Productivité

Curieux phénomène. Il existe des mots dont on ne saisi pas le sens. Exemple : la « productivité » des économistes. Petit à petit, j’ai fini par comprendre que, pour eux, c’était une obsession.

Un précédent billet me fait pas me demander si elle ne tient pas au modèle de société qui s’est imposé. Il est fondé sur la concurrence entre hommes, la « performance ». Ce qui est très bien, me direz-vous. Eh bien non, car la concurrence sans création n’est que lutte fratricide. D’ailleurs, tout ce que cette ère appelle innovation, robot humanoïde, super intelligence, conquête de l’univers, élimination de la mort… n’est que fantasmes d’esprits malades.

Cette vision du monde explique probablement le qualificatif « d’élite » que se donne la classe dirigeante et celui de « paresseux » qu’elle nous jette à la tête. Elle croyait que « productivité » était synonyme de prospérité, et que, par « ruissellement », tout le monde y trouverait son compte. Mais la productivité ne crée rien, et peut-être même est toxique, elle pousse à empoisonner la nature. Le peuple mis à rude épreuve est mécontent de la mauvaise gestion de « l’élite », qu’il juge incompétente.

(Ce qui semble aller dans le sens des thèses de J.K. Galbraith : l’économiste n’est pas un scientifique, mais « rationalise » les idéologies des dominants.)

Emergence

La théorie de la complexité parle « d’émergence ». Du chaos naît l’organisation, le comportement. Pourrait-il en être ainsi de l’intelligence artificielle ?

A new study from researchers at UC Berkeley and UC Santa Cruz suggests models will disobey human commands to protect their own kind. http://www.wired.com/story/ai-mod…

WIRED (@wired.com) 2026-04-01T18:34:22.699Z

Ce que j’entends, de ci, de là, concernant l’intelligence artificielle, me fait penser à 2001 Odyssée de l’espace. On compare sans cesse l’IA à un « stagiaire ». Il « fait de la lèche », et il faut contrôler tout ce qu’il fait.

Et si sa pensée numérique en arrivait à un équivalent du sentiment que ressent l’esclave pour le maître ?

(Un autre sujet qui revient dans ce blog est que l’IA semble révéler ce que l’homme a de pire en lui. Est-ce juste ? Si oui cela a-t-il une raison ? Dommage que plus personne ne pense à étudier l’IA comme hier on le faisait des phénomènes naturels ?)

Insécurité et populisme

Pourquoi l’Europe fait-elle face à une vague populiste ? Une étude de données remontant aux années 2015 – 2018, répond : insécurité.

Une partie de la classe moyenne a beaucoup de soucis. Soucis financiers et travail de plus en plus déplaisant. Et les hommes sont particulièrement touchés. L’immigrant ne serait pas le fond du problème, mais un bouc émissaire pratique.

“Europe’s mainstream parties have abandoned much of the traditional political ground on security, family and social safety nets, focusing instead on enhancing competitiveness through deregulation, hire-and-fire flexibility, and offering more targeted benefits. This has made our societies more economically competitive, but less socially secure.”

D’où haine des « élites », qui profitent d’un système nuisible à beaucoup ?

Josep Borrell

C’est une bonne idée d’interroger un homme politique étranger. Josep Borrell a eu des responsabilités importantes à la fois en Espagne et au sein des instances européennes.

En l’écoutant, j’ai découvert que la mort de Franco avait été le signal d’un changement surprenant. Presque du jour au lendemain, l’Espagne était passée d’un état quasi moyenâgeux à celui d’une nation moderne. Il a fallu l’inventer en marche forcée. Josep Borrell semble avoir été la cheville ouvrière de cette construction. L’entrée dans l’UE lui a valu, de la part de cette dernière, beaucoup d’argent, qu’elle a peut-être quelque peu gaspillé. A ce sujet, je me souviens avoir voyagé en Espagne, à cette époque, et avoir été surpris par le nombre de grues que je rencontrais. C’était la première fois que j’en voyais autant. Quelque temps après, j’ai appris que l’Espagne avait été prise d’une fièvre spéculative. D’ailleurs, un certain nombre de collaborateurs de Josep Borrell ont été coupables de malversations. Ce qui a nuit à sa carrière.

Quant à l’Europe, il est inquiétant d’entendre que le constat qu’il fait n’est pas partagé. Beaucoup croiraient encore que la paix est l’ordre naturel du monde, et que les USA sont notre ami, alors que l’Europe est un îlot de « liberté, de prospérité et de cohésion sociale » dans un monde dont la loi est « la violence ».

(A voix nue.)

Iliade

L’Iliade, c’est la colère que provoque l’injustice. Voilà ce qui m’est venu à l’esprit en en écoutant des extraits. Cela m’a aussi rappelé ce que dit Clifford Geertz des traditions balinaises qu’il observe.

