La France en changement

Ce blog a été crée pour observer la « France en changement ». La grande affaire du moment est la réindustrialisation.

Pourquoi la désindustrialisation ? pour commencer. Nos gouvernements auraient adopté les idées anglo-saxonnes. J’ai découvert récemment la « courbe en U » (du « sourire ») : la « valeur » est créée par la conception ou par le marketing, non par la fabrication, qui doit être confiée au moins disant. J’ai aussi appris que le taux de change euro franc aurait été choisi pour favoriser les importations et la consommation. D’où effondrement de notre capacité productive. Et, nos « champions nationaux », une de nos particularités, ont délocalisé leurs sites de production. Notre déficit commercial s’explique en partie parce qu’il nous vendent ce qu’ils fabriquent ailleurs. Par ailleurs ils ont procédé à des acquisitions à l’étranger, en s’endettant. L’entreprise français investit beaucoup plus à l’étranger que l’étranger n’investit en France (« Choose France »).

Ce dispositif a ses bénéfices : il est supposés créer des emplois dits « protégés », qualifiés de « présentiels » (autre découverte récente : ce terme semble signifier « service à la personne », un retour à la profession de « domestique » ?), il est exportateur de « services », qui, comme on le voit sur les graphiques de l’INSEE, compensent en partie les importations de biens manufacturés, mais ces services sont des ventes internes entre unités de nos « champions ». Finalement, les acquisitions étrangères de ces « champions » rapportent des dividendes, mais ils profitent peu à la population.

Autre tendance de fond. Lisbonne 2000. On y parlait de la « société de la connaissance », dont l’UE devait être le champion mondial. Apparemment, il s’est installé dans les esprits le sentiment qu’il n’y qu’une innovation qui vaille, et elle est « de rupture » et « numérique ». Pour autant, comme pour le Green deal, plus tard, l’enthousiasme européen n’a eu aucun résultat concret.

Le changement, maintenant. L’UE veut redevenir une puissance industrielle. Son objectif : 20% de son PIB crée par l’industrie. Progressivement, l’UE et la France adoptent une politique industrielle, avec tout ce que cela signifie de protectionnisme.

Dans cette affaire, l’UE peut paraître ridicule. On lui reproche actuellement de passer son temps à légiférer et à entraver son économie, qui lui serait nécessaire à mettre en oeuvre ses intentions. Résultat, ce sont ses concurrents qui le font et liquident son tissu économique. Comment va-t-elle réussir sa réindustrialisation dans ces conditions ?

Un prochain billet traite de la question.

Bon plan

Lundi dernier, le Commissariat au plan fêtait son 80ème anniversaire. Ou, plutôt, sa renaissance d’entre les morts. Car, en demandant des plans régionaux, le gouvernement socialiste des années 80 l’a vidé de sa substance. Mais c’est Dominique de Villepin qui l’a tué. Dominique de Villepin, qui a, curieusement, fait un passage éclair, le temps de présenter ce qui ressemblait à un programme électoral.

Car, de nouveau, la planification fait consensus. On a entendu ce que l’on trouve dans ce blog : à savoir qu’à l’origine du plan, il y a la pensée d’avant guerre, fasciste, soviétique et du New deal. Chez nous, elle est portée par des mouvements que nous considérerions fascistes. Elle a été mise en oeuvre par Vichy, puis par les gouvernements d’après guerre. L’idée était dans l’air, mais la France a fait preuve d’originalité. Le commissariat au plan réunissait tous les constituants du pays, alors en conflit violent les uns avec les autres, et procédait à de larges consultations. Une idée à reprendre en un temps où le chaos est redevenu la règle de la politique nationale, a-t-on entendu dire. Le premier objet du plan fut de ne pas répéter les erreurs de la première guerre, à savoir avoir laissé l’agriculture et l’industrie prendre du retard.

On s’est interrogé sur ce qu’il faut planifier (la finance, l’IA, l’énergie) et sur le rôle du Commissariat (lieu de rencontre « transpartisans », « poil à gratter »), sur le plan au 21ème siècle (« associer les acteurs », « se limiter » à quelques orientations critiques afin de « libérer les forces vives ») et sur la prospective. A cette occasion, Alain Minc a égratigné le politique qui a « dévoyé » ses travaux, en particulier, décidément, Dominique de Villepin.

On a eu droit à un solo de Philippe Aghion, qui ne jure que par « l’innovation de rupture », et nous donne les Etats Unis en exemple. L’intelligence artificielle va nous rendre riches, car plus créatifs. Rattraper notre retard abyssal dans ce domaine doit être l’objet du plan. On a écouté Arnaud Montebourg, appeler de ses voeux un plan « transpartisans », qui permette de « reconstituer les forces productives », de créer de l’emploi sur place, d’augmenter le PIB de 3%, de rééquilibrer notre modèle social… ce qui demande un « effort collectif », probablement douloureux.

