Crise ?

Inquiétude, depuis quelque temps. L’économie américaine n’irait pas si bien qu’on le disait jusque-là. Serions-nous à la veille d’une crise, qui pourrait toucher le monde ? Les bourses mondiales font du yoyo. Ce qui est le propre des temps de crise.

Curieusement, pour quelqu’un qui a toujours tort, j’ai prévu les deux précédentes crises, la bulle Internet et les supbrimes. Dans les deux cas, il y avait clairement en marche des phénomènes spéculatifs redoutables. Pour la bulle Internet, si mes souvenirs sont bons, on en était arrivé à estimer qu’une personne qui fréquentait un site web valait 40000F (6000€). Un blog (qui n’existait pas encore) avec 100.000 visiteurs aurait valu, dans ces conditions, 600m€ ! Pour les suprimes, l’idée était de prêter à des gens qui ne pouvaient pas payer, en transférant le risque.

Ce blog parle de l’intelligence artificielle comme bulle spéculative. En fait, la spéculation concernant les valeurs technologiques n’a pas cessé depuis la bulle Internet. Seulement, je ne reconnais pas les mécanismes diaboliques qui avaient cours alors. Il me semble surtout qu’il nous reste des ressources de croissance (ou de spéculation ?). L’économie mondiale a suivi des modes et les nations n’ont pas développé leur potentiel propre. En particulier la politique écologique a été particulièrement malencontreuse : au lieu de choisir la voie de la « bioéconomie », tout le monde s’est mis à construire des éoliennes, des batteries et des panneaux solaires…

Peut-être ne suis-je plus au milieu de la mêlée comme alors ? Ou le monde, comme le dit aussi ce blog, est devenu cassant, et il en faut moins que par le passé pour le rompre ? Toujours est-il, je ne sens pas venir une crise… Mais j’ai toujours tort !

Intelligence de la bulle

Elliott says Nvidia is in a ‘bubble’ and AI is ‘overhyped’
Hedge fund tells clients many supposed applications of the technology are ‘never going to actually work’

Financial Times du 2 juillet

Ce qui m’intéresse dans la question de l’intelligence artificielle c’est de faire la chronique de ce qui me semble l’histoire d’une bulle spéculative. Je crois constater que, petit à petit, s’immisce le doute. On ne voit pas beaucoup de résultats concrets dit le FT. L’investisseur semble aussi vouloir se rassurer. Par exemple, à chaque fois que j’entends la BBC commenter les résultats meilleurs que prévu de Meta, il est aussitôt affirmé que c’est la démonstration de l’efficacité de l’IA…

Indice de fin de bulle ? La valeur des actions des fournisseurs de matériel, les grands gagnants de l’IA, fait du yoyo.

Mais il y a aussi de l’inertie : les « scientifiques » continuent à publier des travaux montrant que, pour des questions insignifiantes, l’IA fait bien mieux que l’homme. L’IA continue à permettre de capter des financements. Du moins, on n’a pas encore trouvé son remplaçant ?

AI versus cancer
‘Game changing’ technology that can predict how patients will respond to cancer treatment before they receive it is part of a wave of Cambridge research harnessing the power of artificial intelligence in the fight against the disease. The new tool means that vital time can be saved and treatments introduced sooner.

Lettre d’information de l’université de Cambridge

Paradis artificiel

Présentation des applications de l’intelligence artificielle par un expert israélien (qui dit mieux ?).

Qu’en retiens-je ? Open AI, ce n’est que du matériel, de la capacité de calcul. Tous les investissements actuellement vont dans « l’infrastructure ». « Aucune grande entreprise n’a mis en oeuvre l’IA générative » ! Aucune application n’a fait la démonstration qu’elle pouvait « créer de la valeur » !

L’IA générative c’est, surtout, beaucoup de travail pour celui qui l’utilise. « Il faut beaucoup tester ». Elle est soumise (comme l’a immédiatement vu ce blog) à « l’hallucination ». Mais aussi au « drift ». C’est à dire à des dérives multiples. Ce qui demande de l’entraîner en permanence, et de contrôler ses résultats. Autrement dit, elle n’est rien sans l’homme !

