Crises syriennes et grecques : actes manqués ?

L’acte manqué est un désir inconscient dit la psychanalyse. Les nations n’ont-elles pas aussi leurs actes manqués ? La crise syrienne, par exemple, ne sert-elle pas beaucoup d’intérêts ?

Et la crise grecque ? Et s’il y avait une utilité à ce que la souffrance du Grec soit interminable et démonstrative, à ce que la Grèce mette des décennies à se redresser ? Cela ne fournira-t-il pas aux peuples européens un exemple édifiant susceptible de les éloigner du vice ? Mais, aussi, le doute que cela fait planer sur la santé de l’Europe et la faiblesse de l’euro qui en est la conséquence ne servent-ils pas les intérêts des exportateurs allemands ?

Actes machiavéliques ? Ou nos démocraties n’ont bon cœur que lorsque l’intérêt d’un de leurs composants dominants est affecté ?

Hollande, Kroutchev français ?

François Hollande ne veut pas signer le traité de discipline européenne (Traité européen : comment Hollande veut renégocier – LeMonde.fr). Il veut y inclure des mesures de stimulation de l’économie.

Cela ne semble pas idiot (mais le succès est dans la mise en œuvre) :
  • Les économistes apparemment les plus orthodoxes répètent, avec l’énergie du désespoir, que l’Europe va crever de sa rigueur, il faut relancer sa croissance.
  • Le commissaire Barnier explique que le marché unique a des bénéfices que nous n’arrivons pas à exploiter faute de nous en être donné les moyens.
  • Mon expérience me montre que l’on peut d’autant mieux réformer radicalement une entreprise qu’on lui promet un avenir stimulant. (Ce n’est pas ce que fait aujourd’hui le FMI en Grèce et ailleurs, qui semble plus soucieux de protéger les organismes financiers que le petit peuple.) Un argument qui devrait plaire à Mme Merkel.
Mais, surtout, M.Hollande, que l’on disait faible, tient tête à Mme Merkel. Et ce, fermement, mais poliment, et avec des raisons respectables. Pourquoi M.Sarkozy ne l’a-t-il pas fait, alors ? Serait-il un peu Flamby ?

L'esprit des Lumières de Tzvetan Todorov

« Ce sont les lumières qui sont à l’origine de l’Europe » dit Tzvetan Todorov (L’esprit des Lumières, Le Livre de Poche, 2006). L’Europe serait une image agrandie des États grecs antiques. Comme eux, elle est la somme de la diversité farouche de nations en accord sur l’essentiel (« rationalité scientifique, défense de l’État de droit et des droits de l’homme ») : « leur pluralité crée un espace de liberté. Hume découvre, en effet, qu’elle favorise l’esprit critique, étouffé, au contraire, par l’unité ».
Paradoxe ? Non, simple conséquence de la cohabitation entre les deux piliers de la pensée des Lumières : toute puissance du peuple, et liberté de l’individu.
Voici comment on les réconcilie : si l’on fait l’effort de se mettre à la place de l’autre, on peut concevoir un « point de vue qui tienne compte de la différence entre l’un et l’autre ». Ce qui est la « volonté générale ».
En fait, l’histoire des Lumières serait, justement, celle de cette réconciliation : « Les lumières sont une époque d’aboutissement, de synthèse – et non d’innovation radicale. » « Les lumières absorbent et articulent des opinions qui, dans le passé, étaient en conflit. »
Pas d’innovation ? Les Lumières remplacent le salut, dans l’autre monde, par le bonheur humain, dans celui-ci. L’homme devient fin ultime, et reçoit des droits inaliénables. Quant à sa morale : « L’adhésion de l’humanité valide le choix du bien. »
Comment réussir ce changement ? L’individu doit devenir « autonome ». Développer un esprit critique, et la raison nécessaire pour comprendre dans quoi il s’engage, et, éventuellement, le modifier. Quant à l’État, il doit former ces êtres de raison (importance de l’éducation, libératrice), et faire respecter les lois que dicte cette raison quand elle se combine en volonté générale (en particulier, les relations entre hommes). Et ce sans empiéter sur les sphères privées appartenant aux individus.
Compléments :
  • En fait, Kant ne pense pas que le fédéralisme doit s’arrêter à l’Europe. Il doit couvrir le monde. (Kant et les Lumières) En ce sens, c’est bien une idée centrale des Lumières, que l’on a oubliée. 

