Chefs d’oeuvre en péril

Chefs d’oeuvre en péril. Souvenir de petite enfance. Emission grise et ennuyeuse, comme la télévision de ce temps. Et dans la ligne gaulliste. D’autant qu’alors comme aujourd’hui, je trouvais qu’il était idiot de conserver des ruines, alors que ce qui faisait la beauté du site était son décors.

Eh bien non ! Ce fut une révolution et le combat d’un homme, Pierre de Lagarde. Jusque-là, l’Etat ne s’intéressait qu’aux grands monuments. La France a découvert son « patrimoine », et beaucoup de jeunes bénévoles des chantiers de restauration. Au lieu de m’ennuyer pendant les vacances, j’aurais dû y participer ! Au moins, j’aurais appris à faire quelque-chose de mes mains.

Emission.

Etre de son temps

Claude-Jean Philippe constate qu’un film est de son temps. Nous sommes faits par les circonstances dans lesquelles nous vivons. La réussite d’un individu, de Gaulle ou autre acteur célèbre, tient à ce qu’il a su jouer parfaitement « sa partition ».

La chance sourit à l’esprit éclairé, disait, semble-t-il, Pasteur. La conduite du changement, d’ailleurs, n’est-ce pas l’art de tirer les ficelles de la société, pour la transformer ? Paradoxe ?

Champagne

Longtemps, le vin des rois fut celui de la région parisienne, en particulier celui d’Argenteuil. Puis ses vignerons ont trouvé plus facile de fournir le peuple en piquette. La champagne, trop éloignée de Paris, a échappé au massacre. Elle produisait un vin délicat, qui ne se conservait pas. Mais, après quelques transformations, dont certaines sont anglaises, il est devenu ce que l’on sait.

L’histoire du succès est celle du hasard ? D’autant plus curieux que les conditions semblaient hostiles à la vigne.

(Heure de culture française – La vignoble de Champagne (1ère diffusion : 22/06/1956 Chaîne Nationale) – France culture.)

Logique spéculative

Palantir rides high on greed and fear — but mostly fear
Given its prodigious growth and the belief that this will continue, the anxiety many feel is the fear of missing out

Financial Times du 4 août

La logique du spéculateur n’est pas ordinaire. Il ne vit qu’à court terme. Son obsession est de s’enrichir. Il n’a aucune éthique. Il n’a aucune opinion sur le potentiel d’un investissement sur son utilité sociale. La seule chose qui compte est que d’autres veuillent y investir, ou non. Et ce à court terme. Tout de suite.

Paradoxalement, cela en fait à la fois une sorte de parasite primitif, mu par « greed and fear », et un fin connaisseur de la psychologie de la société à laquelle il appartient.

Raison du plus faible

L’anglais dit « size matters ». Il n’y pas d’équivalent élégant en français. En tous cas, il semble que ce soit l’esprit de l’affrontement entre les USA et la Chine.

C’est un affrontement entre deux modèles de société. D’un côté c’est le chaos du marché, supposé créer le meilleur des mondes, de l’autre une économie planifiée. Mais, dans les deux cas, c’est un combat. La Chine veut faire ce que font les USA, en les ridiculisant.

Et elle va réussir. Seulement, mort où est ta victoire ? Tous les deux, que M.Macron aimerait tant pouvoir imiter, se battent pour du vent. Et à quoi cela sert-il de tuer ses clients ? L’économie de marché est un échange de différences.

L’histoire de l’humanité est-elle condamnée à être une succession de crises de la bêtise collective ? Ou la raison telle que ne l’envisageait peut-être pas les Lumières peut-elle nous sauver ?

Mythe et raison

Nos écologistes ne devraient-ils pas rendre visite aux Inuits ? Ils pensent que le chasseur ne tue pas l’animal, c’est l’animal qui se donne à lui. Voici qui pourrait remettre bien des consciences en paix.

Les mythes ressemblent aux histoires de fantômes que l’on racontait jadis à la veillée. Y croyait-on vraiment ? Se méprenait-on sur les embellissements poétiques que leur apportait le conteur ? L’homme a-t-il besoin de rêver ?…

La vertu des mythes était probablement que l’on voulait y croire, et qu’ils avaient une efficacité certaine. Lorsque ce n’était plus le cas, on les faisait évoluer.

Notre raison moderne serait-elle aussi un mythe ? Il est manifestement une illusion de croire que l’univers est rationnel. Tout au plus pouvons nous, a posteriori, modéliser approximativement certains phénomènes. Et ce peut être un mythe dangereux, car croire à l’équation rend aveugle à la complexité de l’univers, contrairement, peut-être aux mythes dits « primitifs » ? (Hannah Arendt pensait que la science était aliénation.)

