Idée d’Europe au XXème siècle

DU RÉAU, Elisabeth, L’idée d’Europe au XXème siècle, Des mythes aux réalités, Éditions complexes, 2008. Voici ce que je retiens de ma lecture :
La préhistoire
L’idée de l’Europe est presque aussi vieille que le monde. Héritage déterminant son caractère ? La Grèce lui aurait apporté la raison, Rome l’organisation et le christianisme la conscience. Géographiquement, son cœur serait l’empire de Charlemagne. L’idée d’une union européenne qui rendrait impossibles les guerres apparaît au quinzième siècle. Elle est théorisée par Rousseau et Kant.
Déclin inéluctable
Dès la fin du 19ème siècle, le sentiment du déclin inéluctable des nations européennes, la désillusion vis-à-vis de la science et du progrès, amène à envisager une union en guise de nouvel idéal. Une première tentative sérieuse de mise en œuvre pratique est faite après la seconde guerre mondiale, notamment poussée par Aristide Briand. (Déjà on voit apparaître, en Angleterre, l’idée qu’une Europe politique n’est pas immédiatement possible. Il faut commencer par une Europe économique, qui installera la solidarité entre nations et préparera le terrain pour une Europe politique.) Mais, en supposant que ces projets aient pu réussir, le nazisme met fin à tout espoir. La construction européenne reprend après la seconde guerre mondiale.
L’Amérique et l’URSS
Sans l’impulsion de l’Amérique, sans la guerre froide, l’Europe aurait-elle vu le jour ? « l’idée d’Europe, celle d’une démocratie nouvelle fondée sur une solidarité et une fraternité qui s’expriment dans une grande fédération européenne aurait été ruinée en quelque sorte par la Guerre froide qui a au contraire poussé à l’organisation d’une Europe construite autour de l’économie et des impératifs de défense du monde occidental. » (Antoine Fleury et Robert Frank)
L’Amérique veut une Europe puissante. Le plan Marshall, qui a pour objet d’éviter à l’Europe une déstabilisation soviétique, exige un organisme de coordination européen (OECE), première institution européenne. Et c’est la pression américaine qui forcera l’Angleterre, favorable à une zone de libre échange, à accepter des projets d’union plus étroite.
La paix et l’éradication du nationalisme.
Parmi les raisons de création de l’Europe se trouve évidemment la nécessité de mettre un terme aux guerres européennes. Il semble que ce soit le projet d’origine, celui de Briand. Il s’agit de dissoudre les nationalismes fauteurs de guerre au sein d’une entité qui les contrôlerait. Ce qui signifie, avant tout, réconcilier France et Allemagne. La Guerre froide accélérera le mouvement, en montrant que le danger n’est plus l’Allemagne.
L’Europe géographique.
L’Europe n’est pas considérée au départ, du moins en Europe continentale, dans son acception restreinte actuelle. Elle doit aller en Russie. On cherche à y associer l’URSS, jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’elle a d’autres projets (coup de Prague puis blocus de Berlin, en 1948).
Les droits de l’homme et démocratie
Les droits de l’homme et les valeurs démocratiques ont probablement une place importante parmi les valeurs fondatrices de l’Europe. Premièrement en réaction aux exactions commises durant la guerre, mais aussi, surtout peut-être, en réaction à la menace soviétique qui force les démocraties de l’Ouest à serrer les rangs.
Fédéralisme et unionisme
L’histoire de l’Europe c’est celle de l’affrontement de deux idées irréconciliables. D’une part celle d’une fédération, d’une nation européenne, d’un « espace chrétien », d’autre part celle, anglaise, d’une zone de libre échange ouverte sur le « grand large », et liée aux USA, mais qui, probablement, n’inclurait pas une Angleterre jalouse de son indépendance et, finalement, hyper nationaliste.
En fait, il y a très peu de chances qu’une communauté apparaisse. Les fédéralistes semblent avant tout des utopistes, ou des technocrates. En particulier, ils croient qu’élire une assemblée européenne au suffrage universel va créer un sentiment d’appartenance. 60 ans d’échec.
La seule méthode qui paraît avoir réussi un tant soit peu à unifier les Européens, a été celle de ses pères fondateurs (principaux : Schuman, Adenauer, Monnet, de Gasperi). « (l’Europe) se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait » R.Schuman. C’est ce qu’on a appelé le « fonctionnalisme », ou la politique des « petits pas ». De 1948 à 1951 naissent Union occidentale, Organisation européenne de coopération économique, Conseil de l’Europe (première assemblée européenne). Puis c’est la première communauté, à 6, la ceca (Communauté européenne du charbon et de l’acier).
Elle était sur le point de produire une armée européenne (Communauté Européenne de Défense) et une Communauté Politique Européenne, projets portés par la France et approuvés par les Etats qui auraient dû y participer, lorsqu’une résurgence nationaliste, sous les traits de De Gaulle, la torpille (1954).
Un organisme contre nature créé par les USA ?
Faute d’avoir poursuivi cette politique, l’Europe semble un être étrange, sans tête et sans âme. Pour ménager la chèvre et le chou, les conceptions opposées anglaise et fédéraliste (technocratique ?), tous ses textes fondateurs sont ambigus, donc sans efficacité, à commencer par le traité de Rome qui crée la CEE (1957).
D’ailleurs, tout est contradictoire dans les influences qu’elle subit. L’Amérique, par exemple, désire une Europe forte. Mais elle a peur d’une forteresse économique. (Ainsi, l’OECE, contrepartie du plan Marshall, veille au libre échange.) N’est-ce pas pour cela que l’Europe n’arrive pas à construire de projet commun, qu’elle n’a pas d’armée, et que l’OTAN (créé en 1950) demeure la seule solution aux problèmes de sécurité européens, au grand dam semble-t-il des USA ?
Eh puis, fallait-il faire entrer l’Angleterre dans l’Europe ? Les Anglais, notamment Churchill, y étaient opposés. A-t-elle été contrainte de nous rejoindre par l’Amérique, et sa vision du monde aculturelle ? L’Angleterre en dindon de la farce et non en complice ?
Toujours est-il que l’Union Européenne est faite de peu de valeurs partagées. Et, comme elle ne s’est pas donnée les moyens d’en créer, il est vraisemblable que l’entrée des pays de l’est, porteurs de cultures éloignées des nôtres, ne fera qu’amplifier la cacophonie.

