Loi forte des petits nombres

Hier, la BBC était sens dessus dessous. Depuis 19 ans, un homme est en prison. Des preuves de son innocence sont apparues très tôt. Mais les instances judiciaires n’ont pas voulu les considérer. (En particulier pour des questions de coûts.)

A côté de cela, il y a un grand nombre d’innocents qui se font massacrer tous les jours, sans que cela n’émeuve personne.

De la rationalité humaine ?

Nietzsche

Que pensait Nietzsche ? On est incapable de le dire, car ce qu’il écrit est contradictoire. D’ailleurs, quasiment tout le monde s’en est réclamé, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

C’est ce que disait un invité de In our time, de la BBC, et cela rejoint l’opinion d’un ouvrage que je cite. D’ailleurs, je me demande si la maladie qui devait le contraindre au silence n’avait pas ébranlé son esprit depuis longtemps.

Mais est-ce grave ? Toutes les opinions des philosophes sont fausses, mais elles ont le mérite d’exister. Elles représentent des possibilités intéressantes. Le tout est de ne pas en faire des absolus.

Et si Nietzsche n’avait pas été un, mais des philosophes ?

Le siècle américain

Il est tentant de lire l’histoire ainsi :

A la fin de la guerre de 14, le président Wilson convainc les vainqueurs de ne pas exercer de représailles sur les vaincus. Mais il n’est pas suivi par le Sénat américain. L’Amérique exige le paiement des dettes européennes. Sur ces entrefaites surviennent les années folles et la crise de 29. Elle ébranle l’Allemagne. Seconde guerre mondiale. Cette fois, les Américains tirent les leçons de leurs erreurs, plan Marshall et encadrement de la finance mondiale. 74, crise. Nixon choisit la solution de facilité : détricoter les contraintes, plutôt que de comprendre leur sens. Survient Bill Clinton, hédoniste, qui démonte tout le système. Où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir.

Arrivent ensuite le Consensus de Washington, ou « néo libéralisme », post effondrement de l’URSS. Les USA veulent imposer leur modèle de société à l’univers. Il en résulte une série de crises. Après ce moment « de droite », arrive des décennies « de gauche ». Le « bourgeois bohème » se déclare « élite » et impose ses idées, par la « soft power » de la manipulation des esprits : métropolisation, transition climatique, défense des « victimes », ONG…

Ce modèle « contre culturel » est actuellement rejeté par les systèmes immunitaires nationaux, pays après pays. Une fois de plus, les USA, « reluctant crusaders« , comme les qualifie un livre, après avoir voulu réformer le monde, se barricadent sur leur île.

Que va-t-il en résulter ?

Nouvel exemple de « catastrophisme » ? Le « principe » de la société américaine (libertarisme ? marché ? Bien et mal ?…) a été lâché sur le monde… qui ne tue pas renforce ?

Héraclite

Héraclite aurait été le philosophe du changement.

Même de son temps, il était perçu comme incompréhensible. Ce qui, dans son métier, comme chez son parent, la divination, est un avantage concurrentiel.

En tous cas, il semble avoir eu des idées que confirment mon expérience. A savoir que l’identité humaine est une question de mouvement, et pas d’immobilité. Nous sommes parce que nous devenons. Il a aussi parlé de paradoxes, l’exercice qui est la raison d’être de ce blog, et de la complémentarité des contraires. Mais aussi que tous voient midi à leur porte, et que le point de vue de la nature (ou de tout principe équivalent) réconcilie les oppositions, qui ne sont qu’apparentes, et donne, donc, un sens au conflit. (Moteur de la vie ?)

Cela explique peut-être pourquoi Heidegger a voulu remplacer les « post socratiques », par Héraclite et ses comparses pré socratiques : le modèle de Platon avait impérativement besoin de reposer sur du solide connaissable. (Ce qui, effectivement, n’existe pas.)

En outre, il aurait préféré la raison au respect des traditions. Ce qui est probablement une idée essentielle : elle signifie que l’homme est supposé être responsable de son sort.

(D’après In our time, qui ne cite pas mon « énantiodromie » favorite.)

Le siècle français

Et si le 19ème siècle avait été le siècle français ? Les idées de la révolution ont gagné le monde.

Elles ont réveillé l’Allemagne, qui nous a livré trois guerres, dont deux mondiales. Elles sont à l’origine de l’URSS et de la Chine de Mao.

Le monde anglo-saxon semble s’en être protégé. Peut-être parce qu’il était immunisé : c’était ses idées ?

Quelles étaient-elles ? L’invention de l’intellectuel ? La raison qui commande aux éléments ?

Faut-il voir une répétition de la Boîte de Pandore ? Une illustration du Catastrophisme, dont il était question dans un précédent billet ? L’humanité « innove » en lâchant dans la nature des principes nouveaux. Ils font de formidables dégâts, jusqu’au moment où l’on parvient à les maîtriser ?

