La culpabilité de l'histoire

Ma grand mère me disait qu’en l’an 2000 on mangerait des pilules. Tout le monde pensait comme elle, dans les années 60. Ce qui paraissait malsain, c’était ce qui était naturel. Paul Newman fait bombarder, par un le héros d’un de ses films, une petite fille à l’esprit pur, de rayons gamma des marguerites. Voilà comment l’on fait des découvertes bonnes pour l’humanité. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, je lisais un article américain qui s’inquiétait de ce que, chez les pauvres, les enfants allaient jouer dans la nature lorsqu’ils rentraient de l’école. Pas étonnant qu’ils ne fassent pas d’études. 

Nos idées sont collectives. Le plus surprenant, en conséquence, est l’effort actuel pour réécrire le passé. 

Tout cela est peut-être la manifestation d’une pathologie sociale. Pour une raison à déterminer, il existe actuellement une obsession d’être le bien absolu. Un bien qui serait éternel. Universalisme et anti relativisme. Paradis sans confession. Pour cela ce bien est défini de manière plus ou moins arbitraire. Et tout ce qui diffère de cet absolu est condamné. 

Elite révolutionnaire ?

Une question pour 14 juillet : les révolutions résultent-elles d’un excès d’élite ? Un article ancien de The Economist rappelle une théorie qui le prétend. 

Si une société produit une élite qu’elle ne peut pas employer, elle la mécontente. Et l’esprit de l’élite, fort peu pratique, se prête naturellement aux théories révolutionnaires. Le phénomène serait cyclique. 

1789 en serait un exemple : l’élite bourgeoise trouvait que l’aristocratie l’empêchait d’exercer son talent. 

Curieusement, l’article ne parle pas de l’Allemagne d’avant-guerre. Là, l’élite était au chômage. Terreau idéal pour le Nazisme ? Peut-être en était-ce aussi de même de la Russie d’avant 17 ?

Il y aurait donc deux types « d’élite ». Celle qui occupe les fonctions les plus en vue, et celle qui en est privée. Derrière « élite », il faut peut-être entendre un certain niveau d’instruction. La tension entre ces deux « élites » viendrait de ce que la seconde n’a pas l’emploi qu’elle pense mériter, alors qu’elle a les moyens intellectuels de juger que la première n’est pas compétente. Ce que celle-ci ne comprend pas, car elle croit, comme l’ancienne aristocratie, qu’elle possède une légitimité innée. Et que rien n’existe en dehors d’elle. Surtout pas une « élite ». 

Le complot, c'est la solitude ?

Le film « la gifle », sujet d’une discussion philosophique, chez France Culture. (Démocratisons la philosophie ?) Est invitée une personne qui est présentée comme une spécialiste du cinéma, une autorité. 

Je pense qu’à l’époque du film, le public s’y est reconnu. Conflit de générations. D’un côté, un père divorcé tente d’élever sa fille. De l’autre, celle-ci aspire à la liberté. Dans la scène de la gifle, Isabelle Adjani fait un numéro d’hystérie dont elle a le secret, et Lino Ventura est le Français ordinaire, muré dans ses principes, qui absorbe l’adversité, jusqu’à ce qu’il ne parvienne plus à se contrôler. 

La dite « spécialiste » ne semble pas savoir qui est Lino Ventura. Et ne pas connaître tellement mieux Isabelle Adjani. Lino Ventura, selon elle, est une brute préhistorique (un lutteur ? un catcheur ?) qui frappe et projette « à un mètre » un être sans défense. Un traquenard monté par le réalisateur. 

Problème de notre temps ? L’intellectuel a pris le pouvoir est croit pouvoir dire n’importe quoi ? En cela est-il différent de celui qu’il considère comme un « pauvre type » et qui dit, lui aussi, ce qui lui passe par la tête ? Et si c’était le débat contradictoire qui rendait intelligent, et pas les diplômes ? 

Pascal Bruckner

Pascal Bruckner m’était inconnu. (Je me méfie de tout ce qui est contemporain, d’ailleurs j’ai peu de temps pour lire.) France Culture me fait comprendre que c’est un écrivain célèbre (entretiens d’A voix nue). Et, surtout, que sa pensée est en contradiction avec ce que je croyais la seule pensée autorisée. Et qu’il ne serait pas seul dans son cas. Il ferait parti d’un clan de célébrités, que je ne connais pas mieux : celui de MM.Glucksmann, BHL et Finkielkraut. Et je découvre que des gens comme Marc Ferro ou Jacques Bouveresse, autres intellectuels respectés, eux aussi, contestaient la doxa, depuis longtemps. Et ce simplement en comparant les propos de la doxa avec les faits.

Mais alors, et si cette « pensée autorisée » ou « socialement avancée » était celle d’une infime minorité ? (Même dans son camp d’intellectuels : car qui peut lire Pascal Bruckner sinon un intellectuel ?) Et si elle avait réussi à faire perdre le nord à toute la société, à commencer par nos partis politiques traditionnels, en faisant croire que nous n’avions que le choix entre elle et le FN. Et si elle était la cause de la position dominante du FN ? Et ce, peut-être pas exclusivement pour une question d’idées, mais parce qu’en ayant égaré le barreur, elle l’a fait entrer dans une zone de tempête, et que les passagers en souffrent ?

Phénomène à analyser par les sciences du changement ? Fameux effet de levier dont parle la systémique ? Une société est pilotée par des forces mystérieuses, qui se manoeuvrent sans moyens, pour peu que l’on soit bien placé ? Dans ce cas, les points névralgiques sont situés dans l’université, mais aussi, paradoxe, dans les milieux d’affaire. 

