrer les dents ? ».

Il disait aussi que si nous étions à la place des USA nous ferions de même. Qui est « nous » ai-je envie de dire ? La justice serait-elle pour les chiens ?

(Ce qui pose aussi la question de l’attitude de nos gouvernants. Qu’est-ce qui explique qu’ils aient si longtemps accepté de nous faire dévaliser ? Ne se fait escroquer que celui qui croit faire un mauvais coup ?)

Marais

Vie et mort d’une société ? France culture et les marais poitevins.

Créations de l’homme, qui a construit des canaux d’irrigation d’un « polder » en partie naturel, à la terre très riche, ils sont « secs » et « mouillés ». Les premiers cultivés par des paysans vendéens longtemps restés sous la botte des seigneurs, les seconds, repère de gibier de potence à l’esprit libre.

Ont-ils connu le bonheur ? se demande-t-on. Les conditions étaient difficiles. Les enfants, employés comme esclaves à tout faire, gagnaient le pain de familles nombreuses. Tous travaillaient dur. Mais il y avait aussi des distractions – collectives. Et l’on ne dépendait que de ses propres ressources. Vie en vase clos, en contact avec la nature.

Un grand bonheur ? Mais il a été interdit par les amoureux de la nature : ils ont réglementé à tort et à travers. Le marais est un repère de touristes.

Mission

La loi PACTE a créé « l’entreprise à mission ». Il y en a un certain nombre aujourd’hui.

Mais voilà qu’il se pose à elles une curieuse question : comment « traduire leur mission dans leurs opérations quotidiennes — marketing, commercial, produit, RH — là où elle reste souvent une intention plus qu’un vrai levier de performance ».

Mais la mission ne ressortit-elle pas à la foi ? Soeur Emmanuelle se demandait-elle comment mener sa mission ?

Complexité

On n’en finit plus de découvrir les ressources du détroit d’Ormuz :

L’Iran met la pression sur les câbles télécoms sous-marins du détroit d’Ormuz
Après avoir bloqué le trafic de navires, la République islamique songe à taxer les utilisateurs des puissantes artères de fibre optique sous-marines déployées dans le goulet maritime. Or, celles-ci sont vitales pour le bon fonctionnement d’Internet et de secteurs sensibles, comme l’énergie ou la banque.

Le Monde du 22 mai

Qu’a déclenché Donald Trump ? (Mes interlocuteurs du moment prévoient, pour nous, les pires catastrophes.)

Prend-on conscience, mais un peu tard ? de la complexité du monde ?

Voyant

Les présidents Mitterrand et Reagan consultaient des voyants. Faut-il s’en gausser ? (Salle des archives.)

D’abord, cela n’a rien de nouveau. Jadis on croyait aux oracles. D’ailleurs, en examinant les procédés de divination chinois, je me suis demandé s’ils n’étaient pas des moyens d’éviter « l’anxiété de la page blanche » et de « débloquer » le raisonnement. Y croire permettait de « mieux » réfléchir ?

Et doit-on se réjouir que l’on ait maintenant recours à la raison ? Sommes-nous épatés par les résultats obtenus par des gouvernements issus de « l’élite » ? N’est-ce pas pour cela que l’on est tenté d’essayer des Reagan ou des Trump ? « L’expert », l’économiste en particulier, ne serait-il pas une nouvelle sorte de Nostradamus ? La fin justifie les moyens ? Ce n’est pas la façon dont l’homme pense qui compte, mais les résultats qu’il obtient ?

Jacques Le Goff et Jean-Pierre Vernant

Jacques Le Goff et Jean-Pierre Vernant ont fait de « l’anthropologie historique ». Ils ont cherché les « structures » des sociétés anciennes, la façon dont leurs membres voyaient le monde (par exemple ce qu’être homme signifiait) et ce qui les caractérisait (par exemple le rôle du théâtre, ou son absence totale).

Une illustration des résultats de ce travail est ce que dit Georges Duby de la bataille au moyen-âge : c’est un jeu d’échec. Il faut faire tomber le roi adverse. (Le dimanche de Bouvines.)

Jacques Le Goff et Jean-Pierre Vernant semblent avoir corrigé une erreur de Claude Lévi-Strauss. Lui aussi pourrait avoir été victime d’un biais culturel. Comme les Grecs et Galilée, il pensait que le langage de la nature était les mathématiques. Les sociétés et les hommes étaient déterminés par des lois d’airains, que la raison pouvait retrouver. Jacques Le Goff et Jean-Pierre Vernant ont montré que s’il y avait structure, elle évoluait sans cesse. Ils n’étaient pas historiens pour rien.

En tous cas, il serait bon que les enfants découvrent très tôt l’anthropologie : cela éviterait peut-être bien des bêtises.

A voix nue.