Mme Merkel contre le peuple grec

J’entends dire que Madame Merkel veut sortir la Grèce de l’euro, si elle vote mal. Je crois me souvenir qu’il y a peu, elle voulait nous encourager à voter Sarkozy. Cela pose plusieurs questions :
  • Un Etat peut-il s’immiscer ainsi dans les affaires d’un autre ? Peut-être me dira-t-on que c’est la conséquence de l’Europe : la disparition des nations. Mais alors, quid de la position allemande, qui défend farouchement ses particularismes ? 
  • Madame Merkel affole les marchés. Est-ce malin ? Mais sont-ils concernés ? Si j’en crois ce que j’entends, la dette grecque est aux mains des Etats. Manœuvre populiste ? Signal à son peuple plus qu’à l’Europe ? 
  • N’y a-t-il pas une façon plus intelligente d’agir ? Par exemple, au lieu de s’en prendre à la démocratie grecque, de lui expliquer ce que l’Allemagne considère être un comportement « responsable » ?

Ubérisation de la société ou l’homme à la coupe

Epoque fantastique. La mode est à Uber. Le capital risque finance des Uber pour tout. Les services humains (mais pas uniquement) sont achetables en fractionné. Le secret de ce modèle est de contourner la législation et les coûts inhérents au salariat. Et d’exploiter les chômeurs, étudiants ou autres, qui sont prêts à tout. Et elles profitent d’un personnel déjà formé. Tout cela n’a rien d’un avantage concurrentiel durable. En tout cas, si elles durent un peu, il n’y aura plus de droit social, et nous devrons tous nous transformer en micro entreprises, et prendre à notre compte les charges de formation permanente, de marketing, d’assurance, de retraite… Les entreprises du numérique ont découvert que leurs produits pouvaient créer des habitudes. Elles ont maintenant des « designers de comportement ». « Il est de plus en plus facile de manipuler les esprits. » Les milliardaires du numérique sont à l’image des milliardaires du début du siècle précédent, les « robber barons ». Leur caractéristique commune est d’avoir émergé après « deux des périodes les plus égalitaires de l’histoire américaine » et d’avoir « contribué à la création d’une Amérique très différente, divisée en classes et obsédée par l’argent » ; d’avoir exploité les défaillances du marché pour ériger des monopoles ; d’être pris de la folie des grandeurs ; et de croire qu’ils peuvent « résoudre les problèmes de l’humanité ».
Nouvelles de la crise. En Grèce, le risque principal est qu’un gouvernement ne puisse pas se former. L’Espagne se prépare à de nouvelles élections. « L’éruption de Podemos, qui appelle la droite espagnole « l’ennemi » mais méprise l’ensemble de la classe politique, donne le ton d’une nouvelle ère d’affrontement, et a changé le jeu ». En Angleterre, les dettes augmentent et l’immobilier est spéculatif. Et de grandes entreprises font faillite. Les conservateurs ont-ils raison de dire que l’économie nationale est réparée ? Les pays affectés par Ebola semblent se tirer d’affaire. Mais « les gouvernements ont renforcé leur emprise et montrent des inclinations autoritaires rarement vues chez ces trois jeunes démocraties. » Une fois de plus, « ce qui a nuit au monde a profité à l’Amérique. » L’économie américaine se porte à nouveau bien. Ce qui prend à contre-pied les hommes politiques des deux camps ! Il est possible que Sony n’ait pas été piraté par des Coréens mécontents. En tout cas, l’incident « pourrait enfin encourager le Congrès à faciliter le partage d’informations sur les menaces Internet entre entreprises et gouvernement ». Le marché des actions devrait connaître des hauts et des bas. A moins d’une crise aux USA ou d’un durcissement de la politique monétaire.
Les biotechnologies arrivent au secours de l’industrie pharmaceutique. Leurs médicaments coûtent très chers et il est difficile d’en faire des « génériques ». Les systèmes d’assurance santé risquent de passer un mauvais moment. L’Arabie Saoudite veut se diversifier dans l’industrie, en attirant de très grandes entreprises mondiales. The Economist ne croit pas à ses chances.
  
Une réglementation environnementale bien conçue serait favorable aux entreprises performantes et défavorable aux autres. On essaie de transformer l’openspace cloisonné. Il dégagerait du formaldéhyde cancérigène et placerait l’homme dans des conditions de travail qui réduiraient considérablement sa productivité.

