Qu’est-ce que penser ?

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, je suis affecté d’un mal de la pensée. Je ne tire pas les conclusions que je devrais de mes constats. Déplorable inertie intellectuelle.

Cela m’est revenu à l’esprit en lisant un article anglais traitant du risque d’attentat iranien aux USA. Donald Trump veut gouverner par ordonnance (ce qui tient plus à ses habitudes de dirigeant qu’à un instinct dictatorial ?). Aujourd’hui, il cherche tous les moyens d’éviter une défaite électorale prévisible aux prochaines élections sénatoriales. Des USA en guerre lui donneraient les pleins pouvoirs. Pourquoi n’y avais-je pas pensé ?

Mais cette « loi d’inertie » a eu des exceptions. Et le résultat n’a pas été meilleur. Le constat est devenu une règle inconsciente jamais remise en cause.

En ce qui concerne Donald Trump, on peut espérer qu’il lui reste un rien d’humanité (d’ailleurs, sa vie est faite d’échecs, qu’il a acceptés – il suffit pour cela que les obstacles lui paraissent insurmontables), ou que, comme dans les films d’Hollywood, la société américaine va se réveiller.

Marche de la pensée ? L’observation doit produire une prévision « radicale », mais ce n’est qu’une étape ?

Municipales

Le maire de ma commune est régulièrement élu, au premier tour, avec 75% des voix. Le reste des votes semble se répartir aléatoirement entre les listes présentes. Il est « divers droite », il faisait face à une liste de gauche, une autre divers droite et une troisième, divers (rien). Pour autant, lors des précédentes élections législatives, les candidats arrivés en tête étaient du PS, du RN, et du parti du président de la République. La droite, diverse ou non, était bien loin.

Une question : de la taille de la commune. La mienne est probablement à la fois trop grande pour que l’on puisse connaître personnellement les candidats et trop petite pour être informé sur eux. Dans les villes plus importantes, ils ont droit aux journaux et aux débats. Je me demande si cela ne produit pas le même effet que pour les élections nationales : l’émergence du « politique », au mauvais sens du terme.

Enseignement ? La « politique » est-elle une pathologie de la démocratie ? Le citoyen recherche avant tout un bon gestionnaire ?

Raymond Aron

Dominique Moïsi disait que Raymond Aron était terriblement seul. Curieux Raymond Aron. Pourquoi n’est-il pas devenu une vedette comme Sartre ou Foucault ? Il avait tout pour : il était normalien, reçu premier à une agrégation qui avait recalé Sartre, il était parti étudier la philosophe allemande… Sans compter qu’il avait rejoint de Gaulle à Londres. Qui dit mieux ?

Mais il n’a pas produit de grande théorie incompréhensible, il n’a pas parlé de Platon et de Heidegger ou encore de Marx. Il a parlé du monde tel qu’il était et de ce qu’il n’avait rien de commun avec les belles théories, qui enflammaient les esprits, alors que personne ne les comprenaient. La société a préféré avoir tort avec Sartre, qu’avoir raison avec lui. (Quitte à en faire payer les conséquences aux générations suivantes.)

Mais était-il aussi bon philosophe qu’on le dit ? Car le problème qu’il a rencontré est aussi vieux, quasiment, que le philosophe grec : c’est la rhétorique, l’art de persuader. Avoir raison n’est pas suffisant pour être entendu.

(Réflexions venues d’une émission de 1955.)

Métamorphoses

France culture étudiait les Métamorphoses d’Ovide. Je n’en ai pas retenu grand chose. Sinon qu’il est difficile de ne pas faire d’anachronisme. Comment penser comme on pensait au temps d’Ovide ?

Ce qui est certain est que la métamorphose n’a rien d’original à l’époque. C’est, pour un dieu grec, une sorte de figure obligée. Pour les Grecs ces dieux et leurs aventures furent des enseignements. Mais lesquels, en ce qui concerne la métamorphose ? Il n’y a pas de frontière entre les espèces ? Comme chez les Hindous, la vie passe d’une forme à une autre ? Tous frères ?

Quant à Ovide, je me suis demandé s’il ne ressemblait pas à tout écrivain, à La Fontaine ou Molière, par exemple : il fabriquait du neuf avec du vieux. C’était l’occasion d’une oeuvre d’art, de raconter de belles histoires ? De faire passer quelque message de son cru à ses contemporains ? Anachronisme ?

Triste Liban

Un million de personnes déplacées, près du quart de la population. Pauvre Liban, qui prend tous les coups, sans pouvoir rien faire. Conséquence imprévue des succès israéliens : le Hezbollah ayant été décapité est aux mains des Iraniens !