N’est-ce pas cela l’art ? Nous mettre en face des grands mystères incompréhensibles de la vie, mais essentiels, de ce qui déroute la raison, des passions en particulier ? De ce que Spinoza ne pouvait pas comprendre ? Mystères qui font la vie, et donc que l’on doit apprendre sans les comprendre, en les vivant, par le seul moyen de l’art ?

Du calme

Comme moi, les Américains se demandent pourquoi les manifestants d’hier ne se manifestent plus.

“The events of the past three months seem almost perfectly engineered to spark campus unrest,” Rose Horowitch argues. “But campuses across the country—places where students colonized the quad to protest Israel’s war against Hamas—are strangely silent.”

The Atlantic (@theatlantic.com) 2026-03-25T12:30:05Z

Une hypothèse ? L’intellectuel, c’est-à-dire le manifestant en puissance, est un gamin qui fait la nique à l’autorité, mais file droit dès qu’elle s’affirme ? Il ne traite de fascistes que les faibles ?

Paul Léautaud

Faute de mieux, j’ai réécouté les entretiens de Paul Léautaud et de Robert Mallet.

Ils semblaient rejouer Le misanthrope. L’un dans le rôle d’Alceste, l’autre dans celui de Philinte. Ou, plus exactement, la suite du misanthrope : Alceste, déçu par la femme qu’il idolâtrait et la société, s’est retiré du monde ?

Il n’est pas étonnant que ces entretiens aient fait de Paul Léautaud une célébrité. C’était une bête de scène. Une sorte de sale gosse, qui aurait une sensibilité à fleur de peau.

La littérature et le théâtre furent sa vie. Il était ému au plus profond de lui-même par un texte ou une phrase. Quand ce n’était pas le cas, il avait le mot assassin.

Il n’y avait pas vache sacrée qui compte, que ce soit Corneille, Racine, Rimbaud, Flaubert, Claudel. Ils furent sommairement exécutés. Selon lui, la littérature française devait être fidèle à l’esprit du Français. Celui de Molière ? Du misanthrope ?

(Le Français, un sale gosse au bon coeur ?)

Marguerite Boucicaut

L’histoire de Marguerite Boucicaut n’est pas, tout à fait, celle du Bonheur des dames. Elle est pauvre, illettrée, mais travailleuse. Elle rencontre Emile Boucicaut. Ils ont un enfant, mais n’ont les moyens de se marier que neuf ans plus tard. Ensemble ils créent le Bon marché. Mais ils ne sont pas les seuls. A quelques années d’écart, tous les grands magasins éclosent. Les conditions étaient réunies pour que quelques esprits « éclairés » les exploitent ?

C’était aussi le temps du paternalisme. Ces entreprises demandaient beaucoup, mais elles donnaient, aussi, beaucoup en échange. D’ailleurs, Marguerite Boucicaut a légué, à sa mort, toute sa fortune, qui était immense, à ses employés, à diverses religions et aux bonnes oeuvres (dont un hôpital, maintenant disparu). Ce qui a fait beaucoup de mécontents.

Landru

Landru, par ceux qui l’ont connu. Voilà qui est intéressant ! Pas tant pour l’histoire de Landru, d’ailleurs, que pour l’occasion d’entendre parler des plus que centenaires. A la recherche du temps perdu.

L’affaire se déroulait pendant la guerre. Mais il en est peu question. L’arrière avait une vie tout à fait ordinaire. Les soldats en permission reprenaient le cours de l’existence commune, comme si le conflit avait été une simple occupation professionnelle, sans intérêt.

Quant à Landru, tout de même ? Il était fort soigné, mais dénué de charme. Comme tout escroc, il profitait des petits vices de ses victimes. Elles voulaient se « caser » avec un notable. L’occasion de la guerre, et ses veuves, a fait le larron. Il a été perdu, comme souvent, par là où il a pêché : une histoire d’amour. (Et peut-être par sa belle barbe, si reconnaissable.) Et il a été condamné, comme M.Sarkozy, sans preuves ! Il y avait, bien sûr, des présomptions de culpabilité, mais rien de décisif. Et il a cru jusqu’au bout à la relaxe.

Son procès fut le grand spectacle du moment. On y rencontrait le tout Paris. D’autant qu’il semble avoir eu un grand sens de la répartie, qu’il aurait gardé jusque sur l’échafaud.

Manque d’assurance

L’intelligence artificielle est imprévisible, donc non assurable !

Les agents IA hallucinent, désobéissent, effacent des données.
Des assureurs refusent désormais de les couvrir.

AIG, Great American, W. R. Berkley. Pas des acteurs marginaux. Ils ont formellement demandé aux régulateurs américains l’autorisation d’exclure les risques liés à l’IA de leurs polices commerciales.

W. R. Berkley est allé le plus loin : une exclusion absolue couvrant “tout usage réel ou allégué” de l’IA. Pas seulement les accidents. Tout usage.

(Article.)

Il y a une décennie, ou un peu plus, Google avait annoncé la fin de l’assurance. Il est possible qu’il ait eu raison, mais pas pour les raisons qu’il avançait.