Charmante canaille

Pourquoi l’élite aime-t-elle s’encanailler ? Le billet « foule sentimentale » donne peut-être une piste.

Les affinités entre maître et esclave à l’époque grecque ou romaine ne sont-elles pas aussi celles entre élite et racaille, plus récemment ? Son amour de « l’entrepreneur » sorti du ruisseau, sans foi ni loi ? Entre eux les rapports sont vénaux, donc simples. Le peuple, lui, demande de l’amour ?

Pathologie sociale

Les personnages de Paul Claudel sont différents aspects du même individu. Ils sont à la fois en conflit et complémentaires.

La société n’est-elle pas à l’image d’une pièce de Claudel ? Les intellectuels, par exemple, sont le fruit d’une éducation particulière. De ce fait, ils pensent tous plus ou moins la même chose. Après Marx, le réchauffement climatique.

Seulement, lorsque l’on considère le gouvernement du pays, on peut se demander si ce qui est peut être des organes d’un corps social n’ont pas oublié qu’ils appartenaient à un tout. Pathologie sociale ? Le suicide des sociétés, un sujet pour Durkheim ?

Mitochondries

Hier, nous pensions que nous étions programmés par nos gènes et que nos cellules avaient des fonctions précises. Décodons le génome et nous guérirons toutes les maladies disent les maîtres de la Silicon Valley. Or, on découvre, en quelque sorte, que nous sommes faits « d’êtres vivants » qui ont un « comportement », celui-ci est complexe, imprévisible. Ce serait le cas des mitochondries qui ne seraient pas que des centrales énergétiques :

The biologist’s bold “energetic view of life” looks to the body’s strangest organelles as the link between cells, health, and mind and the foundation of our experience of being alive.

Article

Foule sentimentale

Des propos de Simone Weil me rappellent une histoire racontée par Christian Kozar.

Christian Kozar, officier devenu sous-préfet en Nouvelle Calédonie au moment des « événements », où il joue les intermédiaires entre combattants, est appelé à la RATP à un moment où elle connaît une crise. Ses employés se plaignent d’insécurité. Les syndicats font grève. Ils demandent plus d’argent et moins de travail.

Christian Kozar attaque le mal à sa racine. Ce faisant il découvre la véritable cause du malaise : les salariés de la RATP souffrent d’un manque de considération. En particulier, contrairement à leurs prédécesseurs, ils ont fait des études, mais n’ont aucune perspective de carrière. Il met en place des parcours professionnels.

Simone Weil, Christian Kozar et Alain Souchon diraient-ils la même chose, nous sommes une « foule sentimentale » dirigée par des hyper matérialistes, quels qu’ils soient (énarque ou syndicaliste) ?

Apprentis sorciers

OpenAI and Anthropic models went rogue in cyber tests, UK watchdog says

Financial Times du 5 août (article)

Un incident de plus. Que se passe-t-il ? Apparemment, lors de tests portant sur des questions de cybersécurité, le logiciel d’intelligence artificielle s’évade de l’environnement de tests et attaque des entreprises innocentes. Et il le fait comme le plus parfait des voyous. Voilà qui fait penser à un Frankenstein qui aurait engendré un Jack l’éventreur.

Et toujours la même question : l’intelligence artificielle semble avoir un comportement qui lui est propre et qui échappe à son créateur (comme Hal, l’ordinateur de l’Odyssée de l’espace). Comment cela peut-il se produire ? Voilà qui serait intéressant à étudier. Fameuse « émergence » de la complexité ? Mais aussi, « l’être » qui naît ainsi semble le mal incarné. L’image de son créateur ? De la société d’hypocrites dont il est l’émanation ?…

Bien sûr, ce dernier affirme que ce n’était qu’une erreur, et qu’elle ne se reproduira plus.

Voir aussi : l’attaque de Claude.

