- Autres réflexions sur le sujet : L’Europe difficile.
Étiquette : Russie
Santé
Dans un billet je disais que la réforme du système de santé américain faisait l’unanimité. J’ai compris pourquoi : les dépenses de santé vont éliminer la croissance du PIB national des 30 prochaines années ! Si rien n’est fait le pouvoir d’achat de l’Américain, hors santé, devrait rester quasiment constant.
Il y a aussi quelques effets pervers secondaires : 49m de personnes pas assurées (peut-être 62m dans 10 ans), ça signifie des gens en mauvaise santé, donc pas productifs, et pas de prévention, donc des maladies graves et coûteuses. Par exemple.
Je me demande si, comme pour le phosphore d’un billet précédent, on n’a pas ici un phénomène général. La finance américaine, en quelques décennies, a multiplié par 4 sa part des bénéfices américains. La profession médicale a réussi probablement un bien plus gros hold up. Comme en Russie, ceux que la société avait postés à des positions critiques pour son existence (flux financiers, santé) ont exploité leur situation pour la vider de ses richesses. Ne nous encourrageait-on pas à nous enrichir ?
Améliorer l’efficacité du système de santé américain semble difficile. Sa complexité et son irrationalité font irrésistiblement penser à ceux du modèle économique russe et les systèmes d’assurance maladie européens sont inacceptables pour l’Américain qui ne tolère que ce qui est privé. Comme l’économie russe, la santé américaine trouvera sûrement un équilibre satisfaisant pour la culture locale, mais bien loin de l’optimum économique ou humain.
Compléments :
- Le marché contre l’homme (les raisons culturelles de l’inefficacité américaine).
Russie à toute épreuve
La Russie. Son autocratie, sa corruption, la faible productivité de ses entreprises, son inflation chronique, sa dépendance quasi exclusive vis-à-vis du pétrole… Cela ne correspond pas aux critères d’efficacité du capitalisme occidental. Mais le pays fonctionne.
Depuis les années 90, la crise est devenue la norme, et la population et ses gouvernants ont appris à s’y adapter.
Leçon pour apprenti leader du changement : les organisations (sociétés ou entreprises) sont bien trop complexes pour que l’on puisse leur dicter un comportement idéal ; au contraire, si l’on veut les aider il faut s’adapter à leur « nature ». Et la nature de la Russie n’est pas la même que celle des USA.
Compléments :
- L’article dont je tire ces idées : A new sick man.
- La nature de la Russie (?) : Changement et Russie.
- Précédente crise : Changement en Russie.
Histoire de la Russie et de son empire
En lisant Max Weber, je me suis demandé pourquoi il semblait voir la Russie comme un mal menaçant d’anéantir la civilisation. Haine éternelle de l’Allemand pour le Slave ? J’ai cherché à me renseigner et j’ai acheté Histoire de la Russie et de son empire, de Michel Heller, Flammarion 1999. 1000 pages sur les dix siècles qui ont précédé le communisme (qui a droit à un bref chapitre de conclusion).- Il semble qu’il y ait une similitude certaine entre la motivation et les résultats des réformes faites par Nicolas II et Gorbatchev. Faut-il avoir une poigne de fer pour guider un pays sur le chemin de la liberté ? (Voir aussi Louis XVI en leader du changement.)
- Sur les réformes post Gorbatchev : Changement en Russie.
Changement en France
2 hasards convergents, me font me demander si notre pays ne se transforme pas plus vite qu’on ne le pense :
- Discussion avec un avocat, qui me dit que la profession est désorientée par la législation frénétique du gouvernement. Empilage de lois, mais surtout incohérence : que faire quand des lois s’opposent ? C’est la logique de l’édifice, bâti par Napoléon, qui vacille. L’équilibre des forces, fondamental pour tout système juridique, est mis en cause ; des ajouts inspirés de la Common Law anglo-saxonne font perdre toute rationalité au système.
- Je lis les déclarations du directeur d’une grande école française, qui veut visiblement faire de son établissement un concurrent de Harvard : quelque chose de gros (donc ouvrir en grand ses portes), un centre de recherche qui lève des fonds. Mais pourquoi ? Les universités américaines sont, justement, des universités, les grandes écoles françaises sont l’équivalent d’un département ; ces universités sont divisées en une partie « éducation » (undergraduate), qui a pour but la formation de cadres de la société, et en une partie recherche (post graduate studies), nos grandes écoles correspondent à la première fonction ; enfin les directeurs de ces universités sont des sommités internationales dont le rayonnement est équivalent à celui d’un patron de multinationale, ce qui n’est pas le cas des directeurs de grandes écoles (des anciens élèves qui ont trouvé l’entreprise inhospitalière).
Le modèle anglo-saxon est discrédité et pourtant il nous contamine comme jamais. Pourquoi ?