(Origine : Les cosmologies, mythes et sciences du monde, une série de France culture.)

Charme discret de la bêtise

Aux USA, ceux qui réussissent sont considérés comme des dieux. Leur parole est évangile. Ce qui est curieux, car, il faut être singulièrement limité intellectuellement pour parvenir au succès dans les affaires : un monomaniaque obsédé par une idée fixe, selon les Anglo-saxons.

Mais la bêtise n’a-t-elle pas un autre mérite ? Les idées qui ont fini par triompher, en particulier celles qui m’ont été enseignées en MBA, sont souvent stupides : elles ne résistent pas à une analyse de trente secondes. Que dire de celles des soixante-huitards ? Tout l’art de M.Trump ? Nous prendre par surprise. On ne se défend pas contre ce que l’on ne prend pas au sérieux ?

N’est-ce pas ce qui s’est passé dans l’entreprise ? Beaucoup se savaient irremplaçables ? Ils n’ont offert aucune résistance aux manoeuvres politiques qui les ont mis au chômage. Ils ne pouvaient imaginer que leur employeur était suicidaire.

Un enseignement ? Il faut savoir « perdre son temps » ? Il n’y a pas d’idée stupide, contrairement à ce que m’a enseigné, cette fois, l’Education nationale. Tout ce que dit un homme mérite la plus grande des attentions. Et il faut être in quiet (en deux mots).

Vivre en société

Des entreprises constatent que leurs clients leur préfèrent les pays à bas coût, et qu’elles ne peuvent compter sur le gouvernement, alors elles décident de prendre leur sort en main, et, pour ce faire, elles s’unissent. Elles découvrent alors qu’elles avaient en elles tout un savoir faire inexploité.

Le fantasme des Lumières et de la société occidentale a été « l’homme libre », c’est à dire seul. Il en est résulté des utopies, qui ont produit des drames. Or, c’est la société qui assure la liberté de l’homme. Pour cela il faut savoir y vivre. Certaines circonstances sont favorables à l’entente cordiale.

Ere du dumping ?

Il y a quelque temps, le dirigeant d’une entreprise de « reconditionnement » de portables me disait que les start-up nuisaient gravement à ses affaires. Elles vivent des fonds financiers et n’ont pas de souci de rentabilité. Elles « cassent les prix ».

On trouvera dans ce blog l’histoire d’Uber. Une hypothèse plausible est apparue petit à petit. L’histoire d’Uber part de propos que l’on entendait beaucoup un temps : le chauffeur de taxi est un voleur. Une théorie surprenante, car ces propos étaient tenus par des « privilégiés ». Une sorte de Marxisme inversé. Uber avait pour mission de redresser ce tort. Ce qui n’était pas totalement désintéressé. Son « innovation de rupture » consistait à faire de grosses économies de charges sociales, en transformant le statut du taxi de salarié à entrepreneur. Mais aussi d’abaisser les prix suffisamment pour que la concurrence ne puisse survivre. Une fois en situation de monopole, les prix se seraient adaptés à cette nouvelle situation.

Il n’est pas interdit de penser que cette logique de « dumping » soit celle de beaucoup d’investisseurs. L’innovation serait la feuille de vigne de bien des « grandes » start-up ?

Ce qui est peut être plus intéressant est que cette stratégie pourrait avoir été imitée par les Chinois. Mais, eux, ont organisé toute leur société pour la mettre en oeuvre, notamment en formant des personnels d’élite scientifique que l’on ne trouve pas aux USA, sinon chez les immigrés, comme, d’ailleurs, les USA l’avaient fait pendant la guerre.

Exécutif

Il y a eu les idées anglo-saxonnes sur le service et l’industrie, la politique de Mme Thatcher, l’Europe et le Green Deal, le modèle allemand de Schröder et Merkel, les start-up de la Silicon Valley, les PMI allemandes… et peut-être bien beaucoup d’autres modes. Maintenant, notre gouvernement embrasse la politique industrielle chinoise.

Comment peut-on se dire élite, voire posséder un cerveau, dans ces conditions ?

Si c’était voulu ? Nos hauts fonctionnaires sont formés par concours. On leur présente les matières les plus complexes, et ils prouvent qu’ils peuvent les dominer vite et bien. Et s’ils avaient été dressés pour appliquer les idées des autres ? (L’examinateur ?) C’est un exécutif ?

Seule erreur : s’être emparé du législatif ?