Compléments :

Santé

Dans un billet je disais que la réforme du système de santé américain faisait l’unanimité. J’ai compris pourquoi : les dépenses de santé vont éliminer la croissance du PIB national des 30 prochaines années ! Si rien n’est fait le pouvoir d’achat de l’Américain, hors santé, devrait rester quasiment constant.

Il y a aussi quelques effets pervers secondaires : 49m de personnes pas assurées (peut-être 62m dans 10 ans), ça signifie des gens en mauvaise santé, donc pas productifs, et pas de prévention, donc des maladies graves et coûteuses. Par exemple.

Je me demande si, comme pour le phosphore d’un billet précédent, on n’a pas ici un phénomène général. La finance américaine, en quelques décennies, a multiplié par 4 sa part des bénéfices américains. La profession médicale a réussi probablement un bien plus gros hold up. Comme en Russie, ceux que la société avait postés à des positions critiques pour son existence (flux financiers, santé) ont exploité leur situation pour la vider de ses richesses. Ne nous encourrageait-on pas à nous enrichir ?

Améliorer l’efficacité du système de santé américain semble difficile. Sa complexité et son irrationalité font irrésistiblement penser à ceux du modèle économique russe et les systèmes d’assurance maladie européens sont inacceptables pour l’Américain qui ne tolère que ce qui est privé. Comme l’économie russe, la santé américaine trouvera sûrement un équilibre satisfaisant pour la culture locale, mais bien loin de l’optimum économique ou humain.

