Raison d’être

En écoutant une émission traitant de sorcellerie et de possédés, j’ai pensé qu’ils ne paraissaient étranges que parce que nous les jugions du haut de siècles d’accumulation de connaissances.

Il est peut être bien plus étrange de penser que l’on puisse mettre la nature en équations.

Bien sûr, ces équations ne disent pas tout. Lorsqu’on veut les pousser un peu loin, elles débouchent sur l’absurde. Mais, tout de même, elles ont permis de construire un monde rassurant.

La raison semble le propre de l’homme. J’entendais une autre émission remarquer que dès que l’enfant jouait, il créait des règles. Nous semblons naturellement chercher à modéliser ce qui nous entoure, à en expliquer le comportement.

Cette raison donne-t-elle un sens, une direction et un but, à l’histoire, comme le pensait Hegel ? Finirons-nous dans un monde rationnel ? Un monde « artificiel » au sens d’Herbert Simon, que l’homme a créé à son image ? L’utilité des Trump, et de leur agitation folle, serait-elle de nous rappeler, de temps à autre, de ne pas nous endormir sur nos lauriers, et de reprendre conscience de la raison de règles qui sont devenues une seconde nature ? Mais serions-nous, tout de même, déterminés, par cette étrange faculté ?

Recul

Peut-on prendre du recul, par rapport à la situation de la France, et se hasarder à se demander la cause de notre mal ? Sachant que j’ai toujours tort, mon opinion doit être entendue avec méfiance…

En tous cas, voici mes hypothèses du moment.

  • Le mal viendrait de la politique de M.Macron. Il aurait accéléré celle de ses prédécesseurs. Elle consisterait à dépenser sans compter pour construire une France « à la mode », des « start-up » et des « premiers de cordée » vivant dans des « métropoles ». La France traditionnelle est saignée à blanc. Et ce pour financer les projets de M.Macron, mais aussi parce qu’elle doit disparaître.
  • Cette politique, comme celle de Lénine et pour les mêmes raisons, s’accompagnerait d’une hypercentralisation.
  • Conséquence : un trou sans fond, et des services publics de plus en plus inefficaces, car conçus pour servir cette politique, et non l’intérêt général.

Inverser ce cercle vicieux consisterait à comprendre :

  • Que l’avenir n’est pas dans le new space ou l’intelligence artificielle, châteaux en Espagne, mais dans la réinvention de ce qui fait notre vie (transport, construction, consommation d’énergie, loisirs, nourriture, etc.)
  • Que le service public doit servir le public.
  • Et peut être qu’il faut en revenir aux fondamentaux de notre République : les droits de l’homme et la raison. Car, en dernière analyse, c’est cela que nie la politique de M.Macron.

Le changement doit se faire « par en bas ». Le changement économique doit être tiré par l’initiative collective de l’entreprise locale, qui entraîne l’élu local, qui oriente l’action de l’Etat.

De même pour le service public. C’est aux unités locales, qui connaissent la réalité de la vie du citoyen, d’orienter l’action de leur hiérarchie, puis celle de l’Etat, de la « République », au sens de « bien commun », et non de dictature.

Quel est le rôle du gouvernement, dans ces conditions ? Ce que Kurt Lewin nommait le « changement planifié », condition nécessaire de la démocratie, selon lui. Le gouvernement doit synthétiser ce que disent les « hommes de terrain », qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur, et en tirer une ligne directrice, qui sera, ensuite, appliquée par les dits hommes de terrain, coordonnés par le sommet.

Spiritualisme

M.Trump est le rêve de l’intellectuel devenu réalité. En effet, ce dernier dénonce la main invisible de la raison s’abattant sur la société. Or M.Trump, c’est l’arbitraire au pouvoir. D’ailleurs, les nouveaux hommes forts qui dominent notre monde sont des hommes de foi. Ils croient, avant tout, à leur étoile et à la dernière idée qui leur a percuté le crâne.

Qu’est-ce que la raison ? peut-on se demander. C’est le contraire de la foi. Paradoxalement, c’est donc le doute. Que sais-je ? dit Montaigne. Voilà qui est inattendu. Car, le doute n’est-ce pas la négation de l’action ?

La caractéristique de l’homme est de chercher des lois à tout ce qu’il rencontre, en particulier aux phénomènes naturels ou aux comportements de ses semblables. (Il paraît que cela se voit dès l’enfance : quand l’enfant joue, il invente des règles.) Ces lois ont eu un certain succès, c’est la science actuelle. Mais elles sont aussi un échec : dès qu’on veut en faire des absolus, on rencontre l’absurde. Et si la raison était cette démarche de recherche permanente de « raisons », sachant qu’elles ne seront jamais satisfaisantes ? Et si c’était la démarche, et pas son résultat, qui comptait ?

