Doit-on aider la Grèce à sortir de la zone euro ?

J’entendais hier un interviewé du Journal de France Musique dire que, si la Grèce partait de la zone euro, ce serait le chaos pour elle et pour nous. Elle deviendrait une zone de non droit, une aire de guerre civile, la plaque tournante du vice et du crime.

La question qu’on ne pose pas, curieusement, est : la Grèce peut-elle rester dans la zone euro ? Autrement dit, son problème est-il une question de dettes liée à une activité spéculative dont elle partage la responsabilité avec la finance mondiale ou de comportement, incompatible avec le bon fonctionnement de la zone euro ?

Quant à la zone euro, ne se porterait-elle pas mieux sans la Grèce ? La sortie de ce pays la forcerait à renforcer sa cohésion interne, en urgence. Elle serait aussi une forme de leçon : entrer dans la zone euro se mérite.

Finalement, pourquoi n’envisager qu’une sortie de la Grèce par le drame ? Si l’on est convaincu qu’il est mieux pour tout le monde qu’elle revienne à son ancienne monnaie, pourquoi ne pas lui donner un coup de main, pour lui éviter la crise et le chaos ?

Compléments :

M.Hollande, sauveur de l’humanité ?

Je n’aimerais pas être à la place de M.Hollande. Grosse responsabilité. La planète semble l’attendre en sauveur.

Avec des parties de la zone euro broyées par la récession et le chômage de masse, beaucoup regardent avec espoir du côté de M.Hollande (Charlemagne: Going for growth, but how? | The Economist)

Les astres sont alignés

Le pire est que, probablement, la transformation n’attend qu’un catalyseur. Il n’y aura pas d’excuse à l’échec :

  • À gauche comme à droite, de la BCE à l’Allemagne, en passant par la Grèce et l’Espagne, et l’Amérique, tout le monde pense qu’il faut aller de la rigueur à la relance. À gauche, on voit F.Hollande comme l’hirondelle qui va faire le printemps socialiste. À droite (Markel et Rajoy), il est probable qu’on l’attend pour pouvoir changer de politique sans paraître changer d’avis.
  • Les extrêmes sont entrés partout en force et menacent leurs pays et l’Europe de chaos. Si quelque chose n’est pas fait pour améliorer le sort de leurs électeurs, ils vont mettre leur menace à exécution : contraindre leurs nations à l’autarcie, et l’euro au démantèlement. Et là, ce sera la crise, la vraie, comme en 29. Et les marchés n’aiment pas l’incertitude, et surtout pas celle-là. 
  • L’économie de l’Amérique, donc la réélection de son président, a besoin d’une Europe qui marche, et qui sorte d’une rigueur suicidaire.
  • Il y a accord sur la marche à suivre. Il faut emprunter sans paraître emprunter. Faire des emprunts européens, et demander à la BCE d’imprimer de l’argent. Ensuite, il faut rééquilibrer la compétitivité relative des pays de la zone euro par l’inflation allemande, pour éviter la déflation ailleurs (Message to the Bundesbank). Il faudrait aussi que l’Allemagne veuille bien stimuler sa consommation interne. Finalement, on parle de réformes structurelles. Deux tendances s’affrontent. En premier, les idées libérales : ouvrir encore plus les frontières de l’Europe, éliminer tout ce qui défend l’emploi. Mais, les opinions publiques sont-elles prêtes à entendre ces idées ? D’ailleurs, à considérer l’Angleterre, on peut douter de leur efficacité. Cependant, il y a aussi des mesures structurelles moins impopulaires et plus keynésiennes : faire fonctionner l’Europe comme un vrai marché intérieur, investir pour faciliter les échanges (grands projets européens – par exemple transport, énergie…), etc.
Bien sûr, une même mesure étant acceptable si elle porte un nom, mais pas si elle en porte un autre, tout cela demandera des négociations délicates.

F.Hollande peut-il réussir ? Paradoxalement, je me demande s’il ne manque pas d’ambition. Il a été présenté comme un bolchevique au couteau entre les dents, alors que ce qu’il réclame est modeste, et qu’il l’a déjà en partie obtenu…
Compléments :

L’espèce humaine est-elle capable d’apprendre ?

Gustave Le Bon pensait que l’espèce humaine apprenait par l’expérience répétée de la catastrophe.