Compléments :

Russie à toute épreuve

La Russie. Son autocratie, sa corruption, la faible productivité de ses entreprises, son inflation chronique, sa dépendance quasi exclusive vis-à-vis du pétrole… Cela ne correspond pas aux critères d’efficacité du capitalisme occidental. Mais le pays fonctionne.

Depuis les années 90, la crise est devenue la norme, et la population et ses gouvernants ont appris à s’y adapter.

Leçon pour apprenti leader du changement : les organisations (sociétés ou entreprises) sont bien trop complexes pour que l’on puisse leur dicter un comportement idéal ; au contraire, si l’on veut les aider il faut s’adapter à leur « nature ». Et la nature de la Russie n’est pas la même que celle des USA.

Compléments :

Histoire de la Russie et de son empire

En lisant Max Weber, je me suis demandé pourquoi il semblait voir la Russie comme un mal menaçant d’anéantir la civilisation. Haine éternelle de l’Allemand pour le Slave ? J’ai cherché à me renseigner et j’ai acheté Histoire de la Russie et de son empire, de Michel Heller, Flammarion 1999. 1000 pages sur les dix siècles qui ont précédé le communisme (qui a droit à un bref chapitre de conclusion).

Je n’ai pas eu la réponse à ma question. En tout cas, ce livre est remarquable, et remarquablement facile à lire. Au fond ce que je cherchais était, comme d’habitude, d’identifier les « invariants » du comportement russe. Là aussi, je ne suis pas sûr d’avoir atteint mon but. Voici ce que je retiens :
Impérialisme défensif
Ce qui semble pousser la Russie depuis ses origines, c’est un « impérialisme défensif » : à chaque fois qu’elle conquiert un nouveau pays, elle se sent menacée par ses nouveaux voisins, qu’elle se sent obligée de conquérir.
Son histoire, parti communiste inclus, paraît celle de cette expansion. Au début, au neuvième siècle, c’est l’instabilité. Les Varègues (les Vikings de l’est de l’Europe) puis les Mongols apportent un début d’organisation et de civilisation. Progressivement un pouvoir central apparaît, l’autocratie, marque de fabrique de la Russie quasiment jusqu’à nos jours. Le régime se transforme par étapes. Initialement, du haut en bas, la Russie est construite sur le modèle du servage. La noblesse doit un service obligatoire à l’Etat. Pour lui fournir les moyens dont elle a besoin pour sa mission, elle reçoit des terres et des paysans. En 1762 la noblesse est libérée du service obligatoire. Les paysans, eux, perdent le peu de liberté qu’ils avaient (celle de changer de propriétaire) et deviennent esclaves. Il faut attendre 1862 pour qu’ils soient libérés. Mais ils demeurent liés à une sorte de commune paysanne. Peu de temps après, le pays découvre son retard sur une Europe transformée par la révolution industrielle. Pour financer son comblement, le gouvernement russe a besoin que sa population soit riche donc entreprenante. Le Moujik doit découvrir l’individualisme, et le pays un semblant de démocratie. Comme souvent, le relâchement des contraintes va produire la dislocation. Un empereur faible, des aventures guerrières malencontreuses (guerre contre le Japon) qui révèlent cette faiblesse, l’agitation d’un parlementarisme mal maîtrisé et révolution.
Expansion, autocratie et Occident
C’est l’instabilité interne à la Russie qui en a été la cause. Pas la guerre de 14, qu’elle était en train de gagner. Car la Russie est indestructible : elle n’a jamais subi plus que des revers, son expansion a toujours repris. Sa force était son immensité, et sa capacité à sacrifier son peuple. (Et aussi peut-être une sorte d’humilité qui lui permettait d’absorber les innovations extérieures.) D’ailleurs, elle est toujours apparue une grande puissance à ses contemporains. La remarque de Tocqueville que j’ai citée plus bas, selon laquelle la Russie et l’Amérique domineraient le monde, a frappé ses contemporains par la place qu’elle donnait à l’Amérique. Si aujourd’hui la Russie ne nous impressionne plus, c’est probablement de la faute de l’invention du nationalisme. Les populations des marges russes se sont vues comme des nations colonisées, ce qu’elles n’ont pas accepté.
La Russie se dit de temps à autres « asiatique ». Probablement pour se démarquer de l’Occident. Car, en dehors de son territoire, rien de sa culture ne semble particulier à l’Asie, beaucoup y est réaction à l’Occident. Depuis l’origine elle semble courir derrière les idées et le progrès occidental tout en ayant la plus grande des peurs d’y perdre son âme. D’où son inquiétude vis-à-vis du totalitarisme catholique.
Communisme et avenir
Il est tentant de voir le communisme comme un refus du changement, ou, au moins, une transition plus douce que celle qu’entrevoyait l’administration de Nicolas II. Là où cette dernière proposait individualisme et démocratisation et semblait incapable d’endiguer le sécessionnisme des nations périphériques, l’URSS a maintenu l’autocratie, la communauté paysanne et agrandi l’empire russe, tout en poursuivant le progrès économique occidental.
Il est aussi tentant de penser qu’elle n’est pas bien équipée pour le monde d’aujourd’hui : son expansionnisme est bloqué, sa capacité à sacrifier son peuple est de peu d’utilité, et il n’est pas très entreprenant.
Compléments :
  • Il semble qu’il y ait une similitude certaine entre la motivation et les résultats des réformes faites par Nicolas II et Gorbatchev. Faut-il avoir une poigne de fer pour guider un pays sur le chemin de la liberté ? (Voir aussi Louis XVI en leader du changement.)
  • Sur les réformes post Gorbatchev : Changement en Russie.

