Le temps de la révolte

Albert Camus distingue révolte de révolution.

  • La révolution est le propre de l’intellectuel. Rêve d’absolu, c’est une utopie qui tourne, nécessairement, au cauchemar.
  • La révolte part du constat d’une réalité inacceptable, et cherche à la corriger, de manière pragmatique et, nécessairement, pacifique.

Nous avons vécu plusieurs décennies de révolution. On a voulu réaliser la vision du « consensus de Washington », bâtir le monde post soviétique, sur le modèle d’un capitalisme utopique. Puis nos « bourgeois bohèmes » ont désiré une planète à leur image, où une jet set de brasseurs d’idées ferait le bien de l’humanité.

Aujourd’hui, c’est la révolte. Quelle-que soit sa manifestation. L’humanité n’est pas satisfaite de sa situation. Poutine, Gillet jaune ou autre, elle se sent volée.

Espérons que nous serons dignes d’Albert Camus, et que la révolte ne tournera pas à la révolution ?

Grande oxydation

Révélation. La Grande oxydation. L’invention de la photosynthèse a relâché dans l’atmosphère l’oxygène (jusque-là il n’était qu’un constituant de molécules). Or, celui-ci est un poison. Immense catastrophe, mais aussi principe de la vie actuelle. Peut-être formidable coup d’accélérateur : mise à disposition de la nature d’une forme d’énergie bien plus puissante que ce dont elle disposait jusque-là.

Le « catastrophisme » serait une théorie (réinventée récemment, sous le nom du « black swan ») qui dit que la vie progresse par « catastrophes ».

Elle semble vraisemblable. D’ailleurs, ne donne-t-on pas comme origine de notre espace le « big bang » ? Il y a aussi la disparition des dinosaures, l’émission de dioxyde de carbone, dont, en quelque-sorte, nous sommes sortis, mais encore les épidémies, voire la grande histoire des nobles idéaux qui ont amené l’humanité à s’entre-tuer, ou même la révolution industrielle.

Qu’est-ce qu’elle signifie ? Peut-être que ces chocs sont fatals à beaucoup, mais qu’ils donnent un coup de fouet à l’innovation collective ? Autre nom de la « destruction créatrice » ?

(Idées venues de deux émissions de In our time, de la BBC : l’une sur la photosynthèse et l’autre sur le catastrophisme.)

Scepticisme

Grosse déprime ? Soyez sceptiques ! La vie vous sourira !

Le scepticisme aurait été un art de vivre. Son principe, après coup, est évident : et si nous doutions de nos soucis ? En prenant un peu de recul on peut constater qu’il y a une autre façon de voir ce qui nous ennuie !

D’ailleurs « scepticisme » n’est pas le bon mot. C’est un néologisme décalqué de l’original grec. Or, l’original avait un sens que l’on aurait pu traduire : enquête (ou observation, d’après le Robert).

Le scepticisme est tout simplement l’art de l’enquête : méfions-nous des apparences… Cela produit la fameuse « suspension » dont parlent Descartes et les Phénoménologues.

Dommage que des bonnets de nuit se soient emparés de la philosophie, et en aient fait une abstraction ? Et que l’on ne nous l’enseigne pas comme elle a été conçue ? Soyons sceptiques vis-à-vis des philosophes patentés ?

(Idée originale : In our time, de la BBC.)

Le Français tel qu’en lui-même ?

il nous est bien permis de faire cas de notre fortune, mais (…) il nous est souverainement défendu d’en faire aucun de notre vie (Montesquieu, L’esprit des lois).

Paradoxe français. Pourquoi le Français aime-t-il les escrocs ? (Un précédent billet.) Pourquoi, en France, les « opprimés » ne s’unissent-ils pas ?…

Hypothèse : faille du raisonnement de l’intellectuel (et du mien), qui n’a pas conscience de la réalité de la vie. Le Français optimise son intérêt, en profitant des rapports de force. C’est pour cela que la SNCF sert ses employés, mais pas ses usagers. Plus exactement, l’usager est vu comme un ennemi par l’employé, et inversement.

On retrouve la Servitude volontaire de La Boétie : pour dominer un peuple, il suffit de donner un peu de pouvoir à certains de ses membres, comme les Anglais ont su si admirablement le faire dans leurs colonies. Surtout : le vice contamine ! Le poisson pourrit par la tête.

