Panne de pensée

Ce qui me frappe, depuis la première élection de Trump, est à quel point Barack Obama fait profil bas. A tort ou à raison, il me semble qu’il pense être responsable de la situation actuelle des USA. D’ailleurs il fut un président impuissant. Il croyait avoir trouvé la panacée et il fut mis en échec. Il symbolise la fin d’une ère ? Celle de la raison et de l’élite. Celle-ci a pêché par « hybris ». Et elle a récolté la tempête ?

Que va-t-il arriver ? Le grand enseignement de la présidence Trump, et probablement de celle d’Hitler avant lui, est à quel point nous sommes incapables de penser. Notre éducation produit un carcan intellectuel. Pire : ce que nous appelons raisonner consiste, je le soupçonne, seulement à répéter l’opinion commune.

(Une anecdote. Il y a longtemps j’interviewais, dans le cadre d’une mission, le président d’un Comité économique et social régional. Je ne devais pas avoir l’attitude d’approbation habituelle, car il m’a demandé, à la fin de l’entretien, quasiment, s’il avait répondu correctement…)

Classique observation de systémique ? A force de vouloir forcer l’homme à « bien » penser, on ouvre en grand la porte au « mal » ? Et peut-être même qu’on le crée ? Jekyll et Hyde ?

La voiture et le bateau

Lorsque je conduisais et que je cherchais une place où me garer, je disais qu’il ne servait à rien de freiner à la vue d’un espace : c’était certainement une sortie de garage.

Je me demande si toute notre science n’est pas basée sur cette idée. Elle ne s’intéresse qu’à la règle générale.

Et si la vie, par nature, n’était qu’exceptions ?

Effet Trump

Trump n’a pas le même effet partout. Au Canada, en Australie, à Singapour, il fait élire des gens sérieux. Mais, ailleurs, en Roumanie, en Angleterre, en Allemagne, probablement en France, il ne semble provoquer aucune réaction salutaire.

Manque de gens sérieux ? Au delà d’un certain point d’exaspération, la raison se déconnecte ?…

Panne

La semaine dernière fut celle de la panne électrique ibérique.

Heureusement, les hôpitaux ont été sauvés par leurs groupes électrogènes, entend-on dire. Mais il y aurait eu quelques morts.

Victimes de l’énergie solaire ? Car il semble que nos réseaux électriques n’aient pas été prévus pour les sautes d’humeur des énergies dites renouvelables.

Europe’s first grid crisis may not be its last
Spain’s blackout serves as a reminder of the fragility of power systems in the age of green energy

Financial Times, 2 mai

Eternelle observation et question. Nous sommes entrés dans l’ère de l’idéologie et des apprentis sorciers. Comment s’en sortir ?

Souffrante Angleterre

L’Angleterre s’est engagée dans la rigueur budgétaire. Surprise : les marchés financiers n’apprécient pas cette politique. Et cela provoque une prédiction autoréalisatrice (le marché a peur d’avoir peur ?). Le pays est ébranlé. Comment cela va-t-il se finir ?

En attendant sa chancelière de fer part en Chine : certes c’est un ennemi, mais nous sommes dos au mur, nous avons besoin de ses investissements.

Curieux phénomène. Utile leçon pour la France ?

Et drôle de chose que le marché. L’homme a créé un être totalement irrationnel ? (Ou ressortissant à la « psychologie des foules » ?)

Raison et changement

La raison paraît inefficace face au changement.

Les sociétés semblent avoir peu de mémoire. Elles tendent à partir sans arrêt de 0, les nouvelles générations à peine sorties de l’enfance submergeant les anciennes. Et ces nouvelles générations ont la tête farcie de sornettes. Surtout l’intérêt fait loi.

Mais, à côté de cette forme d’élan produit par la volonté de puissance, des mécanismes sociaux, comme l’université ou les livres, maintiennent la mémoire du passé. Lorsque la réalité finit par attraper l’élan, les enseignements du passé ressurgissent.

Ce qui semble prouver que la raison a une certaine résilience.

Perdre pied

Drôle d’histoire. Il y a une quinzaine d’années sont apparues sur les plages de Vancouver des chaussures contenant des pieds.

