N’aurais-je pas tort, pour une fois ? Machiavel ne fut pas machiavélique. Et sa pensée fut le produit de son temps, qui était fort troublé. (Toute une vie.)
Jacques Yonnet
Miracle des rediffusion. On redécouvre des illustres inconnus. Qui fut Jacques Yonnet ?
Petit-à-petit, j’ai fini par comprendre que c’était, comme de Gaulle, le représentant d’une espèce disparue : le « gros malin ». Titi parisien, roi du canular, sa vie est rocambolesque et lui fait fréquenter toutes les strates du monde. Il rencontre Lénine et Trotsky, prend le thé avec Hitler, est reçu par Staline et de Gaulle, en Angleterre. Et tous, il les perce à jour. D’ailleurs, il n’a pas une bonne impression de De Gaulle, qui sans être un monstre glacé comme Hitler et Staline, est froid et méprisant pour la valetaille qu’est le résistant. Car c’est un héros de la résistance, qui, profitant de multiples dons, en particulier de spécialiste du faux papier, et de sa débrouillardise innée, monte et dirige un réseau de renseignement, qui ne sera pas démantelé. C’est lui qui démasque Petiot.
Je me suis demandé si les barrières entre les classes sociales n’étaient pas, en son temps, plus poreuses que maintenant. En effet, il appartenait à un milieu ouvrier, mais d’ouvriers syndicalistes, ce qui les mettait en contact avec les hautes classes du pays. Par ailleurs, il fut coiffeur, mais aussi traducteur d’anglais et d’allemand, pianiste, dessinateur et écrivain à succès.
(D’après France culture : Jacques Yonnet, un homme en liberté, une émission de 1963. Selon wikipedia, Jacques Yonnet est mort en 1974, à seulement 59 ans, ce qui explique peut-être que l’on n’en ait pas entendu parler.)
Qui a tué le Gaulois ?
Pourquoi ne parlons-nous plus gaulois ? A défaut, pourquoi y a-t-il si peu de mots gaulois dans notre vocabulaire ?
Le gaulois était une variante du celte. Les Gaulois semblent avoir occupé un vaste territoire géographique. Mais leur culture était essentiellement orale. Les druides insistaient pour transmettre leur savoir de bouche à oreille. Quand ils écrivaient, ils utilisaient l’alphabet des peuples voisins qui en avaient un. (Ce qui signifiait que certains d’entre eux devaient être, au moins un peu, polyglottes ?) L’écriture résiste mieux au changement que la parole ?
Ce qui reste d’eux, ce sont les noms de sites.
Ce qui demeure d’une langue est ce qu’elle porte d’original ?
Naguère, de Gaulle
De la caricature à la vie ? Un précédent billet m’a amené à écouter une série d’émissions consacrées à de Gaulle.
Je n’ai pas appris grand chose. Sinon du détail. Je n’avais pas pris conscience à quel point c’était un grand tragédien. Il avait du talent. Je me suis demandé s’il aurait été ridicule à côté de Sarah Bernard. Il passait un temps considérable à écrire et à apprendre ses discours, qu’il disait sans aucune erreur, même lorsqu’ils duraient une heure et demi ! Et à visiter la France et l’étranger. Au fond, il ne semble pas avoir beaucoup travaillé, au sens où je l’entends.
Je savais que, depuis son enfance, il s’était préparé à sa mission. Ce qui lui avait valu une carrière qui se serait mal terminée sans la guerre. Mais je ne savais pas qu’il était allé jusqu’à écrire une apologie de la désobéissance judicieuse !
Comme le disaient les participants à l’émission, le plus curieux, peut-être, est que rien de ce qui le faisait, la grandeur de la France, l’honneur, etc. ne lui a survécu. D’ailleurs, j’ai eu le sentiment qu’il manquait quelque-chose à l’émission. Après coup, j’ai pensé que c’était « l’air du temps ». De Gaulle n’avait plus rien de commun avec la société dans laquelle il vivait.
Etrangement, il semblerait qu’elle ait choisi d’être médiocre, petite, insignifiante. L’héritage de De Gaulle aurait-il été le manque de confiance en soi ? La rançon d’un paternalisme excessif ?
Prostitution
Grisélidis Réal est-ce un pseudonyme ? Eh non ! Il y a des gens qui se nomment ainsi. En particulier une prostituée suisse qui fut la passionaria de sa profession. Elle venait d’un milieu favorisé et avait reçu une excellente éducation, d’où la puissance de sa parole, mais avait été victime de fâcheux aléas. La prostituation avait été le seul moyen qu’elle avait trouvé pour nourrir ses trois enfants.
Ce que lui avait appris son métier, car c’en est un, était la misère humaine, presque plus masculine que féminine. La prostitution avait une fonction sociale. En niant la réalité, les ligues de vertu font de la vie de misérables un enfer.
