Paix

Il est déprimant d’entendre parler de l’Iran, de la Syrie et de l’Irak, et aussi de l’Ethiopie. Mais qu’est-ce qui pourrait amener l’homme à ne plus s’entre-tuer ?

Parmi les causes de boucherie, il y a ce que disait Voltaire : le monde est aux mains d’un petit nombre de monarques. Et ces gens obéissent à des raisons pitoyables, intérêt personnel, grandeur de la nation, quelqu’idée arrêtée… Et, croyant être malins, ils détruisent des vies.

La solution n’est, d’ailleurs, pas le prince philosophe, ou énarque, comme le croyait Platon. Il est pire que tout. Car, une autre cause de boucherie est « l’idée ». Le meilleur exemple de ce mal n’est-il pas l’Afrique, victime des nôtres, qui n’étaient pas les siennes ? Le véritable crime du colonisateur (et de l’anti colonisateur) ne serait-il pas d’avoir imposé à ses populations un jeu sans leur en donner les règles ?

Et la Chine ? Elle avait déjà beaucoup d’atouts, puisqu’elle était une vieille civilisation. Depuis qu’elle a pris conscience que ses complexes de supériorité étaient déplacés, elle veut absorber l’avantage de l’Ouest, sans perdre son âme. Pour ce faire, elle a accepté une « recolonisation », dans les années 90. Une fois les résultats désirés obtenus, elle a éjecté l’Ouest et lui a déclaré la guerre. Seulement, il ne semble pas que le succès soit complet.

Alors ? L’Europe conserve un avantage. Elle a précédé le monde dans l’erreur. Très tôt elle s’est posé la question d’une cohabitation pacifique entre peuples. Or, l’humanité a désormais fait sa jonction. Nous sommes interdépendants. Et les idées qu’elle a eues ne sont pas idiotes. Et si elle continuait à les mettre au point, et devenait le laboratoire de la paix ?

Panne

Stellantis semble aller mal. Pourquoi ?

Sa nouvelle direction a pris 22md de provisions. Elle enterre la stratégie électrique de Carlos Tavarès. La demande ne serait pas là. Seulement, les autres constructeurs occidentaux font de même, sans que leur cours de bourse ne soit autant affecté. L’actionnaire soupçonnerait-il que l’entreprise souffre d’autres maux, et que la nouvelle direction n’est pas à la hauteur du problème ?

Cette affaire pose une curieuse question. Car, finalement, les constructeurs perdants sont ceux qui ont cru aux paroles de leurs gouvernements. Au lieu d’adopter, comme les Chinois, « une politique industrielle », ceux-ci ont joué de la loi et de la publicité (« l’urgence climatique »). Ils ont eu tort et leurs économies et leurs nations paient le prix de leurs erreurs. Ce n’est ni la loi, ni la publicité qui font changer les nations..

(Autre question : PSA sera-t-il longtemps français ? Quid des autres « champions nationaux » ?)

Inde

Discussion avec un ingénieur qui a passé trois ans en Inde. Il me décrit un pays en pleine transformation. 95% du réseau ferroviaire serait électrifié, 40 aéroports seraient en construction. l’Inde aurait subi un électrochoc lors de l’épidémie de COVID. Elle a décimé les personnes âgées. On mourait dans les rues. Elle a compris qu’elle était seule.

Il pensait que l’Inde, avec 30 ans de retard, allait connaître le décollage de la Chine. Avec un avantage : elle a beaucoup plus d’ingénieurs que n’en avait la Chine alors…

Première fois

Il n’y a pas très longtemps que j’ai pu entendre de la musique suffisamment fort, sans craindre de gêner quelqu’un. Il s’agissait d’une oeuvre de Liszt. Et j’ai eu une révélation : je me suis cru un de ses contemporains le découvrant. En comparaison avec la musique de son temps, c’était une révolution. L’effet était fantastique.