- Comme je l’ai dit ailleurs, le changement est ce qu’en fait celui qui l’applique. Ce que nous voyons là n’est pas l’esprit des réformes (le gouvernement ne veut évidemment pas désorganiser le pays), mais ce qu’en fait l’administration, qui n’est pas contrôlée.
- Le modèle libéral est formidablement efficace parce qu’il joue sur les faiblesses d’une société. Ceux qui sont frustrés par leur insuffisante réussite sociale l’entendent comme un encouragement à détruire une organisation injuste. Comme les oligarques russes, ils emploient tous les pouvoirs que leur a donnés la société pour construire un édifice à leur gloire, et la disloquer.
Tout le système public français semble partir en morceaux. Une sorte de lèpre. Va-t-on bientôt se retrouver comme dans les pays anglo-saxons devoir payer à prix d’or des services qui jusque-là étaient gratuits ? Devra-t-on avoir peur à chaque fois que l’on monte dans un train, ou que l’on entre à l’hôpital ? La femme d’un ami, qui vient d’arriver aux urgences d’un hôpital parisien : J’ai connu les urgences il y a 10 ans – ce que c’est devenu est inimaginable. Et je ne parle pas de la faune qu’on y trouve mais du système d’admission aux soins.
Mais le pire des dangers n’est pas de devenir l’Angleterre de Dickens, mais l’Afrique. Greffer une culture sur une culture incompatible produit perte d’âme et dévastation. Est-ce une maladie dont on peut se tirer ?
Scénario « trou noir » : confirmation ?
Martin Wolf, important journaliste économique du Financial Times, reprend l’analyse de Simon Johnson (Trou noir).
Il dit ne pas être tout à fait d’accord avec lui. Mais je ne vois pas où. Il approuve l’hypothèse d’une oligarchie américaine dominante qui ne veut pas se remettre en cause, alors que le chaos menace. Peut-être, seulement, est-il choqué que Johnson dise que l’Amérique de Lincoln est dans la même situation que la Russie de Poutine : « dans beaucoup d’économies émergentes, la corruption est massive et déclarée. Aux USA, l’influence vient autant d’un système de croyances partagées que du lobbying » ?
En tout cas, le problème reste le même : un pays irréformable. « Les USA sont pris entre la peur de la faillite de l’élite et la répugnance pour les plans de sauvetage du public ». Pour Wolf, il va falloir envisager la faillite.
J’en tire deux observations :
- Le gouvernement américain semble dans une situation décrite par le sociologue Merton : il est face à un problème qu’il ne sait pas résoudre. Pour s’en tirer, il est en grand danger de faire appel à « l’innovation », à la triche.
- Plus bizarre : la force de Barak Obama c’est d’être capable d’affronter ce type de problèmes et de leur trouver une solution « conforme ». Mais que fait-il ?
Complément :
- Sur la théorie de Merton, voir la citation de Braquage à l’anglaise.
- Sur l’innovation du gouvernement américain : Passe-passe, Le plan Geithner.
- Sur la technique du président américain : Barak Obama mécontente les homosexuels.
Trou noir
Dans The Atlantic Online, l’ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, explique que la situation actuelle de l’Amérique est celle des républiques bananières que secourt régulièrement le FMI. Bien sûr, il n’est pas possible de traiter la superpuissance mondiale comme tel. La crise de 29 ne sera donc qu’une douce farce de l’histoire par rapport à celle qui se prépare.
La chute de la République bananière, un cas
Les pays qui ont connu des faillites ces derniers temps suivent une voie relativement prévisible. Une oligarchie, fruit du « partenariat public-privé », se constitue à leur tête. En période faste, ses initiatives profitent à tous. L’appât du gain lui donne de plus en plus d’ambition, elle prend de plus en plus de risques, accumule les dettes. Ça claque. Le gouvernement répare les premières faillites, en ami, par détournement de bien social. Mais la crise dépasse ses moyens, et la question devient : quel oligarque doit être sacrifié ? C’est presque un appel au suicide. La question peut donc demander des années pour être tranchée, et le pays trépasser.
La Russie actuelle traverse cette phase.
L’Amérique comme application
La couche oligarchique américaine s’est constituée ces 25 dernières années. L’élite du pays est faite de financiers qui entremêlent, comme les grands commis de l’état français (mais en sens opposé), passage du privé au public et inversement. D’ailleurs la finance est vue comme un service public dont la mission est le bonheur mondial. On avait une telle confiance en sa sagesse, et si peu en celle du reste de la planète, qu’on lui a confié la gestion de ses risques.
Jusqu’ici la crise a été un petit arrangement entre amis. Le règlement des premières faillites a été l’occasion de quelques dons généreux. Mais, aujourd’hui, toutes les grandes banques sont en faillite virtuelle. Seulement, elles ne peuvent pas le dire. Alors le gouvernement américain a recours à une créativité qui évoque le meilleur d’ENRON : non seulement il masque des subventions colossales par des dispositifs d’une extrême complexité, mais il a mis la main sur d’énormes sources d’argent sans autorisation de qui que ce soit.
