L'outil change l'homme

Pourquoi avons-nous une grosse tête et de petites dents, alors que c’était l’inverse pour nos ancêtres ? Selon les scientifiques ce serait soit une question de feu, soit d’outils.L’homme aurait fait subir à sa nourriture un prétraitement qui aurait économisé ses muscles et produit l’énergie dont a besoin une grosse tête. Ce serait survenu il y a deux millions d’années.

Cooked food was easier to chew and digest, and hominins no longer needed big teeth to grind tough plants. Better yet, the extra calories they received helped fuel hungry neurons and, eventually, bigger brains.

Comme quoi ce que nous appelons le « progrès » n’est pas sans effets secondaires. Voilà la raison pour laquelle on veut le changement pour les autres ?

(En facilitant le mâchage des animaux domestiques, va-t-on leur donner de gros cerveaux ?)

Faut-il croire les théories du complot ?

La systémique est une science du changement. Du coup, ce blog voit des systèmes, donc des complots, partout. Le complot, c’est l’intention de nuire. Or, ce blog constate aussi que l’on peut changer du tout au tout. Pas cohérent ! 
Des aspirations, pas des intentions ?
Tentative d’explication. Ce qui nous pousse, ce sont nos « aspirations ». Ces aspirations s’expriment dans nos comportements. Mais l’aspiration ne produit pas seule le comportement. L’influence des circonstances a son mot à dire. Exemple : supposons que vous désiriez une société bien organisée. Et que vous constatiez sa « désintégration ». Alors, vous pouvez également trouver votre bonheur dans le repli, nationaliste régionaliste ou autre, ou, au contraire, dans le « progrès », élan international.
C’est probablement ce qui s’est passé en 40. Pétain : le repli frileux ; les Trente glorieuses, le progrès universel. Même chose en Allemagne ou au Japon : du nationalisme agressif à l’internationalisme altruiste. Idem aux USA. Le New deal, c’est le passage du capitalisme sans complexes à l’Etat social.
Ne pas déduire les « intentions » du comportement, recette de conduite du changement ? 
(Plus frappant ? « Les racines intellectuelles du IIIème Reich » n’avaient pas grand chose à voir avec la pensée d’Hitler. Elle parut à certains comme un compromis acceptable, bien que triste, c’est tout.)

La philosophie, éternelle répétition ?

La pensée de Bergson parle de thèmes que l’on trouve chez Hannah Arendt. Elle les attribue aux Grecs. Par exemple les notions de bête de somme, état de l’homme moderne, et de vie contemplative, dimension perdue de l’existence présente, qui était son faîte selon les Grecs. Bergson dit aussi que, s’il plonge en soi, l’homme comprendra l’univers, puisque l’un et l’autre sont faits de la même pâte. Les Stoïciens et le Taôisme pensent comme lui. 
Bergson a aussi été l’homme de son temps. Bien des auteurs de l’époque ont écrit sur l’introspection, à commencer par Proust. Mais ce temps semble aussi être allé un peu loin vers le spiritualisme. Ne serait-ce que parce que l’Allemagne a cherché à régénérer le monde par l’expérience existentielle qu’est la rencontre du néant (CF. Heidegger)…

Bergson inutile ?
Est-ce l’invention qui doit faire la gloire du penseur, ou l’utilité ? La pensée mondiale semble osciller entre des pôles opposés, il convient de rester entre Charybde et Scylla. Pour l’homme ces pôles sont peut être le matériel et le spirituel. Bergson a réagi au Kantisme qui transformait l’homme en chose. Ce qui était utile.

C’est d’ailleurs comme cela que je vois mes travaux. Rien de neuf. C’est dit depuis des millénaires. Mais on a oublié. C’est grave. 

(Question : y a-t-il « progrès » ? Redécouvre-t-on toujours les mêmes idées ? Nous appauvrissons-nous ? Ou nous empilons : les anciennes idées utilisant comme échasses les nouvelles découvertes ? Pour ma part j’entends « progrès » au sens des Lumières : la maîtrise progressive d’une innovation : la raison. Ce serait le sens d’une histoire qui n’aurait pas de sens. Dans ces conditions l’originalité de Bergson serait, peut-être, sa définition de la durée et du temps. Réaction aux concepts scientifique, elle n’aurait pu être sans la science, le progrès.)

Faut-il avoir peur du progrès ?

Ce qui est essentiel ne s’exprime pas. J’ai l’impression que c’est ce que disent Bergson et Wittgenstein.
Transformer la vie en concepts, c’est nous transformer en choses. C’est le lavage de cerveau. C’est le totalitarisme. Mais aussi la révolte contre ce totalitarisme. D’où des cycles explosifs : oppression, révolution !
Or, les Lumières, c’est la raison conquérant le monde. Plus nous serons « intelligents », meilleurs nous serons, disaient-elles. C’était « le progrès ». Et si c’était ce progrès, principe de notre société, qui était notre mal ?