Clément Beaune, qui s’épanouit visiblement dans sa mission de « poil à gratter », finalement, se réjouit de la renaissance du plan, lieu « d’arbitrage » entre « grandes options », et appelle de ses voeux une planification européenne.

Pépite

La France en changement. Une France « souterraine » qui s’interroge, analyse, constate, cherche, avec pragmatisme, mais aussi avec une élégance intellectuelle certaine, et qui met en œuvre des solutions. Voilà ce qui ressortait de la conférence de lancement de la chaire PÉPITe (mardi dernier).

La chaire PÉPITe combine la recherche « académique » à l’étude « de terrain ». Son sujet : la « transition écologique » est un moteur de réindustrialisation, qui passe par les « territoires ». L’événement réunissait le public et le privé, des représentants des « parties prenantes » de ce grand changement. Ce que je retiens :

La France « pivote ». L’UE et elle doivent devenir une « puissance industrielle ». Seulement, sa situation se détériore vite. Et elle est « totalement dépendante ». Terres rares chinoises, qui font de ses « champions » des géants aux pieds d’argile, numérique américain, mais aussi interconnexion avec le reste de l’Europe, dont certains membres sont tentés de faire entrer le loup dans la bergerie… Et la dégradation du tissu industriel, en cours, produit un cercle vicieux. Or le « paradoxe » est partout. L’économie qui émerge est celle de la mine, désastre écologique. Donc recyclage, circuits courts, biosourcé… Mais, ce n’est pas rentable. Le gouvernement s’embarque dans un grand plan d’électrification, mais réindustrialisation signifie hausse massive de la consommation… Et il y a le foncier… Et la transition écologique creuse quasi exponentiellement les déficits, le matériel acheté étant chinois.

Bref, il faut une politique industrielle, qui reconstitue des filières entières, et qui finance des « modèles économiques » d’avenir mais déficitaires. Et qui forme le nombre impressionnant de personnels qualifiés dont elles ont besoin. Elle doit être mue par « l’intérêt général », seul moyen de vaincre la résistance à un changement aujourd’hui vu comme motivé par l’enrichissement personnel et « l’opportunisme subventionné ». Ce qui demande à nos gouvernements, et à ceux de l’Europe, de retrouver la voie du temps long et de la planification.

Cela ne suffira pas. Le changement doit se faire « bottom up ». Il faudra donc que la France se réveille, que nous tous, citoyens, nous fassions preuve de génie (voire de notre fameux « système D » ?).

Fin du libéralisme

L’autre jour, je suivais une conférence du Commissariat au Plan. Il fêtait ses 80 ans, et sa résurrection d’entre les morts. Ce que l’on y entendait semblait confirmer ce que je lis depuis quelque temps : la Chine est à la mode. Nous devons l’imiter. Devenir une puissance industrielle et appliquer une politique industrielle. L’industrie et le plan sont à la mode.

Fin d’une autre mode, le libéralisme ? Si j’en crois, une fois de plus, ce que j’entends, « en Europe, la réglementation précède la filière » : on a cru qu’il suffisait de légiférer, et que le marché ferait des miracles. C’est raté. Quand on veut modifier la société, il faut, comme lorsque l’on désire construire un bâtiment, un plan.

Saint Nazaire priez pour nous

Miracle à Saint Nazaire. On ne sait plus où loger les nouveaux employés dont a besoin l’industrie locale.

Saint Nazaire, et ses chantiers, furent en situation désespérée, selon un récent article du Monde. « La stratégie qui a pu mener à la renaissance industrielle de la ville procède aussi d’un jeu collectif. « En 2012, 12 chefs d’entreprise, tous sous-traitants de STX [l’un des anciens noms des chantiers navals] et qui étaient “monomarché”, se sont réunis pour survivre » » Puis le succès appelle le succès. Un « business cluster » se constitue et va jusqu’à attirer des métiers « étrangers » qui profitent de savoir-faire locaux uniques. Airbus, ainsi y a deux grosses usines.

Schéma que l’on retrouve souvent, voire toujours : un groupe de résistants, une réussite, on vient au secours de la victoire, un tissu extrêmement complexe de métiers apparaît. Voilà ce dont on aurait besoin partout en France !