L’histoire de l’industrie du Coton ou les démons du capitalisme ? Pionnière de la globalisation, de l’innovation et de la révolution industrielle, « capitalisme guerrier » où tous les coups sont permis : protectionnisme, colonialisme, expropriation, esclavage… 

Grèce, Syriza = chaos ?

Les prochaines élections grecques nous annoncent-elles un chaos, européen et mondial ?
Ce n’est pas fatal. Si j’en crois Jean Quatremer :
  • Syriza, que l’on présente comme un épouvantail, est devenu un parti de gouvernement qui a renoncé à ses positions extrémistes. 
  • Ce que demande ce parti (et les Grecs) n’est pas une remise en cause du pourquoi des réformes, mais du comment. Il faut améliorer l’efficacité de l’existant et non continuer dans le libéralisme aveugle : réduction des salaires, mise au chômage des fonctionnaires (« alors que leur nombre est passé de 900.000 fin 2009 à 656.000 fin 2014« )… D’autres (une majorité ?), au sein de la zone euro, en sont arrivés à la même conclusion.
Qu’est-ce qui peut faire dérailler le changement ? Classique du changement, et danger qui menace toutes mes missions : l’ego prime l’intérêt bien compris. Résistance au changement de ceux qui sont à l’origine des réformes originelles. Comment cela peut-il se manifester ?
  • Le plus évident : intransigeance. La négociation échoue parce que changer de politique, c’est perdre la face. 
  • Le plus subtil : la diabolisation de Syriza influence les Grecs. Aucune majorité de gouvernement n’émerge. Le pays devient un chaos.

Syriza : ça passe ou ça casse ?

La crise grecque, c’est la politique du pire. Et on a le pire.
L’origine de la crise, c’est une dénonciation. Un parti politique en a accusé un autre de malversations. Ce qui a attiré sur le pays les foudres du marché. Récemment, le premier ministre grec a cru qu’il assurerait sa position en suscitant une crise. Et il a eu une crise. Elle va porter au pouvoir l’épouvantail Syriza. Or, entre-temps, on a fait tout ce que l’on a pu pour que l’élection de Syriza ne puisse que susciter le chaos.
Va-t-on poursuivre cette politique ? Nos gouvernants vont-ils trouver de nouvelles entourloupes pour préserver le statu quo ?  La crise grecque annoncée va-t-elle les forcer à chercher des alternatives à la politique qu’ils ont menée jusque-là ?

La Grèce à nouveau au bord du précipice

Comment se fait-il que la Grèce soit de nouveau au bord de l’explosion ? Intéressant article de Jean Quatremer
Si je comprends bien la Grèce est prise entre le marché et le politicien. D’un côté un premier ministre joue avec le feu, en ayant cru un peu trop vite être sauvé et pouvoir en revenir aux bonnes vieilles combines, de l’autre les idéologues de la libéralisation à outrance du FMI, que la Grèce ne peut plus supporter. Comme souvent l’un et l’autre auraient parti lié : le dit premier ministre aurait joué la politique du pire pour créer une panique boursière telle que son remplacement par Syriza ne pourrait que plonger la Grèce et la zone euro dans le chaos. 

