Evolution nucléaire

La bombe atomique a été utilisée, jusqu’au bout, par l’URSS pour résoudre des problèmes civils. Par exemple, mettre un terme à des fuites de gaz. (Article.) Les USA avaient fait de même, un peu plus tôt.

Ce qui a changé les choses n’a rien de rationnel. C’est un revirement de l’opinion mondiale. Progrès : après l’amour inconditionnel, la peur inconditionnelle ?

Vol de nuit

Pas d’unité de lieu, mais quasi unité de temps. Années 30. Pour concurrencer le train, on fait voler les avions postaux de nuit. Mais cela présente un grand danger. Car ces avions, et surtout leur équipement, sont primitifs (cela ne fait que vingt ans que Blériot a traversé la Manche !). Le livre raconte une nuit. Et un cyclone. Le voyage de trois avions. Et l’attente de celui qui est l’âme du réseau et du projet.

Ce genre de progrès matériel mérite-t-il de risquer des vies ? se demande le livre. C’est aussi l’histoire d’un entrepreneur. Il règle tout, il décide de tout, il est une justice qui ne pardonne pas. Il ne veut pas écouter son coeur. Va-t-il trop loin ? Et il y a, enfin, l’homme, le pilote, pris dans les éléments. Il doit entendre les signaux de la nature, et savoir renoncer et désobéir. Fable sur la raison ? L’homme, au sens premier du terme, est celui qui domine la raison, écoute son coeur, et la nature ?

Prométhée

Les mythes sont des révélateurs. On les interprète à la lumière de nos préjugés. Voilà ce que j’ai pensé en écoutant une émission de France Culture sur le mythe de Prométhée.

Déjà, il n’y a pas une histoire de Prométhée, mais plusieurs. Par exemple Prométhée aurait donné le feu aux hommes ou il le leur aurait rendu. Les hommes pourraient ne rien avoir demandé. Il semble aussi que, généralement, l’histoire se termine bien : le supplice de Prométhée n’est pas éternel…

Prométhée est revenu à la mode au 18ème siècle. Il a été récupéré par Goethe, qui en fait une sorte de premier « self made man ». Puis l’Allemagne, qui se construit alors en imitation / rejet de la France, voit en lui un créateur de nation. Ensuite, l’ingénieur devient un nouveau Prométhée. Il apporte le progrès à l’homme, en particulier la maîtrise du feu. Tout le projet du socialisme serait prométhéen : ce serait une adhésion enthousiaste au progrès, mais en cherchant à ce que tout le monde en profite. Le nazisme est aussi prométhéen. Il se veut la seule conclusion logique de la science. La lumière, c’est la science, et la science (Darwin) dit que la meilleure espèce gagne. L’homme doit être cette espèce. Et le Germain entraîne l’humanité dans un combat pour la domination de la nature. Pour cela, il doit se débarrasser des lois sociales fausses, et revenir 1500 ans en arrière, à l’époque où les Germains originels vivaient selon les lois de la nature.

L’émission ne parlait pas d’aujourd’hui. Peut-être retiendra-t-on du mythe que l’homme pourrait n’avoir rien demandé à Prométhée. Prométhée peut alors devenir la figure de l’utopiste totalitaire qui fait le mal en voulant faire le bien. Il peut aussi être un certain type d’entrepreneur, dont parle la littérature anglo-saxonne depuis la Révolution Industrielle. Son mobile n’est pas l’enrichissement. Il est engagé dans une lutte contre l’obscurantisme. Il est convaincu que ceux qui ne comprennent pas l’intérêt de ses innovations sont condamnés par Darwin. C’est probablement une idée répandue dans la Silicon Valley actuelle. Plus étrangement, c’est aussi devenu une idée de gauche. (Les « deplorables » de Mme Clinton.) Une partie de la société serait fermée au progrès (qui devient plus social que technique). On ne pourrait rien faire pour elle.

Progrès et anxiété de survie

Le progrès ne fait que s’accélérer disaient des amis. Je ne le crois pas.

Il a freiné. Mon idée du progrès, c’était le moteur, l’électricité, la voiture, l’avion, la fusée, les téléphones, les télévisions, l’électroménager, les antibiotiques (l’hygiène d’abord, qui a prolongé radicalement notre vie), la génétique, l’industrie agroalimentaire, l’ordinateur, l’énergie nucléaire, la physique qui faisait sans cesse des découvertes fondamentales, ou même les mathématiques qui inventaient continuellement de nouvelles disciplines. Mais aujourd’hui ? Rien n’a remplacé le Concorde, par exemple. La vitesse des avions de combat a régressé, faute de combattants. De même que celle des fusées. Ailleurs, comme pour les OGM, le nucléaire, ou le bricolage génétique, le progrès inquiète. L’innovation ne fait plus de sauts quantiques. Elle est de plus en plus coûteuse. Notre bibliothèque, c’est le web, et il lui faut des masses d’électricité pour rester éveillée ! Les économistes parlent de rendements décroissants. Serait-ce le cas ?

Surtout, le progrès ne se fait pas seulement parce qu’il est possible. Nassim Taleb dit que les tribus arabes ont trouvé que, dans le sable, le chameau était plus pratique que la roue. Je me demande si, en Occident, le progrès n’a pas été mû par la lutte de l’homme contre l’homme dont parle le philosophe. En Angleterre, par exemple, le coût du travail s’affaisse, on remplace la machine par l’homme. La guerre, qui obéit au même principe, a été un grand moment d’innovation. Ce serait probablement le cas d’une catastrophe climatique. Sans anxiété de survie, pas de progrès

Le moyen-âge est un scénario d’avenir que mes amis devraient envisager.

