L'innovation n'est jamais au point

Que je fais de fautes de frappes ! Sur mon iPhone, je n’écris jamais ce que je veux. Il comprend une lettre pour une autre, et le correcteur me remplace des mots par des autres. Et les secousses du métro déplacent le curseur du texte à ma signature. Et Internet ne marche plus. Et je vois de moins en moins bien de près. Et pourtant je continue. Dans une mauvaise humeur massacrante. 
Je pense que c’est l’expérience dont parle JB. Fressoz, historien du progrès technique. Depuis la nuit des temps, les innovations ne sont pas au point. Elles sont une promesse non tenue. Elles provoquent un stress social. L’homme doit s’adapter dans le sang et les larmes. Mais il s’adapte. Tant que la promesse est suffisamment belle pour le faire rêver… L’est-elle toujours ?

Progrès et joie de vivre

Notre pays, mon bon monsieur, n’a pas toujours été un endroit mort et sans renom, comme il est aujourd’hui. Autre temps, il s’y faisait un grand commerce de meunerie, et, dix lieues à la ronde, les gens des mas nous apportaient leur blé à moudre… Tout autour du village, les collines étaient couvertes de moulins à vent. De droite et de gauche on ne voyait que des ailes qui viraient au mistral par-dessus les pins, des ribambelles de petits ânes chargés de sacs, montant et dévalant le long des chemins ; et toute la semaine c’était plaisir d’entendre sur la hauteur le bruit des fouets, le craquement de la toile et le Dia hue ! des aides-meuniers… Le dimanche nous allions aux moulins, par bandes. Là-haut, les meuniers payaient le muscat. Les meunières étaient belles comme des reines, avec leurs fichus de dentelles et leurs croix d’or. Moi, j’apportais mon fifre, et jusqu’à la noire nuit on dansait des farandoles. Ces moulins-là, voyez-vous, faisaient la joie et la richesse de notre pays.
Malheureusement, des Français de Paris eurent l’idée d’établir une minoterie à vapeur, sur la route de Tarascon. Tout beau, tout nouveau ! Les gens prirent l’habitude d’envoyer leurs blés aux minotiers, et les pauvres moulins à vent restèrent sans ouvrage. Pendant quelque temps ils essayèrent de lutter, mais la vapeur fut la plus forte, et l’un après l’autre, pécaïre ! ils furent tous obligés de fermer… On ne vit plus venir les petits ânes… Les belles meunières vendirent leurs croix d’or… Plus de muscat ! plus de farandole !… Le mistral avait beau souffler, les ailes restaient immobiles… Puis, un beau jour, la commune fit jeter toutes ces masures à bas, et l’on sema à leur place de la vigne et des oliviers. (Les lettres de mon moulin, Alphonse Daudet, Le secret de maître Cornille.)

Et voilà une conséquence imprévue du progrès, présentée comme rarement on a su le faire.

Contrainte et entreprise

Les Anglais appellent cela « red tape », c’est la contrainte bureaucratique sur l’entreprise. Vendredi j’entendais le représentant de la chambre de commerce anglaise en Europe en parler. Il disait que les concessions qu’avait obtenues M.Cameron les aurait réduites. Il était apparemment embarrassé concernant l’avenir des membres de sa chambre après le Brexit. 
Ce qui est surprenant est que l’entrepreneur se bat contre les contraintes alors que sa justification, qui remplit tous les livres de management, est justement ces contraintes. Il est le seul à avoir la détermination de les dépasser. La contrainte est créative. 
Alors, augmentons les contraintes pour relancer l’économie ? Il me semble surtout, qu’il n’y a plus les conditions favorables à la croissance. La principale de ces conditions est un « filon ». Que ce soit le Far West, la reconstruction de l’Europe ou la mise au jour de la Chine. 
On espérait que les technologies de l’information créeraient une nouvelle marée, mais, pour le moment, elles semblent s’en être pris aux moteurs de la croissance. Peut-être, pensée récurrente, a-t-on atteint les limites à la croissance ?

Faut-il mourir pour le progrès ?

Il y a quelques temps, Hervé Kabla, disait, au sujet du mort par intelligence artificielle de Tesla, que c’était dans l’ordre des choses, qu’il était bien de mourir pour le progrès du progrès. 
Je ne suis pas sûr que cette idée soit massivement partagée. On ne désire plus souffrir, ou voir souffrir, pour le progrès, du moins pour le progrès technologique. Est-ce la société qui est devenue peureuse ? Ou lucide ? Ou encore est-ce le progrès qui est, maintenant, incapable de générer un rêve d’une qualité telle que l’on désire mourir pour lui ?

