Génétique

Il existerait une « analyse génétique » des textes. Par exemple de la correspondance de Voltaire. Elle chercherait un sens qui n’est pas dans le texte.

(France culture.)

Par exemple, telle lettre est-elle de la main de Voltaire, ou l’a-t-il dictée ? Qu’a-t-il ajouté de sa main ? Comment l’a-t-il signée ou datée ? A qui l’envoyait-il et même quelle était l’adresse de ce dernier ?… Voltaire était une immense célébrité (sans équivalent depuis ?), et on copiait abondamment ses lettres, d’ailleurs il en faisait de même, et, quand il les trouvait particulièrement réussies, il les faisait imprimer.

Voltaire et Frédéric II

Correspondance du 18ème siècle. Je découvre que Voltaire était une idole. Les stars du rock ne sont probablement rien en comparaison.

On lui prêtait tous les talents. Il était, à lui seul ! l’équivalent de tout ce que l’antiquité avait fait de mieux ! Etrange fascination.

Les courriers de Frédéric II, qui écrit fort bien le français, sont curieux : tout en admirant, excessivement ? Voltaire, ils déplorent ses enfantillages, et ses mesquineries. C’est incompréhensible : comment être aussi petit quand on a un tel génie ? On a l’impression d’un adulte parlant à un enfant.

Terre et Voltaire

Voltaire aurait été l’inventeur d’une des plus grandes « fake news » de tous les temps. Contrairement à ce qu’il a écrit, et qui a été repris par de grands esprits, le Moyen-âge ne croyait pas la terre plate.

Il fut un précurseur de Boris Johnson. Comme Boris, il trahissait la vérité pour servir son combat. Celui de Boris était l’Europe, le sien l’Eglise. Deux représentants des ténèbres. Il aurait aussi inventé, pour faire bonne mesure, un Christophe Colomb, précurseur des Lumières.

Voilà un des bénéfices des « fake news » : depuis que l’on en parle nous-nous intéressons à la vérité. Mais pour combien de temps ? Et si les esprits éclairés qui les traquent, finissaient par découvrir qu’ils sont des émules de Voltaire ?

(Entendu à Science chrono de France Culture, samedi 24.)

Lettres philosophiques de Voltaire

Voltaire, en délicatesse avec le pouvoir royal, va penser librement en Angleterre. C’est une puissance émergente, qui vient d’infliger une défaite totale à Louis XIV, avec l’élégance de ne pas lui avoir fait perdre la face. 

Voltaire observe les moeurs locales. Ce qui fait penser aux lettres persanes de Montesquieu, son contemporain. Ou peut-être, encore plus, à la pensée sauvage de Lévi-Strauss. 

Il a une tendresse pour les Quakers, en particulier, et une de leurs réalisations : la Pennsylvanie : « c’était un spectacle bien nouveau qu’un souverain que tout le monde tutoyait et à qui on parlait le chapeau sur la tête, un gouvernement sans prêtres, un peuple sans armes, des citoyens tous égaux, à la magistrature près, et des voisins sans jalousie« . Mais il parle aussi de la science, en particulier de Newton, dont Descartes fut l’éclaireur, de la vaccination, et de la littérature anglaise, dont il admire le génie inculte. Il en donne des traductions. Ce qu’il apprécie, c’est que l’Anglais a « l’admiration des grands hommes« , ceux qui ont accompli quelque-chose de notable dans leur vie. D’ailleurs, la haute noblesse elle-même ne trouve rien de bas au négoce ou à l’art. « Leurs ouvrages leur font plus d’honneur que leur nom. »

Il termine, paradoxalement, son livre par une mise en pièces des pensées de Pascal, « misanthrope sublime« . « Au lieu donc de nous étonner et de nous plaindre du malheur et de la brièveté de la vie, nous devons nous étonner et nous féliciter de notre bonheur et de sa durée. » Pascal n’aurait certainement pas publié de telles inepties, s’il était resté en vie. 