En revanche, dit Montesquieu, le Français peut être, comme les atomes, dans plusieurs états : si vous le prenez par les sentiments, il oublie ses passions tristes, et s’élève à la gloire de l’intérêt général, et du sacrifice ?

La « vertu » aurait-elle, elle aussi, un pouvoir contaminant ?

Esprit des lois

On racontait, un temps, que la Chine avait un moyen efficace de contrôler sa population : des lois qu’elle ne fait pas respecter. Le jour où elle veut se débarrasser de quelqu’un, elle n’a plus qu’à faire la liste de ses infractions.

Tocqueville n’est pas loin de dire la même chose de la France d’ancien régime.

En fait, il semble que ce soit le cas partout. Il n’y a pas que M.Trump, à qui on rappelle ses malversations. J’entends que, en Angleterre, les hommes de loi qui suggèrent aux migrants de dire qu’ils ont été torturés, vont être poursuivis. Mais depuis quand les avocats encouragent-ils leurs clients à dire la vérité ? Et, l’on bloque les exportations de certains composants vers la Chine, au motif qu’ils sont utilisés par son armée. Mais on le sait depuis longtemps !

Comme dans l’histoire des Templiers, y aurait-il loi et loi ? Loi écrite, et celle, bien plus fondamentale, qui ne l’est pas ? La loi de l’intérêt ?

Je t’aime

La France a des stars internationales ! La BBC consacre une émission à S.Gainsbourg et J.Birkin. (Je t’aime : the legendary love story of Jane Birkin and Serge Gainsbourg.)

En fait, c’est la traduction d’un ouvrage écrit par une journaliste du Monde.

Qu’ai-je appris ? Pas grand chose, sinon que Jane Birkin était une aristocrate. Elle était apparentée à un duc. Elle avait eu l’éducation d’une jeune fille de bonne famille. Mais (révolte, ou esprit du temps ?), elle avait épousé un mauvais garnement, néanmoins riche et célèbre (musicien de films à succès).

Et que Serge Gainsbourg semblait avoir un faible pour l’aristocratie et l’armée : il s’entendait très bien avec les parents de Jane Birkin, dont l’un était apparenté au fameux duc, et l’autre un héros de la guerre de 40. Et une de ses précédentes épouses était une princesse russe.

Ce serait Jane Birkin et Je t’aime, moi non plus, qui serait à l’origine de la célébrité internationale de Serge Gainsbourg. Une provocation qui lui a valu beaucoup de publicité. Ensuite, il n’y a plus eu que de la provocation. Recette du succès ? Et de l’alcool. Ce n’était pas le succès espéré ?

Ce blog

Je ne connais pas la date exacte de création de ce blog. Seulement qu’il a un peu plus de 15 ans. On y trouve des billets de 2007, mais ils sont antidatés. A l’époque je travaillais avec un cabinet de conseil qui voulait vendre des formations au changement, et j’avais eu l’idée de créer ce blog pour y donner quelques informations qui auraient pu être utiles à ses commerciaux.

Mais, très vite, j’ai oublié les commerciaux, et me suis pris au jeu.

En fait, comme souvent, je n’ai pas su saisir ma chance ! Comme en ce qui concerne les réseaux sociaux, j’ai rencontré les pionniers du blog. Mais je n’ai pas exploité l’occasion. Au fond, je suis très résistant à la nouveauté.

Son thème est le changement. J’ai rencontré ce mot lors de mes études de MBA, il y a un peu plus de trente ans. Puis, à nouveau lors d’une enquête sur les ERP, qui faisaient fureur. On parlait de « conduite du changement » en ce qui concernait la formation à leur utilisation. Et, cela me paraissait ridicule ! Puis, en 2002, mon éditeur m’a proposé d’appeler mon premier livre « conduite et mise en oeuvre du changement ». Je ne trouvais pas l’idée bonne, mot éculé, mais j’ai accepté. Et il avait raison : c’était le début d’une vague d’intérêt pour le sujet, en France.

