Xploiteur

Traders are increasingly betting against SpaceX just weeks after IPO
Shares of Elon Musk’s rockets and AI company have slipped below their listing price for the first time

Financial Times du 18 juillet

J’ai souvent observé ce phénomène, aux USA. Une introduction en bourse tonitruante. Puis le cours de l’action s’effondre.

A croire que la société américaine est divisée en deux : d’un côté des moutons, de l’autre ceux qui savent les tondre.

Sens de l’histoire

Une tendance à la mode semble-t-il est que le fournisseur d’équipement apporte un moyen de guider son utilisateur (casque connecté…). On entend que l’employé d’usine serait une sorte d’ectoplasme qui aurait une autonomie quasi nulle.

Petit à petit, on en arrive à penser que l’on a créé des générations de zombies et que le véritable rôle de l’intelligence artificielle est de leur donner juste assez d’intelligence pour faire leur tâche de quasi robot.

D’où une autre question : et si la vision du monde des Musk et autres démiurges américains était celle d’une lutte entre eux et l’humanité ? D’où le « robot humanoïde », dont les experts disent qu’il est une aberration : ces gens veulent éliminer l’homme, ils n’ont pas d’autre projet ?

Le plus étrange est que, comme dans les théories de Gramsci, ceux qu’ils haïssent les adorent, et leur apportent leur argent, afin qu’ils les anéantissent ? Ce qui justifie leur mépris ?

Vade retro

Y a-t-il un équivalent aux gousses d’ail et aux croix ? Quelles sont les armes de l’Europe face à Musk et Trump ? C’est ce que se demandait Affaires étrangères.

Son opinion semblait rejoindre la mienne. Nos valeurs sont l’antidote. Ce qui détraque le magnat de la Silicon Valley ce sont les droits de l’homme. Le désir que l’humanité soit digne et heureuse. Le projet des Lumières. Car la liberté d’expression du magnat ne peut supporter aucune contrainte.

(Dans les années 80, Michel Crozier avait analysé le « mal américain », et il était arrivé à cette conclusion : l’Américain s’étouffe dans un monde clos.

)

Des étoiles dans les yeux

La raison d’être des sociétés d’Elon Musk est la conquête des étoiles. Il possède des fusées, bien sûr. Mais aussi des tunneliers, car, sur Mars, il faudra vivre sous terre, et des robots, pour le même type de raison. Il appartiendrait à une secte qui croit que la mission de l’homme est de conquérir l’univers, et que, eu égard au nombre d’êtres humains ainsi en jeu, ceux d’aujourd’hui ne comptent pas. C’est ce que disait Affaires étrangères.

C’est une forme de pari de Pascal pour degré zéro de l’intelligence.

Lorsque l’on m’a parlé de l’attaque du World trade center, j’ai cru à une blague : j’avais vu la même chose au cinéma. Et Musk ? Le milliardaire ennemi de l’humanité ? Mais pas question de rire, car il pourrait l’anéantir ! Et il n’y a pas de James Bond.

Fatalité systémique, façon Hegel ? Car Musk est une pathologie de la culture américaine. Une sorte d’aboutissement logique. Loin d’être un entrepreneur digne de ce nom, il est le fruit d’une succession de bulles spéculatives et de l’idéologie du marché qui a amené l’Etat américain à croire à l’absolu de l’esprit d’entreprise et à fabriquer des entrepreneurs à coups de commandes publiques. Et c’est sa pensée de bande dessinée qui a fait réussir Musk, car elle est celle des Américains ?

Course artificielle

Je ne voyais pas comment Tesla pourrait faire face aux constructeurs traditionnels. Il semble que j’ai eu raison. Tesla est dépassé, ses profits s’effondrent. (Ce que je n’avais pas compris, initialement, c’est que le marché financier américain ne voyait pas les Tesla comme des voitures, mais comme des « iCars », des logiciels.)

Alors Elon Musk va où le pousse le vent de la spéculation : vers les paradis artificiels ?

Tesla trims car line-up in pivot to AI as annual revenue falls for first time
Elon Musk’s electric-car maker invests $2bn in the billionaire’s xAI

Financial Times du 29 janvier

Carotte américaine

Tesla’s board has proposed a new pay package for chief executive Elon Musk worth $1tn over the next decade if he is able to hit a series of formidable targets.