Voltaire traite Newton de « philosophe« . Comme Tocqueville ou Montesquieu, il ne semble pas croire au monde des « idées » de Platon. C’est un pragmatique. Pour lui la philosophie est vie et action, et enseignements tirés de l’observation par un esprit sain. Il faut « joindre la pratique à la spéculation« , sans se faire prendre au piège de la science art pour l’art : « il y a un point passé lequel les recherches ne sont plus que pour la curiosité« . La philosophie ne se professe pas, elle est discipline intellectuelle de l’honnête homme ? 

Polémique

La « bonne polémique » c’est « énoncer des propositions contraires aux convictions des intérêts régnants ». C’est l’essence d’une « littérature de combat (…) qui est combattante sans être combative ». Réflexion de Jean-François Revel, 1964, dans l’Express.

Cependant dans notre ère de « communication de masse », dans laquelle le polémiste « d’aujourd’hui doit se débattre au sein d’un océan de boue qui se referme sans arrêt au dessus de sa tête », « la polémique de fond doit aussi se faire polémique de ton ».
Il est vrai qu’être provoquant permet d’être entendu. (C’était déjà le cas au temps de Voltaire !) Mais cela sert-il sa cause ? La provocation augmente l’anxiété de survie. Mais elle ne dit pas comment conduire le changement. D’où le succès des « polémistes de droite », les conservateurs, dont on trouve les arguments admirables parce qu’ils justifient qu’il ne faut rien faire.
Jean-François Revel croit pouvoir dire que « malheureusement, dans notre Moyen-âge, notre tête est entrée dans l’ère de la preuve alors que notre cœur est resté dans l’ère de la force et du mensonge ». Erreur. Ce n’est pas notre cœur qui est en tort, mais notre tête : à un moment de notre histoire, elle s’est détachée de la réalité. Ce qui explique qu’elle puisse penser l’ignorer. Car, les « intérêts régnants » assurent l’équilibre de la société. Quand la tête croit pouvoir s’en abstraire, c’est la révolution.
S’il est utile de stimuler l’anxiété de survie de la population, pour réussir un changement sans bain de sang, il faut surtout savoir utiliser ce qui lui est favorable dans la culture de la société.
Compléments :

Idéologie et crise

The Economist (All you need is cash) : problème de l’entreprise : elle crève faute de cash.

Cela voudrait-il dire que les gourous de l’économie et des sciences du management, qui nous enjoignaient de ne pas garder d’argent dans l’entreprise avaient tort ? Certainement, mais ce n’est pas si grave que cela, conclut The Economist :

Rash though some of them seem today, the Western management fad of the past 30 years improved productivity (one years’s outperformance doesn’t prove the Japanese model was right).

Humour ? Que pensent les entreprises victimes des « management fads » ? Et leurs personnels ? Nous sommes à la rue, mais nous avons fait de beaux gains de productivité ?

Pangloss disait quelquefois à Candide : Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles; car enfin si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de mademoiselle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches.

Les générations de nos grands parents manquaient de cet humour : elles estimaient que c’était de tels incidents qui avaient déstabilisé l’Allemagne. D’où guerre mondiale.

Mais peut-être ai-je tort. Et si, effectivement, les dernière années avaient été exceptionnellement fastes pour certains ? J’ai entendu dire qu’elles auraient massivement profité à un petit pourcentage de la population américaine, le reste s’enrichissant à crédit. Ce petit pourcentage lirait-il The Economist ?

Compléments :

  • Sur le danger de manquer de cash : Crise : que faire ? rendre l’entreprise flexible.
  • Effectivement l’enseignement de l’Insead, il y a 15 ans déjà, affirmait que l’entreprise devait se débarrasser de ses réserves et se concentrer sur ce qu’elle savait le mieux faire. Le marché était plus compétent qu’elle. À lui de gérer ses ressources. La caractéristique de l’enseignement de MBA c’est d’être idéologique, non scientifique. Et encore moins basé sur l’expérience.