Mais, en affirmant cela, Wittgenstein et Bergson utilisent aussi des idées ! Et si l’idée était utile quand elle ne veut pas trop en faire ?
Parlons de logos ?
Le logos des grecs est peut-être le terme le mieux adapté à la question. C’est, apparemment, à la fois la parole et la raison. Et c’est bien de cela dont il s’agit. Le logos permet de se comprendre et de structurer la société (lois). Et c’est cette structure qui permet la liberté, au sein du groupe ! De ce fait, l’homme peut vivre paisiblement sa subjectivité non exprimable.
Le logos c’est aussi la science. Et la science « marche ». Par exemple, on parvient à guérir ses souffrances en cherchant à les expliquer. C’est ce que dit la psychanalyse. Mais, ce n’est pas l’explication qui compte. C’est le processus de recherche. En simplifiant le monde, la modélisation facilite l’action. Mais attention : remplacer le problème par l’idée, c’est le vider de son sens. C’est ce que j’ai découvert en faisant la critique de film. La critique vide le film de son émotion. Ce n’est plus rien. L’art exprime l’inexprimable.

Du bon usage de la raison 
Notre société est une société de la parole. Il n’y a plus d’espace pour l’émotion. Une société saine demande des structures explicites dans les interstices desquelles puisse renaître l’inconscient porteur de sens. Cette structure me semble être le « bien commun » dont parle Elinor Ostrom. C’est ce qui « organise l’autonomie ». Ce sont les règles qui permettent à la société de fonctionner et à l’homme de s’épanouir. Mais ces règles n’ont pas d’existence ou ont une existence floue. On retrouve là ce que disent Heisenberg et Gödel. 1) Plus on se rapproche de l’idée plus elle devient imprécise ; 2) un système basé sur des idées est « indécidable ».
Illustration : vérité. 1) « Vérité » nous semble avoir un sens. Pourtant dès qu’on veut lui donner une définition qui ne dépende pas de l’interprétation de l’homme (jugement), c’est l’échec. 2) « Si tu dis la vérité tu seras pendu, si tu mens tu seras brûlé. » Il suffit de dire « je serai brûlé », pour faire disjoncter le système. Vérité n’existe pas. 

Qu'est-ce que le progrès ?

Apparemment, Kant et les philosophes des Lumières pensaient que le progrès c’était la raison s’éveillant et prenant les commandes du monde. En devenant de plus en plus intelligents, nous serions de plus en plus sages et heureux. Le progrès n’était donc pas une question de fusées, de machines à laver ou de numérique, mais d’esprit. 
En m’interrogeant sur les causes des changements que nous subissons, j’en suis arrivé à une hypothèse proche de celle des Lumières. Avec une différence : pour elles progrès = bien, pour moi progrès = cours des choses. En effet, il me semble que l’histoire de l’homme depuis quelques milliers d’années s’explique par une innovation : la raison. La raison correspond à une partie du cerveau qui nous est propre, et dont l’intérêt premier est social. Elle nous permet de communiquer entre nous, et de construire des sociétés. (Par opposition au groupe primitif.) La raison serait donc liée à l’émergence de la société. Ce serait la raison qui aurait permis l’agriculture, et pas le contraire. 
Mais, comme souvent dans ce blog, surgit le paradoxe : alors qu’elle est un organe social, elle nous a convaincus que nous étions des individus ! 
Si bien que, comme le pensaient les Lumières, le combat de l’humanité est celui de la maîtrise de la raison. Car il faut s’assurer que quelques-uns ne se l’approprient pas, et surtout qu’ils ne jouent pas aux apprentis sorciers. D’où l’importance de l’école, formation, pour tous, de la raison. La raison, c’est le pouvoir, c’est même peut-être bien l’ultime « bien commun » (res publica) de l’humanité. « Bien commun » dans un sens, au fond, très négatif : c’est une bombe qui ne demande qu’à nous rayer des vivants. Je ne suis pas un homme de Lumières. 

Qu'est-ce que la gauche de progrès ?

« Gauche de progrès. » Le terme est probablement ancien, mais je ne l’ai remarqué que récemment. Décidément le discours politique me passe au dessus de la tête.  Je me suis demandé : y aurait-il une gauche de la stagnation ? A moins que le progrès ne soit exclusivement de gauche ?
J’ai cherché une définition de « gauche de progrès » sur Internet. Je n’ai rien trouvé. J’ai cru comprendre que c’était la gauche non socialiste. Ce qui n’est pas une conjecture totalement idiote : le socialisme moderne est « postmoderniste« , donc anti-Lumières, donc anti-progrès.

