Fable de la grenouille à gros QI

Un ami me raconte l’histoire suivante. Deux grenouilles tombent dans un bac de lait. Impossible d’en sortir. L’une constate que tout effort est vain. L’autre s’agite comme une folle. Ce qui transforme le lait en beurre. Et elle s’évade.

La complexité selon Edgar Morin ? Le monde est incompréhensible à la raison. La vie de l’innovateur est celle d’une mouche contre une vitre. Il s’agite dans tous les sens. Il « pivote » dit-on maintenant. Mais, comme la mouche et la grenouille, il a tout de même une idée fixe : sortir à l’air libre.

Cette histoire prouve, paradoxalement, l’utilité de la raison. Une fois dans le beurre, la grenouille intelligente sort du pot sans effort. N’est-ce pas ce que nous apprennent les grandes écoles ? Enseignement si convaincant que notre élite a voulu se passer des inconvenants agités que nous sommes ?

Raison du plus faible

L’anglais dit « size matters ». Il n’y pas d’équivalent élégant en français. En tous cas, il semble que ce soit l’esprit de l’affrontement entre les USA et la Chine.

C’est un affrontement entre deux modèles de société. D’un côté c’est le chaos du marché, supposé créer le meilleur des mondes, de l’autre une économie planifiée. Mais, dans les deux cas, c’est un combat. La Chine veut faire ce que font les USA, en les ridiculisant.

Et elle va réussir. Seulement, mort où est ta victoire ? Tous les deux, que M.Macron aimerait tant pouvoir imiter, se battent pour du vent. Et à quoi cela sert-il de tuer ses clients ? L’économie de marché est un échange de différences.

L’histoire de l’humanité est-elle condamnée à être une succession de crises de la bêtise collective ? Ou la raison telle que ne l’envisageait peut-être pas les Lumières peut-elle nous sauver ?

Mythe et raison

Nos écologistes ne devraient-ils pas rendre visite aux Inuits ? Ils pensent que le chasseur ne tue pas l’animal, c’est l’animal qui se donne à lui. Voici qui pourrait remettre bien des consciences en paix.

Les mythes ressemblent aux histoires de fantômes que l’on racontait jadis à la veillée. Y croyait-on vraiment ? Se méprenait-on sur les embellissements poétiques que leur apportait le conteur ? L’homme a-t-il besoin de rêver ?…

La vertu des mythes était probablement que l’on voulait y croire, et qu’ils avaient une efficacité certaine. Lorsque ce n’était plus le cas, on les faisait évoluer.

Notre raison moderne serait-elle aussi un mythe ? Il est manifestement une illusion de croire que l’univers est rationnel. Tout au plus pouvons nous, a posteriori, modéliser approximativement certains phénomènes. Et ce peut être un mythe dangereux, car croire à l’équation rend aveugle à la complexité de l’univers, contrairement, peut-être aux mythes dits « primitifs » ? (Hannah Arendt pensait que la science était aliénation.)

(Origine : Les cosmologies, mythes et sciences du monde, une série de France culture.)

Charme discret de la bêtise

Aux USA, ceux qui réussissent sont considérés comme des dieux. Leur parole est évangile. Ce qui est curieux, car, il faut être singulièrement limité intellectuellement pour parvenir au succès dans les affaires : un monomaniaque obsédé par une idée fixe, selon les Anglo-saxons.

Mais la bêtise n’a-t-elle pas un autre mérite ? Les idées qui ont fini par triompher, en particulier celles qui m’ont été enseignées en MBA, sont souvent stupides : elles ne résistent pas à une analyse de trente secondes. Que dire de celles des soixante-huitards ? Tout l’art de M.Trump ? Nous prendre par surprise. On ne se défend pas contre ce que l’on ne prend pas au sérieux ?

N’est-ce pas ce qui s’est passé dans l’entreprise ? Beaucoup se savaient irremplaçables ? Ils n’ont offert aucune résistance aux manoeuvres politiques qui les ont mis au chômage. Ils ne pouvaient imaginer que leur employeur était suicidaire.

Un enseignement ? Il faut savoir « perdre son temps » ? Il n’y a pas d’idée stupide, contrairement à ce que m’a enseigné, cette fois, l’Education nationale. Tout ce que dit un homme mérite la plus grande des attentions. Et il faut être in quiet (en deux mots).