En tout cas, ce qui est bien connu est la façon dont se fait le changement. Par transition de phase. La majorité découvre, soudainement, qu’elle est une majorité. Que l’opinion qu’elle croyait minoritaire est partagée par tous. 

Art dévoyé ?

Il semble qu’il n’y ait plus d’art. Pourquoi ? J’aurais bien du mal à définir ce qu’est l’art. Mais ce qui ne me plaît pas semble avoir deux causes : le marché et l’intellectuel. 

Plus précisément ? Par « marché », il faut entendre une sorte de « populisme » : c’est considérer l’être humain comme une « masse animale », ramenée à des instincts aussi bas que possible. Par intellectuel, il faut entendre quelque-chose comme ce qu’est devenu le mot « élite » dans l’esprit de beaucoup de gens : un dévoiement ridicule du sens original du mot. 

Voilà qui rappelle Aristote et son « juste milieu ». Et si « l’art » était, comme chez lui, le « juste milieu » entre les deux dérives extrêmes que sont « le marché » et « l’intellectuel » ? On ne serait probablement pas beaucoup plus avancé. 

Obama l'innocent ?

B.Obama écrit ses mémoires. Je retiens d’un compte-rendu que son passé « d’humanitaire » lui colle à la peau. Mu par des utopies, il a cru qu’il suffisait d’ordonner pour changer le monde.  

découverte de l’homme Obama, un idéaliste, un social-démocrate, un politique talentueux (…) le livre est parsemé de développements justifiant son action pour l’élimination de l’arme nucléaire, son rejet du capitalisme financiarisé et sa conviction que les Etats-Unis peuvent être la nouvelle terre promise, celle de l’abolition des différences sociales et raciales, (…) un homme obsédé par la nécessaire sanction des « fat cats » de Wall Street et la redistribution au profit des pauvres et des chômeurs, convaincu des bienfaits d’une protection sociale universelle, appliqué à une relance keynésienne par l’investissement et pas seulement à la réparation des dégâts de la crise, obsédé par le New Deal et vouant un véritable culte à Teddy Kennedy le réformateur social. (Article.)

Les gens qu’il n’aimait pas ont résisté à ses réformes. Surprenant ?

Il incrimine la montée du populisme. Ce qui fait penser à ce que l’intellectuel dit du nazisme : un mal absolu. Sans s’interroger sur la crise et la misère qui l’ont précédé, et sur l’indifférence, l’aveuglement, ou le cynisme, des partis politiques fréquentables. 

Et si le populiste était une mauvaise solution à un bon problème ? Serait-ce ce qu’ont pensé les gouvernants d’après guerre, et peut-être M.Biden ? M.Obama de « cool » est devenu « cold », a dit la presse américaine. Méfions nous de la raison pure, M.Obama ? Un enseignement pour votre prochain livre ?

Le souverainisme, tombeur du FN ?

Le grand changement de 2020, c’est le souverainisme ! Conséquence inattendue du coronavirus ! 

Après les Russes, les Chinois, les Américains, les Anglais, et contrées de moindre notoriété, précédés par MM. Chevènement, Debray, et autres altermondialistes, nous avons découvert que la globalisation n’était pas bonne pour la santé, et pour l’économie. 

Mais, alors, c’est bon pour nous ! dirait le RN. Car le souverainisme, c’est notre programme ! Peut-être devrait-il tirer des leçons des mésaventures de M.Trump ?

  • On ne votait pas pour, mais contre. M.Trump, le RN ou le Brexit, sont des votes contestataires. Quand un parti de professionnels du gouvernement entend le message de l’électeur, celui-ci n’a plus besoin de faire appel à un apprenti-sorcier. 
  • Le RN a perdu son meilleur ami : l’intellectuel. Il tient les médias et fait les réputations. Il avait besoin du diable, RN ou M.Trump. Or, l’intellectuel est en voie de marginalisation. 

Qui a vécu du souverainisme, périra du souverainisme ?

Qu'est-ce que l'intérêt général ?

Je disais que je ne rencontrais aucune motivation pour l’intérêt général. A quoi on me répond qu’il n’y a jamais eu plus de gens recherchant du sens et engagés dans l’écologie. 

L’écologiste s’est mis à défendre la technologie, histoire de ne rien changer dans notre consommation d’énergie (panneaux solaires, éoliennes, batteries), et il est tenté par le nucléaire ! Ces gens pensent-ils ? Ou suivent-ils des modes ? 

Nous sommes désormais tous des intellectuels, et l’intellectuel doit penser. Et si nous n’aspirions pas à une vie qui ait du « sens », mais à brasser de belles idées ?

Nos idées changeraient-elles ?

L’autre jour, France Culture interviewait un certain Pascal Bruckner. 

Les arguments qui occupent le devant de la scène donneraient le contraire de leurs intentions. L’anti racisme est un racisme, le féministe est anti féministe, et, probablement, l’anti-colonialisme est un nouveau colonialisme. Tout cela nous monte les uns contre les autres, ce qui n’est dans l’intérêt de personne (anti droits de l’homme ?). Ces idée sont importées des USA et ne concernent pas la France, qui a une culture et une histoire à elle. 

Ceux à qui on attribue ces idées dominantes (par exemple Edward Saïd et Franz Fanon) ne les pensaient pas. (Sous-entendu : les champions de ces idées dominantes n’ont pas lu les dits penseurs ?)

Il a été à nouveau question « d’universalisme ». Signification ? Cela semble être perçu, par la doxa dominante, comme la gousse d’ail et la croix en argent par le vampire. Un nouveau groupe d’intellectuels s’en prendrait-il à l’école dominante ? En tout cas, France Culture, vendredi matin, s’interrogeait sur les possibilités de recréer les conditions d’un débat.