Le procès de Pétain

Alain Finkielkraut et son émission jugeaient Pétain (samedi 16).

Voilà qui semble compliqué tant la question est lointaine.

Je retiens qu’il y avait deux chefs d’accusation, plus ou moins explicites :

  • L’armistice. La France aurait pu faire comme d’autres pays : son armée aurait pu capituler, et son gouvernement légitime s’enfuir. Ce que n’a pas fait Pétain.
  • La collaboration. Pétain a voulu s’unir à l’Allemagne, qu’il croyait victorieuse.

En fait, il aurait peut-être fallu faire le procès de la 3ème République ? Car c’est elle qui a failli. Pétain n’avait pas à prendre le pouvoir.

Débat et vérité

Les Grecs pensaient que c’était en débattant que l’on parvenait à la vérité, disait une émission de la BBC.

Ecouter parler de procès fameux me fait douter de cette affirmation. La vérité est souvent masquée à tous. En outre le débat produit des effets pervers. Nous sommes victimes de biais.

En tous cas, nous nous y prenons certainement mal. Si le débat peut être efficace, c’est lorsqu’il est une coopération pour résoudre un problème, non un affrontement. Ce qui signifie qu’il doit partir du doute. Exactement l’envers de ce qui est pratiqué actuellement.

A ce sujet, l’émission interviewait une jeune militante de je ne sais quelle cause socialement avancée. Il en ressortait qu’elle était convaincue que le peuple était incapable de comprendre, et qu’il fallait lui inculquer la vérité par la force de l’argument répété.

Quant au fameux « populisme », faut-il incriminer les talents d’illusionniste de Donald Trump ou les réseaux sociaux ? Et si sa cause était plus simple et plus rationnelle ? La situation du peuple s’est dégradée, il est furieux. Et il vote pour ceux qui, comme lui, sont furieux. Le contenu de leur propos ne compte pas. Le peuple obéit à la logique de la vengeance.

Finalement, je pense, avec l’émission, qu’il faut apprendre à parler. J’ai toujours été frustré de ne pas pouvoir exprimer mes idées. C’est un grave handicap. Il tient à mon éducation. La France croit ou a cru à la panacée de l’équation. Si bien qu’elle produit des autistes, que l’on nomme parfois « ingénieurs ». Ce sont des êtres paradoxaux, à la pensée fruste, mais plein de leur supériorité. Au moins, cela fait l’étonnement des étrangers.

(Librement inspiré de The long history of argument, par Rory Stewart, de la BBC.)

Homme et société

La conjonction des oeuvres de Iain McGilchrist et Henri Suhamy me fait m’interroger sur l’influence de la société sur l’homme. Et si la société avait pour objet de décérébrer l’individu ? Et si elle le faisait par le biais de la raison ?

Paradoxalement, la liberté serait dans l’irrationnel, le gratuit, la culture.

J’interprète le libéralisme de ce dernier demi-siècle comme une révolte contre le modèle bureaucratique d’après guerre. Mais cette révolte a mal tourné. Elle a renforcé ce qu’elle dénonçait.

A moins que ce ne soit qu’une première étape de la libération. Peut-être que, comme pour toute innovation, ce sont les usages destructifs qui sont premiers. L’erreur est humaine, dis-je souvent. Au sens où le propre de l’homme est de commencer par se tromper. Erreur qui le met dans une situation désespérée, qui lui donne le génie du désespoir ?

Histoire artificielle

Dans un document de présentation du bon usage de chatGPT, une courte histoire de l’intelligence artificielle est donnée. Scandal ! Mais, j’en ai vécu une partie, et ce que je connais n’y est pas ! (En particulier la 5ème génération des années 80, qui fut une mode de management de première grandeur.) Eh bien cela vient de wikipedia.

En consultant wikipedia anglais, je retrouve mes souvenirs.

Enseignement, pour les petits enfants : méfiez-vous du wikipedia français… Il est souvent gravement incomplet.

Solde du commerce extérieur

On se lamente du déficit de notre commerce extérieur. Mais on s’interroge peu sur sa nature.

Le graphique ci-dessous en donne une curieuse interprétation. Notre pays a un solde positif en termes de « services », mais le déficit global est causé par celui, considérable, des « biens ».

Voilà ce qui semble le résultat de la politique délibérée de nos gouvernements successifs. Peut-être serait-il utile que nos politiques se penchent de temps à autres sur leur passé, pour apprendre de leurs erreurs ?

Dans un précédent billet, j’ai dit que j’avais « redécouvert » le travail de Michael Porter concernant les « business clusters ». Je soupçonne que j’ai tort. Nos gouvernants en ont aussi eu connaissance. Mais ils ne les ont pas utilisés pour développer le patrimoine existant. Ils étaient tellement éblouis par ce qui se passait aux USA qui ont rêvé de faire émerger une « Silicon Valley » ou un « Wall street » sur Seine. Produire des biens, c’était bon pour les sous-hommes ?

Mais où sont nos PME ?

Depuis quelques années, j’étudie nos PME. Ce qu’il y a de curieux avec la PME est qu’elle est difficile à trouver.

