Lundi dernier, le Commissariat au plan fêtait son 80ème anniversaire. Ou, plutôt, sa renaissance d’entre les morts. Car, en demandant des plans régionaux, le gouvernement socialiste des années 80 l’a vidé de sa substance. Mais c’est Dominique de Villepin qui l’a tué. Dominique de Villepin, qui a, curieusement, fait un passage éclair, le temps de présenter ce qui ressemblait à un programme électoral.
Car, de nouveau, la planification fait consensus. On a entendu ce que l’on trouve dans ce blog : à savoir qu’à l’origine du plan, il y a la pensée d’avant guerre, fasciste, soviétique et du New deal. Chez nous, elle est portée par des mouvements que nous considérerions fascistes. Elle a été mise en oeuvre par Vichy, puis par les gouvernements d’après guerre. L’idée était dans l’air, mais la France a fait preuve d’originalité. Le commissariat au plan réunissait tous les constituants du pays, alors en conflit violent les uns avec les autres, et procédait à de larges consultations. Une idée à reprendre en un temps où le chaos est redevenu la règle de la politique nationale, a-t-on entendu dire. Le premier objet du plan fut de ne pas répéter les erreurs de la première guerre, à savoir avoir laissé l’agriculture et l’industrie prendre du retard.
On s’est interrogé sur ce qu’il faut planifier (la finance, l’IA, l’énergie) et sur le rôle du Commissariat (lieu de rencontre « transpartisans », « poil à gratter »), sur le plan au 21ème siècle (« associer les acteurs », « se limiter » à quelques orientations critiques afin de « libérer les forces vives ») et sur la prospective. A cette occasion, Alain Minc a égratigné le politique qui a « dévoyé » ses travaux, en particulier, décidément, Dominique de Villepin.
On a eu droit à un solo de Philippe Aghion, qui ne jure que par « l’innovation de rupture », et nous donne les Etats Unis en exemple. L’intelligence artificielle va nous rendre riches, car plus créatifs. Rattraper notre retard abyssal dans ce domaine doit être l’objet du plan. On a écouté Arnaud Montebourg, appeler de ses voeux un plan « transpartisans », qui permette de « reconstituer les forces productives », de créer de l’emploi sur place, d’augmenter le PIB de 3%, de rééquilibrer notre modèle social… ce qui demande un « effort collectif », probablement douloureux.
Clément Beaune, qui s’épanouit visiblement dans sa mission de « poil à gratter », finalement, se réjouit de la renaissance du plan, lieu « d’arbitrage » entre « grandes options », et appelle de ses voeux une planification européenne.