Des bienfaits de l’optimisme américain

Une Française mène une étude ethnologique aux USA :

Il faut dire que la balance penche actuellement du côté des points positifs. Tout d’abord, j’ai des horaires qui n’ont rien à voir avec Paris. (…) Ensuite, les gens sont beaucoup plus flexibles ici. Tu peux facilement travailler de chez toi, il suffit d’envoyer un mail à l’équipe. D’ailleurs, certains jours je ne sais même pas si mes collègues sont au bureau. On se connecte en arrivant sur notre messagerie automatique interne et quand on a besoin, on envoie un message instantané. Au début, je n’aimais pas trop, je préfère quand même un dialogue en face à face ou un coup de fil. Mais je m’y suis faite… et ça te donne une vraie flexibilité. La contrepartie à autant de flexibilité, c’est qu’il faut toujours être joignable au cas où (ce qui inclut les week ends), mais les chefs n’en abusent pas et si on te demande de venir bosser un week end, c’est vraiment qu’il y a un réel besoin (ça ne m’est pas encore arrivé). Par contre, les Américains sont très bons en management. Tu as toujours le droit à un merci ou à un « j’apprécie le travail que tu as fourni ». Et ça fait vraiment du bien. Un exemple parmi tant d’autres, mon « grand » chef est passé vendredi dernier à mon bureau pour me souhaiter un bon week end et me remercier pour tout le travail que j’avais fourni pendant la semaine sur son dossier. Au début, je trouvais ça un peu trop, mais finalement j’apprécie beaucoup. Cette reconnaissance donne encore plus envie de se défoncer pour ses chefs (surtout qu’en l’occurrence je les trouve très bon dans leurs domaines et très pédagogues)… Je m’aperçois aussi ici que le fait d’être positif tout le temps te pousse beaucoup à prendre des initiatives et aller de l’avant. Finalement, même si je ne renie pas l’importance de notre esprit critique, je m’aperçois que c’est un frein à l’action. En France, on a beaucoup trop tendance à voir les risques et les difficultés futures, alors on n’entreprend pas assez…
Niveau nourriture, je commence à voir également le côté positif. Ils ont de très très bons restaurants japonais et indiens. Et puis si je n’aime pas tous leurs gâteaux à la crème, c’est tant mieux, au moins je n’ai pas encore pris de poids.
Je sens que j’ai également adopté leur façon positive de voir les choses et c’est plutôt une bonne chose pour le moral.

Optimisme paradoxal

Le Nouvel économiste (La vie en rose) a rassemblé des auteurs optimistes quant à notre avenir.
On y entend une polytechnicienne, Karine Berger, dire que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, si l’on se ramène au mode de gestion de l’économie des 30 glorieuses (i.e. par des polytechniciens), on produira la croissance des 30 glorieuses, et Michel Godet expliquer que « la France d’en haut nous a fait tomber bien bas, mais celle d’en bas peut nous sortir par le haut ».
Optimisme ou cacophonie ?

Pourquoi j’aime le changement

Livre sur le changement écrit par un psychologue. Beaucoup de choses intéressantes. Mais pas très gai et pas beaucoup d’effet de levier. On classe la population en fonction de ses nuances d’appétence pour le changement, et on planifie, scrupuleusement, en fonction… Très programmatique ?
Mes 25 ans d’expérience du changement n’ont jamais été comme cela. Ce fut, et c’est, rapide, animé, enthousiasmant, imprévisible. Le souffle de l’aventure et des grands espaces. Je n’ai vu que quelques personnes de l’organisation, et pourtant elle s’est transformée en bloc. Pourquoi cette différence me suis-je demandé ? J’ai fini par trouver la réponse suivante :
Employé plus ou moins junior ou consultant, j’ai toujours été un « leader » des changements auxquels j’ai participé. En fait j’ai une vision américaine du changement. 
John Kotter a écrit « leading change ». Pour lui, et pour l’Américain en général, le changement c’est la promesse de lendemains qui chantent. Le « leader » a la vision de cet avenir si désirable, peut-être même le crée-t-il ?, il le montre et on y court. (Feeling of urgency disent les Anglo-saxons.)
Par contraste, notre perception du changement est passive, subie : difficulté, souffrance, martyr, purgatoire.

Compléments :

  • J’apprends que pour réussir le changement il faut être résilient. Quel effroyable mot. Chez moi la vertu cardinale est l’optimisme. 