Julien Benda

Julien Benda se disait « rationaliste ». Apparemment, cela signifiait qu’il n’y avait que les faits qui comptaient pour lui. Ce qui valait à Kant d’être disqualifié pour avoir voulu parler de morale. (Qui êtes-vous ? – Julien Benda – 1949, une rediffusion de France culture.)

Ce qui m’a fait me demander si la morale n’était pas rationnelle. Comme la religion d’ailleurs. Car elles permettent à la société de tenir. Et que serions-nous sans la société ?

Le coeur (et la société) a des raisons que la raison ne comprend pas ?

Consensus et conviction

Curieusement, le consensus des scientifiques ne convainc personne. Ou plutôt convainc la population que la science n’est pas sérieuse.

Je me demande si se convaincre de quelque-chose ne demande pas un exercice douloureux. Il faut qu’il y ait débat, désaccord. Alors l’intellect se met en marche. Il peut en résulter qu’il aboutisse à une conclusion opposée à sa position initiale.

(Socrate de Platon semble avoir procédé de la sorte. Pourquoi ne me convainc-t-il pas ? Pour moi, il utilise les procédés des sophistes. Il manipule son interlocuteur. Ce qui lui a manqué, selon-moi, est d’avoir cherché à le comprendre, d’avoir eu du respect pour un point de vue que ce dernier ne savait souvent pas exprimer.)

Conditionnement

Je fais beaucoup de conseil gratuit. C’est peut-être un mauvais investissement, pour ceux que j’aide, me demandé-je. En effet, je me rends compte que toute la valeur du conseil est dans la proposition. Elle force à une réflexion essentielle, et particulièrement créative.

On ne se rend pas compte à quel point nos actes sont conditionnés par les circonstances dans lesquelles ils se font.

Par exemple je me souviens d’un acteur porno, qui disait, dans je ne sais plus quel film (pas porno), qu’au fond, à la maison, il n’était pas mieux qu’un autre, il n’était bon qu’au travail.

Par ailleurs, il me semble, comme le disait Robert Solow, que, dans les cas graves, il est préférable qu’un médecin ne soit pas « aux pièces ». C’est la logique de l’hôpital. Je me méfie de la médecine de ville.

Comme pour l’IA, devrait-on se demander, avant chaque action, quel « prompt » adopter ?

Brésil

Manaus. Je découvre que, comme les grandes villes brésiliennes, c’est un lieu où l’on n’est pas en sécurité.

Cela m’a rappelé un livre que j’ai cité, Brazillionaires. Il semble que les riches n’ont pas voulu partager leur richesse avec les pauvres. Ils ont préféré vivre dans la crainte permanente du rapt, dans des bunkers, en se déplaçant en hélicoptère.

Du mystère de la création des cultures ? De la nécessité, et de la complexité, d’un changement qui obéisse un rien à la « raison » ?

Charles Dullin

Pour Charles Dullin, et quelques autres, le théâtre fut une passion. A tous les sens du terme.

Il aurait pu partir à Hollywood, il a choisi de diriger un petit théâtre, une vie de misère et les poursuites d’huissiers.

En l’écoutant dans Tchekhov, j’ai pensé à Spinoza. Spinoza faisait des passions le mal absolu. Alors que l’art n’est que passion.

Parce que, dans toute son irrationalité, la passion à tout de même quelque-chose à nous révéler ? Quelque-chose d’essentiel et mystérieux ? que les mots et la raison ne savent pas exprimer ? « On ne voit bien qu’avec le coeur » dit Saint Exupéry ?

(Toujours France culture : Prestige du théâtre, rediffusion d’une émission de 1969.)

Inconfort vital

En écoutant Vladimir Jankélévitch, je me suis demandé si faire ce qu’il demande n’exige pas « l’inconfort », ce que j’ai appelé « l’in quiétude ».

Comme souvent, il n’est peut-être pas possible de dire ce qu’il faut faire, mais, simplement, indiquer ce dont-il faut se méfier ? Ici ce serait donc le confort. A la fois le train-train de la routine, le contentement de soi résultant du travail bien fait, de la position sociale méritée, la retraite mais aussi l’opinion certaine, le raisonnement imparable que sélectionne, par exemple, l’école d’ingénieur française.

Comment vivre heureux et in quiet ? Un apprentissage ?

La terreur

Vis-à-vis de l’étranger, comme chez lui, M.Trump n’est que menace et intimidation.

Trump demands drug companies lower prices before end of September
US president threatens to ‘deploy every tool in our arsenal’ to protect Americans from ‘abusive drug prices’

Financial Times du 31 juillet

Il est fidèle à lui même. Ce comportement est ordinaire dans le monde des affaires américains.

Est-ce la fin d’une ère ? Après guerre, on prétendait au règne de la science et de la raison.

C’était une réaction à l’avant guerre, temps de déraison. Et à ses conséquence : une guerre qui a longtemps fait penser que l’on était passé au bord du précipice. Et que l’on n’en restait toujours dangereusement proche.

Va-t-on connaître le même phénomène ?