Mon approche était identique, dans son principe, à celle des universitaires du management américains. Ils ont une démarche anthropologique : ils observent les transformations des entreprises et en déduisent des règles. Pour ma part, j’avais tiré mon livre de mon expérience, en cherchant à la recouper avec ce qui avait déjà été publié sur la question. C’est à cette époque que j’ai découvert la systémique. Et, progressivement, les sciences humaines. Puis la philosophie.

J’ai approfondi la question. Elle est vite sortie de l’entreprise. Elle n’est pas tant, pourquoi il y a changement, et non stabilité, mais pourquoi le changement ne semble pas se faire « n’importe comment », mais paraît suivre des lois. Curieusement, depuis la nuit des temps les plus grands penseurs ont été préoccupés par le changement, mais il n’y a jamais eu de tentative de rassemblement de ces travaux. Un rédacteur de wikipedia m’avait proposé d’écrire quelque-chose sur le sujet. Mais la synthèse de dix pages que je lui ai envoyée l’a découragé.

Avis aux amateurs ?

De la démocratie en Europe

Pierre Rosanvallon a publié un livre sur notre démocratie qui semble trop intelligent pour son sujet. Le problème est à la fois plus simple et plus complexe qu’il ne le dit.

Pour gouverner la France, il faut avoir fait l’inspection des finances. Ce n’est pas l’électeur qui choisit, mais l’Education nationale ! Le problème n’est pas propre à la France. Or, les vertus du diplômé se prêtent-elles au gouvernement des hommes ?

Le petit monde de l’élite se réunit en catimini à Bruxelles et décide du destin du peuple, en totale opacité. Il suffit de comparer notre situation avec celles de véritables fédérations démocratiques comme les USA ou la Suisse, pour comprendre que ça ne va pas.

Le bug est le suivant : ce monde ne représente rien que lui-même. Application directe de l’anthropologie : il crée des lois à son image. Récemment, il a inventé un univers de « métropoles ». Les Chinois fabriqueraient ses vêtements. Ses concitoyens lui livreraient des pizzas.

Les démocraties anglaises ou américaines ont peut être beaucoup de défauts, mais, au moins, elles répondent au quart de tour. Un modèle ?

Mais, en dernière analyse, la véritable démocratie est impossible à réaliser sans une société homogène : elle ne peut avoir de « sous cultures » ?

(Au fond, Pierre Rosanvallon dit peut-être la même chose que moi, mais avec une subtilité de meilleur aloi.)

Sinéad O’Connor

L’autre jour, j’ai appris le décès de Sinéad O’Connor. J’en avais vaguement entendu parler, il y a longtemps. En lisant sa vie, j’ai constaté que j’avais dû entendre une ou deux de ses chansons.

Elles ont eu du succès, parce qu’elles accrochaient l’oreille. Mais, pour autant, faut-il parler de génie ?

Constatation, qui me ramène immanquablement aux Beatles. Je suis contemporain de leurs premiers succès. Etrangement, depuis ma toute première enfance, et leur « sous-marin vert » (leur chanson traduite en français), leur musique me semble de la guimauve.

Je crois que nous avons hérité des Américains la tendance à confondre fortune et talent.

Elite

On s’envoie « élite » à la figure, comme s’il s’agissait d’une insulte. Mais, au fond, personne n’a vraiment réfléchi au phénomène.

Un ami me disait que lorsque sa fille est arrivée en terminale à Condorcet, on a dit à sa classe qu’elle était « l’élite de la France républicaine ».

Vu l’effondrement du niveau scolaire du pays, cela est surprenant. Mais, il semble que ce discours ait été fréquent et que de jeunes esprits, influençables par nature, l’aient cru.

Il en est résulté qu’ils ont pensé qu’ils étaient des surhommes et que le reste de la population était « deplorable », selon le mot de Mme Clinton. Au fond, le livre de M.Macron ne dit pas autre chose. Il est venu pour nous annoncer que nous devions renoncer aux illusions d’égalité des Lumières. « La récréation est finie », comme l’on disait élégamment un temps. Nous n’étions rien. Il fallait traverser la rue pour prendre un « bullshit job », de cireur de pompes de l’élite.

(Le plus surprenant dans l’histoire de Condorcet était le CV des parents des élèves : l’aristocratie des affaires, souvent internationale. A l’époque où j’y étais, c’était l’école du petit employé de banlieue, parce qu’elle était à côté de la gare Saint Lazare. Autres temps…)