Nouvelle France

Roland Barthes parlait de la « nouvelle critique ». Il est curieux à quel point la France aime ou a aimé ce qui est nouveau. Il y a eu le « nouveau roman », la « nouvelle vague », les « nouveaux philosophes ». (Entre autres ?)

Peut-être aussi les surréalistes.

Tous semblent avoir pensé enterrer leurs prédécesseurs en inventant une nouvelle forme. Ils ont épaté le bourgeois sans fatigue ?

Ont-ils enterré leur discipline ? Ou furent-ils son chant du cygne ?

Faux amis

Hannah Arendt a gardé un mauvais souvenir de son passage en France (France culture).

Elle doit quitter l’Allemagne pour cause d’antisémitisme. Surtout, elle est abandonnée de ses « amis ». Curieusement, c’est un phénomène propre aux intellectuels.

Arrivée en France, ce sont les Juifs français qui ne veulent pas de Juifs allemands. En revanche, elle trouve une concierge qui l’héberge, elle et sa tribu de Juifs errants.

A l’air Trump, son expérience a-t-elle quelque chose à nous apprendre ?

Paul Bénichou

Découverte de Paul Bénichou. Ce Juif algérien est le produit classique de l’ascenseur scolaire français du début du siècle. Repéré pour ses talents, il est propulsé à Normale sup. Il y devient surréaliste (une aristocratie, qui considérait la société avec condescendance).

Spécialiste de littérature française et ibérique. Il semble avoir étudié Baudelaire pour une raison qui m’intéresse : qu’est-ce qui peu expliquer la naissance de l’intellectuel déprimé ? (Autrement dit le Bobo, invention qui nous est due.)

Son idée serait que la religion a perdu toute crédibilité au temps des Lumières. Une élite intellectuelle a surgi, à sa place. Mais les illusions se sont dissipées. Le romantisme est apparu, en réaction. L’intellectuel a conservé ses prétentions à l’autorité morale, mais il a perdu son optimisme triomphant. Le philosophe des Lumières a cédé la place au poète, qui se complaît dans les ténèbres ?

Le bon plaisir, de France culture.

(Paradoxalement, la fiche wikipedia anglaise de Paul Bénichou est infiniment plus sérieuse que son équivalent français.)

Ile de Sein

Les habitants de l’Ile de Sein entendent l’appel de De Gaulle. Alors, tous, à l’exception des vieux et des enfants, ils s’embarquent pour l’Angleterre.

Tout ce qui reste de la population va devoir trouver les moyens de survivre, sans pêche, avec les ressources de l’île, qui n’en a pas.

La guerre est finie. La radio nationale lui rend visite. Les hommes reviennent. Certains sont rentrés depuis seulement deux jours. Qu’espèrent-ils de la vie ? Reprendre la pêche. Qu’ont-ils fait pendant ces 5 ans ? On n’en saura rien, sinon qu’ils ont beaucoup voyagé…

On ne peut rêver contraste plus frappant avec nos, auto proclamés, héros modernes ?

Platon

On ne le dit pas, mais Platon avait un talent fou. Il est surprenant à quel point ses dialogues sont vivants. (Talent du traducteur ?) Je suis un contemporain de Socrate, et j’ai envie de l’assassiner.

Platon illustre le propre de la philosophie : elle pose des questions fondamentales. Mais au lieu de s’y arrêter, elle prétend qu’elles ont des solutions. Et ces solutions sont totalitaires, par définition même du terme. Elles dénient à l’homme le droit de penser.

Quels sont les sujets de Gorgias ?

La politique, pour commencer. Il est dit que le peuple est mauvais par nature et que l’homme politique ne cherche qu’à le séduire. Voilà le fameux « populisme » dont on nous rebat les oreilles. Comme l’écrit aussi Aristote, le peuple doit être éduqué. Mais, le peuple, c’est nous !

Lorsque l’on considère la politique de nos gouvernements, depuis un demi siècle, on ne peut que constater que tout en se lamentant de l’arriération du peuple, ils font tout pour l’encourager dans ce sens. Ils lui donnent ce qu’il ne demande même pas ! Le peuple comme mal, une prédiction auto réalisatrice ? Et si, au contraire, ils cherchaient à comprendre le peuple ? A mener ce que Kurt Lewin nommait un « changement planifié » ?

La rhétorique ensuite. Platon en fait une flatterie des plus bas instincts (ceux du peuple !). Mais l’observation commune montre que nous ne savons pas parler. Socrate en donne l’exemple : il roule ses interlocuteurs dans la farine. Il ne cherche pas à comprendre ce qu’ils avaient du mal à exprimer. Il les ridiculise. Or, il arrive que nous ayons des idées justes. D’ailleurs, c’est peut-être toujours le cas. La rhétorique est la technique qui permet de s’exprimer, au sens premier du terme, de parvenir à formuler ses sentiments, par nature inconscients, impalpables. Mais aussi d’éviter de tomber dans les pièges des manipulateurs. Et il faut peut-être plus d’une vie pour cela.