Le coût du progrès

Qu’est-ce que le progrès ? C’est changer pour s’adapter aux conséquences d’une évolution désirée. Car aucune innovation n’est sans conséquence. La médecine, par exemple, crée la surpopulation, et tend à faire de nous des légumes immortels. C’est du fait du progrès que l’on doit se laver, aussi : notre environnement est devenu toxique. Mais il y a plus curieux. La société décide de qui est bon et qui est mal.  L’entrepreneur demande de « former » des employés ayant les capacités dont il a besoin. Et l’on considère que ceux qui ne peuvent pas acquérir ces conséquences n’ont pas le droit de vivre. L’intelligence artificielle veut liquider l’homme.

Il n’est pas impossible que ce que l’organisation sociale fait que celui qui est à l’origine du progrès n’en paie pas immédiatement les conséquences négatives. 

L'intelligence artificielle tue

Tué par un bug. J’entendais dire hier qu’une Tesla en pilote automatique avait tué son passager. Problème de reconnaissance de forme. Le programme d’intelligence artificielle qui était aux commandes de la voiture n’a pas sur reconnaître une remorque blanche sur fond blanc. 
On tend à oublier à quel point l’homme est une créature sophistiquée. Il est curieux, d’ailleurs, que l’ordinateur ne cause pas plus de morts. Lorsque je programmais, on utilisait le nombre de bugs par millier de lignes comme unité de qualité. Un programme de voiture a des millions de lignes, donc des dizaines de milliers de bugs. Pourquoi l’homme n’a-t-il pas d’avantage sur la machine ? Peut-être parce que nous avons créé un monde pour la machine, et pas pour l’homme.

Qu'est-ce qui a perdu Néanderthal ?

Neandertal était un homme cultivé. Il y a 180.000 ans, il faisait preuve d’un art consommé, vient-on de découvrir. 
Alors pourquoi notre ascendant l’a-t-il fait disparaître ? La réponse habituelle est qu’il était plus malin. Est-ce évident ? Lorsque l’on considère l’histoire du monde, on observe que l’intelligence n’a pas toujours le dessus. Les conquérants étaient frustes. Leur bas QI était compensé, au centuple, par leur détermination. C’est d’ailleurs ce qu’aiment les Anglo-saxons chez leurs entrepreneurs, Monsanto par exemple : ils écrasent le monde sans se poser de questions. C’est aussi ce que l’on disait d’Hitler. Et les nazis pensaient que l’Europe, la France en particulier, décadente avait besoin du sang neuf de brutes épargnées par l’influence pernicieuse de la civilisation. C’est peut-être, d’ailleurs, ce qui a fait le succès de l’Occident, à la fin de son Moyen-âge : des idées simplistes.

(On a tous quelque-chose en nous de Neandertal.)

Le rendement décroissant du progrès

L’homme se vante de ses prouesses technologiques. Pourtant, si l’on compare son efficacité et celle de la nature, on constate un gaspillage colossal, me disait un ami. Par exemple, un oiseau de douze grammes peut faire un voyage de deux mille cinq cent kilomètres, sans escale.

Théorie des rendements décroissants ? Notre mode de développement est-il en fin de vie ? Les limites à la croissance ? L’homme est-il capable de changer ?

Ethique du lavage de cerveau

Et si la manipulation avait une justification éthique ? C’est une idée qui vient à l’esprit en lisant l’opinion des capitalistes (principalement anglo-saxons). Elle est rationalisée (plutôt que causée, je crois) par une forme de protestantisme : le bon est celui qui survit. Autrement dit, la fin justifie les moyens. Et le plus efficace de ces moyens, c’est le lavage de cerveau. Dans la lutte pour la sélection naturelle, l’âme lavable doit disparaître. D’ailleurs, Platon ne leur donne-t-il pas raison ? Il n’y a que l’élite qui puisse avoir accès à la raison. Le peuple est stupide. Il faut lui raconter des fadaises. Donc, si vous croyez à des fadaises, c’est que vous êtes inférieur. CQFD.
Et le procédé se voit. Le « capitaliste » n’utilise que bien rarement ce qu’il nous vend. Il rêve de nature, d’artisanat, pas de progrès. Pour lui le « progrès » est un argument de vente ? Il n’y a que les gogos pour y croire ?
(On « découvre » que les procédés de récolte du gaz de schiste produiraient des tremblements de terre. Vraiment ?)