Son utilité ? Apparemment, elle permet de gagner un temps fou dans des types de tâches qui demandent de récupérer des masses de données sur Internet, ou ailleurs, et de les remettre en ordre. En vertu de quoi cela pourrait permettre à des gens peu qualifiés de remplacer des gens qui le sont beaucoup plus. Seulement, l’intelligence artificielle utilisant les connaissances humaines, si l’homme ne sait plus rien, ne risque-t-elle pas de devoir se nourrir d’elle-même, et d’halluciner ? La présentation ne le disait pas. De mon expérience de la traduction, je pense que, au contraire, l’IA demande une très haute qualification, car elle doit être contrôlée, et que ses erreurs sont rares et subtiles. (Un cauchemar à vérifier.) En outre, pour avoir comparé le travail d’une personne qui utilisait l’IA avec celui d’un groupe qui ne l’utilisait pas, je constate que l’on est étonné au début par l’IA, mais ses résultats ne résistent pas à un examen sérieux. D’ailleurs, j’ai découvert qu’une nouvelle science émergeait, celle de « prompt engineer » : on a constaté que le système était d’autant plus efficace qu’on lui posait des questions intelligentes…

En tous cas, même s’il y a des gains de productivité notables, leur coût semble l’être aussi : l’IA a besoin de beaucoup de matériel et d’une quantité d’énergie considérable. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Conclusion ? Si ce que je dis est juste, c’est effrayant. Car toute l’économie mondiale, toutes les politiques ne sont que du vent. La raison en est claire : « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours ». Notre société est dépouillée de tout sens critique. Exemple, Cédric Villani déclarait, pour nous convaincre de nous engager dans un programme d’IA, que, si nous ne le faisions pas nous allions être dépassés par les Chinois ! Et c’est avec ce type de raisonnement que l’on obtient la médaille Fields ?

China deploys censors to create socialist AI
Chinese government officials are testing artificial intelligence companies’ large language models to ensure their systems “embody core socialist values”, in the latest expansion of the country’s censorship regime.

Financial Times breaking news du 17 juillet.

Nouvelle ère ?

Private equity has become hazardous terrain for investors
The tailwind of freakishly loose monetary policy is now over

Financial Times, 15 juillet

La fin d’un phénomène qu’a étudié ce blog ? La banque centrale des USA a financé bulle spéculative après bulle spéculative. Il en est résulté le phénomène start up. Et des richesses fantastiques, généralement acquises pour avoir été là au bon endroit, au bon moment.

(La France, par mimétisme, a inventé la French Tech, et son Etat a financé massivement l’amorçage de start-up, sans beaucoup se préoccuper de leur viabilité ?)

Que va-t-il survenir ? Le « risque et l’opportunité », dans le changement, sont au moment de bascule. Depuis toujours une des caractéristiques des USA est la crise spéculative. On le dit peu, mais elle terrorisait les « robber barons » au début du siècle dernier, ce qui les a amenés à créer des monopoles. Plus tard ses crises se sont étendues au monde, et ont produit des guerres. Pourra-t-on en éviter une nouvelle, sans utiliser les fonds de la banque centrale ?

En tous cas, il y a une tentative de retour à la vertu. L’investisseur tenterait de résister à la tentation d’endetter ses participations afin de se verser des dividendes…

Private equity firms slash use of risky debt tactic to fund payouts
Use of fund-level net asset value loans to pay dividends falls 90% after institutional investors raise concerns

Super bulle

Nvidia could reach $50tn market cap in a decade, says top tech investor
Early Tesla and Amazon backer James Anderson sees chipmaker’s potential scale as ‘way higher than I’ve ever seen’

Financial Times du 14 juillet

Il est toujours intéressant de prendre les prévisionnistes au mot, pour vérifier, le moment venu, si leurs idées étaient correctes.

Voici ce que j’ai trouvé chez wikipedia :

Country / TerritoryTotal market cap
(in millions of US$)(as a % of GDP)
United States54,000,000194.5
China10,656,01865.1
Japan6,285,886126.7
https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_stock_market_capitalization

Autrement dit, notre homme pense que Nvidia, qui est le fabricant de pelles de la ruée vers l’or artificiel, va, bientôt, à lui seul, doubler la valeur des entreprises américaines, qui semble déjà particulièrement élevée.

Sa véritable prédiction : les bulles spéculatives ne feront que grossir ?