Cela semble s’appliquer aux idées du libéralisme. Elles reviennent régulièrement. Par exemple, au 19ème siècle, l’argumentation libérale était quasi identique à celle de notre temps. Mieux : les Grecs semblent avoir eu leur période « neocon » avec, par exemple, notre tendance à changer le sens des mots pour que ce qui était dans leur intérêt soit associé au bien. (Pour prendre des exemples modernes : « créateur de valeur » pour riche et « paresseux » pour pauvre.)

De même, le dirigiste d’État d’après guerre voyait en Platon un maître.
Aux mêmes causes les mêmes effets

Les Lumières avaient compris que leur avènement était un retour à la Grèce antique, à son individualisme et à ses philosophes (les experts de l’usage de la raison). Il n’est pas surprenant que nous revivions sa vie.

Ce qui est étrange, par contre, est que les arguments qui ont contré ces idées ont dû être réinventés, quasiment de zéro. Pourquoi n’héritons-nous pas du savoir de nos ancêtres ?

Peut-être parce que ce savoir est du domaine des sciences humaines. Il n’est enseigné ni à l’école, ni aux gens de pouvoir.

Modélisons pour apprendre

Paul Krugman, par exemple, attribue son succès à ce qu’il a été capable de modéliser ce qui jusque-là semblait du bon sens. Il semble effectivement que seul le modèle mathématique puisse influencer et être retenu.

D’ailleurs, le projet des économistes est de mettre le monde en équations. Malheureusement, à court terme, seul ce qui est simpliste, comme les idées libérales, est facile à modéliser. Du coup, la science encourage l’erreur.

Soyons patients, Diafoirus a été le précurseur de la médecine moderne…

Compléments :

Le libéralisme : une idée qui a fait son temps ?

Le libéralisme vivrait-il ses dernières heures ?

On nous enjoint de réformer nos États, de réduire nos dettes, de déréglementer notre économie pour qu’elle crée enfin « des richesses » et de l’emploi. Sans cela « les marchés » nous grilleront de leurs feux. Le discours dominant est massivement libéral.  Mais le doute s’est installé.
De la Chine à l’Europe en passant par l’Inde et la Russie, le monde s’est systématiquement libéralisé à partir des années 80. Les États ont vendu ce qui générait des revenus (par exemple la production d’énergie, les télécoms, parfois des banques) et ont conservé ce qui n’était pas rentable. En outre, ils ont relâché leur rôle régulateur. Cela a créé de grandes fortunes, mais aussi beaucoup de souffrance et de résistance à l’injection d’une seconde dose du même traitement. Partout, le populisme menace.

Et les feux de l’enfer ? L’Amérique refuse de se réformer et n’a pas été punie pour cela. C’est plutôt les pays vertueux qui vivent l’enfer : Irlande, Angleterre, Espagne, Grèce… (les trois premiers sont, curieusement, les champions du libéralisme européen). Et la BCE n’a-t-elle pas infligé une défaite aux marchés financiers ? Au fait, qui sont-ils ? Une force de la nature, aveugle, ou un mouvement entraîné par une clique de copains, qui pourrait être remise au pas pour peu qu’on le veuille ?

Petit à petit, les idées de Paul Krugman gagnent du terrain : il faut une relance Keynésienne. Ce qui sous entend, au moins à court terme, plus d’État, et pas moins. On peut d’ailleurs se demander si la prochaine série d’élections européennes ne va pas connaître une vague socialiste.

Le changement comme dégel

Le changement a quelque chose d’extrêmement contrintuitif, et celui-ci ne semble pas être une exception. Une majorité se forme, qui rejette les idées qui occupent le haut du pavé. Mais, étant composée d’individus isolés, elle ignore qu’elle est une majorité. Il faut une sorte d’incident pour qu’elle se découvre. Alors, ce qui semblait un consensus est renversé, à la surprise générale.

Et l’avenir ? Il est imprévisible. Il se cristallisera autour d’une idée qui aura probablement deux caractéristiques : comme le libéralisme en son temps, elle sera portée par des gens extrêmement déterminés (pour qu’elle puisse percer), elle semblera répondre aux maux à court terme de la population. 

Compléments :
  • Le modèle du dégel est dû à Kurt Lewin, c’est aussi le modèle de la transition de phase, en physique. 