Anti Jupiter
Si la guerre d’Iran a quelque chose de bon, c’est de nous amener à nous interroger sur l’usage et l’efficacité de l’intelligence artificielle, dont elle fait un emploi massif.
A ce sujet, je note une première. Jusque-là la guerre était la mère de l’invention, dans ce cas, les USA se servent des produits du marché.
L’intelligence artificielle fait gagner les batailles, mais perdre les guerres ? L’homme tend à lui déléguer ses responsabilités, or, elle n’a pas de vision d’ensemble. Résultat, elle démolit beaucoup, et de manière indiscriminée, mais elle ne comprend rien à la stratégie. Curieusement, comme je le note depuis des années, elle semble révéler les biais cognitifs humains. Dans le cas de l’Iran et du Hezbollah, il a été fait l’hypothèse implicite que ces sociétés étaient construites sur le modèle occidental du surhomme. Il suffisait de le décapiter pour que le pays s’effondre. Exemple type d’énantiodromie : faute de chef, M.Trump n’a plus d’interlocuteur. (Aurait-il fabriqué une société de terroristes qui n’obéissent à personne ?)
Autrement dit, le rôle de l’homme est plus important que jamais. Il doit apprendre par la pratique le bon usage de l’intelligence artificielle, ce que ne font pas les Européens, qui se sont interdit d’aller en Ukraine. Et surtout, il doit construire des sociétés résilientes. Le modèle jacobin a vécu ?
(Réflexions suscitées par Affaires étrangères.)
(M.Trump, dit-on, est soucieux de laisser une trace dans l’histoire. Il a, d’ores et déjà, réussi son coup. Une autre preuve que l’homme est tout et l’intelligence artificielle, rien ?)
Lois de la guerre
En Iran, l’homme aurait-il défait l’intelligence artificielle ?
On dit que l’armée américaine en a fait un usage magnifique. Seulement, comme au Vietnam, ceux qui semblent avoir gagné sont ceux qui n’ont pas peur de mourir. C’est aussi ce que dit la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel. Ou les travaux de l’économiste Thomas Schelling.
Productivité
Curieux phénomène. Il existe des mots dont on ne saisi pas le sens. Exemple : la « productivité » des économistes. Petit à petit, j’ai fini par comprendre que, pour eux, c’était une obsession.
Un précédent billet me fait pas me demander si elle ne tient pas au modèle de société qui s’est imposé. Il est fondé sur la concurrence entre hommes, la « performance ». Ce qui est très bien, me direz-vous. Eh bien non, car la concurrence sans création n’est que lutte fratricide. D’ailleurs, tout ce que cette ère appelle innovation, robot humanoïde, super intelligence, conquête de l’univers, élimination de la mort… n’est que fantasmes d’esprits malades.
Cette vision du monde explique probablement le qualificatif « d’élite » que se donne la classe dirigeante et celui de « paresseux » qu’elle nous jette à la tête. Elle croyait que « productivité » était synonyme de prospérité, et que, par « ruissellement », tout le monde y trouverait son compte. Mais la productivité ne crée rien, et peut-être même est toxique, elle pousse à empoisonner la nature. Le peuple mis à rude épreuve est mécontent de la mauvaise gestion de « l’élite », qu’il juge incompétente.
(Ce qui semble aller dans le sens des thèses de J.K. Galbraith : l’économiste n’est pas un scientifique, mais « rationalise » les idéologies des dominants.)
Emergence
La théorie de la complexité parle « d’émergence ». Du chaos naît l’organisation, le comportement. Pourrait-il en être ainsi de l’intelligence artificielle ?
Ce que j’entends, de ci, de là, concernant l’intelligence artificielle, me fait penser à 2001 Odyssée de l’espace. On compare sans cesse l’IA à un « stagiaire ». Il « fait de la lèche », et il faut contrôler tout ce qu’il fait.
Et si sa pensée numérique en arrivait à un équivalent du sentiment que ressent l’esclave pour le maître ?
(Un autre sujet qui revient dans ce blog est que l’IA semble révéler ce que l’homme a de pire en lui. Est-ce juste ? Si oui cela a-t-il une raison ? Dommage que plus personne ne pense à étudier l’IA comme hier on le faisait des phénomènes naturels ?)
Insécurité et populisme
Pourquoi l’Europe fait-elle face à une vague populiste ? Une étude de données remontant aux années 2015 – 2018, répond : insécurité.
Une partie de la classe moyenne a beaucoup de soucis. Soucis financiers et travail de plus en plus déplaisant. Et les hommes sont particulièrement touchés. L’immigrant ne serait pas le fond du problème, mais un bouc émissaire pratique.
“Europe’s mainstream parties have abandoned much of the traditional political ground on security, family and social safety nets, focusing instead on enhancing competitiveness through deregulation, hire-and-fire flexibility, and offering more targeted benefits. This has made our societies more economically competitive, but less socially secure.”
D’où haine des « élites », qui profitent d’un système nuisible à beaucoup ?