Audiard

Le nom Audiard évoque de bons mots. En fait, son talent tenait à ses dialogues. Ils ne me frappent pas par leurs formules heureuses, mais, au contraire, par leur naturel. Curieux, c’était probablement un langage fabriqué, mais qui paraissait naturel.

Est-ce cela le véritable art ? Un artificiel qui paraît plus naturel que le naturel (qu’a essayé de reproduire la nouvelle vague ?) ?

(France culture.)

Eric Rohmer

Avant Serge Daney, il y eut Eric Rohmer. Illustration de la théorie de la bonne personne au bon moment ? Il doit sa carrière à un article qu’il envoie à un magazine de cinéma d’après guerre. Petit à petit se constitue un petit groupe de critiques, jeunes comme lui. Ils ont des goûts nouveaux. Ils vantent la mise en scène et le réalisateur. En particulier celui du film à grand public américain.

Quand ils passent à la réalisation, c’est la surprise : leurs films ne reflètent en rien ce qu’ils disaient aimer.

(France culture.)

Serge Daney

Serge Daney fut un critique de cinéma, mort prématurément.

Est-ce les circonstances qui font le critique ? Il est arrivé au bon endroit au bon moment, à la fin des années 50 ? En seconde, il a rencontré un professeur qui préparait au concours à une école de cinéma. Et, en ces temps, en seconde, on était déjà un homme.

Plus surprenant ? Ses critères de choix : « les minorités ». Il semble avoir eu la révélation que, dans le cinéma (et ailleurs), seul comptait la défense des minorités. De la simplicité de la critique ?

(France culture.)

Buster Keaton

Le modèle des comiques anglo-saxons était français ! On oublie que la France fut une grande nation !

On oublie aussi qu’au temps du muet, les comiques étaient des athlètes exceptionnels qui avaient tous les dons et qui jouaient leur vie sans arrêt, le trucage n’existant pas. Ils étaient leurs propres réalisateurs. Ils étaient riches et fameux. Avec le parlant tout a changé. Peut-être pas tant à cause de la parole que des producteurs, hommes d’affaires sans scrupule, qui appliquaient des recettes ?

Curieusement, Buster Keaton devrait de ne pas avoir été oublié à la France. (Nous lui avons été reconnaissants d’avoir cultivé notre art ?)

Festival de Cannes

Paris brûle-t-il, Le monde du silence et Le salaire de la peur ont reçu la palme d’or de Cannes. Après guerre, la palme allait à des succès populaires. Que les choses ont changé ! (Une émission de France culture de 1991.)

Mais, alors, les meilleurs réalisateurs faisaient des films populaires. Aujourd’hui, ils doivent choisir entre le marché de masse et l’idée socialement avancée (récompensée par Cannes) ? Le talent se serait réfugié dans la série de Netflix (que je connais par oui-dire), mais la profondeur ne l’a pas suivi ?

Roger Leenhardt

Roger Leenhardt est l’homme qui a inspiré la « nouvelle vague ». Voici qui est intéressant ! Mais, j’en fus pour mes frais : l’émission parle de tout sauf de cet épisode de sa vie.

Roger Leenhardt fut un touche à tout. Je retire de son histoire, une fois de plus, que, après guerre, lorsque l’on avait le bac, tout était possible. Et, l’enseignement supérieur n’apportait aucun prestige supplémentaire. Il bridait plutôt le talent.

Quant au cinéma, ses goûts ne paraissent pas révolutionnaires. Il appréciait Renoir. Il pensait que le cinéma avait mal tourné. Il doit réunir l’esthète et le grand public, alors que, aujourd’hui, il s’est séparé entre eux. Une exception qui confirme la règle ? Eric Romer.

Julien Duvivier

Lointaine émission. Julien Duvivier raconte sa vie. Humour un peu grinçant. Tout semble facile. Les films s’enchaînent.

Vraiment ? Il évoque, mais brièvement, quelques difficultés. Comme les malédictions qui semblent s’être abattues sur lui et son équipe lors d’un tournage d’un film ayant pour sujet la malédiction.

Alors, que reste-t-il de son oeuvre ? Des fils « datés » ?

Il a dû changer la fin de « La belle équipe », pour qu’elle soit heureuse, ce qui a donné un succès, mais vidait l’oeuvre de son sens. Et s’il en avait été ainsi pour tous ses films ?

La femme et l'écran

Les femmes à l’écran, la face cachée du cinéma – Seulement 34 % des rôles sont tenus par des actrices révèle une étude portant sur 3 770 films sortis entre 1985 et 2019. (Le Monde) 

Comment interpréter cette nouvelle ? 

  • Discrimination machiste ? 
  • C’est l’homme qui fait vendre, parce que c’est la femme qui achète ? 
  • Autre ?
Attention, complexité. Méfions-nous de notre pensée simplifiante, dirait Edgar Morin ?
(Un jour, je suis tombé sur une étude du wikipedia anglais, quasi anthropologique, concernant le cinéma porno. On y apprenait que le mâle, pour diverses raisons, n’y pèse pas lourd, c’est au mieux un intermittent. Les stars du porno sont des femmes. Comment Le Monde interpréterait-il cette nouvelle ?)

Maurice Pialat

Emission sur le cinéaste Maurice Pialat

Il n’appartenait pas à la « nouvelle vague ». Cette vague « anti système » aurait, paradoxalement, profité du système. Ce qui lui aurait rendu facile l’accès aux fonds nécessaires à la réalisation de films. Lui a dû manger de la vache enragée pendant de longues années. 

La réalisation d’un film était incertitude et angoisse. Avec lui la vie des acteurs et de l’équipe de tournage était douloureuse. Les licenciements fréquents. 

Qui voudrait travailler dans ces conditions ? me suis-je demandé. Et aussi : pour l’artiste, l’art n’est-il pas un absolu qui justifie sa « domination » ?

Margaret Ménégoz

Margaret Ménégoz : une vie pleine d’enseignements ? (A voix nue de France Culture, la semaine dernière.)

Margaret Ménégoz dirige les « films du Losange », qui sont connus pour avoir était le véhicule d’Eric Rohmer (en fait, ils auraient été créés par Barbet Schroeder).

A la fin de la guerre, sa famille fuit la Hongrie, occupée par les Russes. Elle émigre en Allemagne. Margaret Ménégoz ne veut pas faire d’études, mais, probablement s’évader de chez elle. Elle part en Suisse. Le hasard fait qu’elle rencontre un réalisateur de documentaires français, qu’elle épouse. Puis, voulant rester en France, pour élever ses enfants, elle cherche un emploi et trouve celui de femme à tout faire des films du losange. Depuis, elle a produit quelques-uns des chefs d’oeuvre du cinéma européen. Et cela dans une logique d’indépendance totale : pas de subvention, le budget du film est calculé en fonction de ce qu’il va rapporter. Un premier film doit toujours être rentable, pour qu’un autre puisse faire des pertes.

Que signifie « producteur » ? Sélectionner des films, puis s’occuper de tous les côtés pratiques du tournage, qui n’est qu’une succession de problèmes matériels, guider le réalisateur (dont la caractéristique première n’est pas le bon sens), et, finalement, organiser la distribution. Le tout en respectant le budget prévu.

Aujourd’hui, alors que le métier s’apprend par la pratique, on en est arrivé à croire que le producteur devait être diplômé d’une grande école. Mal français ?