Règlements de comptes entre gangsters locaux ?

Non. Tout tenait à l’invention d’un nouveau type de chaussure de sport, ultra légère. Les pieds appartenaient à des suicidés qui s’étaient retrouvés à la mer. Apparemment, il faut peu de temps à la faune marine pour trancher une jambe. Et les courants tendent à converger vers les mêmes plages.

Grâce à leur ADN on est parvenu à retrouver les propriétaires des pieds. Et à rassurer leurs familles, qui avaient enfin une réponse à leurs inquiétudes.

(D’après une émission de la BBC.)

La prochaine fois que la solution à une énigme nous paraîtra évidente souvenons-nous que nous avons toujours tort ?

Apprenti sorcier ?

Le pari de la spécialisation par les seules forces du marché est un échec, ose écrire Draghi. La dynamique vertueuse n’a pas été enclenchée : la concurrence devait générer efficacité productive et marges, lesquelles à leur tour devaient générer les investissements dans la R&D qui devaient favoriser la montée en gamme. Cette montée dans la spécialisation à son tour devait générer une hausse des exportations. Ce processus vertueux a été activement poursuivi et pour le favoriser on a banni les champions nationaux, les aides publiques ont été traquées et des politiques commerciales permissives ont été pratiquées.

Article concernant le rapport Draghi

Ce que l’on peut interpréter comme : ceux qui passent leur vie à faire des remontrances à la population, à la qualifier d’arriérée, avaient tort, et sont à l’origine de la situation regrettable de la nation.

L’erreur est humaine bien sûr, même si le coupable n’est pas la victime. Mais ce qui est curieux est que les critiques qu’adressent ses opposants au gouvernement ne parlent jamais de ce sujet. Elles sont de l’ordre au mieux du borborygme. Le gouvernement aurait-il le monopole de la raison ?

Dolente humanité

Ah ! la dolente humanité, toujours à se battre, à se dévorer, dans les parlements et sur les champs de bataille, quand donc désarmerait-elle pour vivre enfin selon la justice et la raison ?

Emile Zola

Effectivement, qu’elle est la recette de la raison ?

Mais, peut-être faut-il prendre le problème autrement ? Et si l’homme, contre toute attente, avait trouvé qu’il n’était pas normal de se battre ? Et s’il avait appelé la solution à ce problème « raison » ? Et s’il se demandait maintenant ce qu’il fallait mettre dans ce mot ?

Portrait de l’artiste enfant

Un privilège de l’âge est d’avoir pu observer le développement de l’homme, et peut-être surtout les relations entre générations et leurs conséquences.

Par exemple, il est surprenant de constater que ce qui pourrait paraître une petite particularité amusante de l’adulte peut avoir comme impact sur l’enfant. C’est ainsi que le parent découvre souvent que son enfant lui en veut « à mort », alors qu’il n’a rien vu venir.

Est-ce étonnant ? Les parents sont inexpérimentés. Ils sortent de l’enfance. Jusque-là on ne les prenait pas au sérieux. Ils étaient « mineurs ». Et, soudainement, on leur confie des êtres humains sans défense, sur lesquels ils ont droit de vie ou de mort. On peut difficilement imaginer changement plus violent. Cela ne peut que produire un cercle vicieux : au lieu de chercher le « juste milieu », l’enfant devenu adulte adopte l’opposé de ce qu’il croit avoir reçu, selon la fameuse formule : « je te donne ce que je n’ai pas eu ».

Or l’enfance et l’âge adulte sont extrêmement différents. L’âge adulte est une sorte de redoublement permanent : la vie fait du surplace. L’enfance au contraire est un moyen-âge de l’humanité où tout est merveilleux. Un monde de contes de fées, plein d’histoires. Où tout incident prend des dimensions fantastiques.

Ce qui amène à prendre conscience d’un mystère : la façon dont on devient homme. L’homme est le fruit d’une quantité d’influences, d’expériences, de hasards. Il y a certainement de l’inné dans sa constitution, mais il peut en sortir une infinité de solutions. Il semble donc illusoire de rêver d’une humanité douée de raison. Il faut s’attendre aux surprises de la diversité.