All that glitters

On ne peut pas dire cela. A un moment, j’ai fréquenté les journalistes. Ce qui m’a frappé est que, lorsque je leur disais ce que je lisais dans la presse anglo-saxonne, ils me répondaient qu’ils ne pourraient pas l’écrire. Ce qui était d’autant plus curieux que gauche et droite censuraient des opinions qui auraient dû servir leur camp.

Ce souvenir m’est revenu en écoutant « All that glitters », une enquête de la BBC sur le milieu de l’art moderne. Aurait-on, en France, le droit de diffuser cette émission ?

Il y est question d’un des scandales qui a secoué ce petit milieu. Un jeune galeriste est devenu extrêmement riche, avant de finir en prison, en jouant sur l’art à la manière des financiers, par exemple en se faisant payer pour des oeuvres qu’il ne possédait pas.

Ce que disait crûment l’émission, c’est que l’art moderne n’est que spéculation, il n’a aucune valeur en tant qu’art. D’ailleurs, il est stocké dans des entrepôts. Personne ne le voit. A un moment, par exemple, les réserves de l’escroc sont auditées. Or, il lui manque une oeuvre. Il n’a aucun mal à la reconstituer. Ce qui abuse l’auditeur.

Ce que disait aussi l’émission, c’est que c’est un milieu consanguin. Ceux qui y évoluent sont des « enfants de ». Soit de gens du milieu, soit de « gens importants ». Une petite élite bobo qui vit dans le luxe, la fête et la drogue.

Drôle de mine

Il n’y a pas que le numérique ! Au Canada, les mines peuvent aussi faire des bulles.

A-t-on l’équivalent chez nous ? On trouve dans les programmes de la BBC des enquêtes passionnantes. Un journaliste de l’Empire a consacré 25 ans de sa vie à étudier tel ou tel scandale ou crime crapuleux. Et il présente ses travaux sous la forme d’un feuilleton, dont les effets sont soigneusement calculés. Riveting, comme on dit en anglais.

Dernier en date : The $6 Billion Gold scam. A la fin des années 90, des prospecteurs disent avoir découvert la mine d’or du siècle aux Philippines. Un géologue hollandais, au bout du rouleau, et une compagnie canadienne famélique leur emboîtent la pas. On trouve de plus en plus d’or. Le cours de l’action de ladite société s’envole. En fait, c’était, très probablement, un coup monté par des géologues philippins. Une révolte de l’exploité ? L’organisateur s’est évanoui dans la nature, en faisant croire à sa mort. Personne n’a été condamné. Le petit porteur qui se pensait millionnaire s’est retrouvé gros Jean comme devant.

Eternelle recette de l’escroquerie ? Un des sous-produits du capitalisme ?

Machine learning

Il y a déjà pas mal de temps, j’ai découvert le mot « machine learning ». Il remplaçait l’ancienne « analyse de données ».

J’ai cru que c’était une invention de quelque marketeux.

J’ai probablement eu tort, comme d’habitude.

Je soupçonne maintenant que l’on entendait réellement que la machine était capable d’apprendre. C’était une hypothèse fondamentale. On a cru qu’elle était juste. La transformation du monde est partie de là. Désormais la machine peut apprendre : l’homme est devenu inutile. Machinocène. D’ailleurs, plus besoin d’étudier les mathématiques de l’analyse de données. L’ordinateur n’en aura pas besoin.

Et si l’on s’était plutôt demandé : la machine est-elle capable d’apprendre ? Que la réponse ait-été oui, ou non, cela aurait été instructif. Seulement, c’est vrai, cela aurait rapporté beaucoup moins d’argent.

La fuite de Total

Je lisais que Total voulait partir aux USA.

Il n’est pas le seul dans son cas. Il semble que l’Angleterre connaisse une hémorragie.

Normal. Les USA donnent une plus grande valeur à leurs entreprises que l’Europe. Une question que l’on trouvera d’ailleurs dans ce blog est : pourquoi leurs sociétés n’achètent-elles pas leurs consoeurs étrangères ? Vus leurs niveaux de valorisation, cela serait facile.

Selon moi, la force des USA est la spéculation. Ils ont un talent pour « créer de la valeur ». Hop, j’invente un mot, « intelligence artificielle » par exemple, et j’ai créé des milliers de milliards. Je suis même surpris que personne n’ait pensé à inventer une fabrique de tels mots. A en faire une activité réellement scientifique, systématique.

Devrais-je proposer mes services ? Lever des fonds ?