Valeur travail

Le bac + 5 s’est démocratisé : le nombre d’étudiants choisissant un cursus long a explosé. Avec l’idée que ce serait un sésame pour s’ouvrir les portes du marché du travail. Précarité, niveau de salaire ou de responsabilité… Pour certains, la déception est de taille.

Le Monde d’hier

La faillite du bac + 5 est un des marronniers de ce blog. Curieux que l’on ne découvre que maintenant qu’il a des effets pervers.

La raison pour laquelle nous sommes tous bac + 5 est la même que celle qui fait que je m’appelle Christophe : exposé aux mêmes influences, tout le monde pense la même chose en même temps. C’est un des inconvénients d’être une « société d’individus ». S’il veut éviter le chômage, l’individu a besoin d’être guidé par la société. La démocratie, ce n’est pas l’anarchie !

Mystérieux intellectuel

Fitzgerald disait qu’il avait vécu à l’âge du Jazz, j’ai l’impression que notre âge a été celui des intellectuels. Une des découvertes de ce blog aura été « l’intellectuel ». Eternel sujet d’interrogation, depuis.

En quoi je diffère de Michel Winock, qui estime, au contraire, que les intellectuels ont disparu. A moins qu’il n’ait raison ? L’élite intellectuelle issue de l’affaire Dreyfus a été remplacée par un phénomène de masse ? Nous prétendons tous être des autorités de l’esprit ? En tous cas, ceux qui se revendiquent le plus de ce qualificatif présentent pas mal de paradoxes.

Ils semblent aspirer à faire le bien universel, alors que, de plus en plus, ils sont universellement haïs. En s’érigeant en autorité morale, ils condamnent les peuples auxquels ils appartiennent, alors que ceux qu’ils prétendent défendre rejettent, à coups d’attentats le cas échéant, les valeurs qu’ils promeuvent !

Ce qu’on leur reproche surtout est leur « langue fourchue ». Ils prônent un idéal éthéré, alors qu’ils s’enrichissent au détriment de leurs semblables. Ou encore, me disait une personne qui appartient à une famille d’enseignants militants, ils se battent pour la mixité alors qu’ils font des pieds et des mains pour que leurs enfants n’aillent pas dans des écoles fréquentées par les immigrés… (Pas par haine des immigrés, mais parce que leur niveau scolaire est nul.)

Une émission que citait ce blog se demandait si, aux USA, ce n’était pas la crainte de la submersion du Blanc (moteur bien plus puissant que le prétendu « racisme » du col bleu) qui expliquait les croisades de « l’extrême gauche » privilégiée.

Et si c’était ce type de peur qui possédait tous les « intellectuels » de la terre ? Et si, M.Dostoievski, il suffisait de les rassurer sur leur sort pour ôter à nos « possédés » leurs idées révolutionnaires ?

Yin et Yang français

Depuis la Révolution, au moins, l’histoire de France semble obéir au Yin et au Yang chinois. Réflexion sur quelques billets précédents :

Elle connaît, alternativement, des phases d’exubérance idéalistes, qui se terminent par le chaos, voire la terreur, suivies de remises en ordre autoritaires, et matérialistes, qui finissent dans un ennui qui provoque, dans un grand bâillement, le réveil de l’élan vital révolutionnaire. Dans les premières, les intellectuels sont aux avant-postes. De ce fait, ils écrivent l’histoire, et vouent aux gémonies les secondes, dirigées par des « bonnets de nuit ».

Les révolutions, elles-mêmes, ne sont pas ce que l’on lit. Leurs causes paraissent la plupart du temps matérialistes. On se révolte pour avoir du pain. Quant à l’injustice, qui est leur raison officielle, comme le disait déjà Tocqueville, elle semble plus souvent fantasmée que réelle.

Au fond, l’intellectuel sert la fiction nationale : le Français préfère dire qu’il se révolte pour un idéal, alors qu’il le fait pour ses intérêts matériels ?

Opinions de la BBC

La BBC a eu récemment des ennuis. Le gouvernement anglais considère le Hamas comme terroriste, mais pas la BBC.

Autre fait curieux, Jeremy Corbin, l’ancien dirigeant du parti travailliste, serait considéré comme antisémite. Keir Starmer aurait dû désinfecter le parti. Curieux venant d’un militant gauchiste qui ne semble pas avoir évolué depuis les origines ?

On écrit que la gauche est victime de « sinistrisme« . Elle et ses idées dérivent vers la droite.

Mais, dans ce cas, il semble que c’ait été le contraire. Non seulement elle tend à assimiler Israël et l’Allemagne de la guerre, mais elle traite le petit peuple de « bourgeois », et l’a abandonné à son triste sort.