Comment cela va-t-il se finir ? Israël va-t-il abattre l’Iran et, donc, le Hezbollah ? Ce serait apparemment dans l’intérêt des pays du Golfe, pour qui l’Iran est une menace permanente. Mais si cela dure ? Une crise mondiale, comme celle de 74, qui a mis fin aux trente glorieuses ? (Qu’est-ce que cela signifie, pour nous, qui sommes déjà dans une mauvaise passe ?) Il y aurait aussi beaucoup de nations qui n’y auraient pas intérêt. D’où émergence d’une diplomatie internationale qui mettrait fin au conflit ?

(Affaires étrangères.)

Une question que personne ne semble poser : que vont devenir toutes ces victimes de guerre ? Des terroristes ?

Thèse

Le hasard m’a fait assister à Ma thèse en 180 secondes (MT180) de la Sorbonne. 12 thésards, 4 hommes et 8 femmes, ont été sélectionnés pour expliquer en 3 minutes le sujet de leurs recherches.

Excellente idée. J’ai était impressionné par ce que la science moderne permet de faire. Voilà qui est une bonne publicité, pour elle et ses thésards. Curieusement, j’ai trouvé ces sujets bien plus intéressants que ceux dont me parle l’université de Cambridge, qui, pourtant, espère me faire financer sa recherche.

Quant aux lauréats, je pense qu’ils l’ont été pour la clarté du propos. En revanche, je soupçonne qu’on les a poussés à la recherche de la métaphore compréhensible du grand public. Parler des intérêts ou des difficultés de leur travail aurait été plus efficace. Encore un effort ?

Mines et mineurs

La mine, était-ce Zola ?

En 1974, on interroge un mineur. Il a 42 ans, il gagne 1700F par mois. Il travaille 8h par jour, il prendra sa retraite à 50 ans. Il a eu des accidents, il a un début de silicose, va-t-il s’arrêter bientôt ? Son sort est entre les mains de la médecine du travail.

J’enquête, le SMIC, en 1974, est à 1000F (il vient d’être augmenté de 20% !). Le mineur n’est pas très bien payé, pour un métier aussi dangereux. Seulement, il a des avantages. Et ils s’élèvent à 150.000F par an ! Ai-je bien entendu ? Oui, 12.000F par mois est-il précisé. Le mineur a une belle maison et ne paie pas le médecin, le chauffage, etc. Pas plus que des impôts sur ces avantages en nature. Si bien que sa femme n’a pas à travailler.

Théorie et pratique

Je reçois l’analyse de la situation économique d’un territoire. Elle est faite avec l’aide de chatgpt. 50 pages.

Un petit miracle économique inconnu apparaît. Je note l’art du « prompt » de mon correspondant : il fait sans cesse apparaître de nouvelles pépites. Jusqu’à ce qu’il demande pourquoi telle entreprise se délocalise. Brutalement, l’IA révèle que ce qu’elle venait de qualifier de réussite tourne au vinaigre. Le territoire tremble. Les syndicats et les élus sont mobilisés.

Et lorsque je demande à un ancien dirigeant des services du département ce qu’il pense du reste du panorama, il me répond qu’il correspond plus aux espoirs des développeurs économiques qu’à la réalité, triste.

Qui nous dit de nous méfier de l’intelligence artificielle ? Il n’existe plus de rempart entre le marketing et nous.

O tempora

Durant mon enfance, j’ai eu le sentiment de vivre sous le régime de la raison. Puis j’ai découvert que, de Hayek à Foucault en passant par Churchill, on estimait que les démocraties étaient des totalitarismes, qui ne valaient pas mieux que l’URSS. Le libéralisme a gagné.

Intéressante expérience. On a découvert ce que l’on avait oublié. Par exemple que certains croient toujours que leur peuple est supérieur aux autres, qui méritent d’être écrasés. Ou que l’entrepreneur américain pense toujours qu’il livre un combat contre l’humanité. Mieux ? C’est le règne du mensonge. Car, le prochain est un ennemi, et tous les coups sont permis pour lui faire rendre gorge. Quant à la science, qui est une « intelligence collective », éclatée en individus, elle disparaît. En tous cas, elle n’a plus de conscience.

Géographie de la guerre

C’est la société qui fait la géographie, pas le contraire. Les sociétés ont un usage structuré de l’espace. Le savoir est utile au militaire. C’est ainsi, par exemple, qu’il peut distinguer les mouvements des civils de ceux des Talibans.

De même, les cartes doivent être adaptées à l’art du combat et aux pratiques des militaires, en leur donnant les informations dont eux-seuls ont besoin.

(France culture.)