(Remarque. Mon dictionnaire d’ordinateur oppose totalitarisme à démocratie. Je l’entends au sens du CNRTL : « Qui rend ou tente de rendre compte de la totalité des éléments d’un phénomène, qui englobe ou tente d’englober la totalité des éléments d’un ensemble. »)

Responsabilité de l’homme blanc

Curieusement, on ne s’est pas interrogé sur les causes des événements de Gaza.

Qu’avaient en tête les terroristes, qui ont commis des crimes qui semblent (pour le peu qu’on en sait) d’une barbarie sans beaucoup d’équivalents ?

Une possibilité pourrait être qu’ils pensaient que la riposte israélienne, le massacre de leurs concitoyens qui en résulterait (comment frapper le Hamas sans tuer des innocents dans un Gaza surpeuplé ?), provoquerait un conflit qui susciterait l’émoi mondial et la défaite d’Israël.

Cela ne s’est pas produit. Les Palestiniens ont subi sans se révolter. L’Iran s’est trouvé embarrassé. Les voisins ont détourné les yeux. L’intellectuel occidental a bruyamment manifesté. Mais sa conscience ne lui en demandait pas plus. On ne meurt pas pour Gaza ?

Comme les « printemps arabes », les terroristes du Hamas ont-ils été abusés par la bien-pensance occidentale ? Où sont les coupables, dans cette affaire ?

Elite et intellectuel

Elite et intellectuel sont deux mots qui sont entrés progressivement dans ce blog. Originellement, ils ne faisaient pas très sérieux. Mais il a fallu en arriver au constat qu’ils définissaient notre époque.

Ils ne faisaient pas sérieux, parce que ce sont de « faux amis ». Notre élite intellectuelle n’est ni élite, ni intellectuelle. Quelle est-elle alors ?

Politique, au sens actuel du terme. Elle est un virtuose de la parole, mais pas de la raison. Et de la manigance. Elle a exploité le « système » à son avantage.

Au coup d’avant, on a trop insisté sur la raison, en particulier celle de l’ingénieur. Un homme des cavernes ce n’est pas séduisant.

L’homme idéal est un équilibre ? Peut-être aussi faudrait qu’il soit un rien Homo Faber ? Il n’y a pas que le logos dans la vie ?

Le penseur

Croyez-vous au réchauffement climatique ? Ce qui m’a frappé lorsque je suis sorti de mes études c’est à quel point notre monde était devenu un univers de certitudes. On était supposé « savoir ».

Mais qui a jamais su quoi que ce soit ? Tout au plus peut-on dire que nos grands hommes ont fait des contributions à notre pensée collective. Alors, à quoi pouvons-nous prétendre, nous, simples mortels ?

Tout ceci est peut-être une conséquence de ce que nous sommes devenus une nation de diplômés, d’intellectuels. Et l’intellectuel « sait ». Ce qu’il ne supporte pas, ce n’est pas tant la contradiction (combattre les ténèbres et le complot est la justification de son statut) que le doute ?

Inspirons-nous du penseur de Rodin ?

Columbia

Une connaissance me disait que sa fille avait réalisé son rêve : étudier à l’université de Columbia. Seulement, le rêve était devenu cauchemar.

Si je comprends bien, les militants pro palestiniens font régner la terreur sur le campus ! A peine arrivée, la direction de l’université lui a dit de prendre une liste de mesures de précautions. Ce qui pour un Américain n’est peut-être pas effrayant. Mais ce n’est pas la même chose pour un Européen élevé dans un pays civilisé.

Surprenant. Voilà ce qu’on ne lit pas dans les journaux. Et bien curieux pacifiste : l’intellectuel serait-il un mouton enragé ?

Droit à l’information

Je me demande s’il n’y a pas un biais systémique dans la pensée de l’intellectuel.

C’est l’émission Strike de la BBC, qui m’a fait me poser cette question. En effet, elle consacre un long reportage à une provocation orchestrée par le gouvernement britannique à l’endroit des mineurs. On en tire naturellement le sentiment que le dit gouvernement est indigne.

Seulement, d’une part, la BBC n’interroge pas tous les protagonistes, et surtout ne leur donne pas le même temps de parole, et, d’autre part, elle détache ce fait de son contexte, qui est celui d’une véritable guerre idéologique qui dure depuis des années, et lors de laquelle les syndicats de mineurs ne se sont pas privés de donner des coups bas. Et outre, l’avenir n’était plus au charbon, ce qui aurait mérité un minimum de considération.

Un autre exemple est celui de l’Angleterre d’après première guerre. Elle s’est indignée que des enfants meurent en Allemagne et n’a accordé aucun intérêt au sort de la France, qui avait été dévastée par la guerre, et qui craignait d’être victime d’un nouveau conflit. Ce qui a été le cas.