USA : mort aux sous-hommes

Si vous êtes Américain et que vous trouvez que la tête de quelqu’un ne vous revient pas, vous pouvez lui faire subir le traitement qu’il vous semble bon. Les drones de M.Obama, d’ailleurs, montrent l’exemple.
Les 4 grands cabinets d’audit internationaux ne servent pas à grand-chose. Et ce pour la bonne raison qu’ils s’auto-contrôlent : « la profession (…) a mis la barre au plus bas : en fait, les auditeurs se contentent de dire si les états financiers respectent les normes comptables – ce qui fait qu’il est impossible qu’ils puissent mal faire leur travail ». Une solution originale : que les assureurs assurent les entreprises contre les risques comptables ; ce qui les contraindrait à pousser les auditeurs à devenir compétents. Peut-être n’en aura-t-on pas besoin. A l’exception de Google, les grandes entreprises découvrent qu’il est bon de ne rien cacher au marché. « la franchise (…) fait augmenter le prix des actions en signalant que le management s’en prend aux risques cachés ». En tout cas, les constructeurs automobiles allemands et français sont parvenus à faire croire qu’ils respectaient les normes européennes d’émission. Ce qui est de plus en plus faux. (L’écart entre ce qu’ils disent et la réalité approcherait 50%.)
Elections à haut risque en Grèce. Le support des Russes à M.Poutine pourrait faiblir à mesure que les sanctions occidentales affectent leur train de vie. La Mafia a infiltré le nord de l’Italie et sa classe politique. C’est l’Allemagne qui est l’obstacle aux négociations de libre échange entre l’Europe et les USA. Curieusement, les nationalistes écossais auraient repris du poil de la bête. Ce serait devenu le 3ème parti anglais. Ici comme ailleurs, l’électeur est à la recherche d’idéaux qui remettent un peu de couleur dans sa vie. En Chine, la propagande du PC passe au numérique.
Depuis qu’il n’y a plus de chômage aux USA, leur banque centrale veut combattre une inflation qui n’existe pas. Ce qui semble malencontreux. En Europe, M.Draghi voudrait expédier rapidement sa politique monétaire, de façon à pouvoir prendre la présidence de l’Italie. 
Conclusion. Chute du prix du pétrole, changement de politique monétaire américaine, possible crise grecque et retour de celle de la zone euro, fragilité chinoise… attention risque d’explosion
Grâce aux fameuses supply chains, et à la suppression des barrières douanières, les échanges mondiaux ont connu un extraordinaire développement. Avec des résultats surprenants : « des 2md$ d’exportations d’iPhone par la Chine, seulement 73m$ de leur valeur a été ajoutée en Chine, contre 108m aux USA et 670m au Japon ». Le mouvement se serait arrêté. Mais peut-être a-t-il changé de nature. Du commerce de pièces détachées il est passé à celui de l’immatériel ? 
La Chine est devenue le pays le plus innovant au monde, depuis que son gouvernement en a décidé ainsi. Tentative de « disruption » de la banque : des start up mettent en relation emprunteur et prêteur. Et on découvre que, sans garantie, on réduit les coûts de transaction. Mais à quoi servent donc les banques ?
L’Organisation Mondiale de la Santé, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Plus de budget, plus de personnel. Dommage, elle est utile.
Geoengineering (génie climatique ?). Pour le moment seul Bill Gates veut financer des expériences en grandeur nature. Quant aux sacs plastics, ils ont colonisé les océans. Et, surtout, ils se dissolvent en particules qu’absorbent les êtres vivants et les sédiments. « Personne ne sait vraiment où ils vont. »

Calme avant la tempête ?

En Italie, M.Renzi tente de faire passer des réformes. Il veut convaincre Mme Merkel de sa bonne volonté. Afin qu’elle fasse un geste. Sinon, c’est la chute libre. La France, elle, ne fait même pas semblant. Ce qui énerve considérablement ceux qui se sont serré la ceinture. Particulièrement les petits pays. La Grèce a une énorme économie souterraine. Le meilleur moyen de la faire se dissoudre serait une reprise de la croissance. Ebola tue en Espagne. Les économies budgétaires auraient-elles affaibli son système de santé ? Partout Ebola fait peur. Si bien que l’on prend des mesures qui pourraient bien accroître les risques. (Par exemple en interdisant certains vols, ce qui amène les voyageurs à adopter des moyens de transport que l’on ne contrôle pas.) En Ukraine, la paix est guerrière. Mais personne n’a intérêt à ce que le conflit reparte. Si c’est le cas, ce sera le chaos. En attendant, l’Ukraine et le Vénézuéla devraient connaître la faillite. A Hong Kong, le gouvernement chinois espère que le temps va endormir les manifestants. Mais ceux-ci auraient la population de leur côté. En Belgique, un nouveau gouvernement est nommé. Le parti séparatiste flamand ne demanderait plus l’indépendance, mais des réformes économiques. La situation reste explosive. Le Moyen-Orient était fait de régimes féodaux. La disparition des pouvoirs centraux (victimes du printemps arabe ou de l’Occident) a laissé libre cours aux guerres de milices. En Chine, l’expérimentation de la zone de libre échange de Shanghai aurait accouché d’une souris. Les bureaucrates locaux, pris de panique par la campagne anti-corruption de M.Xi seraient paralysés. D’une manière générale, le pays semble dans la situation du Japon des années 80. Il ne parvient plus à gagner en productivité. Les Israéliens rêvent de Berlin. La vie y est moins dangereuse et moins chère que chez eux. M.Obama a tellement peur des conséquences imprévues de ses actes, qu’il ne fait plus rien. Ce qui aura des conséquences graves, dit un de ses proches.
Enfin une bonne nouvelle pour l’Europe ? Le dollar s’enchérirait. Ce qui serait bon pour nos exportations. Mais mauvais pour les pays émergents, que les investisseurs pourraient fuir. Mais l’Amérique pourrait accuser l’Allemagne, grande bénéficiaire et hyper excédentaire, de lui voler des emplois. Le Luxembourg n’est pas qu’un paradis fiscal. Il présente beaucoup d’intérêts pour beaucoup de gens riches. Les milliardaires français construisent des musées privés.
L’adoption de la télémédecineserait bloquée par le fait qu’elle demanderait la réorganisation de la médecine. Ça va mal pour l’industrie pétrolière. Les prix du pétrole baissent, les coûts augmentent. Alors elle abandonne ses mégaprojets (forages en eau profonde et Arctique) et parie, comme un seul mouton, sur le gaz de schiste. Pas de chance, car « si le prix du pétrole continue à baisser, pas même le miracle américain du schiste en sortira indemne ». Ça va mal pour l’industrie automobile. Comme un seul mouton, elle parie sur le haut de gamme. Malheureusement, « les automobilistes n’apprécient pas assez la marque des constructeurs de masse pour vouloir leur acheter plus que des modèles de base ». 

