Woke

Un débat sur le « wokisme ». Il faut se tenir à la page. Même ce blog. 

« Woke » ? D’après wikipedia, c’est un terme noir américain, qui signifie « woken », éveillé. Cela serait une injonction à rester sur le qui-vive. Le terme aurait été récupéré par l’intellectuel de gauche pour regrouper toutes les « dominations », dans une nouvelle Internationale : « dominés de tous les pays, unissez-vous ». 

Débat utile ? Si l’on en parle en France, toujours en retard d’une guerre, c’est probablement que l’affaire est derrière nous. Le « wokisme » (ou « intersectionnalité » !) aboutit à la contradiction. Tout dominé est un dominant. 

A commencer par l’intellectuel promoteur du concept, ultra riche, ultra privilégié, ultra blanc. Car si l’on parle de wokisme, aujourd’hui, c’est que sa domination de la parole publique, la « cancel culture », n’est plus totale. 

Plus personne ne nie le réchauffement climatique

Plus personne ne nie le réchauffement climatique, disait un ami. Il en voulait pour preuve que l’on ne voyait plus de contradicteur dans les débats de réseaux sociaux. A quoi un autre ami répondait que c’était normal, il avait été récupéré par le grand capital, qui y voyait son intérêt. 

On peut aussi parler de communautarisme : il ne sert à rien de contredire quelqu’un, il ne changera pas d’opinion. Chacun chez soi. 

Et à quoi servent les débats d’idées ? On entend de plus en plus dire (y compris chez France Culture) que l’intellectuel aboie, la caravane passe. Ce qui n’est pas très rassurant. 

Juger le passé

Husserl et Heidegger disent, apparemment, que la pensée est une construction sociale. Bref, croire que la nature est mathématique est idiot. Car les mathématiques ont demandé toute une histoire pour s’élaborer. Chaque étape de la pensée collective a produit une interprétation différente de la nature. La dernière en date n’a rien d’une vérité absolue. 

Voilà qui semble probable. Mais aussi qui fait de notre attitude actuelle un paradoxe. Pourquoi cette tendance de l’intellectuel à juger le passé à l’aune de la doxa moderne ? Pourquoi déboulonner des statues ? D’ailleurs, à y bien regarder, nos ancêtres ne sont-ils pas tous coupables de quelque-chose qui va à l’encontre de la morale dominante ? Pourquoi réécrire le passé, comme l’ont fait les Soviétiques ? 

L’intellectuel est un individualiste obsédé par la pureté et qui est incapable de concevoir que l’histoire de l’humanité soit un mouvement social éminemment complexe, et éminemment bon, puisque nos purs idéaux en sont le résultat ?

L'uranium s'enflamme

Hier, le Financial Times annonçait que les prix de l’uranium s’envolaient. Grosse spéculation. L’uranium est vu de plus en plus comme l’énergie de la transition climatique. 

La roche Tarpéienne est proche du Capitol ? Les écologistes pensaient avoir réussi le changement du siècle en convainquant le monde du réchauffement climatique. Ils possédaient l’arme absolue : l’énergie dite « renouvelable ». Certains devaient déjà penser « décroissance ». Le résultat est inverse. Les « forces du marché » ont vu que l’élimination du carbone avait tous les ingrédients de la prochaine bulle spéculative. Et le nucléaire a désormais le vent en poupe. Grâce à lui on va pouvoir consommer dix fois plus ? Voilà ce que donne un changement conduit par l’intellectuel ? 

Le FT annonçait aussi que la Guinée était un champion de l’aluminium, mais que sa population n’en avait pas profité. Et pourtant elle était dirigée par un socialiste. Voilà un intellectuel qui avait compris le bon usage de la parole ? 

L'intellocène ne pense pas

Une masse de Français a fait 5 ans ou plus d’études après le bac. Nous vivons à l’ère de l’intelligence ! (Particulièrement en France, puisqu’ailleurs on trouve qu’une licence est bien suffisante pour vous faire appartenir à l’élite.) Or, sommes nous capables de penser ? Ce que nous appelons « penser » n’est que l’adoption de modes. Et, plus on est un intellectuel patenté plus c’est le cas : rappelons-nous le temps encore proche où l’élite philosophique de normale sup était marxiste, en dépit même de Soljetnitsyne. (Aujourd’hui ? Tous écologistes ?)

Comment expliquer ce paradoxe ?

L’Education nationale nous bourre le crâne. La connaissance ? c’est elle qui la possède. La connaissance est révélée. Elle nous tape sur les doigts, si nous ne disons pas comme elle. L’Education nationale apprend à ne pas penser ?

Or, lorsque nous sortons diplômés, nous-nous croyons des intellectuels ! 

Changement et intellocène

France Musique a « une ligne du parti », ai-je fini par penser en l’écoutant. Il faut faire aimer la musique contemporaine. Or, le peuple lui résiste. Solution : mélanger classique et contemporain. 