Mais alors, pourquoi ne pas avoir fait un programme de ce mot ? N’y aurait-il pas ici un argument marketing redoutable : si nous sommes dans la panade, c’est du fait de vos croyances, vous partis de gouvernement ?… A moins que les politiques, de progrès ou non, n’aient aucune conviction ? Ils se paient de mots qui sonnent bien ? Comme Eichmann

Dangereuses lentilles de contact

J’ai eu des problèmes de vue. Aux urgences, on m’a immédiatement demandé si je portais des lentilles. Apparemment, le verre de contact provoque des irritations. Cela pourrait venir de ce que lui ou sa manipulation troublent le « microbiome » de l’oeil, les bactéries qui s’y trouvent, disent des chercheurs.
Researchers at NYU Langone Medical Center say they have identified a diverse set of microorganisms in the eyes of daily contact lens wearers that more closely resembles the group of microorganisms of their eyelid skin than the bacterial grouping typically found in the eyes of non-wearers.
Il y a quelque-chose de désagréable dans le progrès tel qu’il se pratique actuellement. Une innovation est généralement suivie par des conséquences néfastes. Ne faudrait-il pas la tester longtemps avant de la mettre en circulation ? Mais alors, plus aucune entreprise ne voudrait innover ? Mais est-ce le rôle de l’entreprise ? Il a fallu des générations pour mettre au point la plupart des grandes découvertes. Ce à quoi sert l’entreprise, n’est-ce pas diffuser, voire mettre au point, mais pas faire des recherches fondamentales ?

Les enjeux de la transformation numérique selon Paul Krugman

« Uber apporte deux choses au marché des taxis. L’une est la révolution du smartphone (…) L’autre est l’entreprise dont les travailleurs sont supposés être des entrepreneurs, pas des employés, ce qui exempte la dite entreprise des réglementations conçues pour protéger les intérêts des employés. » dit Paul Krugman. « Il est sûrement possible de séparer ces deux problèmes, de favoriser l’utilisation de nouvelles technologies sans porter atteinte aux intérêts des travailleurs. »
Paul Krugman formule un des grandes questions de notre temps. Depuis les débuts de la révolution industrielle, et ses métiers à tisser, le progrès technique s’est imposé contre l’homme. Et l’on a trouvé cela normal. Et si, maintenant, on combinait progrès et droits de l’homme ? Principe de précaution bien compris ? 
(Voir L’apocalypse joyeuse de Jean-Baptiste Fressoz ou comment le progrès technique nous a été donné. Question qui se pose, alors : et si sa diffusion rapide s’expliquait par la volonté de détrousser ses semblables, excellente façon de gagner beaucoup ? L’innovation, c’est le vol ?)

Ayons peur de la fin des pirates ?

L’esprit d’Internet, c’est la piraterie. Subvertir la société. Or, il semblerait que cela ait fait son temps. Les entreprises ont pris la mesure du danger. Faut-il s’en réjouir ?
Non. Nous sommes en danger d’un monde stagnant. Repli sur soi. Celui qui a exploite celui qui n’a pas. Il faut relancer le progrès. C’est-à-dire ? Rechercher un désir collectif qui mette la société en mouvement. 

La libéralisation de l'espace ou le progrès, c'est le risque ?

Comment se fait-il que Virgin Galactic ait pensé avoir bientôt des clients, alors que ses navettes n’étaient pas fiables ? Voici la question que je me suis posée en écrivant le billet précédent. The Economist semble m’avoir entendu. Voici ce qu’il me répond. Il parle des conséquences de l’accident qu’a connu Virigin pour l’industrie du transport spatial :

The 2004 Commercial Space Launch Amendments Act, intended to encourage private space vehicles and services, prohibits the transportation secretary (and thereby the FAA) from regulating the design or operation of private spacecraft—unless they have resulted in a serious or fatal injury to crew or passengers. That means that the FAA could suspend Virgin Galactic’s licence to fly. It could also insist on vetting private manned spacecraft as thoroughly as it does commercial aircraft. While that may make suborbital travel safer, it would add significant costs and complexity to a nascent industry that has until now operated largely as the playground of billionaires and dreamy engineers.

Autrement dit, il semble qu’il y ait eu une sorte de déréglementation du transport aérien ou spatial. Et ce pour encourager l’initiative privée. A-t-on essayé de rejouer le coup d’Internet ? On a cherché à « disrupter » les entreprises installées, et fiables, par des entreprises qui n’étaient ni l’une ni l’autre ? Et ce en pensant que ce serait bon pour l’économie ? Que le progrès, c’est le risque ? 
(Ce qui expliquerait la haine qu’éprouve l’entrepreneur digne de ce nom pour le principe de précaution ?)