Comment être un leader du changement, pour les nuls

Charles Ernest Butler - King ArthurLes livres de management expliquent comment mener le changement idéal. Celui qui transforme les entreprises du tout au tout. Pas les miens. En effet, je ne crois pas au miracle. Mon expérience me montre que le changement ne se fait qu’en crise. Et lorsqu’il parvient à transformer l’entreprise c’est, beaucoup, par hasard. En quelque sorte, en ayant procédé dans le désordre.

Mais, après tout, peut-être existe-t-il des dirigeants qui sont prêts à faire les choses correctement ? Ce billet leur est destiné. Mon expérience rejoint, en fait, ce que l’on lit dans les livres de management. Ce qui ne s’y trouve pas, c’est à quel point l’art est difficile !

Première étape : une envie et un engagement
La première étape du changement est le « projet d’entreprise » des livres de management. Il s’agit de trouver un cap à long terme pour l’entreprise, quelque chose qui va la « transporter ».
La technique à adopter, curieusement, est relativement simple. Et elle m’a fourni mes plus mémorables missions de conseil.
Il  s’agit en premier de cerner l’identité de l’entreprise. Ce qu’elle est. Cela se fait en analysant son histoire et ses actes. Ce qu’elle réussit et ce qu’elle rate. Puis on fait de la prospective. Comment évolue le (son) monde ? Et, alors, on se demande ce que l’entreprise a « envie » de faire. En quoi, elle peut changer l’Histoire. Et surtout en quoi elle est la seule à pouvoir réussir. Ce genre d’exercice provoque un enthousiasme extraordinaire. Sorte de nuit du 4 août.
C’est alors que les choses se compliquent. Parce que, pour mener à terme ces envies, il va falloir suivre un cap qui ne peut que faire rencontrer des icebergs. L’entreprise doit prendre des engagements, décréter une sorte de ligne de conduite, des règles du jeu auxquelles elle ne peut pas déroger, et s’y tenir ferme. En effet, tout fléchissement, tout arrangement avec la rigueur, produit une démotivation immédiate et irrémédiable. C’est une trahison. Très peu d’entreprises sont capables de cette fermeté.

Deuxième étape : retrouver l’a priori du succès
Arrivé à ce point, on constate que l’entreprise connaît une forme de dépression. Elle rate tout parce qu’elle croit qu’elle est condamnée à tout rater. D’ailleurs elle vous démontre mathématiquement, par le menu, qu’elle est maudite. Le sort lui est hostile. L’Etat, son dirigeant, ses employés, ses clients… sont grossièrement incompétents, et malfaisants. Il faut donc la recoder. Lui rendre l’optimisme. Lui montrer qu’elle a en elle l’étoffe des héros. Pour cela, il faut concevoir un premier changement qui réussisse. Il y a des techniques pour cela. C’est généralement un petit projet à fort contenu symbolique. Il doit montrer deux choses 1) que l’on peut réussir ; 2) comment s’y prendre pour réussir (par exemple en équipe, alors que le chacun pour soi régnait en maître). Alors, la nouvelle du succès se répand comme une traînée de poudre. D’un coup, tout le monde a envie de faire sauter ce qui lui pourrit la vie. Autre grand moment d’une carrière de consultant !

Troisième étape : in quiétude et curiosité
Les changements qui viennent ensuite sont beaucoup plus faciles que le premier. Le risque est grand de s’endormir sur ses lauriers. Comment ne pas se faire piéger ? La question qui se pose alors est celle de l’amélioration continue.
J’ai constaté aussi que le succès suscitait l’envie de tenter, l’amour de la nouveauté. Et qu’ils peuvent être cultivés. Par exemple en mobilisant régulièrement l’entreprise dans des débats portant sur des sujets modestes mais stratégiques. Ce type de processus produit une extraordinaire créativité. En effet, le Français est, par nature, un homme d’idées. Et il est terriblement content de sortir du rôle d’exécution que lui donne l’entreprise pour pouvoir les exprimer.
Mais ce n’est pas le fin mot de l’histoire. Cela fait très longtemps que je réfléchis à la question, et j’en suis arrivé à croire que la véritable assurance sur la vie d’une entreprise est « l’in quiétude ». Il ne s’agit pas d’être pathologiquement stressé. « L’in quiétude » est, simplement, ne pas dormir sur ses deux oreilles. Peut-on décider d’être « in quiet » ? Non. Ça ne s’apprend pas me semble-t-il. Mais il existe des gens qui le sont naturellement, et à juste titre. Il faut se les associer. 

Qu’est-ce qu’un leader du changement ?

La science du management anglo-saxonne étudie en long, en large, et en travers, les caractéristiques des « leaders », c’est-à dire des personnes qui réussissent à transformer les entreprises. Et si je m’y mettais ?

En effet, on trouve dans ce blog plusieurs exemples de « leaders ». En les examinant bien, on constate qu’il n’y a pas de modèle unique.

