TSF Jazz

Des amis m’ont conseillé d’écouter TSF Jazz. Cela diffuse de la bonne humeur.

J’ai découvert que j’avais tort, comme d’habitude. Pour moi, il y avait le jazz optimiste des origines et le jazz moderne, abstrait, qui me déprime.

J’ai découvert un autre jazz, qui peut être joyeux, ou mélancolique, mais pas déprimant. Le jazz de la vie.

Ce que j’appelais le jazz moderne est le jazz de Radio France, un jazz d’intellectuel. Le propre de l’intellectuel est d’aimer le drame et la misère. Tout ce qu’il touche devient déprimant. Il transforme l’or en plomb. Un vieux thème de ce blog.

Domination : caractéristique culturelle de l'Occident ?

Récemment, j’ai découvert que ce que l’on peut appeler, faute de mieux, une « pensée intellectuelle de gauche » a pour dogme que la culture occidentale est fondée sur la domination. Ai-je raison de penser que cette idée est ridicule ? Quelques faits, qui pourraient la confirmer :

  • Une de mes missions actuelles me fait travailler sur le lithium. Je constate, une fois de plus, que beaucoup de pays vivent de « l’exploitation » de leurs ressources naturelles, par une main d’oeuvre « exploitée ». Elles n’ont pas cherché à développer des industries de transformation. La Chine a compris ce piège. Mais elle a fait comme l’Occident, en pire, elle s’est mise à exploiter les pays en développement. Il semble que, pour que la domination marche, elle ne doit pas dépasser certaines bornes. Les Chinois ne l’ont pas compris. Ils agissent comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. 
  • La France semble exclusivement occupée à l’affrontement. Elle ne défend pas ses intérêts internationaux. La presse, en particulier, ne juge pas le citoyen suffisamment intelligent pour l’informer. Quant aux pays du nord, qui semblent plus solidaires, ils tendent à reporter l’exploitation sur les peuples qu’ils jugent « inférieurs ». 
  • La politique menée dans les entreprises ces trois dernières années, dite « du marché », a consisté à les vider de leur substance pour enrichir fonds d’investissement, consultants et dirigeants salariés (qui ont tous fait les mêmes études et appartiennent aux mêmes milieux que les intellectuels). Il en est résulté une panne de croissance et une croissance des inégalités. D’où jeu à somme nulle. De fait, affrontement entre « classes ». 
  • Les intellectuels, qui dénoncent la domination, sont aussi ceux qui ont le plus profité de ces derniers temps. C’est le diplôme qui contrôle l’ascenseur social. Et ils contrôlent les diplômes. Ce qui confirme leur thèse : si toute la société est porteuse du virus, leur appartenance à la société fait qu’ils en sont porteurs. La contre-culture est un aspect de la culture. 
  • Une caractéristique de cette société semble être, comme dans les modèles de Gramsci ou des Lumières, la manipulation des esprits. Cela est revendiqué par l’entreprise comme par l’intellectuel, qui combat l’entreprise. 

Faut-il sortir de ce modèle ? Est-il propre à toute la société ou est-ce une sous-culture ? Serait-il l’aspect négatif de ce qui, par ailleurs, serait une qualité ?… Immense mystère.

D'où viennent nos illusions ?

Le coronavirus nous réveille. Nous découvrons que ce que nous pensions était faux. D’où cela vient-il ?

C’est la question que je me pose depuis au moins le début de ce blog (2008). Voici le moment de faire un point. Il semble que nous ayons été manipulés par deux idéologies soeurs-ennemies.

  • La plus évidente est celle du marché. Le monde doit être réglé par les lois du marché. Cette idée a été poussée non par les milieux d’affaires ou les entrepreneurs traditionnels, mais par les salariés-riches, les diplômés qui contrôlent l’économie. 
  • Moins évidente est l’idéologie de la domination. Celle-ci est poussée par des intellectuels-universitaires, au moins depuis la fin de la guerre, mais se retrouve probablement bien avant, chez Marx, et les Bohèmes. Elle définirait la société (occidentale ?) comme un système d’oppression de minorités par la majorité. 

Ces idées se sont diffusées par la « méthode Gramsci », en jouant sur notre « bon sens » (citoyen = contribuable, etc.) pour nous faire perdre le contact avec la réalité.

Peut-on aller plus loin ? Qu’est-ce qui motive ce type d’idée ? En tout cas, elles ont un point commun. Dans les deux cas c’est une pensée d’intellectuel et de privilégié. L’intellectuel tend à prendre ses rêves pour des réalités. Ce qui expliquerait que nous découvrions que nous vivons dans un monde d’illusions. Quant au privilégié, il tend, probablement, à vouloir conserver ses privilèges.

L'énigme du nihilisme

Les « possédés » de Dostoievski sont des nihilistes (on dit « les démons », aujourd’hui). Le nihiliste a mis le monde à feu et à sang. Or, le nihilisme pourrait avoir ressurgi… Les « votes populistes » ont amené les scientifiques à s’interroger sur ce qui les avait suscités. Ce serait le rejet de la politique menée par une « élite » dirigeante. Or, on constate aussi que, derrière un discours instrumentalisant l’écologie, le féminisme ou le rejet du colonialisme, se cache une résurgence du nihilisme.

Pourquoi cette résurgence ? Comment attrape-t-on cette maladie ?