Le dernier plan de Timothy Geithner en est un exemple. Il lui aurait été suggéré par la profession financière. Elle a trouvé le moyen de payer aux banques leurs actifs à risque au dessus de leur prix (de ce fait les sauvant), et de faire que ceux qui les achètent s’enrichissent (à tel point qu’un autre article pense que les banques pourraient racheter leurs propres actifs – par des structures hors bilan). Bien entendu, c’est le contribuable qui paie ce beau tour de passe-passe.
Il n’est pas possible de prévoir l’avenir. Mais, comme le dit mon premier livre, la méthode des scénarios peut y aider.
Le scénario FMI
Si le FMI devait intervenir, il imposerait une nationalisation des banques, qui seraient nettoyées et revendues par appartements ; et un renouvellement de l’élite dominante. Pour que celle-ci ne puisse pas se reconstituer en oligarchie, il faut détruire ses véhicules de pouvoir (découpage des banques, lois anti-trusts, mécanismes anti-accumulation de fortune…).
Ce scénario n’a aucune chance de réussir : l’Amérique donne des leçons au monde.
Le Scénario russe
Les petits arrangements entre amis se poursuivent, ainsi que les faillites. Le chaos économique s’installe pour longtemps, car il a l’intérêt de masquer les culpabilités. De l’oligarchie on passe au grand banditisme. Allemagne années 30 ?
L’abîme
Un scénario favorable, quand même. L’économie mondiale s’effondre, l’Europe de l’est est balayée, emmenant avec elle les banques et l’économie de l’Europe de l’Ouest, les pays émergents sont terrassés par leur dépendance à l’exportation. Les USA finissent par être touchés. Ils sont forcés de revenir à la raison.
Compléments :
- Dans la même veine : Mais où va l’Amérique ? Obama cache la forêt ?
- Cet article paraît confirmer une idée que j’ai depuis longtemps, et qui fournit le thème de nombre de billets depuis l’origine de ce blog (voir par exemple : Grande illusion). J’espère que nous nous sommes tous trompés.
Du nouveau sur l’Est ?
Suite d’enquête (The whiff of contagion, The bill that could break up Europe) sur l’Europe de l’Est.
Ses citoyens, ses entreprises et ses nations auraient voulu rattraper l’Occident en marche forcée. Non seulement en s’endettant, mais surtout en s’endettant – à 90% en 2008 – en monnaie de l’Ouest (auprès de banques italiennes et autrichiennes), qui avaient l’avantage de taux faibles. La convergence vers l’Euro étant certaine, cela semblait judicieux. Ça l’est moins aujourd’hui : les monnaies de ces pays étant dévaluées, les emprunts vont être difficiles à rembourser.
Même les entreprises russes devraient 100md$ à l’Ouest.
D’après ce que je comprends, le libéralisme y a eu un grand prestige. On y rêvait d’Amérique et pas d’une Europe évidemment ringarde (Allemagne et France).
Aujourd’hui, c’est à la dite Europe ringarde que l’on demande de l’aide. L’Amérique est indifférente. L’Allemagne commence à être sérieusement lasse (Europe’s reluctant paymaster) d’avoir à réparer les effets de l’inconscience collective. L’argument qu’on lui sert est toujours le même : certes elle n’y est pour rien, mais si elle ne fait rien, elle va disparaître avec les coupables.
Début d’enquête : Europe de l’est : bombe à retardement ?
La Chine sort de l’économie de marché
L’offensive mondiale de la Chine pour « sécuriser » ses matières premières :
Production de minerais et d’énergie : la Chine achète tout ce qu’elle peut. L’Australie est en coupe réglée (Rio Tinto, Fortescue Metals, OZ Minerals…), le Brésil presque autant, le pétrole de Sibérie va profiter d’une exploitation chinoise…
Tout cela est rendu nécessaire par une relance qui construit de l’infrastructure. Ou par une volonté de s’extraire du diktat d’une très dangereuse économie de marché (Stratégie de la Chine) ?
Complément :
- Question que soulevaient déjà les tractations entre la Corée et Madagascar : un Etat peut-il s’approprier les ressources d’un autre, même s’il les paie ? À vendre, pays pauvre
- Axe sino-russe ? Dimitri Uzunidis et l’économie russe.
Déchets nucléaires (suite)
Nouveaux déchets nucléaires :
Commentaire d’une photo d’un article d’Intelligent Life (The big chill) : « à Mourmansk, au moins 100 sous-marins nucléaires équipés de têtes nucléaires chargées gisent dans le port ».
Peut-être faudra-t-il envisager, un jour, de s’intéresser à ce type de déchets ?