Du diplôme

Le diplôme sanctionne-t-il une quelconque supériorité ou n’est-il là que pour imposer une division artificielle de la société ? Apporter une légitimité au dominant ?

Curieusement, c’est la question que je me pose en écoutant les histoires policières de la BBC. Dans la hiérarchie des mérites, les policiers ne sont pas loin d’être considérés comme la lie de la société, et pourtant, ils font des miracles. Et sans eux il n’y aurait pas de société…

D’ailleurs la plupart des grands artistes d’après guerre ont eu un physique, avant d’avoir un talent. Désormais pour jouer la comédie ou réaliser un film, il faut être diplômé. Qu’y avons nous gagné ?

La « pénurie RH » du moment a fait prendre conscience au recruteur que ce qui comptait était la motivation : quand on veut, on peut, en quelque-sorte.

(Pour le reste, il est possible que ce que le diplôme apportait jadis d’avantages se soit diffusé dans la société, via l’enseignement pour tous, aussi mauvais qu’il soit, la littérature, Internet…)

La fabrique de l’homme bien

L’Education nationale a été qualifiée de « fabrique du crétin ». Les Ecoles de production seraient-elles la « fabrique de l’homme bien » ?

Un moment, les Ecoles de production semblaient avoir pour mission de donner un métier à l’un des 100.000 « décrocheurs » de l’Education nationale. Or, à la surprise générale, on a constaté que non seulement ce que la société considérait comme futur gibier de potence devenait un « professionnel », mais aussi quelqu’un de passionné, de digne, connaissant sa place dans la société.

La devise des Ecoles de production est « faire pour apprendre ». La raison du miracle ? La science sans conscience corromprait-elle ?

(« Pourquoi Monsieur Guizot n’a-t-il pas osé dire que les capacités intellectuelles étaient les plus corruptibles, les plus corrompues et généralement les plus lâches, les plus perfides de toutes les capacités… un savant est une merde. » Proudhon.)

Vive l’ignorance ?

« Société de la connaissance ». L’intellectuel gouverne le monde. Pourquoi est-il, ce monde, en si mauvaise forme ?

Pour mon père, avoir eu la possibilité de faire des études avait été un miracle. Il avait eu accès à la culture et au savoir. Je suis étonné du nombre de Que sais-je ? qu’il m’a laissés. Il s’est intéressé à tout. D’ailleurs, il avait emmené je ne sais plus quel recueil de la Pléiade dans l’hôpital où il est mort.

Pour l’intellectuel moderne, au contraire, le diplôme est la garantie d’un statut social. L’école ne lui apprend rien, elle n’est que sélection ? « Elite » à tête vide ?

Mon père a appris, toute sa vie, parce qu’il ne savait rien. « L’élite » moderne est omnisciente. Elle conduit sans regarder la route ?

L’art de la vérité

Dans La belle noiseuse, de Jacques Rivette, il est dit, si mes souvenirs sont bons, que l’art révèle la réalité de l’individu.

Fus-je photographié par des artistes ? En tous cas, il me semble que la photo reflétait plus les a priori du photographe que ce que je pensais être. En particulier, mes parents aimaient me trouver « tellement gentil » (mais pas très malin).

C’est une théorie que l’on retrouve souvent chez le philosophe. Par exemple chez Bergson.

L’artiste est aimé de l’intellectuel. Il le voit comme le héros de la lutte contre le bourgeois matérialiste (le bourgeois ne perçoit la nature que comme moyen).

De ce fait, l’artiste n’est-il pas, lui aussi, instrumentalisé ?

(Curieusement, dans mon souvenir, les personnages de Rivette étaient extraordinairement bourgeois…)

Puissance de l’intellect

La République de Platon fut une révélation.

L’intellectuel, qui se nomme philosophe, veut être le roi de la cité. (Car il n’y a que la royauté qui vaille, la démocratie étant l’antichambre de la tyrannie, dit Platon.)

Son arme ? Il invente la morale. Il définit le « bien », et comment on y parvient. Et cela contredit les usages ancestraux de la cité. Elle est donc, totalement, en tort. Elle est le mal.

Lorsque Tocqueville décrit le mécanisme qui a mis la France et l’Europe à feu et à sang, lors de la révolution, il parle exactement du même phénomène, quasiment dans ces termes.

« Le gouvernement central ne se bornait pas à venir au secours des paysans dans leurs misères ; il prétendait leur enseigner l’art de s’enrichir, les y aider et les y forcer au besoin. »

« le gouvernement était déjà passé du rôle de souverain au rôle de tuteur »

 « tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps »

« dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel ».

« la même ignorance leur livrait l’oreille et le cœur de la foule ».

Une des découvertes de ce blog a été que les techniques de changement vont au delà de celles que l’on trouve dans les livre de cours. « L’influence », la manipulation des esprits, est l’outil de « conduite du changement » le plus utilisé de nos jours. Et il est utilisé par un autre phénomène de société qui est apparu aussi progressivement dans ce blog : « l’intellectuel ».

Art et matière

L’artiste a la côte dans les milieux intellectuels. On lui prête des vertus de clairvoyance. Ce serait une sorte de simple d’esprit révolutionnaire. Il épate le bourgeois.