Résolution de la crise européenne

La crise européenne est triple : fiscale (Grèce, par exemple), de compétitivité (différentiel salaires / productivité), bancaire.
Elle vient de ce que la zone euro n’est pas finie, mais que les marchés ont anticipé ce changement. Ce faisant, ils l’ont empêché en apportant une prospérité trompeuse.
Tout l’intérêt des acteurs de la crise (BCE, Allemagne, FMI et divers pays à réformer) est d’installer des eurobligations et une protection des pays en danger. Mais ils ne peuvent le dire :

  1. pour fournir l’anxiété de survie dont a besoin la réforme ; 
  2. pour que chacun prenne sa juste part des sacrifices.
Autrement dit, le processus ne peut pas réussir, s’il ne peut échouer. Et il le fera à la dernière minute, dans le chaos.

La City contre l’Europe ?

Il semblerait que les hedge funds de Londres aient acheté de la dette grecque en pariant que le contribuable européen viendrait au secours du pays, et leur ferait réaliser de gros bénéfices. (Awaiting a Greek Payout – NYTimes.com)
Si je comprends bien, ils pourraient bloquer le processus de restructuration des comptes grecs, ce qui déclencherait la crise que nos gouvernants cherchent à éviter. 
Habile publicité pour les bienfaits de la City et d’une industrie financière qui échappe à tout contrôle ?

Crédit Foncier recapitalisé

Le Figaro du 23 m’apprend que le Crédit Foncier va être recapitalisé par sa maison mère. Il a été victime d’un peu plus d’un milliard de dettes grecques.

Désormais sa stratégie est de « se rencentrer sur l’immobilier en France ».

Depuis sa privatisations le Crédit Foncier paraît dans un curieux mouvement cyclique : il se diversifie, connaît un crash, et se recentre sur son métier.

Et si il avait évité de s’en éloigner ? Pas assez glorieux pour ses dirigeants ? 

Japonaises gaspillées

La société japonaise semble assez peu occidentalisée. L’homme est soumis au groupe, et la femme à l’homme. Du coup peu de diplômées travaillent. D’autant plus que si l’on importe des prostituées, les gardes d’enfants sont proscrites. (Schumpeter: Land of the wasted talent | The Economist)
La culture japonaise prive le pays de ressources importantes pour sa prospérité.
Les cas grecs et japonais me font me demander si le capitalisme n’installe pas une forme de concurrence entre modèles sociaux, qui mettrait en faillite les moins productifs… 

Crise européenne

Comme prévu, la crise a repris après une courte accalmie (Greece and Italy Sink Under Turmoil as Euro Crisis Widens – NYTimes.com).

Et une fois de plus, le gouvernement français annonce un plan d’économie qui est au dessous de ce qu’en disaient les rumeurs. Les marchés vont-ils l’interpréter comme un manque de courage ? (Un plan de rigueur « mou du genou » et inefficace – TF1)

À nouveau la question se pose : y a-t-il ce que dans mon passé d’algorithmicien on appelait « convergence » du processus, ou, au contraire, le fossé se creuse-t-il ? La recherche de solution se heurte-t-elle à un problème idéologique qui la rendrait impossible ?

En tout cas, il semblerait que la dette grecque est, après (possible) restructuration, au dessus de ce qu’elle était lorsque la crise a commencé… (L’Italie doit montrer patte blanche – Coulisses de Bruxelles, UE)

Charlie et la démocratie

Charlie Hebdo, dévasté par une bombe.

J’entendais dire ce matin que la notion de « blasphème » n’existait pas dans la loi française et ne correspondait pas à notre « identité ». Charlie Hebdo serait-il plus efficace que notre président pour définir cette identité ?

Je me suis demandé, d’ailleurs, si elle ne se constituait pas lors de ce type de crise. De tels incidents forcent partisans et opposants à un principe à se manifester et à se compter. Les principes qui ont suscité une lame de fond s’installent pour longtemps dans l’inconscient collectif ?

Charlie Hebdo, en annonçant un numéro « blasphématoire », aurait-il voulu forcer la France à se prononcer sur ce qui compte pour elle ?

Compléments :

  • La Grèce serait-elle le Charlie Hebdo de l’Europe ?