Changement en France

2 hasards convergents, me font me demander si notre pays ne se transforme pas plus vite qu’on ne le pense :

  1. Discussion avec un avocat, qui me dit que la profession est désorientée par la législation frénétique du gouvernement. Empilage de lois, mais surtout incohérence : que faire quand des lois s’opposent ? C’est la logique de l’édifice, bâti par Napoléon, qui vacille. L’équilibre des forces, fondamental pour tout système juridique, est mis en cause ; des ajouts inspirés de la Common Law anglo-saxonne font perdre toute rationalité au système.
  2. Je lis les déclarations du directeur d’une grande école française, qui veut visiblement faire de son établissement un concurrent de Harvard : quelque chose de gros (donc ouvrir en grand ses portes), un centre de recherche qui lève des fonds. Mais pourquoi ? Les universités américaines sont, justement, des universités, les grandes écoles françaises sont l’équivalent d’un département ; ces universités sont divisées en une partie « éducation » (undergraduate), qui a pour but la formation de cadres de la société, et en une partie recherche (post graduate studies), nos grandes écoles correspondent à la première fonction ; enfin les directeurs de ces universités sont des sommités internationales dont le rayonnement est équivalent à celui d’un patron de multinationale, ce qui n’est pas le cas des directeurs de grandes écoles (des anciens élèves qui ont trouvé l’entreprise inhospitalière).

Le modèle anglo-saxon est discrédité et pourtant il nous contamine comme jamais. Pourquoi ?

  • Comme je l’ai dit ailleurs, le changement est ce qu’en fait celui qui l’applique. Ce que nous voyons là n’est pas l’esprit des réformes (le gouvernement ne veut évidemment pas désorganiser le pays), mais ce qu’en fait l’administration, qui n’est pas contrôlée.
  • Le modèle libéral est formidablement efficace parce qu’il joue sur les faiblesses d’une société. Ceux qui sont frustrés par leur insuffisante réussite sociale l’entendent comme un encouragement à détruire une organisation injuste. Comme les oligarques russes, ils emploient tous les pouvoirs que leur a donnés la société pour construire un édifice à leur gloire, et la disloquer.

