La « massification » de l’enseignement supérieur a eu un effet déplaisant : on ne peut plus écouter religieusement les autorités de la raison. C’est le constat que je fais lorsque j’entends un universitaire parler d’un auteur que j’ai lu. J’ai l’impression qu’il exprime un sentiment personnel.
Quel est mon sentiment vis-à-vis du duc de Saint Simon ?
Je l’ai découvert il y a bien longtemps, par hasard. Et j’ai beaucoup aimé ses portraits. Ils sont épiques.
Il me fait penser à ces officiers, politiciens ou aventuriers qui ont connu la ruine de leurs espoirs mais savent avoir vécu un moment exceptionnel de l’histoire. Ils désirent laisser un témoignage. Napoléon et de Gaulle en sont des exemples.
Sa vie fut un drame. Il était le représentant même du mal qui a détruit ce à quoi il croyait plus qu’à tout : la haute noblesse. En effet, les rois s’étaient mis à faire des ducs de tout et n’importe quoi. En particulier de son père, un favori de Louis XIII (qui avait plus des minions que des favoris). Or, Louis XIV a poursuivi cette pratique. Ce qui menaçait dangereusement les privilèges nouvellement acquis de Saint Simon.
Quant à ses portraits, ils ne faut pas les prendre comme des critiques. Ce qui fait le noble digne de ce nom est la grandeur. Vice ou qualité, tout est hors de mesure. Il plane au dessus de la populace, qui n’est même pas visible. Je me demande, d’ailleurs, si le Français n’a pas conservé ce préjugé : il hait ses compatriotes parce qu’ils ne portent pas assez haut la seule culture qui ait jamais existé. (Le reste de l’humanité est indigne d’intérêt.)
(Pour une autre opinion : une série de France culture.)

