Les historiens réécrivent l’histoire. Ils veulent la dégager de la perspective occidentale. C’est au tour de Magellan de passer en jugement.
Pour commencer, choc des civilisations. Magellan rencontre un peuple dont il doit adopter certains termes, car ils ne correspondent à rien de ce que connaît l’Europe. Voilà qui ébranle l’impérialisme occidental ! Non ? Mais n’est-ce pas ce qui s’est toujours produit lorsque deux peuples entraient en contact ? Chacun n’empruntait-il pas à l’autre ce qu’il trouvait intéressant chez lui ? Preuve de curiosité, pas de totalitarisme ?
On poursuit. Magellan n’a pas fait le tour du monde. Il est mort en cours de route. Faut-il glorifier celui de ses capitaines qui est parvenu à bon port ? Ou l’esclave, qui lui servait de traducteur, comme on l’entend depuis quelques années ? Et comme le penseraient ses compatriotes ? Ce qui au fond est curieux, car, en son temps, ils n’ont certainement accordé aucun intérêt à Magellan et à la question du « tour du monde », qui était une obsession européenne.
Décidément, ni le colonisé, ni l’historien ne parviennent à se débarrasser de l’impérialisme occidental ?
(Mais, au fait, s’il n’y avait pas eu de Magellan, y aurait-il eu tour du monde ?)