Entreprise en crise : investissez

Si N.Sarkozy a quelque chose à nous enseigner, c’est que lorsqu’il est dans une mauvaise passe, il se débat furieusement.

Curieusement, les entreprises font l’exact inverse. En période de crise elles se contractent, en attendant que la tempête passe. Comme si elles étaient impuissantes. Leur comportement collectif produit un cercle vicieux.
Pourtant, ne serait-ce pas alors qu’il faudrait le plus investir pour chercher une sortie de secours ?

Par définition, les crises sont des moments de changement (de dégel selon l’expression de Kurt Lewin) où rien ne va plus : c’est là que les nouvelles règles de l’avenir se jouent. C’est à ce moment qu’il faut les saisir pour les orienter dans un sens favorable.

Au fond, c’est ce qu’à fait Apple : Internet avait bousculé l’équilibre contenant / contenu ; Apple a profité de la confusion pour imposer un nouveau modèle (contenant et contenu) et faire une fortune colossale (elle possède 100md$ en cash, de quoi couvrir une grosse partie du déficit grec…). 

La Grèce fait faillite

La Grèce a réussi à se débarrasser de 100md€ de dette, ce qu’ailleurs on appelle une faillite, sans que cela fasse de vagues. Les dettes que possédait la BCE auraient eu un traitement de faveur. (The wait is over)

Est-ce suffisant ? En tout cas, cela montre que l’Europe peut faire preuve de pas mal de pragmatisme, et compenser en partie l’inflexibilité de son taux de change interne… 

L’Espagne se moque de Mme Merkel ?

Le très respectable gouvernement conservateur espagnol annonce qu’il ne tiendra pas ses engagements. Ne se croirait-on pas chez les Grecs ? Mais rien ne se passe. Qu’en déduire ?

  • La rigueur est enterrée : la crise n’était pas une question de déficit public? Les marchés ne punissent pas les paniers percés: depuis que la BCE imprime de la monnaie, la dette de fait plus les criminels ?
  • La discipline économique de Mme Merkel est, corrélativement, ridiculisée. Au mieux, elle s’applique aux États sans défense (la Grèce et la Belgique), et à quelques masochistes libéraux (Angleterre, Irlande)? Avons-nous vécu un grand moment d’hypocrisie ?
  • La crise économique a été résolue par les manœuvres à la Goldman Sachs de la BCE ? Leçon de courage pour les générations futures ?
Compléments :

Supprimons les lois : elles créent le chômage

Solution à la crise de la Grèce. Son tissu économique est fait d’une multitude de petites entreprises. C’est le résultat d’une législation risible. Or ces entreprises ne sont pas productives et n’embauchent pas. Éliminons cette législation et l’économie grecque croîtra. (Decline and small)

L’article prend, aussi, en exemple la législation française et son effet de seuil, qui fait qu’il y a 3 fois plus d’entreprises de 49 personnes que d’entreprises ayant 51 employés. Ridicule !
Je suis dubitatif. Je n’ai jamais vu qui que ce soit courant après le succès qui ait été préoccupé par ce seuil. S’il a autant d’effet, c’est simplement que le patron français manque d’ambition. La question est culturelle et non liée à la législation.
De même, je soupçonne que l’écosystème entrepreneurial grec doit bien plus à des causes culturelles qu’à une quelconque réglementation. (Voir les billets précédents.)

Choisir un président (8) : la technique grecque

Je m’efforce depuis quelques temps de trouver un moyen efficace de choisir un président. En bon consultant, j’en suis arrivé au benchmark. J’ai analysé le cas des Anglais. C’est maintenant au tour des Grecs, que l’on dit les pères de la démocratie.

Ils pensaient que tout se résolvait par le dialogue. Et il semble effectivement que la particularité de l’homme, depuis l’âge des cavernes, soit la créativité sociale.

Alors, choisir le bon président demande-t-il une discussion publique (voir Kantsur le sujet) ? Serait-ce ce fameux débat démocratique, qui fait si peur à nos candidats ?

En fait, la particularité de la dialectique grecque est d’être un moyen de résolution de problème. Et si, à son terme, il n’y avait, donc, plus de problèmes ? Et si le choix d’un président était une question secondaire ? Une sorte de stimulant à la réflexion collective ? D’ailleurs, n’est-il pas supposé représenter « l’exécutif », c’est-à-dire mettre en œuvre ce que le peuple a décidé ?