Gargantua

Pas simple de lire du vieux français. Impossible de se faire une idée sur le style, dans ces conditions. D’ailleurs, certains mots qui paraissent farfelus appartiennent au vocabulaire médical de l’époque, apparemment.

Le livre est-il cohérent ? D’un côté cela semble une grosse farce paillarde, mais très érudite. Peut être une critique d’une société qui passe totalement à côté de ce qui est réellement important ? Une société qui punit le corps pour ne pas avoir à s’interroger sur la rectitude de sa conduite ? Mais, d’un autre, cela se termine par l’abbaye de Thélème, qui est tout le contraire, puisqu’elle est l’école de formation de l’honnête homme, ennemi de tout excès.

Une abbaye dont la règle est de faire l’exact contraire de la règle de l’abbaye ordinaire.

Et ce pour former des personnes parfaites. Car le naturel de l’homme, du moins celui qui est « bien né », est bon. Et, peut-on en déduire, qu’il est corrompu par la religion ?

En leur règle n’était que cette clause : « Fais ce que voudras », parce que les gens libres, bien nés, bien instruits, conversant en compagnie honnête, ont par nature un instinct et un aiguillon, qui toujours les pousse à accomplir des faits vertueux et les éloigne du vice, aiguillon qu’ils nommaient honneur.

Univers protégé de l’influence corruptrices des mauvais, où l’on fait certes ce que l’on veut, mais où tout est là pour cultiver le corps et l’esprit. Thélème fait peut-être plus penser à l’université pour l’élite anglo-saxonne qu’à la formation que Platon réserve aux « gardiens ».

(L’édition en photo est difficile à lire et ses commentaires sont peu utiles – j’ai dû me rabattre sur une transcription un peu plus moderne du texte, que l’on trouve sur Internet.)

Il est sorti !

Mon dernier livre est sorti ! Je l’ai écrit pour le compte de l’association des interpreneurs.

C’est le résultat de beaucoup de travail. 5 ans d’enquête, plus de 230 interviews, des dizaines d’accompagnements d’entreprises. C’est un livre de témoignages. On y entend la voix, ce qui est peu fréquent, des PME et des territoires. Le sujet de l’enquête ? Comment se fait-il que nos entrepreneurs ne sachent pas mieux exploiter leurs idées ? Un drame pour notre pays, qui, faute d’une économie prospère, n’a plus les moyens de pourvoir aux besoins de sa population, et de tenir son rang.

C’est aussi l’histoire d’un long parcours personnel (initiatique ?) fait d’une succession, pénible, de remises en causes. J’ai toujours tort n’a jamais été aussi juste. Par exemple, il m’a fallu du temps, honte à moi, pour découvrir que je traitais de la question de l’innovation, le nerf de la guerre économique. Et plus de temps encore pour comprendre que j’avais réinventé les travaux de Michael Porter, un des universitaires du management les plus fameux.

Ce qu’il dit est à la fois évident et à l’opposé de l’opinion commune. Il constate que l’innovation est le fruit du terreau, du « business cluster ». Sans stimulation locale il n’y a pas d’innovation. Ce n’est pas l’être de génie qui fait l’innovation, mais le milieu. Ce qui n’est rien d’autre que la thèse de Maslow.

Or, dans ce domaine, la France est une exception mondiale. Le dirigeant y est seul. Son environnement lui est hostile. En conséquence l’innovation est tuée dans l’œuf. Ce que j’écris là n’est pas de la théorie, c’est ce que je constate, quasi quotidiennement dans ma fréquentation des entreprises. Dans cette affaire, il n’y a pas de bons et de mauvais. Ce sont les relations entre Français qui sont infectes.

Pour autant, même si notre pays est en mauvais état, il possède un socle de savoir-faire que l’on trouve dans peu de pays. L’essentiel est là. Car changer les relations entre individus n’est pas coûteux. Cela ne demande qu’un peu de bonne volonté…

Or, si nous la trouvons, tout est possible ! Car, autre évidence qui ne semble avoir percuté la tête de personne, le monde change radicalement. Rien ne va plus. Nous vivons à un moment qui survient rarement dans une vie ! Un moment où tout est à inventer, les entreprises, les nations, l’humanité ! Avec, en plus, un genre d’ultra révolution industrielle ! Notre temps est le paradis de l’entrepreneur !

Seulement, où sont nos esprits entreprenants ? Notre pays semble en être resté à la France d’après guerre, que Michel Crozier décrit dans le « Phénomène bureaucratique ». Une France totalement dépendante de l’Etat.

Voilà ce qu’il faut ébranler. Il faut retrouver « l’élan vital ». Il faut « régénérer l’éros », selon l’expression d’Edgar Morin ! Tout commence par là.

Punition

L’« écologie punitive », un slogan facile qui agit comme un repoussoir et confisque le débat démocratique
Largement utilisée à droite et à l’extrême droite, popularisée par Ségolène Royal en 2014, l’expression enferme les politiques environnementales dans un registre au mieux moralisateur, au pire liberticide, en évitant ainsi de débattre de la juste répartition des efforts et de l’accompagnement des plus fragiles.

Le Monde du 13 mars

Je comprends qu’une expression découverte récemment est ancienne.

L’article me paraît trahir une erreur. Si ceux qui veulent faire réussir ce que l’on nomme « écologie punitive » sont sérieux, il est dangereux de diaboliser l’adversaire, car cela les égare : la question n’est pas de l’ordre de la parole, mais de l’action.

