Les effets pervers du développement durable

Le voyage en bateau de Greta Thunberg a eu un mérite. Il a montré à quel point le bon sens était stupide. Elle a pris un voilier pour ne pas prendre l’avion. Et si nous faisions tous pareil ? Il est probable qu’il n’y aurait plus d’opposant à l’effet de serre massif que cela aurait provoqué : nous n’aurions plus d’autre moyen de nous chauffer.

Globalement, notre économie peut sembler très polluante, mais elle l’est très peu par rapport à ce que nous lui demandons. Un avion ne consomme presque rien, au km et par personne, comparé à une voiture. D’autant qu’il fait beaucoup moins de km qu’elle pour atteindre une même destination, et qu’il va beaucoup plus vite.

En outre, il faut prendre en compte le phénomène « gilets jaunes ». Une taxe carbone a des impacts sur nos vies. Elle peut les rendre invivables. Par exemple, si le prix du billet d’avion augmente, cela changera les voies du tourisme, et beaucoup de gens y perdront leur emploi.

Lorsque l’on parle des métiers à tisser, et de la résistance qu’ils ont rencontrée, on se trompe. Les ouvriers n’ont pas résisté au progrès, mais aux conséquences du progrès dans une économie de marché. Si l’on veut changer la société, on ne peut pas « laisser faire », il faut lui donner les moyens de s’adapter.

Le retour du Vinyle

Section musique de la FNAC. Je suis accueilli par un immense rayon disques (vinyles). Le graphique ci-dessous confirme cette tendance. Surtout, il semble signifier que le numérique a été plus destructeur que créateur…

Le retour du « vinyle » serait-il l’annonciateur du changement ? Un retour vers une économie un peu plus traditionnelle ? Un peu moins : c’est gratuit, et demain ce sera rentable ? Qui vend des biens et des services que le consommateur a envie d’acheter tout de suite ?

Qu'est-ce que la philosophie ?

Philosophie : « amour de la sagesse » ? Je pense plutôt que c’est « du bon usage de la raison ».

Selon moi, la raison est le propre de l’homme. C’est une fonction du cerveau secondaire qui a pris une importance démesurée. C’est elle qui nous a propulsé dans un « progrès » que dénonce aujourd’hui Greta Thunberg.

Le cerveau, en gros, est émotion ou raison. L’émotion est la fonction la plus sophistiquée. Elle est systémique, et hyper rapide. Quant à la raison, sa fonction, selon moi, est avant tout de permettre la communication entre hommes. (Les Grecs parlaient de logos, langage et raison.) C’est mineur, mais décisif. Car l’union fait la force. Et la conquête du monde par l’homme vient de là.

Paradoxalement, la raison nous a persuadés que nous étions tous des individus. Le propre de la raison est la pathologie. En particulier l’aliénation. L’humanité est la marionnette d’idées qui ont pris leur propre autonomie, et lui nuisent. Ceux qui sont les plus touchés sont nos élites intellectuelles, nécessairement.

Je ne suis pas loin de penser, avec Hegel, mais pour des raisons un peu différentes des siennes, qu’il peut y avoir une « fin de l’histoire ». L’histoire c’est le changement apporté par la raison, ou « progrès », elle a quelques milliers d’années. Le jour où la raison ne délirera plus, où nous la maîtriserons, l’histoire s’arrêtera. L’espèce évoluera, mais plus à la même vitesse, et non de son fait.

Comment j'ai appris à aimer la bombe atomique

« Le succès de la bombe atomique porte témoignage de la puissance toujours accrue de notre physique moderne dans l’élucidation et l’application des forces naturelles. » (Histoire de la physique, Charles-Albert Reichen, Editions Rencontre, 1964. Un livre de vulgarisation scientifique.)

Il y a quelques temps M.Trump parlait de lancer des bombes atomiques sur les ouragans. Dans les années 60, il aurait fait parti de la majorité éclairée.

Les écologistes qui accusent l’opinion de tous les maux ne feraient-ils pas bien de se souvenir que, hier, ils auraient été de chauds partisans de ce qu’ils condamnent aujourd’hui ? En prendre conscience les aiderait-il à réussir le changement qu’ils appellent de leurs voeux ?

Tchernobyl sur Seine

Le laboratoire de Marie Curie est encore radioactif…

Au temps de Marie Curie, le physicien était un apprenti sorcier – un alchimiste devenu dangereux, parce qu’il avait du pouvoir sur la nature. Y compris le pouvoir de transmutation. La découverte des rayons X a, par exemple, amené les scientifiques à expérimenter, sur eux-mêmes, la « radiographie ».