NB. Revirement des politiques, qui aiment désormais l’industrie : j’ai entendu, il y a quelques années, dans une émission d’écologie, un élu d’une ville (initialement) industrielle qui expliquait sa grande découverte : pour financer ses projets il suffisait de prélever sur l’entreprise ! Beaucoup pensaient comme lui, alors.

Enseignement grec

Les Grecs semblent avoir connu un « moment thucydidien » proche du nôtre. Leur expérience peut-elle nous être utile ?

Jacqueline de Romilly s’est penchée sur la question. Ce qu’elle dit de l’invention de la démocratie et du soudain pouvoir de la parole évoque le tsunami intellectuel que nous avons subi. Avec le Bac pour tous, tout le monde est devenu un penseur. Et a cru, encouragé par les réseaux sociaux, que la parole était action.

Devant la désorientation de la société, quelques pré platoniciens ont effectué ce qu’il est convenu d’appeler « suspension », ils ont mis de côté les croyances de leur temps, pour se demander ce qui comptait vraiment dans la vie. Descartes a fait de même et a eu la révélation de « cogito ergo sum ». Pas eux. Ils disent, au contraire : sans société « je » n’est pas. Et ils seraient partis de là.

Peut-être, plus que les résultats (très intéressants, par ailleurs) qu’ils ont obtenus, devrait-on faire cet exercice ?

Autonomiste

Le gouvernement décide de tester le véhicule autonome. (Commissariat au plan.)

Nous copions les étrangers, avec des années de retard ? Aux USA, il y a des enjeux financiers énormes, qui écrasent tout sur leur passage. En Chine, c’est une politique d’Etat. Dans ces deux cas, rien ne compte, même pas la faisabilité du projet ou la vie du piéton. Comme pour les batteries (cf. ACC), les risques sont considérables, nous n’avons pas de savoir-faire, et ce sont les « copains » qui vont, quasi certainement, récupérer les subventions, ceux qui grenouillent à proximité du gouvernement. Subventions perdues, ce qui creusera le déficit national, forcera le gouvernement à prélever sur le salarié et l’entreprise, réduisant le pouvoir d’achat et la compétitivité de l’économie, d’où faillites, chômage…

Le pays est secoué de toutes parts, on ne lui annonce que des catastrophe, et son élite fait preuve d’une incroyable incapacité à regarder la réalité en face, et, surtout, à accoucher d’une pensée qui lui soit propre ? Elle ne sait qu’adopter les idées étrangères. L’éducation qu’elle a reçue serait-elle en cause ?

Marais

Vie et mort d’une société ? France culture et les marais poitevins.

Créations de l’homme, qui a construit des canaux d’irrigation d’un « polder » en partie naturel, à la terre très riche, ils sont « secs » et « mouillés ». Les premiers cultivés par des paysans vendéens longtemps restés sous la botte des seigneurs, les seconds, repère de gibier de potence à l’esprit libre.

Ont-ils connu le bonheur ? se demande-t-on. Les conditions étaient difficiles. Les enfants, employés comme esclaves à tout faire, gagnaient le pain de familles nombreuses. Tous travaillaient dur. Mais il y avait aussi des distractions – collectives. Et l’on ne dépendait que de ses propres ressources. Vie en vase clos, en contact avec la nature.

Un grand bonheur ? Mais il a été interdit par les amoureux de la nature : ils ont réglementé à tort et à travers. Le marais est un repère de touristes.

Disques ensevelis

Superbe coup de publicité. 1907, un fabricant de gramophones fait un don à la nation. Des enregistrements de voix célèbres sont placés dans des urnes dans une salle de l’opéra. A n’ouvrir que dans un siècle. (France culture.)

Ce qui n’eut aucun intérêt, tous les enregistrements en question nous étant parvenus. Sinon de révéler que l’on n’avait pas la même conception de l’art lyrique en ces temps que maintenant. On recherchait d’abord les dons naturels. Les chanteurs de rue ou de campagne. Ils se formaient par compagnonnage. Quant à l’opéra, à l’oeuvre, elle comptait peu. Aujourd’hui, l’oeuvre est tout et nos artistes sont des surdiplômés. Fut-ce un progrès ?

NB. Les journalistes du temps étaient clairvoyants, ils se doutaient que nous trouverions leur technique primitive et ils avaient même prévu l’invention de la télévision.

Baie de Somme

La baie de Somme et ses oiseaux, et ses habitants qui, peut-être comme jadis nos campagnards, sont des gens heureux, vivant dans la nature.

Cela est-il durable ? Ce n’est pas en s’isolant du monde que l’on peut défendre son mode de vie ?

(France culture – Extrait : L’échappée belle – La baie de Somme à tire d’aile (1ère diffusion : 21/06/1985))