Et s’ils veulent que leur action soit efficace, ils doivent commencer par se demander ce qui n’a pas marché dans la façon dont ils ont « conduit le changement » jusque-là et a fait qu’ils sont accusés de vouloir promouvoir une « écologie punitive ».

(Ce qui est, probablement, ce qu’ils imputent à leurs adversaires : le fait que c’était « les plus fragiles », ou, plus exactement, le gros de la population, qui supportait le coût de leurs idées, et pas eux.)

Femme dominatrice ?

L’INSEE le confirme : la femme est nettement plus diplômée que l’homme. Il serait intéressant de se demander quelles vont en être les conséquences.

A court terme, si l’on en croit une enquête de la BBC, cela pourrait provoquer une réaction violente contre les « idées socialement avancées » de notre élite, qui, sous couvert « d’égalité », ont été fort défavorables aux hommes (en particulier).

Mais n’est-ce pas un juste retour des choses ? Je viens d’une famille pauvre, dans laquelle les femmes tendaient a faire plus d’études que les hommes. Les hommes en quelque-sorte « entreprenaient ».

Que cela ait une origine génétique ou culturelle, il semble qu’il y ait, de toute éternité, une différence entre l’homme et la femme. L’homme tend à être un fou qui prend tous les risques. La femme est l’image de la sagesse. L’homme chasse le mammouth et fait la guerre, alors que la femme protège les enfants.

Faisons de la prospective ? A l’avenir on continuera à trouver des hommes partout où il y a du risque ou de la folie ? Balayeur de déchets radioactifs, Elon Musk ou Donald Trump ?

Les bonheurs de la guerre

Que feraient les Russes sans la guerre ? se demandait Affaires étrangères de France Culture.

La guerre enrichit les pauvres ! L’économie se porte bien, les soldats sont payés 10 fois leur salaire usuel et avoir un mort au combat fait la fortune d’une famille. Pourquoi s’arrêter, dans ces conditions ?

Et la Chine compte de plus en plus pour la Russie. Ses voitures sont partout, mais on n’a pas le droit de le dire.

Alors, camarades, n’ayons pas peur que la guerre s’arrête : la Chine est l’avenir de la Russie ?

Gainsbarre

Dans l’émission Etonnez-moi Benoît, de France Culture, Alain Chamfort parlait de Serge Gainsbourg.

Il disait, en substance, que le changement de Gainsbourg à Gainsbarre lui avait été fatal. Il avait été victime du personnage qui avait fait son succès. (J’avais entendu Maxime le Forestier dire la même chose : fait avéré ?)

Paradoxe, celui qui jouait les anarchistes était un « aliéné », un accro au regard de la société, un prisonnier de ses conventions ? Un pantin ? Une leçon ?

Soleil couchant

Posen utilise la métaphore du covid long à propos de l’économie chinoise. L’image a l’intérêt de souligner la complexité et l’incertitude du mal économique qui s’est fait jour en Chine.

Article

Une de mes plus vieilles théories est que la Chine connaîtra le destin du Japon. Explosion suivie d’un repli sur soi. Avec une incertitude : un incident qui provoque une guerre mondiale. Ou quelque-chose d’approchant. Justification : une question de culture.

Ai-je raison ? Le pays vieillit. Je m’en doutais, mais l’article le confirme : il a été victime du rapport du club de Rome. C’est à cause de lui qu’il a décidé de l’enfant unique. Et il pourrait s’en mordre les doigts.

Surtout, la reprise en main du pays par le parti communiste semble avoir paralysé l’initiative individuelle.

Demande de drogue

J’ai écrit un article sur un des succès de la police française. Elle s’est introduite dans le réseau social des malfrats. Il en est résulté, en Europe, un grand nombre d’arrestations. En particulier dans les milieux de la drogue.

Résultat ? Rien. La demande est telle que l’offre se reconstitue immédiatement. Comment agir sur la demande, alors ?

Une solution défendue, à l’époque où je le lisais, par The Economist, est la légalisation de la drogue. Cela en ferait baisser le prix. Ce ne serait plus une bonne affaire pour le mafieux, qui devrait se reconvertir.

Et s’il se reconvertissait dans un commerce plus dangereux pour notre santé ? Son modèle économique est d’être hors la loi, pour gagner beaucoup. Alors : rendre illégal ce qui est inoffensif ?

A moins que l’on se demande pourquoi l’on consomme de la drogue, et pourquoi l’on est mafieux ? A moins que ce ne soit une mise en cause des principes mêmes de notre société ?

IRA

Que penser de l’Inflation Reduction Act de M.Biden ? se demandait la BBC (The other IRA, BBC4).

Pour commencer, ça ne réduit pas l’inflation, qui est la préoccupation principale de l’Américain.

C’est tout simplement une politique protectionniste. Les USA ont décidé de se réindustrialiser, et de le faire dans le domaine de la transition climatique. Pour cela, ils ont élevé de très hautes barrières tarifaires. A la fois pour se protéger et pour attirer le savoir-faire étranger.

C’est aussi vieux que le monde. Colbert a utilisé cette politique avec succès, ainsi que, plus récemment, les Chinois. Comme l’enfant, l’innovation doit être protégée pour donner tout son potentiel.

Une telle politique n’étonnera personne. Et pourtant, personne n’est étonné qu’il soit interdit d’en parler dans les livres d’économie…