Le temps de la révolte

Albert Camus distingue révolte de révolution.

  • La révolution est le propre de l’intellectuel. Rêve d’absolu, c’est une utopie qui tourne, nécessairement, au cauchemar.
  • La révolte part du constat d’une réalité inacceptable, et cherche à la corriger, de manière pragmatique et, nécessairement, pacifique.

Nous avons vécu plusieurs décennies de révolution. On a voulu réaliser la vision du « consensus de Washington », bâtir le monde post soviétique, sur le modèle d’un capitalisme utopique. Puis nos « bourgeois bohèmes » ont désiré une planète à leur image, où une jet set de brasseurs d’idées ferait le bien de l’humanité.

Aujourd’hui, c’est la révolte. Quelle-que soit sa manifestation. L’humanité n’est pas satisfaite de sa situation. Poutine, Gillet jaune ou autre, elle se sent volée.

Espérons que nous serons dignes d’Albert Camus, et que la révolte ne tournera pas à la révolution ?

Grande oxydation

Révélation. La Grande oxydation. L’invention de la photosynthèse a relâché dans l’atmosphère l’oxygène (jusque-là il n’était qu’un constituant de molécules). Or, celui-ci est un poison. Immense catastrophe, mais aussi principe de la vie actuelle. Peut-être formidable coup d’accélérateur : mise à disposition de la nature d’une forme d’énergie bien plus puissante que ce dont elle disposait jusque-là.

Le « catastrophisme » serait une théorie (réinventée récemment, sous le nom du « black swan ») qui dit que la vie progresse par « catastrophes ».

Elle semble vraisemblable. D’ailleurs, ne donne-t-on pas comme origine de notre espace le « big bang » ? Il y a aussi la disparition des dinosaures, l’émission de dioxyde de carbone, dont, en quelque-sorte, nous sommes sortis, mais encore les épidémies, voire la grande histoire des nobles idéaux qui ont amené l’humanité à s’entre-tuer, ou même la révolution industrielle.

Qu’est-ce qu’elle signifie ? Peut-être que ces chocs sont fatals à beaucoup, mais qu’ils donnent un coup de fouet à l’innovation collective ? Autre nom de la « destruction créatrice » ?

(Idées venues de deux émissions de In our time, de la BBC : l’une sur la photosynthèse et l’autre sur le catastrophisme.)

Scepticisme

Grosse déprime ? Soyez sceptiques ! La vie vous sourira !

Le scepticisme aurait été un art de vivre. Son principe, après coup, est évident : et si nous doutions de nos soucis ? En prenant un peu de recul on peut constater qu’il y a une autre façon de voir ce qui nous ennuie !

D’ailleurs « scepticisme » n’est pas le bon mot. C’est un néologisme décalqué de l’original grec. Or, l’original avait un sens que l’on aurait pu traduire : enquête (ou observation, d’après le Robert).

Le scepticisme est tout simplement l’art de l’enquête : méfions-nous des apparences… Cela produit la fameuse « suspension » dont parlent Descartes et les Phénoménologues.

Dommage que des bonnets de nuit se soient emparés de la philosophie, et en aient fait une abstraction ? Et que l’on ne nous l’enseigne pas comme elle a été conçue ? Soyons sceptiques vis-à-vis des philosophes patentés ?

(Idée originale : In our time, de la BBC.)

Le Français tel qu’en lui-même ?

il nous est bien permis de faire cas de notre fortune, mais (…) il nous est souverainement défendu d’en faire aucun de notre vie (Montesquieu, L’esprit des lois).

Paradoxe français. Pourquoi le Français aime-t-il les escrocs ? (Un précédent billet.) Pourquoi, en France, les « opprimés » ne s’unissent-ils pas ?…

Hypothèse : faille du raisonnement de l’intellectuel (et du mien), qui n’a pas conscience de la réalité de la vie. Le Français optimise son intérêt, en profitant des rapports de force. C’est pour cela que la SNCF sert ses employés, mais pas ses usagers. Plus exactement, l’usager est vu comme un ennemi par l’employé, et inversement.

On retrouve la Servitude volontaire de La Boétie : pour dominer un peuple, il suffit de donner un peu de pouvoir à certains de ses membres, comme les Anglais ont su si admirablement le faire dans leurs colonies. Surtout : le vice contamine ! Le poisson pourrit par la tête.

En revanche, dit Montesquieu, le Français peut être, comme les atomes, dans plusieurs états : si vous le prenez par les sentiments, il oublie ses passions tristes, et s’élève à la gloire de l’intérêt général, et du sacrifice ?

La « vertu » aurait-elle, elle aussi, un pouvoir contaminant ?