Ils étaient émerveillés par ce qu’ils trouvaient. Le progrès ne pouvait qu’être bien. Et voilà pourquoi on vient de retrouver dans notre corps des « Bisphénols, parabènes, phtalates, éthers de glycol… » (Info RFI).

Le « progrès » est-il dangereux par nature, ou en avons-nous choisi une variété qui l’est particulièrement ?

Révolution industrielle

Je me suis mis à lire la littérature anglaise du 19ème siècle. Contrairement à ce que je pensais, on y parle des aspects négatifs du progrès. L’air, du fait des fumées de charbon, était irrespirable. La campagne était retournée par les mines de charbon. Le peuple connaissait une pauvreté « monstrueuse » au sens « monstre de cirque ». Et ceux qui partaient aux colonies étaient rapidement victimes de maladies tropicales.

Peut être que la vie des nations est comme celle des individus : on ne prend conscience de ses malheurs, et de ses erreurs, qu’une fois qu’ils sont passés ? C’est grâce à cela que l’on parvient à changer ?

La conquête de l'espace a-t-elle un avenir ?

La conquête de l’espace a-t-elle un avenir ? se demandait France Culture. Dans mon enfance, j’aurais dit oui.

Qu’est-ce qui a  changé ? Les scientifiques ? Jadis, faute d’éducation, on ne pouvait que les admirer. Aujourd’hui, ils semblent « mal finis ». Trop spécialisés, ils pêchent par leur manque d’esprit critique. Or, c’est le propre du scientifique ! Apprentis sorciers ?

Jusqu’aux années 60, la science a été sociale. Les meilleurs esprits combinaient leurs forces pour révéler les merveilles de la nature. Aujourd’hui, on est chez Mad Max, ou au Moyen-âge post chute de Rome. La science a été démantelée. La NASA est une bureaucratie incapable de construire des fusées. Des milliardaires fous, comme Elon Musk, ont mis la main sur quelques dépositaires du savoir ancien, et croient effacer ce qui les a précédés.

Le sujet de la conquête spatiale moderne c’est la recherche de la vie, disait l’émission. Mais, ai-je pensé, on ne sait pas ce qu’est la « vie » ! Et, ne risque-t-on pas ce qui est arrivé lors des explorations terrestres : des épidémies ? Jadis, on explorait pour explorer. Pour « connaître ». Nous passions de l’ombre à la lumière. Voilà tout. C’était un acte de foi. Mais nous avons compris que la recherche de la connaissance avait un coût. Cela nous a fait perdre la foi. Voilà pourquoi la conquête spatiale n’a plus qu’un terne avenir ?

Paradoxe du progrès

Pourquoi a-t-on aimé l’atome, hier, pourquoi le craint-on, aujourd’hui ? Pourtant, il était plus dangereux hier qu’aujourd’hui ?

Dans mon enfance la famille, l’Education nationale et l’Etat donnaient aux enfants des livres qui parlaient des merveilles du progrès et expliquaient le fonctionnement d’une centrale nucléaire. Je viens d’en retrouver un. Lavage de cerveau ? Mais tout le monde était d’accord pour dire que le nucléaire, c’était le progrès.

Sans que l’on sache trop pourquoi, le doute s’est installé. Il y a eu un revirement d’attitude complet. Le plus curieux est peut-être que les gens du type de ceux qui distribuaient des livres sur le progrès accusent maintenant ceux qui les ont crus d’être des forces du mal…

Confondrait-on gouverner et manipuler ?

Le progrès marche sur la tête ?

J’achète une machine à laver le linge. Pourquoi de telles différences de prix ? La qualité n’est plus ce qu’elle était, me répond-on. D’ailleurs, il y a de plus en plus d’électronique (notamment des systèmes qui permettent de programmer un lavage différé), qui ne sert à rien (la grande majorité des gens n’utilise qu’un programme), et l’électronique, c’est fragile.

Si bien que j’ai acquis la machine la plus simple, et la plus chère, et encore avec une garantie la plus longue possible (chacun sachant que la machine tombe en panne le lendemain de la fin de garantie)…

N’y aurait-il pas quelque-chose qui ne va pas dans la logique du monde ?