Tout le système public français semble partir en morceaux. Une sorte de lèpre. Va-t-on bientôt se retrouver comme dans les pays anglo-saxons devoir payer à prix d’or des services qui jusque-là étaient gratuits ? Devra-t-on avoir peur à chaque fois que l’on monte dans un train, ou que l’on entre à l’hôpital ? La femme d’un ami, qui vient d’arriver aux urgences d’un hôpital parisien : J’ai connu les urgences il y a 10 ans – ce que c’est devenu est inimaginable. Et je ne parle pas de la faune qu’on y trouve mais du système d’admission aux soins.

Mais le pire des dangers n’est pas de devenir l’Angleterre de Dickens, mais l’Afrique. Greffer une culture sur une culture incompatible produit perte d’âme et dévastation. Est-ce une maladie dont on peut se tirer ?

Scénario « trou noir » : confirmation ?

Martin Wolf, important journaliste économique du Financial Times, reprend l’analyse de Simon Johnson (Trou noir).

Il dit ne pas être tout à fait d’accord avec lui. Mais je ne vois pas où. Il approuve l’hypothèse d’une oligarchie américaine dominante qui ne veut pas se remettre en cause, alors que le chaos menace. Peut-être, seulement, est-il choqué que Johnson dise que l’Amérique de Lincoln est dans la même situation que la Russie de Poutine : « dans beaucoup d’économies émergentes, la corruption est massive et déclarée. Aux USA, l’influence vient autant d’un système de croyances partagées que du lobbying » ?

En tout cas, le problème reste le même : un pays irréformable. « Les USA sont pris entre la peur de la faillite de l’élite et la répugnance pour les plans de sauvetage du public ». Pour Wolf, il va falloir envisager la faillite.

J’en tire deux observations :

  1. Le gouvernement américain semble dans une situation décrite par le sociologue Merton : il est face à un problème qu’il ne sait pas résoudre. Pour s’en tirer, il est en grand danger de faire appel à « l’innovation », à la triche.
  2. Plus bizarre : la force de Barak Obama c’est d’être capable d’affronter ce type de problèmes et de leur trouver une solution « conforme ». Mais que fait-il ?

Complément :

Trou noir

Dans The Atlantic Online, l’ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, explique que la situation actuelle de l’Amérique est celle des républiques bananières que secourt régulièrement le FMI. Bien sûr, il n’est pas possible de traiter la superpuissance mondiale comme tel. La crise de 29 ne sera donc qu’une douce farce de l’histoire par rapport à celle qui se prépare.

La chute de la République bananière, un cas

Les pays qui ont connu des faillites ces derniers temps suivent une voie relativement prévisible. Une oligarchie, fruit du « partenariat public-privé », se constitue à leur tête. En période faste, ses initiatives profitent à tous. L’appât du gain lui donne de plus en plus d’ambition, elle prend de plus en plus de risques, accumule les dettes. Ça claque. Le gouvernement répare les premières faillites, en ami, par détournement de bien social. Mais la crise dépasse ses moyens, et la question devient : quel oligarque doit être sacrifié ? C’est presque un appel au suicide. La question peut donc demander des années pour être tranchée, et le pays trépasser.

La Russie actuelle traverse cette phase.

L’Amérique comme application

La couche oligarchique américaine s’est constituée ces 25 dernières années. L’élite du pays est faite de financiers qui entremêlent, comme les grands commis de l’état français (mais en sens opposé), passage du privé au public et inversement. D’ailleurs la finance est vue comme un service public dont la mission est le bonheur mondial. On avait une telle confiance en sa sagesse, et si peu en celle du reste de la planète, qu’on lui a confié la gestion de ses risques.

Jusqu’ici la crise a été un petit arrangement entre amis. Le règlement des premières faillites a été l’occasion de quelques dons généreux. Mais, aujourd’hui, toutes les grandes banques sont en faillite virtuelle. Seulement, elles ne peuvent pas le dire. Alors le gouvernement américain a recours à une créativité qui évoque le meilleur d’ENRON : non seulement il masque des subventions colossales par des dispositifs d’une extrême complexité, mais il a mis la main sur d’énormes sources d’argent sans autorisation de qui que ce soit.