Fin du monde

Si je fais fortune, je finirai ma vie dans une université américaine au soleil. Voilà ce que je disais quand j’avais quatorze ans. Dans mon enfance, la science émerveillait. On pensait qu’elle produirait toujours des résultats nouveaux et surprenants. D’ailleurs, il était plus important de comprendre, d’apprendre, que de découvrir.

La science inspire maintenant la méfiance. Elle patine, et l’accès général à l’éducation a démystifié le savant. Certes il nous domine par son talent. Mais c’est aussi le cas du collectionneur de timbres, ou du champion de 100m. Comme me le disait un mathématicien, la mathématique moderne ne se préoccupe-t-elle pas de problèmes triviaux ? Ce qui a ébranlé la science, c’est la découverte qu’elle reposait sur un a priori, non scientifique : il existe une vérité absolue que l’on peut approcher par la raison. Le pire, peut-être, c’est qu’entre les mains de l’entreprise, elle cherche artificiellement à retrouver sa gloire : elle s’engage, sans contrôle social, dans des chemins dangereux : manipulation du vivant, par exemple.

Doit-on abandonner la science ? Peut-être, comme le disait Niels Bohr du fer à cheval qu’il avait mis sur sa porte : « il paraît que cela marche, même quand on n’y croit pas » ?

Cryopréservation du démocrate

Mes amis du Canada passent plusieurs mois à une température inférieure à celle de mon congélateur. Cela prolonge-t-il la durée de leur vie ? Cette pensée m’a amené à l’article « Cryopréservation » de wikipedia. J’ai découvert que certaines grenouilles se congelaient ! Le problème que pose la congélation à l’être vivant c’est la glace. Elle détruit les cellules. Ces grenouilles possèdent un mécanisme qui les remplit d’antigel. On essaie de faire de même pour l’homme.

A quoi me servirait une Cryopréservation ? demanderez-vous. A attendre la mise au point du traitement d’une de vos maladies. Phénomène Belle au bois dormant. Votre vie s’arrête le temps que naisse le prince charmant que vous méritez. Les démocrates américains devraient-ils tenter la Cryopréservation ?

(Mais, la cryopréservation pose aussi l’éternelle question liée au progrès : nos bricolages avec la vie ne peuvent-ils pas provoquer des conséquences physiologiques imprévues ?)

Individualisme et bien public

Intérêt de l’humanité ou connaissance : ils étaient probablement la motivation de Pasteur ou Fleming. Il y a encore peu, la recherche était un bien public.

Je pensais à cela en écoutant parler d’entreprises californiennes et israéliennes. Elles manipulent le vivant à titre lucratif. Et je trouvais ce qu’elles faisaient peu enthousiasmant et vaguement inquiétant. Quelle est leur motivation ? D’où, ceux qui les dirigent tirent-ils leur légitimité à décider, sans contrôle, et peut-être sans même réfléchir, de l’avenir de l’humanité ?

Changement systémique ? Il suffit de convaincre l’individu qu’il doit maximiser son intérêt pour que le fonctionnaire devienne un oligarque ? Du coup, il ne peut plus y avoir de « service public » ?

Epuisement du progrès

Marie Curie et sa fille Irène ont eu le Prix Nobel, et sont mortes jeunes, irradiées. Marie a eu une autre fille, Eve. Elle fut écrivain et pianiste. Elle a vécu 103 ans.

Marie était positiviste, elle croyait aux bénéfices absolus du progrès scientifique. Comme la société de son temps, elle n’avait pas vu ses conséquences. Ou elle était prête à les accepter. (Après tout, les nobles risquaient leur vie pour la gloire : une longue vie n’est pas ce que tout le monde recherche.)

Un des changements de notre temps est peut-être que le « progrès » a épuisé sa séduction. Il ne vaut plus la peine que l’on risque sa vie pour lui. Voilà peut-être que ce M.Macron et les magnas de la Silicon Valley n’ont pas compris.

Marché autonome

Est-ce que la voiture autonome vous fait rêver ? La génération de mes parents a rêvé de voiture, ce n’est plus le cas.
Dorénavant, ce n’est plus le besoin du consommateur qui tire l’entreprise, mais l’inverse. Comme l’entreprise a un marteau, elle nous voit en clous. Elle est issue d’Internet, elle veut tout lui « aliéner », auraient dit Hegel ou Marx. Elle emploie de très gros moyens pour nous convaincre que l’avenir est à son image. Mais, le « progrès » peut-il être décrété, sans qu’il corresponde à une aspiration spontanée de la société ? 

Le progrès est-il un conservatisme ?

Lire l’actualité donne le tournis. Et si l’on parvenait à renverser le vieillissement ? par exemple. A quoi ressemblerait l’humanité ? Pourrions-nous nous projeter dans un monde qui ne nous ressemblera plus ? Tous ces « combats », qui ont modelé nos aspirations, qui ont eu pour seul objectif de construire une société dans laquelle nous aimerions vivre, ne paraîtront-ils pas absurdes ? etc.
Et si c’était la notion elle-même de « progrès » qui était en cause ? Et s’il était, fondamentalement, un conservatisme ? Nos pères sont nos enfants ? Et s’il fallait désormais se définir par rapport à l’avenir ? Parce que cet avenir ne gardera pas plus de traces de nous que nous n’en avons de l’homme préhistorique ?