Il y a ceux qui mènent le changement « d’en haut », c’est l’art du Yang. Un exemple : Christian Kozar. Il n’est pas indifférent, probablement, qu’il soit un ancien officier. En effet, le bon officier doit savoir faire, aux pires moments, des choix décisifs, et connaitre suffisamment bien l’homme pour lui demander ce qu’il peut donner, et lui dire les mots qui le poussent à sacrifier sa vie.

Serge Delwasse entre dans cette catégorie. Pour sa part, il a la caractéristique d’avoir un esprit systémique. C’est-à-dire qu’il voit exactement ce qui ne va pas dans une organisation. Ce qui l’amène généralement à faire l’envers de ce que l’on faisait jusque-là.

Mais le changement ne se mène pas que d’en haut. Il y aussi ce que certains universitaires appellent des « leaders protecteurs ». Ils sont moins flamboyants que les précédents, mais tout aussi efficaces. Voire parfois beaucoup plus, car ils ne suscitent pas le rejet. Au contraire, on sous-estime très souvent leur pouvoir réel.

Dans cette division se trouve Ronald Berger-Lefébure, qui expliquecomment il a « restructuré » une équipe de management familiale, mais aussi Dominique Delmas, un de mes cobloggers. Dominique illustre une caractéristique curieuse de ce type de leader : une main de fer dans un gant de velours. C’est un homme qui veut construire un monde durable pour ses enfants, et qui n’est jamais à bout de ressources, et de patience, pour parvenir à ses fins.

Le meilleur leader du changement est un homme indestructible. Il est stimulé par l’échec. (Ce qui est la définition de l’optimisme selon Martin Seligman). Ne serait-ce pas le cas d’Amélie Faure ?

Donner à ses enfants confiance en eux

Apparemment la confiance en soi s’acquière (principalement ?) dans la prime enfance, au contact de ses parents.

Pour avoir un enfant bien dans sa peau : un regard admiratif (il se juge avec vos yeux) ; « temps = attention = amour » ; « applaudissez votre bébé et ses réussites » ; choisissez des mots qui lui donnent une bonne image de lui-même. Le détail complet : Simple ways to build your baby’s positive self-esteem | Psychology Today
Lien avec le billet précédent ? 

La pauvreté comme dépression

Coup sur coup, je tombe sur deux études qui trouvent que la pauvreté s’accompagne d’un état de dépression. (Le coefficient multiplicateur du geste amical, Le riche a-t-il un cœur ?)

Ce que The Economist appelle élégamment « work shy », et à qui il convient de retirer tout secours, serait-il au contraire quelqu’un qui a été abîmé par la vie et qui s’est replié sur lui-même ? On n’est pas pauvre par choix, mais par échec ?
Et s’il suffisait de redonner un peu de confiance en elle à notre société pour qu’elle élimine son déficit, son chômage, son besoin d’antidépresseurs, et, donc, le trou de la sécurité sociale ? 

Le riche a-t-il un cœur ?

Depuis quelques temps le riche est le sujet de toutes les attentions de la science.

Elle explique que ce qui le différencie du pauvre est, outre sa richesse, qu’il est plus égoïste et moins empathique, qu’il vit plus vieux, et qu’il pense que son succès est dû à son talent et à son travail, plutôt qu’à la société. (Poor little rich minds: The price of wealth – New Scientist – 26 April 2012)

En fait, ce sont d’autres éléments de ces enquêtes qui me surprennent :
  • Les difficultés que vivent les pauvres ressemblent beaucoup aux symptômes de la dépression. La pauvreté serait-elle avant tout l’incapacité d’obtenir ce que l’on veut ?
  • Lorsque l’on interroge riches et pauvres sur les raisons du succès, les riches tiennent le discours traditionnel des Anglais (le travail), et les pauvres celui des Français (le piston). Je me suis demandé si cela ne signifiait pas simplement qu’en Angleterre les riches ont le pouvoir, et qu’en France ce sont les pauvres… 

Comment faire de ses enfants les maîtres du monde ?

On dit que ce qui a fait d’Alexandre un conquérant a été l’obsession de réconcilier un monde qu’il voyait à l’image de ses parents. En serait-il de même pour B.Obama et l’Amérique ?

Si l’homme veut changer le monde, c’est pour qu’il ressemble à une famille rêvée ? Le fruit d’un traumatisme initial ? L’homme heureux n’a pas d’histoire ?

Curieusement, nos principaux candidats présidents seraient aussi les fruits de couples instables, constitués de caractères opposés. Qu’en déduire ?

