De la dépression en Amérique

Une étude montre que les Américains d’âge moyen, peu éduqués, sont de plus en plus gagnés par la dépression, avec toutes ses conséquences en termes d’alcoolisme, de consommation de drogue, ou de suicide. Les personnes nées dans les années 60 sont significativement en plus mauvaise situation que ne l’étaient, à leur âge, celles nées dans les années 40.

Curieusement, les hommes blancs, relativement plus riches que les autres catégories (femmes et minorités), sont plus atteints. Cela pourrait s’expliquer par le fait que, du fait de leurs revenus, ils ne seraient pas éligibles aux aides, aides dont l’effet serait bénéfique pour la santé. (Est-ce l’argent qui est bénéfique, ou le rétablissement d’un lien social ?)

Renversement des idéaux. Après guerre, on était convaincu que la condition humaine irait en s’améliorant. Apparemment, le « progrès » s’est poursuivi, mais il s’est mis à être destructeur pour certains.

Humanité somnambule ?

« Les peuples qui nient leur passé sont condamnés à le revivre » (Churchill).

L’écriture de mon premier livre, il y a près de 18 ans, m’a amené à me plonger dans toute une littérature, scientifique ou non. J’ai eu la surprise de découvrir à quel point nous nions le passé. Par exemple, tout le débat sur le libéralisme d’avant guerre, on ne parlait que de ça, est totalement inconnu. Il en est de même de la science des systèmes, ou de la complexité, qui fut l’alpha et l’omega de l’après guerre, et même La science, et surtout, la cause de la prospérité moderne. Quant aux sciences du changement, tout se passe comme si personne n’en avait parlé, alors que c’est une des préoccupations principales de l’humanité. Ce qui est plus ennuyeux est que la société moderne est issue de décisions, rarement heureuses, dont on a effacé la trace.

Phénomène mystérieux. Certains n’ont pas envie que le passé soit connu, certainement. Mais surtout, il semble que l’écrasante majorité de la population ne soit pas curieuse. Effort intellectuel trop grand ? Avons-nous été abrutis (cf. les thèses d’Hannah Arendt) ?… Mystère.

Changement de changement ?

Le glyphosate est-ce dangereux ou non ? On n’en sait rien, concluait La méthode scientifique de France Culture.

Comme d’habitude, il faut attendre qu’il y ait des morts pour que l’on ait quelques certitudes ? (Une autre émission parlait des « radium girls », qui peignaient des cadrans phosphorescents avec un composé de radium, et s’empoisonnaient en humectant leurs pinceaux avec leurs lèvres.)

Dans ma jeunesse, on était persuadé que la science démêlerait le vrai du faux. Le changement, le progrès, avait pour moteur la raison et la science. Ce n’est pas ce qui est arrivé. Aujourd’hui, les changements sociaux ressemblent à la mode. Ils résultent d’un affrontement entre idéologies, employant tous les moyens possibles pour manipuler l’opinion.

Entre la science qui fait la loi et les luttes idéologiques, n’y aurait-il pas une troisième voie ?

Réseaux sociaux et communautés

Le débit créera les usages, disait-on au temps de la bulle Internet. Quels usages ont émergé des réseaux sociaux ?

Si l’on en croit le réseau social, une communauté se résume à « influenceur » / « suiveur ». Si l’on observe la société animale, on peut se demander en quoi c’est un progrès.

Mais c’est peut-être tout de même une innovation. On nous dit que nos réflexes « primitifs » nous viennent de l’homme des cavernes. Et si c’était le contraire ? Et s’il fallait la protection de notre société pour que l’homme puisse avoir des instincts « primaires » ?

Gérard Mourou

M’étais-je mépris sur Gérard Mourou ? C’est ce que m’a fait penser un entretien qu’il a eu avec Etienne Klein. (France Culture)

Je croyais qu’on lui avait octroyé le prix Nobel pour quelque curiosité. Eh bien celle-ci pourrait avoir des applications révolutionnaires. Elle consiste à utiliser un laser pour produire une puissance colossale pendant un temps extraordinairement faible (l’un étant lié à l’autre). Cela sert en chirurgie de l’oeil. Mais cela permettrait aussi de faire les expériences de physique des particules en chambre, et d’aller au delà de tous les rêves du CERN, et, qui sait ?, d’éliminer la radioactivité des déchets radioactifs.