  • Elle serait à l’origine du totalitarisme. Elle a été étudiée après guerre, notamment par Paul Watzalwick. (Albert Camus et Hannah Arendt l’ont aussi pourfendue.) Il semble que ce soit une maladie de la raison, de l’intellectuel). C’est la croyance en un « absolu ». L’homme, pris au piège d’un « système », serait dans un « jeu sans fin », une sorte de folie, qui le rendrait aveugle à la réalité. 
  • Le nihilisme n’est pas nécessairement une conséquence imprévue de l’idéologie, mais est parfois revendiqué. Car, pour beaucoup, le néant est purificateur (notamment pour Heidegger ?). 
  • Dans L’homme révolté, Camus observe que le nihilisme, en créant le chaos, est du côté du fort contre le faible. Il pourrait, donc, faire le jeu d’une classe dominante. Plus récemment, on a observé que ces thèses extrêmes étaient un trait culturel qui permettait à l’élite de se reproduire (cf. étude faite par Joan C. Williams dans White Working Class). L’affaire se compliquerait donc : le nihiliste ne serait pas nihiliste, mais ferait comme s’il l’était.

Voilà qui donne le tournis ? Serions-nous dans un jeu sans fin ? Mauvaise approche de la question ?

La pensée décoloniale

La pensée « décoloniale », curieux mot. Qu’est-ce ?

le colonialisme et donc le racisme sont une essence occidentale, ils sont consubstantiels à l’Occident et au capitalisme avec lequel il se confond, et ils ne disparaîtront qu’avec eux. (L’obsession identitaire et la question des discriminations)

Autrement dit, il faut liquider l’Occident ?

On entend beaucoup parler nos élites intellectuelles et politiques de « colonialisme », serait-ce ce qu’elles ont en tête ?

Le féminicide est-il un génocide ?

Le concept de féminicide cacherait des enjeux invisibles. Une analyse de la question par des juristes.

Le féminicide, pour certains militants, serait une manifestation du rapport de « domination » de l’homme sur la femme, inhérent à notre société. Cela ressemblerait au génocide. Le Français aurait décidé de faire disparaître la Française.

En faisant entrer un terme, apparemment innocent, dans la loi, on reconnaît implicitement la réalité de ce diagnostic. Et si, au lieu de faire passer le changement en force, on avançait à visage découvert ?

(Et si l’on faisait une étude anthropologique des motivations de nos classes dirigeantes ?)

L'Education nationale encourage-t-elle la paresse intellectuelle ?

J’ai fait mon service militaire de manière légèrement décalée, si bien que je ne suis pas tombé au milieu de la France diplômée, mais de la France ordinaire.

Il y a une grande différence entre elles. La première est incapable de démonter et de remonter un fusil, ou de le nettoyer. C’est facile pour l’autre. L’explication tient à ce que la première a besoin de règles simples, d’un mode d’emploi, alors que, dans la nature, il n’y en a pas. Tout est intuition. Il n’est pas possible de définir « le travail bien fait ». C’est une question, en quelque-sorte, pour esthète.

Pour autant, l’esprit simplifié du diplômé est peut-être utile, à condition qu’il ne veuille pas dicter sa loi à la nature. En effet, lorsqu’il parvient à modéliser ce qu’est en train de faire l’intuition, il est capable de voir si elle ne s’égare pas, et, éventuellement, de l’accélérer, en mobilisant, par une parole facile à comprendre, la société.

Domination

Les hautes sphères de notre société ont un vocabulaire qui leur est propre. Par exemple, un cri de ralliement est « care » (en anglais, ou « soin », en français). Un autre mot important est « domination », ou « rapport de domination ».

Qui composent ces hautes sphères ? L’élite ? Les intellectuels ? Les diplômés ? La gauche socialiste ?… Leur maître à penser est Flaubert, leur manifeste sont Les fleurs du mal. Au 19ème siècle, on les appelait les « bohèmes ». La plupart des artistes de l’époque avaient le baccalauréat, ce qui était extrêmement rare. Ils étaient fils de famille. Cela leur permettait de ne pas vivre de leur art.

Curieusement, les Bohèmes ne se comportent pas en héros pendant les guerres. Ce sont des combattants de la paix. Leur ennemi, c’est le bourgeois. (« Epater le bourgeois », disait-on au temps de Flaubert.) Le « rapport de domination » de la « bourgeoisie » a remplacé celui de l’aristocratie. La société est oppression, il faut la renverser. Voilà ce qu’ils pensent.

Aujourd’hui, le Bohème a poursuivi ses études et est haut fonctionnaire, mais il a conservé un tempérament d’artiste. Il « domine » une société faite exclusivement de bourgeois, que, logiquement, il combat.

Cela pourrait expliquer les changements en cours. Il est possible que le peuple cherche à se donner des dirigeants qui lui ressemblent, ou que le Bohème devienne bourgeois, ou retourne aux marges de la société.

(Mise en ordre d’une série de billets.)

Le philosophe est-il encore une autorité ?

Ce qu’il y a de curieux chez des Edgar Morin et des Bernard Stiegler, c’est qu’ils font appel à des théories scientifiques éculées.

Il y a eu un grand moment de foi aveugle en la science, après guerre. Le scientifique était, alors, « autorité ». On l’écoutait religieusement. Et il disait l’avenir. Emmené par les philosophes, 68 a abattu l’autorité. On s’est mis à douter, avec une certaine raison, des théories dont on était si fiers.

Or, ces mêmes philosophes les ont reprises. Et, derrière un discours abscons, qui les masquent, ils en font la justification de leur autorité. Ce qu’ils n’ont pas compris, probablement, est ce qui faisait la source de l’autorité. Après guerre, il y avait peu de gens éduqués. Maintenant, ce n’est plus le cas. Beaucoup maitrisent mieux ce dont parlent nos philosophes qu’eux mêmes.

On ne naît pas autorité, on le devient ?