Vivre en société

Des entreprises constatent que leurs clients leur préfèrent les pays à bas coût, et qu’elles ne peuvent compter sur le gouvernement, alors elles décident de prendre leur sort en main, et, pour ce faire, elles s’unissent. Elles découvrent alors qu’elles avaient en elles tout un savoir faire inexploité.

Le fantasme des Lumières et de la société occidentale a été « l’homme libre », c’est à dire seul. Il en est résulté des utopies, qui ont produit des drames. Or, c’est la société qui assure la liberté de l’homme. Pour cela il faut savoir y vivre. Certaines circonstances sont favorables à l’entente cordiale.

Grande illusion ?

Rouleau compresseur chinois. Notre gouvernement prend conscience soudainement qu’il a vendu aux Chinois la corde pour nous pendre.

Si l’on en croit ce blog et bien d’autres observateurs, la manoeuvre crevait les yeux. Pourquoi notre élite ne l’a-t-elle pas vue ? Elle pensait, entend-on, que la Chine obéirait à la loi d’airain des économistes. Autrement dit, elle suivrait le chemin de l’Occident. Elle garderait l’activité la plus noble et confierait le sale boulot au miséreux. Et, le monde étant bien fait, il y aurait toujours des miséreux.

Voilà une loi agréable. N’est-ce pas son principal mérite ?

De l’esprit des lois

Pourquoi l’alcool pharmaceutique sent-il mauvais ? Pour que certaines personnes ne le boivent pas.

Les minorités délinquantes écrivent les lois. Et ces lois font que nous sommes traités comme des délinquants. Et elles sont tellement lourdes que, quasiment, seuls les malfrats ont les moyens d’en tirer parti, comme on les voit lors des procès américains.

Les Lumières ont cherché une solution à la question de la liberté de l’homme. Comment faire que l’homme ne soit pas dominé par l’homme ? La loi.

Seulement, elles ont confondu liberté et individualisme. Et cru que les rapports sociaux ne pouvaient qu’être « domination ». Or, une société saine s’autocontrôle, « équilibre des puissances ».

Le mal de notre société est là. Maslow disait que l’amitié était la psychanalyse de l’homme bien portant. De saines relations humaines évitent à l’individu de sombrer dans l’alcoolisme et à l’alcool pharmaceutique d’empester le monde.

Critique

Depuis une vingtaine d’années, et surtout depuis la crise de 2008, toute la croissance française vient des métropoles ; et cette croissance est largement redistribuée vers les autres territoires.

Pierre Veltz, cité par Vers un nouvel agir métropolitain

Il semble que, depuis quelque temps, nous soyons gouvernés par une classe de la population qui aime les villes. Et elle a inventé toute une théorie pour justifier sa croyance et nous y faire adhérer.

Théorie du complot ? Non. « Rationalisation » d’intérêt. Tout au plus peut-on y voir un défaut d’esprit critique. Il n’est pas enseigné.

A quoi tient le sort du monde ?

Jean Amrouche

Jean Amrouche fut une grand figure de la radio d’après guerre et un homme déchiré : il était à la fois viscéralement algérien et français. (Hommage.)

En écoutant son histoire, comme celle de Camus, on peut se demander pourquoi la société choisit les solutions à ses problèmes les plus dramatiques, les moins rationnelles, les plus stupides. Pourquoi un tel bain de sang, qui n’a fait que des victimes ?

Eviter ces désastres humanitaires était-il le programme que les Lumières fixaient à la raison ?

Fantôme

Apparemment, fantômes et revenants ne seraient pas la même chose. L’un serait bon, l’autre non.

Il y a quelque chose d’extrêmement rationnel dans ces croyances. A partir du moment où on les accepte, on prête aux « esprits » des comportements, en quelque-sorte, tout à fait raisonnables et prévisibles.

Mais ce irrationnel ne serait-il pas une raison que l’on ne comprend pas ? Il surgit par hasard et il survit parce que s’instaure dans la communauté qui le croit une sorte d’équilibre auquel il contribue. En cela, il est utile, il a une fonction, mais il n’est peut-être pas idéal. Une autre croyance aurait peut-être été plus bénéfique. D’ailleurs, il évolue à mesure que la société se transforme. On croit sincèrement à ce qui sert nos intérêts, dit-on.