Process consultation

Une note sur Process consultation, technique fondamentale de conduite du changement. Principes :
Un homme ou une organisation n’arrivent pas à atteindre leurs objectifs (sentiment d’échec = (petite) dépression) parce que le « moyen » qu’ils associaient à la « fin » désirée n’est plus opérant. Seulement le « moyen » en question est enseveli dans leur inconscient et ils ne savent pas de quoi il s’agit, et où chercher.
Process consultation est un processus qui permet de sortir de ce mauvais pas. De devenir « heureux ». Le bonheur, ou optimisme, est le sentiment que l’on ressent lorsque l’on sait obtenir ce que l’on désire (c’est l’opposé de dépression).
Le process consultant est un « donneur d’aide ». Le donneur d’aide n’est pas un donneur de leçons. Il ne dit pas quoi faire, parce qu’il n’y a pas de bonne solution, identifiable de l’extérieur. En effet, chacun est unique et a des capacités sans équivalent. C’est donc à lui de trouver la solution qui lui convient (= qu’il sait mettre en œuvre). Le donneur d’aide facilite ce processus de recherche et de remise en cause (ce que Kurt Lewin appelle « dégel »), jusqu’à ce qu’il aboutisse. C’est-à-dire jusqu’à ce que l’aidé se sente « heureux », parce qu’il a trouvé un moyen d’atteindre la fin qu’il poursuivait. Le donneur d’aide procède en aiguillonnant « l’anxiété de survie » et en abaissant « l’anxiété d’apprentissage » (ces deux termes sont aussi dus à Edgar Schein). 
Le « donneurs d’aide » aide l’aidé à explorer les fins qu’il poursuit, et les moyens qu’il emploie pour cela. Il lui suggère des solutions (provocantes ?), histoire de le faire réagir, mais aussi en espérant qu’il y trouve quelques idées qu’il saurait appliquer…
Finalement, qu’est-ce qu’un bon donneur d’aide ? C’est quelqu’un dont l’aide vous semble utile ! Par ailleurs, il n’a pas d’intérêt égoïste dans l’aide qu’il donne, mais est intéressé par le succès du processus en lui-même. Il a beaucoup d’idées, de techniques efficaces… à proposer. Il sait aussi aider à trouver des solutions « conformes », c’est-à-dire qui ne sont pas des expédients, qui sont « durables ».
Un groupe peut être un meilleur donneur d’aide qu’un homme. Un groupe génère plus rapidement des idées, a une plus grande expérience… qu’une personne seule. Surtout, l’homme a tendance à vouloir imposer ce qu’il pense bon à celui qu’il prétend aider, ce qui est la définition du totalitarisme… (Cependant le groupe doit avoir un processus d’animation qui garantisse un fonctionnement sain.)
Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H. , Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

Heureux les vieux

Bonne nouvelle : les très vieux seraient très heureux. Après une chute continue, le bonheur repartirait à la hausse à partir de 46 ans.
Plusieurs explications s’affrontent. Pour ma part, j’y vois l’écho d’une de mes vieilles théories. Et si l’âge de 46 ans marquait le passage de la phase « jeune con », qui se tape la tête contre les murs, à celle de « vieux con », qui n’a plus que des certitudes ?

Injustice

Aurais-je trouvé une définition pour « injustice » ?
Ce serait ne voir que ses qualités et les défauts des autres. Du coup le monde est insupportable : le pouvoir et la richesse sont à l’incapable. Le génie est brimé.
Celui qui a le défaut inverse est béni des dieux : il remercie le ciel qu’un monde aussi merveilleux tolère son insondable médiocrité. 

De l’importance d’être heureux

Être heureux se construit par empilage de petits bonheur, et nous rend résistant à l’adversité. Aussi « il a été montré que se sentir bien améliore la créativité et la capacité à résoudre des problèmes ».
Et l’on peut s’entrainer. Écrire un journal qui parle de ce que l’on trouve bien dans sa vie ; combattre les idées noires ; méditer (la force des moines ?) ; développer des liens sociaux riches (« être socialement isolé est à peu près aussi mauvais pour votre santé que fumer ou boire excessivement, et bien pire que l’obésité ») ; dépenser son argent non en biens de consommation mais « dans des activités sociales ou dans des expériences nouvelles et enthousiasmantes ».
L’inquiétude, au contraire, rapetisserait notre horizon, spatial et temporel.
Ce qui me ramène à mes Charybde et Scylla favoris :
  • L’hypothèse fondamentale de l’économie est que l’homme optimise son « utilité » personnelle – il est égoïste. C’est l’antithèse de la réalité. L’homme est bien quand il donne, quand il médite, et quand il est en société ! Quand il est seul, il crève. Est-ce que les économistes veulent créer un monde inhumain ?
  • La bienpensance et sa voix, les informations de la radio publique, sans relâche dénoncent nos vices et nous annoncent les punitions terribles qu’ils méritent. L’anxiété qu’ils créent ne nous rend-elle pas un peu plus incapables de résoudre les dits problèmes ?
Compléments :
  • L’article dont sont tirées ces idées dit aussi que le niveau de bonheur atteignable est en partie génétique, et qu’un excès de satisfaction, la béatitude ?, n’est pas bon.
  • Il contredit, par ailleurs, une thèse favorite du consultant anglo-saxon : pour faire bouger les gens, il faut une crise (« burning platform »). Ils bougent peut-être, mais ils prennent des décisions idiotes.