  • Au moins que la réponse à cette situation n’est pas unique. Si F.Hollande semble obéir au schéma Alexandre / Obama, N.Sarkozy paraît avoir choisi un camp : la défense de valeurs conservatrices (sa mère contre son père ?).
  • D’autres encore, peut-être, ont compris, comme Catherine Fulda et Lao Tseu, que changer sa perspective du monde pouvait nous épargner d’avoir à le changer ?
Compléments :

Résistance innée

« Ces découvertes sont consistantes avec des études précédentes qui montrent que les conservateurs sont plus sensibles (que les libéraux) aux menaces, plus résistants au changement, et plus susceptibles de voir le monde comme un endroit dangereux – tout cela sous-entendant une certaine forme d’attitude négative, qu’elle soit par rapport au passé, au présent et au futur. »

Le plus curieux est que ces différences correspondent à une attitude inconsciente par rapport à l’existence en général, et non à une opinion rationnellement élaborée concernant la politique, en particulier. (The Ideology of No)

Peut-être ce résultat s’applique-t-il aussi au changement : des gens sont par nature contre et d’autres pour ?

Compléments :
  • Cela ressemble aussi beaucoup aux travaux de Martin Seligman sur l’optimisme et le pessimisme. Une forme d’attitude câblée dans l’inconscient teinte l’interprétation de nos expériences. (SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.)
  • Et si on avait là un moyen de faire des sondages fiables? Il suffit de mesure l’attitude d’une personne à la vie pour savoir comment elle va voter ?

DSK, France, Grèce et Europe

Le Washington Post ajoute aux informations de la radio française que DSK se trouvait dans une suite coûtant 3000$ la nuit… Qui la payait : lui ou le FMI ?
À court terme, les journalistes étrangers s’émeuvent moins des élections françaises que du sort de la Grèce (puis de l’Europe) : peut-elle se tirer du mauvais pas dans lequel elle est sans un FMI fort ? (Trouble at the IMF)
En attendant, il est curieux comme l’avenir du monde – et celui de la France – tient à peu de choses. C’est peut-être pour cela que les hommes politiques, en particulier, ne désespèrent jamais de leur sort, aussi inquiétant paraisse-t-il : un retournement est toujours possible. 

Raisons d’être optimiste

Je cite un article disant que la France a des raisons d’être optimiste.
Ces raisons ne sont pas convaincantes. Certes nous avons des atouts et les bénéfices de l’Europe sont probablement devant nous, et nous sommes un poids lourd dans une Europe qui a la puissance de jouer un rôle mondial critique. Mais pour gagner un match il faut une équipe, or nous donnons dans la lutte fratricide. Que nous soyons grands ou petits nos réflexes ne sont pas coopératifs… 

Des bienfaits de l’optimisme américain

Une Française mène une étude ethnologique aux USA :

Il faut dire que la balance penche actuellement du côté des points positifs. Tout d’abord, j’ai des horaires qui n’ont rien à voir avec Paris. (…) Ensuite, les gens sont beaucoup plus flexibles ici. Tu peux facilement travailler de chez toi, il suffit d’envoyer un mail à l’équipe. D’ailleurs, certains jours je ne sais même pas si mes collègues sont au bureau. On se connecte en arrivant sur notre messagerie automatique interne et quand on a besoin, on envoie un message instantané. Au début, je n’aimais pas trop, je préfère quand même un dialogue en face à face ou un coup de fil. Mais je m’y suis faite… et ça te donne une vraie flexibilité. La contrepartie à autant de flexibilité, c’est qu’il faut toujours être joignable au cas où (ce qui inclut les week ends), mais les chefs n’en abusent pas et si on te demande de venir bosser un week end, c’est vraiment qu’il y a un réel besoin (ça ne m’est pas encore arrivé). Par contre, les Américains sont très bons en management. Tu as toujours le droit à un merci ou à un « j’apprécie le travail que tu as fourni ». Et ça fait vraiment du bien. Un exemple parmi tant d’autres, mon « grand » chef est passé vendredi dernier à mon bureau pour me souhaiter un bon week end et me remercier pour tout le travail que j’avais fourni pendant la semaine sur son dossier. Au début, je trouvais ça un peu trop, mais finalement j’apprécie beaucoup. Cette reconnaissance donne encore plus envie de se défoncer pour ses chefs (surtout qu’en l’occurrence je les trouve très bon dans leurs domaines et très pédagogues)… Je m’aperçois aussi ici que le fait d’être positif tout le temps te pousse beaucoup à prendre des initiatives et aller de l’avant. Finalement, même si je ne renie pas l’importance de notre esprit critique, je m’aperçois que c’est un frein à l’action. En France, on a beaucoup trop tendance à voir les risques et les difficultés futures, alors on n’entreprend pas assez…
Niveau nourriture, je commence à voir également le côté positif. Ils ont de très très bons restaurants japonais et indiens. Et puis si je n’aime pas tous leurs gâteaux à la crème, c’est tant mieux, au moins je n’ai pas encore pris de poids.
Je sens que j’ai également adopté leur façon positive de voir les choses et c’est plutôt une bonne chose pour le moral.