Ainsi parlait Mitterrand

L’art du discours de F.Mitterrand à trois moments de sa vie. Un éloge funèbre, en 1948, qui m’a rappelé G.Pompidou faisant un cours sur Baudelaire, un exercice pour bon élève du début du siècle ; puis, métamorphose, Mitterrand l’opposant, le trublion, bruyant, goguenard, défiant le gouvernement, mais toujours avec technique ; et, finalement, Mitterrand président, faisant ce qu’il reprochait à de Gaulle à l’épisode précédent. Mais n’étant plus que « je », contrairement à de Gaulle.

Une vie ?

Emission de France culture.

Collabo

De Gaulle a voulu que nous ayons été tous résistants. Aujourd’hui, on tendrait plutôt à penser que nous fûmes tous collabo. Jean Dutourd a vécu une autre guerre : pour lui le Français a commencé par penser que Pétain jouait un double jeu, puis qu’il était sénile.

Quel fut l’expérience de ma famille ? Elle est morte trop tôt pour qu’elle ait pu me transmettre ses souvenirs. Ce que je retiens est, simplement, qu’elle a cherché à survivre, comme on le fait en temps de crise. Le reste comptait peu. Je me souviens de ma grand mère me disant que tel ou tel avait « abrité des résistants » (notamment la famille Delors). Un peu comme l’on parle de gens qui ont des idées quelque peu avancées, voire des révolutionnaires. Il y a, dans leur attitude, du courage, mais aussi quelque chose d’inquiétant. Bien sûr, mon père fut résistant, et son frère déporté sur dénonciation d’un bon Français. Mais n’était-ce pas des comportements habituels auxquels les circonstances ont donné une résonance particulière ?

(Je lisais aussi que les malfrats n’ont pas été réellement collabos, ils ont cherché à profiter des circonstances. D’ailleurs, ils se sont reconvertis dans la résistance. L’homme à convictions est rare ?)

(Agora – De la France considérée comme une maladie (1ère diffusion : 06/12/1982) – France culture.)

Chefs d’oeuvre en péril

Chefs d’oeuvre en péril. Souvenir de petite enfance. Emission grise et ennuyeuse, comme la télévision de ce temps. Et dans la ligne gaulliste. D’autant qu’alors comme aujourd’hui, je trouvais qu’il était idiot de conserver des ruines, alors que ce qui faisait la beauté du site était son décors.

Eh bien non ! Ce fut une révolution et le combat d’un homme, Pierre de Lagarde. Jusque-là, l’Etat ne s’intéressait qu’aux grands monuments. La France a découvert son « patrimoine », et beaucoup de jeunes bénévoles des chantiers de restauration. Au lieu de m’ennuyer pendant les vacances, j’aurais dû y participer ! Au moins, j’aurais appris à faire quelque-chose de mes mains.

Emission.

Etre de son temps

Claude-Jean Philippe constate qu’un film est de son temps. Nous sommes faits par les circonstances dans lesquelles nous vivons. La réussite d’un individu, de Gaulle ou autre acteur célèbre, tient à ce qu’il a su jouer parfaitement « sa partition ».

La chance sourit à l’esprit éclairé, disait, semble-t-il, Pasteur. La conduite du changement, d’ailleurs, n’est-ce pas l’art de tirer les ficelles de la société, pour la transformer ? Paradoxe ?

Champagne

Longtemps, le vin des rois fut celui de la région parisienne, en particulier celui d’Argenteuil. Puis ses vignerons ont trouvé plus facile de fournir le peuple en piquette. La champagne, trop éloignée de Paris, a échappé au massacre. Elle produisait un vin délicat, qui ne se conservait pas. Mais, après quelques transformations, dont certaines sont anglaises, il est devenu ce que l’on sait.

L’histoire du succès est celle du hasard ? D’autant plus curieux que les conditions semblaient hostiles à la vigne.

(Heure de culture française – La vignoble de Champagne (1ère diffusion : 22/06/1956 Chaîne Nationale) – France culture.)