Cela semble avoir toutes les caractéristiques de la conduite du changement telle que comprise par la culture (au sens anthropologique) du peuple des intellectuels. 

Ce qui est premier est une idée. Cette idée n’est pas du ressort du débat, mais plutôt d’un phénomène qui ressemble à la mode. (Probablement parce que, pour l’intellectuel, il ne peut pas avoir débat puisqu’il n’y a que des vérités et des mensonges.) Ensuite, il y a établissement d’un « consensus ». L’idée gagne une minorité dominante, qui impose le silence, par une forme d’intimidation (cf. la cancel culture), au reste de la communauté intellectuelle. Implicitement, il est supposé que si les intellectuels parlent d’une seule voie, le peuple adoptera leur opinion. 

L'ère de la complexité

Un médecin me disait que, concernant l’effet des vaccins, « on pourrait parler des jours ». Autrement dit, on ne savait rien. 

Un des grands paradoxes de cette histoire est qu’à l’origine des « théories du complot » que j’ai étudiées, il y a des chercheurs de première dimension. Alors que, de l’autre côté, il y a essentiellement des journalistes. Et l’argumentation des chercheurs ressortit à ce qu’on a appelé un temps le « principe de précaution ». 

Ce que le virus a abattu, c’est « l’idéalisme », cette croyance solidement établie chez les Grecs, et chez nos intellectuels, qu’il y a des « vérités » immanentes, que l’on (= l’intellectuel) peut connaître par la « raison ». Le virus nous fait découvrir l’empirisme. On ne sait du vaccin que ce que l’on observe, et l’on n’est pas capable d’en tirer des lois justes à tous les coups. En gros, « il semblerait qu’il n’arrête pas le virus mais qu’il en atténue les effets les plus graves », autrement dit qu’il nous permette de travailler, et de consommer, ce qui est la seule chose qui compte pour nos gouvernants. Quant aux effets à long terme : il faut attendre le long terme pour les connaître. 

Ce dont on est le plus sûr, me disait d’ailleurs ce médecin, c’est que le virus a fuit d’un laboratoire chinois. Autrement dit ce qui fut le complot ultime, au début de l’épidémie !

Edgar Morin devrait être heureux : nous découvrons que le monde est « complexe ». Car la complexité, c’est justement l’incapacité à comprendre, tout en pouvant agir, mais sans être jamais certain de ne pas faire d’erreur. 

L'intellectuel est-il un homme ?

Boris Cyrulnik raconte que ses camarades n’ont pas compris qu’il veuille faire des études. L’intellectuel était un efféminé. L’homme digne de ce nom travaillait de ses mains et apportait son salaire à sa famille. 

Une étude de la classe moyenne américaine dit qu’elle partage ce point de vue. Il n’est pas impossible que Camus ait aussi été de cet avis. Lorsqu’il constate qu’il ne trouve pas d’emploi qui lui convienne, il envisage de passer l’agrégation. Mais, étant tuberculeux, il ne peut obtenir de bourse d’étude. C’est un peu aussi l’histoire de mon père, pour qui l’agrégation fournissait un emploi par défaut. (Il ne m’a jamais donné de conseil, sinon de ne pas être enseignant !) Sa réussite, c’était sa vie de famille. 

Après l’ère du tout intellectuel va-t-on en revenir à la société d’après guerre ? Une autre forme de relocalisation ?

L'intellectuel et le cauchemar

« Orwell est pourtant peut-être l’un de ceux qui ont le mieux analysé les cauchemars totalitaires du 20e siècle, dont nous venons tous. Il s’est en particulier concentré sur l’usage politique du langage et donc sur le rôle particulier des intellectuels, dans la fabrication des cauchemars.  » Big brother, cet inconnu, de France Culture.

En un temps où l’intellectuel est aux commandes du monde, ne devrait-on pas se demander s’il ne nous fabrique pas quelque cauchemar ? 

De l'efficacité de la pédagogie

Ces gens qui manifestent contre la vaccination obligatoire… Il faudrait leur faire de la « pédagogie ». Leur montrer la fausseté de leurs croyances. Voilà ce que disait l’autre jour un invité de France Culture. 

Pédagogie. Fléau de notre temps ? Que quelqu’un vous explique que ce que vous croyez est faux, est-ce que cela vous donne envie de le croire, lui ? D’ailleurs, de quel droit vous donne-t-il des leçons ? N’est-ce pas un sophiste, qui utilise son art de la parole pour vous embobiner ? Le monde est dirigé par ce type de personne depuis des décennies, et on a bien vu où ça nous a menés… 

Bien sûr, on ne va pas faire de la « pédagogie » au pédagogue. Ça ne marcherait pas mieux qu’avec vous et moi. Et si on tentait autre-choses : au lieu de parler, écouter ? Ecouter dire ce que chacun sait et a sur le coeur. Et chercher si tout cela ne serait pas que différentes facettes d’une même réalité. La démocratie, pas la pédagogie ?