Hollande, le Schröder français

Les vœux de M.Hollande ont enthousiasmé The Economist. A la surprise générale, ce fut un coming out libéral. Il est presque allé jusqu’à parler de paresseux qui abusent du système. Et il est prêt à « court-circuiter » les processus démocratique s’il le faut. Seule inquiétude, cependant, le passé de M.Hollande trahit une tendance à accoucher de décisions qui se paralysent par contradiction.

En fait, il n’y a peut-être pas beaucoup à faire pour améliore les affaires des Etats. Vendre ou mieux gérer leurs possessions. Il y a là une fortune (pour les seuls actifs non financiers : près de 80% du PIB pour la France, et 120% pour le Japon). Encore faudrait-il en avoir une comptabilité correcte.

L’Amérique va-t-elle connaître, enfin une forte croissance ? Tout ce qui semblait l’empêcher jusque-là a disparu. A moins que le pays ne soit entré dans une phase structurelle de stagnation. Sinon son humeur est à la réduction des inégalités. Mais elle ne devrait pas passer aux actes. Car ceux qui ont intérêt à cette réduction ne votent pas. L’Italie ressemble étrangement à la France de la IIIème République. Il n’y pas pire ennemi d’un dirigeant qu’un homme de son parti. L’intérêt du pays pèse peu par rapport aux ambitions personnelles. La Lettonie choisit un premier ministre de type Merkel. En Grèce, un risque en cache un autre. Economiquement, cela va mieux, « ce qui est inquiétant, c’est plutôt la montée d’extrémistes grecs appartenant à des variantes néo-nazies ou néo-staliniennes ». En Syrie, les excès d’une émanation d’Al Qaeda ont provoqué un sursaut du reste du pays. Du coup, le prestige de l’opposition respectable en est grandi, et la qualité de recours de M.Assad réduite. En Egypte, le mécontentement suscité par les manifestations continuelles des frères musulmans préparerait le terrain à un retour d’une dictature militaire. En Israël, M.Kerry aurait réussi l’impossible. Convaincre les politiques israéliens de la nécessité d’un Etat palestinien. Mais les Palestiniens préféreraient vivre au milieu des griefs qu’ils ont accumulés vis-à-vis des Israéliens. Par ailleurs, la question se pose à nouveau de savoir ce que cela signifie d’être Juif. Est-ce une question de gènes, ou de partage de valeurs communes ? En Iran, les sanctions internationales ont surtout affecté le petit peuple. L’argent étant réservé aux services de sécurité. La famille de M.Mandela se dispute la possession de sa marque.

Les dépenses en recherche médicale seraient en déclin. Evénement dont les « effets ne devraient pas se faire sentir avant quelques temps ». Automobile. Course à la taille. Ceux qui produisent beaucoup cherchent à éliminer les autres. Le marché semble douter des capacités de se renouveler d’IBM. Il se trouve qu’il vient d’annonce une unité d’avenir consacrée à un ordinateur programmable en langage naturel. Quant à Samsung, il produit tout ce qu’il faut pour équiper la maison électronique. La qualité allemande fait un malheur dans le domaine de l’armement. Difficulté du moment : vendre au marché en croissance des pays peu recommandables sans que cela se remarque trop. Le retour des nations ? Les grandes compagnies de navigation de croisière se font prendre des parts de marché par des spécialistes. Notamment des compagnies qui vendent des croisières monolingues. La Chine n’est plus le Farwest de la cosmétique. « A mesure que les coûts augmentent et la croissance faiblit, L’Oréal et Revlon ne seront probablement pas les derniers cosméticiens étrangers à reconsidérer leurs ambitions chinoises. » Et si le marché n’était pas le meilleur moyen d’allocation de ressources ? (comme on me l’a seriné à l’Insead). On trouve de nouveau des vertus aux conglomérats. La titrisation est de retour. Son objet est de transférer les dettes des entreprises des banques au marché. Un investisseur averti en valant deux on espère que les mêmes causes n’auront pas les mêmes effets. Finalement, les économistes ont changé de consensus. « Maintenant il n’est question que de Grande récession – et de la possibilité qu’un peu plus d’inflation puisse être utile. » 