Ce blog tend à avoir des explications pour tout, mais là ? Mal de l’intellectuel, qui ne connaît pas la mesure ? Et qui confond un simple pêché avec un vice mortel ? Volonté de puissance ?… Mystère.

Rome esclavagiste

Rome a porté l’esclavagisme à un niveau industriel. Les Romains auraient prélevé un million d’esclaves en Gaule, par exemple. Des peuples vaincus pouvaient être intégralement réduits en esclavage. (In our time, BBC 4.)

Mais c’était un esclavagisme qui plairait à nos intellectuels : il n’était pas raciste. Tout le monde était susceptible d’être esclave.

Ce besoin d’esclaves se serait expliqué par le mépris du travail manuel des élites romaines. Ce qui, avec mon mauvais esprit habituel, m’a fait m’interroger sur les actions de nos intellectuels. Car, lorsqu’ils accusent les peuples de colonialisme ou autre, ne se méprennent-ils pas ? N’est-ce pas leurs propres frères, parce qu’ils ne voulaient pas se salir les mains, qui ont réduit l’homme en esclavage ?

Ouvre boîte

Cette histoire n’est-elle qu’une histoire ? Elle dit que lorsque l’on demande à des cadres supérieurs ce qu’il y a dans une boîte ils font des suppositions, lorsque l’on fait de même avec des enfants, ils ouvrent la boîte.

Au début de ma carrière, la « start up » dans laquelle je travaillais a connu une fronde. Pourtant elle n’était constituée que « d’égaux », d’ingénieurs ayant à peu près le même âge, et ayant fait quasi exactement les mêmes études. On raconte qu’un jour son président avait rencontré un ingénieur portant une raquette de tennis. Il venait de rencontrer la culture des start up. Il ne l’a pas compris. Il en a déduit que l’on n’y travaillait pas. Il a voulu imposer le pointage. Le CE ayant refusé la mesure, il a demandé le vote des salariés. Il a été défait par 95% des voix. Il a dû accepter des horaires variables. Ils lui ont coûté très, très, cher. Et ils ont révolté la start up. A tel point que, plus tard, le CE a monté un syndicat CGT. Nouvelle panique. J’ai interrogé les mutins. Ils ne voulaient pas gagner plus en travaillant moins, comme on le croyait, mais, au contraire, être respectés. En fait, pour eux, les gens réellement intelligents résolvaient des problèmes mathématiques, les autres faisaient du management. J’ai proposé une structure « plate », avec beaucoup de responsabilité pour l’ingénieur, et le problème a disparu.

Si elle ne l’est pas, l’histoire de la boîte mériterait d’être vraie. Depuis Saint Platon, qui affirmait avoir découvert par la raison qu’il fallait chercher la vérité en soi, la supposition est la maladie endémique de l’intellectuel. Et nous sommes dirigés par des intellectuels.

Et si la « révolution du faire » commençait par leur offrir un ouvre-boîte ?

Pensée d’élite

Notre pensée est-elle manipulée par la « nouvelle élite », se demandait la BBC.

Un interviewé expliquait que c’était une thèse stupide : les médias sont aux mains des milliardaires. C’est, d’ailleurs, eux qui ont manipulé le peuple afin qu’il vote Brexit.

Cela m’a rappelé une discussion que j’ai eue avec mon voisin. Lors de l’élection présidentielle de 2017, il me disait que la presse votait Macron, alors que je constatais le contraire. Nous lisions probablement deus presses différentes.

Ce qui m’a aussi frappé, à l’époque où je côtoyais les journalistes, c’était leurs CV : on y trouvait aussi bien Libération que le Figaro.

Je crois surtout que nous sommes influencés par notre éducation et que notre éducation est de gauche. Je reçois la communication de Cambridge et de l’INSEAD : dans les deux cas, on ne parle que de changement climatique et de genre. Il n’est plus question des sujets que l’on traitait jadis dans ces institutions. C’est ce que l’on nomme désormais le « capitalisme woke ».

Nihilisme

Le propre de notre société est d’être une société d’intellectuels. Le propre de l’intellectuel, selon Dostoievski, Camus et Hannah Arendt est d’être un nihiliste, un « possédé ». Avaient-ils vu juste ?

Notre société a sous-traité les travaux manuels aux « pays sous-développés ». Elle « fait faire ». Le retraité, quand il en a les moyens, papillonne. Le dirigeant de PME pense « pour vivre heureux, vivons caché ». Le jeune des banlieues, désoeuvré, défie les forces de l’ordre, et met le pays à sac.

L’idéal de l’homme moderne ? Ne rien faire, ou détruire ! Nihilisme ?