De Gaulle a voulu que nous ayons été tous résistants. Aujourd’hui, on tendrait plutôt à penser que nous fûmes tous collabo. Jean Dutourd a vécu une autre guerre : pour lui le Français a commencé par penser que Pétain jouait un double jeu, puis qu’il était sénile.
Quel fut l’expérience de ma famille ? Elle est morte trop tôt pour qu’elle ait pu me transmettre ses souvenirs. Ce que je retiens est, simplement, qu’elle a cherché à survivre, comme on le fait en temps de crise. Le reste comptait peu. Je me souviens de ma grand mère me disant que tel ou tel avait « abrité des résistants » (notamment la famille Delors). Un peu comme l’on parle de gens qui ont des idées quelque peu avancées, voire des révolutionnaires. Il y a, dans leur attitude, du courage, mais aussi quelque chose d’inquiétant. Bien sûr, mon père fut résistant, et son frère déporté sur dénonciation d’un bon Français. Mais n’était-ce pas des comportements habituels auxquels les circonstances ont donné une résonance particulière ?
(Je lisais aussi que les malfrats n’ont pas été réellement collabos, ils ont cherché à profiter des circonstances. D’ailleurs, ils se sont reconvertis dans la résistance. L’homme à convictions est rare ?)
(Agora – De la France considérée comme une maladie (1ère diffusion : 06/12/1982) – France culture.)