Financial Times, 5 septembre

L’argent est-il un bon stimulant ? Son effet a tendance à s’épuiser, me disait, jadis, un spécialiste des « challenges commerciaux », qui lui préférait les idées de Maslow.

Au temps où Bill Gates était l’admiration du monde, il suffisait de quelques milliards pour faire un heureux. Maintenant, à moins de 100md, on n’est rien.

Elon et Donald

Cela s’annonçait depuis quelques temps. De meilleurs amis, Elon Musk et Donald Trump sont devenus pires ennemis. Drame Shakespearien ?

Ce qu’il y a de surprenant dans ce monde américain, c’est à quel point il est loin de ce qu’on m’a appris à l’école. On ne pense pas, on hurle. La première idée qui vous passe par la tête est la bonne. Aucun souci de cohérence. Empire de la passion. Tout ce que dénonçait Descartes.

Mais pourquoi n’en sont-ils pas arrivés aux mains, ou aux armes ?

La semaine de Trump

Je comprends un peu mieux pourquoi Trump gouverne par « executive orders ». Ce serait l’équivalent de l’article 16 de notre constitution. En cas de crise, le gouvernement américain peut diriger par décret. Et Trump a décidé qu’il y avait une crise. Que les peuples s’étaient ligués pour dévaliser les USA. En France la vérification de la validité de la décision est du ressort du Conseil constitutionnel, aux USA c’est apparemment la justice qui peut être saisie de la question.

Ce qui est curieux est qu’il n’ait pas d’opposition. Les démocrates seraient-ils paralysés par des dissensions internes ? Phénomène qui est arrivé à la France en 40 ?

Quant à l’Ukraine, Poutine peut faire ce qu’il veut, Trump ne le sanctionne pas. Comment l’expliquer ? Décidément, c’est une histoire d’amour ?

En tous cas, Elon Musk semble avoir soupé de la politique. Comme je le disais, a-t-il été défait par la « complexité » ? Il se retire. Plus surprenant : l’action Tesla monte. Décidément, les investisseurs ont une fois aveugle en lui ? Mais ses fusées, elles, continuent d’exploser. Ce qui serait un excellent apprentissage, dit-il.

Autres moeurs

Les chiffres de Tesla sont mauvais, qu’en pensent les Américains ?

D’après l’interview d’un investisseur vue sur le site de Yahoo, Tesla n’est pas un fabricant de voitures mais une entreprise d’intelligence artificielle. En vertu de quoi son titre est sous-évalué. Que les constructeurs chinois semblent avoir pris le dessus sur lui ne compte pas, dans ces conditions : son avenir est la voiture autonome et les « androïdes ». Bientôt, il vaudra plus que les 5 entreprises suivantes combinées. Si son association avec Trump a produit un doublement du titre, cela tenait à ce que l’on pensait qu’elle produirait un assouplissement de la législation du véhicule autonome. (A bas la législation qui protège l’homme !) Autre argument : imaginez que vous ayez investi 1000$ dans Nvidia, il y a quelque temps, combien posséderiez-vous aujourd’hui ?

La spéculation utilise les mêmes mécanismes que l’escroquerie : elle joue sur la faiblesse de l’homme. L’Américain est un être qui ne rêve que de devenir extrêmement riche. A un point tel qu’il est prêt à gober les plus gros bobards. Elon Musk est parvenu à le persuader qu’il était dieu.

En tous cas, cela montre qu’il est dangereux de croire que l’étranger pense comme soi !

Les fusées d’Elon

Faut-il admirer les fusées d’Elon Musk ?

Il a inventé la fusée réutilisable. Il applique la technique de la start-up numérique : j’apprends de mes échecs. Mais pourquoi n’y avait-on pas pensé avant ? Vieux monde décadent et peureux ?

Oui, mais pour perdre autant de fusées, il faut beaucoup d’argent, non ? En fait Elon Musk est porté à bouts de bras par la NASA, qui a décidé que la nouvelle bulle serait lunaire. Elle l’a même sauvé quand il était en difficultés. (Is SpaceX OK ?)

Trump n’a rien changé ? Les USA sont un Etat extraordinairement agressif, qui n’a de libéral que le nom ? Peut-être ressemble-t-il à la Russie, même ? Il est tellement peureux qu’il veut détruire tout ce qui est étranger ?