La théorie de Bergson, si je la comprends bien, explique peut-être cette opinion. Il est dit qu’alors que nous ne voyons de ce qui nous entoure que ce que nous pouvons en faire, l’artiste, quant à lui, le perçoit tel qu’il est. Le roi est nu.

Doute. Il suffit de regarder un tableau ou d’écouter de la musique pour savoir que l’artiste est de son temps, et qu’il n’est qu’un artisan, qui applique des techniques. Et qu’il lui a fallu des décennies pour les connaître. Au moins autant que le commun des mortels, et peut-être bien plus que lui, il cherche autour de lui ce qu’il peut exploiter. Il ne voit que ce qui lui est utile.

En revanche, il n’est pas interdit de penser que, ce faisant, il révèle ou crée quelque-chose d’unique, « d’incompréhensible », et qui, de ce fait, est un défi bénéfique à la raison.

Compassion

De temps en temps, la BBC fait état des sévices qui ont été subis par les victimes du Hamas. Commentaire embarrassé.

Qu’en dire ? semble penser la BBC. Cela ressemble à ce que d’ordinaire on nomme « crime contre l’humanité ». (D’autant que les dits terroristes ne pouvaient qu’avoir pour projet de faire massacrer leur propre peuple, afin de profiter de l’indignation mondiale.) Seulement, ce n’est pas la « ligne du parti ».

Curieusement, la même chose s’est produite après la première guerre mondiale. La France de Clémenceau qui avait été détruite par la guerre demandait à ce que l’Allemagne ne puisse plus recommencer ses exactions. Les tergiversations qui en résultaient avaient provoqué une famine en Allemagne. La haute société anglo-saxonne, Keynes en tête, avait pris fait et cause pour l’Allemagne.

Enseignement ? La particularité de l’être humain est probablement de ne plus avoir d’instinct, comme le dit Maslow. Il n’est plus que mécanique sociale ?

Harmonie

Our findings suggest that if you use different instruments, you can unlock a whole new harmonic language that people intuitively appreciate, they don’t need to study it to appreciate it. A lot of experimental music in the last 100 years of Western classical music has been quite hard for listeners because it involves highly abstract structures that are hard to enjoy. In contrast, psychological findings like ours can help stimulate new music that listeners intuitively enjoy.

Article de l’Université de Cambridge

Curieux qu’on ne l’ait pas fait plus tôt. On s’est demandé ce que l’homme trouvait harmonieux. Curieusement, ce n’est pas ce que disaient nos théories, quelles remontent à Pythagore, ou qu’elles soient le fait des « musiciens » modernes.

Décidément, l’art ne fait pas bon ménage avec la raison ?

Pédantisme

Il y a quarante ans, on parlait de « L’intelligence artificielle ». Maintenant, les gens éduqués n’emploient « qu’Une intelligence artificielle ».

Bien sûr, il y a certainement un raisonnement subtil derrière cette expression. De même que derrière « la covid ». Mais quel est son intérêt ? Il y a certainement des manières tout aussi convaincantes de justifier « l’intelligence artificielle », ne serait-ce que parce que tout le monde comprend de quoi il s’agit ? N’est-ce pas une façon particulière de prendre les choses, une perspective que veut imposer une minorité à la majorité, alors qu’elle n’est pas unique ? Une forme de totalitarisme intellectuel ?

Les idées de Platon

J’ai eu une illumination. En lisant La philosophie des Lumières d’Ernst Cassirer, j’ai eu l’idée de la raison d’être des idées de Platon.

Ce qui m’a frappé en me penchant sur la philosophie, c’est qu’elle utilise des concepts qu’elle ne définit pas. Or, ces concepts sont insaisissables.

D’où le coup de génie de « l’idée ». Platon dit : certes j’aurais bien du mal à vous expliquer ce qu’est la justice, mais il y a quelque part dans les limbes l’idée de justice. Mon propos est un peu approximatif, mais il est globalement juste.

Mais ce n’est pas le plus intéressant. Car les Lumières et lui combattent la loi du plus fort. Ils lui opposent « l’idée » : puisqu’il y a une idée immanente de justice, la loi du plus fort n’a pas lieu d’être. Ne peut-on faire autre chose que de leur donner le paradis sans confession ?

Seulement, ce raisonnement est un sophisme ! La société n’obéit pas à la loi du plus fort. Elle établit, au contraire, des équilibres. Et lorsque l’on veut les bousculer, on provoque une révolte. Platon conduit à une autre forme d’asservissement que la force. Il asservit l’esprit de l’homme à un raisonnement fondé sur une idée erronée. Ce qui a pour conséquence de remettre les clés du pouvoir, comme par hasard, au philosophe. Comme il est dit dans La république. L’idée est la mère de l’aliénation ? L’arme de destruction massive de la « volonté de puissance » de l’intellectuel ?

(Le procédé de Platon est celui que dénonce Aristote. Platon oppose à la force l’extrême inverse, qui est une autre forme de perversion. Le bon chemin est le « juste milieu » entre les deux.)