L'Anabase

Livre de Xénophon, Flammarion, 1997.
Fin des guerres du Péloponnèse. Une armée de mercenaires grecs vient se joindre aux troupes de Cyrus, qui veut renverser son frère, roi de Perse. Mais Cyrus se fait tuer bêtement. Les Grecs doivent revenir chez eux, alors qu’ils sont perdus en territoire ennemi, sans guide. Pour comble de malchance, leurs généraux se font attirer dans un piège, et massacrer. L’Anabase est l’histoire de leur retour. C’est aussi une parabole. Voilà ce que doit faire la Grèce, si elle veut être invincible.
L’armée grecque est peu nombreuse, mais elle se révèle redoutable. Pour rentrer chez elle, elle va proposer ses services à des alliés de passage, qui lui font franchir à chaque fois une nouvelle étape. Sa force, c’est la démocratie, la raison, et l’union. Les généraux sont élus. Ce qui permet de les remplacer quand ils meurent. C’est ainsi que Xénophon devient général. Chaque décision est débattue. Et Xénophon veut démontrer qu’un sain jugement remporte l’adhésion générale. Mais cette armée de citoyens est aussi puissante parce que chacun est, en quelque sorte, un professionnel qui se bat pour ses intérêts. Les armées informes de mercenaires ou de villageois qu’elle rencontre, bien que beaucoup plus nombreuses, ne font pas le poids. D’ailleurs, elle sait apprendre de ses revers. Plus elle combat, meilleure elle devient. Les exploits d’Alexandre sont déjà dans l’Anabase.
Mais sa force est aussi sa faiblesse. Dès que le danger se dissipe, les divisions et l’indiscipline renaissent. Et la défaite n’est pas loin. 
Le banquet
Le livre contient aussi « le banquet ». Ce serait une réponse par Xénophon au banquet de Platon. On y voit un Socrate, brave homme, prôner le bonheur de vivre, droitement, entre honnêtes gens. Le Socrate de Xénophon n’a rien à voir avec celui de Platon. Je soupçonne d’ailleurs que l’Anabase est une illustration de son enseignement. C’est une leçon de raison pratique, de décision dans l’action. On y voit aussi que Socrate était partisan des sacrifices. D’ailleurs, à chaque décision, et il y en a beaucoup, on consulte les augures et on égorge des animaux.
Pierre Chambry, traducteur, pense que le vrai Socrate ressemblait à celui de Xénophon. Pour ma part, je me suis demandé si le vrai Socrate n’était pas plutôt une sorte de révélateur. N’amenait-il pas ceux qu’il rencontrait à découvrir leur nature ? Cette découverte faite, peut-être croyaient-ils que Socrate pensait comme eux ? Alors que lui voulait qu’ils pensent par eux-mêmes ?

Bien, mal et télé grecque

Cette semaine j’ai entendu France Culture s’indigner de la fermeture, par le gouvernement grec, de la télévision publique grecque. Les Echos (du 13 juin) pour leur part citent le gouvernement grec qui parle « d’un coût de fonctionnement de 3 à 7 fois supérieur à celui d’autres chaînes de télévision et compte de 4 à 6 fois plus de personnel ». Il y aurait aussi « 6 services comptables, qui ne communiquent pas entre eux ». Les réformes sont bloquées par les syndicats. Le gouvernement, cette fois, croyait que le temps du coup de force était venu.

Bref, il n’y a probablement ni bon ni mauvais, mais un affrontement d’intérêts particuliers, qui ont pris l’intérêt public en otage. Dans de tels moments, le risque Thatcher est grand : un traitement qui tue le patient.

(Complément : la télévision publique grecque = 12% d’audience… Et annoncer cette fermeture aurait été une manœuvre politique de génie…)