Le dernier plan de Timothy Geithner en est un exemple. Il lui aurait été suggéré par la profession financière. Elle a trouvé le moyen de payer aux banques leurs actifs à risque au dessus de leur prix (de ce fait les sauvant), et de faire que ceux qui les achètent s’enrichissent (à tel point qu’un autre article pense que les banques pourraient racheter leurs propres actifs – par des structures hors bilan). Bien entendu, c’est le contribuable qui paie ce beau tour de passe-passe.

Il n’est pas possible de prévoir l’avenir. Mais, comme le dit mon premier livre, la méthode des scénarios peut y aider.

Le scénario FMI

Si le FMI devait intervenir, il imposerait une nationalisation des banques, qui seraient nettoyées et revendues par appartements ; et un renouvellement de l’élite dominante. Pour que celle-ci ne puisse pas se reconstituer en oligarchie, il faut détruire ses véhicules de pouvoir (découpage des banques, lois anti-trusts, mécanismes anti-accumulation de fortune…).

Ce scénario n’a aucune chance de réussir : l’Amérique donne des leçons au monde.

Le Scénario russe

Les petits arrangements entre amis se poursuivent, ainsi que les faillites. Le chaos économique s’installe pour longtemps, car il a l’intérêt de masquer les culpabilités. De l’oligarchie on passe au grand banditisme. Allemagne années 30 ?

L’abîme

Un scénario favorable, quand même. L’économie mondiale s’effondre, l’Europe de l’est est balayée, emmenant avec elle les banques et l’économie de l’Europe de l’Ouest, les pays émergents sont terrassés par leur dépendance à l’exportation. Les USA finissent par être touchés. Ils sont forcés de revenir à la raison.

Compléments :

Du nouveau sur l’Est ?

Suite d’enquête (The whiff of contagion, The bill that could break up Europe) sur l’Europe de l’Est.

Ses citoyens, ses entreprises et ses nations auraient voulu rattraper l’Occident en marche forcée. Non seulement en s’endettant, mais surtout en s’endettant – à 90% en 2008 – en monnaie de l’Ouest (auprès de banques italiennes et autrichiennes), qui avaient l’avantage de taux faibles. La convergence vers l’Euro étant certaine, cela semblait judicieux. Ça l’est moins aujourd’hui : les monnaies de ces pays étant dévaluées, les emprunts vont être difficiles à rembourser.

Même les entreprises russes devraient 100md$ à l’Ouest.

D’après ce que je comprends, le libéralisme y a eu un grand prestige. On y rêvait d’Amérique et pas d’une Europe évidemment ringarde (Allemagne et France).

Aujourd’hui, c’est à la dite Europe ringarde que l’on demande de l’aide. L’Amérique est indifférente. L’Allemagne commence à être sérieusement lasse (Europe’s reluctant paymaster) d’avoir à réparer les effets de l’inconscience collective. L’argument qu’on lui sert est toujours le même : certes elle n’y est pour rien, mais si elle ne fait rien, elle va disparaître avec les coupables.

Début d’enquête : Europe de l’est : bombe à retardement ?

La Chine sort de l’économie de marché

L’offensive mondiale de la Chine pour « sécuriser » ses matières premières :

Production de minerais et d’énergie : la Chine achète tout ce qu’elle peut. L’Australie est en coupe réglée (Rio Tinto, Fortescue Metals, OZ Minerals…), le Brésil presque autant, le pétrole de Sibérie va profiter d’une exploitation chinoise…

Tout cela est rendu nécessaire par une relance qui construit de l’infrastructure. Ou par une volonté de s’extraire du diktat d’une très dangereuse économie de marché (Stratégie de la Chine) ?

Complément :