Cloclo

Film de Florent Emilio Siri, 2012.

Je n’ai jamais aimé les chansons de Claude François. Elles sont même une sorte de mauvais souvenir de ma toute première enfance, durant laquelle la radio les hurlait. Lorsqu’il a disparu, j’ai eu l’impression que c’était de grande vieillesse, comme Pascal.

C’est une bande annonce qui m’a fait voir le film. Claude François m’y a fait penser à Nicolas Sarkozy. Inattendu.

Et l’impression s’est maintenue. Lui aussi a une énorme énergie, du toupet, une volonté increvable de réussite matérielle, pas très française, un amour du bling bling, une capacité étonnante à se transformer avec les goûts du marché, à « l’innovation », un certain manque de culture, une revanche à prendre sur la vie et de grosses désillusions sentimentales, qu’il a bien cherchées. Lui aussi exerce une forte attraction sur les uns et une toute aussi forte répulsion sur les autres. Et, j’allais oublier, il est petit et porte des talonnettes…

Et, heureusement, on n’entend que des courts morceaux de ses chansons. 

Le port de la drogue

Film de Samuel Fuller, 1953.

Jean Peters arpente les taudis de New York en fourreau blanc, et sert de punching ball aux hommes du coin.
L’amour et la lutte contre le communisme sauvent un petit escroc, sur le point de prendre perpète.
Mais pourquoi ce titre ? D’après Jean Tulard (Guide des films), la VF du film parlait de drogue, et pas de communistes. Diaboliser le rouge ne devait pas faire recette en France, alors. 

The Artist contre Intouchables

The Artist a reçu tous les prix, Intouchables a été porté par le bouche à oreille. Le premier, en dépit de deux lancements, n’en est pas à trois millions de spectateurs, le second dépasse les dix-neuf millions.

Faut-il voir dans cet écart une forme de « lutte des classes » ? The Artist c’est le choix d’une élite intellectuelle qui utilise les institutions pour nous dicter notre comportement ? Intouchables, c’est celui du reste de la population, qui se répand par le téléphone arabe (au sens printemps du terme) ?

The pledge

Film de Sean Penn, 2001.

Intéressant rebondissement. Occasion pour Jack Nicholson de jouer de son physique, et pour plein d’acteurs fameux de faire des numéros.

Mais un peu théorique et misérabiliste ? Ne serait-il pas temps de montrer que l’on peut être pauvre mais digne ? 

La tête d’un homme

Film de Julien Duvivier, 1933.

Décidément, je n’arrive pas à comprendre comment l’on peut dire qu’Harry Baur fut le plus grand acteur d’avant guerre. Ici, il joue un Maigret d’une mièvrerie caricaturale et d’une bien pensance étonnamment moderne. Que fait-il ? Rien. Il observe avec un air bête et entendu. Précipite-t-il le dénouement ou la catastrophe ?

Quant aux criminels, ils ont des gueules de cinéma muet. Dommage qu’ils n’aient pas eu une plus grande place.

The artist, ou comment mériter un prix ?

Comme prévu, The artist reçoit de nombreux oscars.

Il y a une corrélation inverse entre mes goûts et ce type de récompenses. Il me semble que les prix ne sont pas le résultat de coups de cœur, mais des calculs théoriques.

Le festival de Cannes, par exemple, fait preuve « d’engagement » et dénonce la perversion de notre société. Les superprivilégiés qui composent son jury se donneraient-ils bonne conscience ?

Quant aux oscars, ils paraissent récompenser le numéro d’acteur d’une star installée (paraplégique qui veut jouer au football, roi bègue qui veut parler…) et un succès commercial (le marché n’a-t-il pas toujours raison ?).

The artist me paraît avoir deux atouts supplémentaires :
  1. Il est français. La France est le leader d’opinion européen, en termes de cinéma. Il est d’un bon sens commercial de lui plaire. (N’est-ce pas pour cela qu’un nombre croissant de Français joue à Hollywood ?)
  2. C’est un film sur l’Amérique, qui fait allégeance à ses valeurs. D’ailleurs, son réalisateur a travaillé pour Canal+, ce que l’Amérique fait de mieux. 

Welcome in Vienna (suite)

Deuxième épisode du filmd’Axel Corti.

Les émigrés juifs fuyant le nazisme arrivent en Amérique. Difficile adaptation.
Les personnages du film étaient l’élite intellectuelle de leur pays, l’essence de sa culture. Peut-on imaginer pire drame pour eux qu’un pays sans culture, dont le principe même est d’offrir à ses ressortissants de s’inventer, en renonçant au passé ?

Comme dans l’épisode précédent, on ne voit presque rien du pays d’accueil, et ce qu’on en voit est laid et pauvre. Les émigrés vivent entre eux. 

Welcome in Vienna

Film d’Axel Corti, 1987.

Périple de Juifs et opposants au nazisme fuyant l’Autriche. Premier épisode : passage en France.

Ce film est une sorte d’avatar de l’Ingénu. Un jeune homme regarde le monde avec étonnement. La France y est vue de loin, par les actualités de l’époque (armée française débraillée et mal équipée face à la machine de guerre allemande !), et par ce qu’en disent d’autres immigrés, étonnés du spectacle qu’ils rencontrent.

Et c’est plus terrible, et déprimant, pour nous que toute autre critique. Parce que nous y paraissons infiniment plus bêtes que méchants. Sommes nous restés comme cela ?