Le désenchantement du progrès

Le progrès scientifique est un mythe de notre temps. Qu’en a-t-il été en réalité ? L’Apocalypse joyeuse de Jean-Baptiste Fressoz est l’histoire d’un changement : comment le progrès est entré dans notre société.

Quand l’humanité jouait les cobayes

Comme dans le film la Conquête de l’Ouest, l’histoire est racontée en quelques épisodes marquants : l’inoculation de la petite vérole, la vaccination, l’avènement de la chimie, le gaz d’éclairage et la chaudière. 

L’Ancien régime a une conscience environnementale étonnamment proche de la nôtre. Il pense en effet que le « climat », une forme d’écosystème, conditionne la nature humaine. Sa police a donc pour rôle de maintenir un statu quo fondé sur l’expérience accumulée par l’espèce humaine depuis les siècles des siècles.

Il a peur du progrès. Avec raison. C’est une croyance avant tout, une religion. Les principes sur lesquels il repose nous semblent invraisemblablement ridicules, aujourd’hui. Au début, rien ne marche. La mise au point d’une innovation est une invraisemblable, et interminable, succession d’essais et d’erreurs. Les drames succèdent aux drames, les morts aux morts. Les chaudières explosent, de même que les gazomètres. Le gaz d’éclairage (tiré du charbon) émet, entre autres, du monoxyde de carbone. L’acide sulfurique détruit tout sur son passage, or, les usines sont implantées en pleine ville ! Les faibles font les frais de l’expérience. Ainsi, les enfants trouvés servent de cobayes humains à la mise au point de la vaccination – qui mettra beaucoup de temps à donner de bons résultats. (Les Nazis n’ont rien inventé ?)

Pourquoi le progrès a-t-il gagné ? Peut-être parce que ses promoteurs étaient, comme les héros de l’Ouest, extraordinairement déterminés. S’ils n’entrent pas par la porte, ils passent par la fenêtre. Leur aventure est celle de la lutte de l’individu contre la société. Surtout, ils occupent les sommets de l’édifice social. Entre leurs mains, la science est un formidable moyen de manipulation. Elle leur donne le pouvoir. C’est peut-être le plus important. Car ils construisent une administration qui va uniformiser et centraliser le pays, en dépossédant notables et régionalismes.

Cette administration scientifique édicte des normes, supposées rendre inoffensive la technologie ! Mais, toutes les tentatives pour convaincre le peuple par des équations échouent. Ils vont, finalement, acheter ce qui s’oppose à eux. Ils donnent un peu d’argent aux riverains de leurs usines, embauchent ceux dont ils détruisent les terres et la vie, faisant de paysans des ouvriers…

Mais surtout, il y a l’assurance. L’assurance transforme les risques que fait courir l’entrepreneur en un coût prévisible. De ce fait, son avenir l’est aussi. 

L’avenir du progrès

Il est tentant de lire cette histoire du progrès comme une lutte de classes. Une classe veut prendre la place d’une autre. Le progrès est son arme, idéologique avant tout. Et la division des tâches livre un peuple sans défense à ses expérimentations. 

Si de tels livres sont écrits aujourd’hui, c’est que la société a changé. Elle est beaucoup plus égalitaire qu’elle ne le fut : moins de potentiel de luttes de classes, et moins de « sous-hommes » qui peuvent être sacrifiés au progrès. Peut-être aussi que la formidable séduction que le progrès a exercé sur l’homme s’est évaporée. Il nous a donné ce à quoi rêvait Jules Verne ; ce qu’il nous propose maintenant n’a plus grand intérêt. Qui veut mourir pour Internet ? 

Max Weber disait que la raison, en tuant les mythes, avait désenchanté le monde. Eh bien, il semble que le progrès, à son tour, ait été désenchanté. 

Si elle ne s’arrête pas, l’évolution humaine va probablement devoir trouver un autre principe. Pour Edgar Morin, la « pensée simplifiante » a été le propre du progrès. Son opposé est la pensée complexe. C’est la pensée de la réalité, du tout, la logique des espèces qui profitent d’un écosystème, en y participant. 

La difficulté de ce changement vient de ce que la source de notre comportement plonge très loin dans notre inconscient, et que personne n’est épargné, en particulier pas les écologistes. Quand nous croyons changer, nous ne faisons que renforcer le système auquel nous appartenons… Compliqué.

Références

FRESSOZ, Jean-Baptiste, L’Apocalypse joyeuse, Seuil, 2012.