(Et la fusion nucléaire ? me suis-je demandé.)

Le progrès technologique n’aurait-il pas dit son dernier mot ?

Second humanisme

L’Institut Sapiens en appelle à un « second humanisme ». Il cherche un chemin médian, si je comprends bien. Le progrès, l’intelligence artificielle en particulier, nous menace d’asservissement. Il ne s’agit pas de les refuser, mais de les maîtriser, et de les mettre au service de la réalisation des potentiels humains. « Faire droit au progrès tout en le préservant. »

Que signifie ce second humanisme ? me suis-je demandé. Par quel bout attaquer le changement ? J’ai bien peur que ce soit un exercice douloureux. Il s’agit d’être plus fort que le progrès, l’intelligence artificielle en particulier. Ce qui signifie être plus intelligent que ceux que nous prenons pour les plus intelligents. Et montrer qu’ils sont les marionettes d’idées, fausses, qu’ils ne comprennent pas. Il faut appliquer à la science les principes qui ont été appliqués à la nature, à l’époque où l’homme ne comptait que sur son cerveau, et pas sur les machines.

(Cela c’est la partie technique. L’humanisme me semble avoir été, surtout, une explosion culturelle. On a appelé cela la « renaissance ». Dans ce domaine, le changement me semble bien plus difficile…)

Les dangers du progrès

Manger bio, c’est à dire traditionnel, diminuerait les risques de cancer, ai-je entendu. Il se trouve que cela vient à un moment où je constate que beaucoup de gens autour de moi ont des difficultés de digestion. La cause en serait une évolution des aliments, du blé, notamment (la question du gluten).

C’est notre inconscient qui est en cause. Depuis les Lumières, nous pensions que la raison voyait plus juste que la nature. Dans ma jeunesse, les OGM n’auraient inquiété personne, au contraire. On nous disait d’ailleurs que l’avenir serait à la nourriture synthétique. Il faut ajouter que l’argument arrangeait l’industriel : il remplaçait un produit par un autre, moins cher à produire. C’était sa définition du progrès. Notre époque a fini par comprendre que la raison se trompait.

Comment allons nous réagir ? Il semble que, par le passé, l’homme se soit adapté à ce type de changement par des mutations génétiques. Qui va changer : le progrès, ou nous ?

Nostalgie du phare

Emission sur un phare. Ils sont tristes ces phares automatiques. On a envie de les protéger.

Curieux temps. Car les phares furent innovation révolutionnaire, il n’y a pas encore bien longtemps. Le principe de notre société, c’est le progrès. Et pourtant, jamais peut-être, aucune société avant elle n’a été aussi conservatrice. Les nobles de jadis, par exemple, n’arrêtaient pas de modifier leurs châteaux. Ils ne voyaient, comme nous avec nos maisons, que la nouveauté et le confort. Nous en avons fait des musées.

Le progrès a besoin de repères pour mesurer sa marche ? Pour se rassurer sur le fait qu’il est bien en marche ? Ou encore, le progrès, c’est trop de mouvement, on a besoin du repos du passé ? Le progrès, un changement contre nature ?…

Machine et ouvrier

Vidéo d’une forge (moderne). En y regardant bien, l’homme fait quasiment un travail de robot, mais trop compliqué pour un robot.

Toute la révolution industrielle est peut-être là. Le rêve de la science, qui est à son origine, est de se substituer à la nature. Mais elle n’y est pas totalement parvenue. Il lui faut toujours quelques hommes pour faire la soudure. Seulement ces hommes ont quasiment un rôle de robot. Surtout, il est sans cesse menacé, puisque le technologue ne sera jamais content tant qu’il ne l’aura pas remplacé.

Progrès et croissance

Je n’ai pas de montre. Pourtant, lorsque j’étais enfant, j’étais fasciné par les montres. Ce qui a tué mon intérêt est la montre à quartz.

Je ne suis pas le seul dans mon cas. La montre, redevenue mécanique, est la marque du parvenu.

Idem pour la voiture : la technologie nuit à la séduction qu’elle exerce.

C’est étrange mais le progrès semble s’auto détruire. Plus exactement, l’homme n’est pas amoureux du progrès pour le progrès. Le progrès a peut-être été associé un temps à une aura romantique qu’il a perdue.

Et si c’était cette aura qui avait fait la croissance économique ?