En effet, la PME ne vit pas en groupe. Les CPME, par exemple, ne sont que TPE. En fait, on entend dire que la faille de l’économie française est le manque d’ETI, or, la situation est bien plus grave que cela : nous avons, surtout, très peu de PME.

Et celles que nous possédons vivent dans un superbe isolement. Si elles ont réussi, c’est contre vents et marrées, grâce à leurs seuls efforts. Elles ne doivent rien à personne. (C’était, d’ailleurs, un sentiment que j’avais retiré des interviews que des patrons d’ETI ont accordé à Nicolas Dufourcq.)

Voilà pourquoi ceux qui pensent « vendre aux PME » se font des illusions.

Le livre des Limericks

Le Limerick est un poème absurde de 5 lignes, obéissant, paradoxalement, à des contraintes complexes. Ce livre explique son histoire et ses principes et en fait une transposition culturelle au français. Il en résulte une série de petits textes délirants.

Qu’une autorité universitaire de la littérature élisabéthaine, un de nos grands traducteurs de Shakespeare, consacre un ouvrage à un sujet aussi frivole est surprenant.

He bien, c’est, effectivement, un livre étonnant. Peut-être même stupéfiant. Ce qui est totalement inattendu, eu égard à son sujet qui semble, à première vue, un amusement de potache. Il a même quelque-chose de génial.

J’aurais bien du mal à trouver les mots pour expliquer mon sentiment. Je me demande justement si ce n’est pas le sujet du livre : le recul de notre niveau intellectuel collectif, de notre culture. 

Un Limerick c’est un univers en 5 lignes, un univers qui établit, paradoxalement, sa propre logique, alors que celle-ci est, justement, fondée sur le « nonsense ». Un défi à l’intellect, qui le force à se « transcender », à sortir de la routine végétative ? Le sens du non-sens ?

Le livre s’achève sur des aphorismes. Ils sont redoutables. Il y en a certains qui font sortir une vérité profonde d’un jeu sur les mots innocent. Et d’autres qui « corrigent les moeurs par le rire ». Un contre-feu à la morale infecte que l’on nous assène depuis des décennies, et qui nous a mis à dos le reste du monde ? Manifeste de la « joie de vivre » (en anglais dans le texte) ?

Mon professeur de français de première, commentant Victor Hugo, parlait « d’horreur » au sens du sentiment que l’on ressent en croisant un dieu au coin d’un bois. Awe, en anglais. Dommage que je sois si vieux : ce livre m’ouvre de nouvelles perspectives ! 

Heisenberg

Heisenberg, ce n’est pas que le principe d’incertitude. C’est aussi le rôle de l’observateur dans la mesure.

Ce qui m’a fait avoir une bizarre idée. En rapprochant cette théorie de ce que Iain McGilchrist dit du rôle des deux hémisphères du cerveau, je me suis demandé si l’hémisphère droit qui, en quelque sorte, voit le monde et le temps dans une forme de chaos indistinct, n’est pas celui de la « réalité », et si l’hémisphère gauche, celui de l’ordre, n’est pas « l’observateur », qui perçoit le monde tel qu’il apparaît dans les équations de la physique classique, bien propre et bien rangé, avec ses atomes et ses étoiles. La physique quantique, mais aussi la relativité, tentent de faire recoller le monde de la physique classique, de l’hémisphère gauche, avec la réalité, en utilisant le langage du dit hémisphère.

Le propre de l’homme serait donc l’émergence de ce que l’on pourrait nommer la « conscience », qui en fait un « observateur », observateur qui modélise le monde d’une façon qui lui permet de l’utiliser ?

(Inspiré par In our time de la BBC.)

Biais de confirmation

Je n’ai pas confiance en moi. Si bien que je tends à m’entourer de personnes expérimentées et à me reposer sur leur avis.

Ce qui est une erreur. Car ils ne jugent pas mieux que moi. Ils sont eux-mêmes souvent sous l’influence d’une pulsion non rationnelle. Par exemple, ils peuvent ressentir de la sympathie pour un jeune entrepreneur, non pour son talent, mais pour des raisons de fibre parentale. Ou, comme tout Français, ils ont une opinion sur tout. Surtout sur ce qu’ils ne connaissent pas.

Il faut certainement interroger les opinions. Ne pas en rester à la surface.

Un indice de biais : un jugement qui ne vient pas de l’expérience unique de la personne.

Death of despair

People living in the North of England and in coastal areas are more likely to die from ‘death of despair’, according to new University of Manchester led research.

Article

« Death of despair » c’est se suicider ou détruire sa vie par l’alcool ou la drogue.

The analysis also looked at associated factors that predict the risk of these kinds of deaths; living in the North was the strongest predictor. Local authorities with higher proportions of unemployment, white British ethnicity, people living alone, economic inactivity, employment in elementary occupations, and people living in urban areas had higher rates of Deaths of Despair.

On meurt de désespoir quand on est un natif perdu sur un territoire qui a été abandonné par l’économie. Faut-il aller chercher plus loin les raisons du vote dit « populiste » ?