J’ai eu le même sentiment en écoutant Joseph Kessel parler de sa vie. Aujourd’hui, nous jetons un regard blasé sur son époque, alors qu’elle fut extraordinaire. Il fut aviateur en un temps où l’aviation était un progrès presque inconcevable, il a vécu une guerre de luxe et de camaraderie (ce qui se voit dans L’équipage). Puis, au moment où elle s’achève, il se trouve engagé dans une équipée absurde qui lui a fait faire le tour du monde, accueilli à chaque étape avec un enthousiasme délirant, comme un héros. On oublie, qu’en ces temps, la France était admirée pour son courage et sa victoire et que ses aviateurs étaient considérés comme des maîtres. (Ce qui doit expliquer le choc que fut, pour l’opinion internationale, sa défaite honteuse en 40.)

Anti ataraxie ?

La sagesse, le bon usage de la raison ? est pleine de paradoxe ? C’est ce que je me suis dit en écoutant parler de scepticisme.

Le philosophe grec, ou au moins certains philosophes grecs, cherchait « l’ataraxie », la sérénité. (A noter que la religion aime aussi la sérénité. Heureux les simples d’esprit.) Une solution, évidente, consiste à trouver la « vérité ». Une fois que l’on a un cap, plus de raison d’être inquiet. Malheureusement, qui veut faire l’ange fait la bête. Lorsque nous devons prendre une décision, il faut trouver la vérité correspondante. Comment m’habiller aujourd’hui ? Pour qui voter ? Quelle voiture acheter ? Dois-je voyager ? etc. Voilà qui vous pourrit la vie !

Que faire ? Le sceptique invoque le doute. Est-on sûr que les vérités auxquelles nous croyons sont vraies ? « Suspendons notre jugement ». Dégageons-nous des injonctions, paradoxales ? de la société. Faisons fonctionner notre tête. Quel soulagement ! Ataraxie.

En y réfléchissant, mon expérience me fait croire qu’il faut être in quiet (en deux mots) : être sur ses gardes. Mais avec optimisme. L’avenir est « risque et opportunité ». Cf. l’alpiniste en pleine ascension et le pygmée dans la forêt vierge. Non au mauvais stress, mais attention à l’ataraxie du légume ?

Georges-Arthur Goldschmidt

Mes interrogations sur la traduction m’ont amené à m’intéresser à Georges-Arthur Goldschmidt. (Emission qui lui est consacrée.) Les circonstances de l’histoire ont fait qu’il a commencé sa vie en Allemagne et qu’il l’a poursuivie en France. En outre, il a un talent d’écrivain. Ce qui fait de lui le traducteur idéal. En particulier celui de Kafka.

Il observe que le français diffère fondamentalement de l’allemand. Le premier est une langue de concepts, le second, une langue de réalisation, terre à terre. Ce qui correspond bien aux caractères de nos deux pays. Mais ce qui explique aussi de fâcheuses confusions : nos philosophes ont cru trouver dans l’oeuvre d’Heidegger, par exemple, une complexité qui n’y était pas. Les idées dont on ne parle qu’avec stupeur et tremblements (cf. le dasein), en se perdant dans des considérations sans fin concernant leur signification, sont employées par le petit peuple !

Plus curieux, la traduction que Vialatte a faite de Kafka semble pleine de fautes, mais cela ne tiendrait pas à lui, mais à son temps, qui lui imposait un certain style et certains mots. D’ailleurs, beaucoup de concepts ne peuvent se traduire.

La traduction est un remarquable exercice : un défi à notre paresse naturelle. Car comprenons-nous ce que nous entendons ? Elle force à nous interroger. D’ailleurs : savons-nous ce que nous disons ?

François Châtelet

Je poursuis mon enquête sur François Châtelet. (Profil perdu.)

Je ne savais pas qu’il avait été une célébrité. Ainsi il était invité par la radio nationale, le 31 décembre 1967, qui lui demandait ses prévisions pour l’année suivante. Il dénonçait l’impérialisme américain et annonçait que les crises que l’on croyait définitivement éradiquées ne l’étaient pas, et qu’il percevait un nouveau désir d’expression politique chez les jeunes.

Comme je le soupçonnais, comme les surréalistes et comme beaucoup de monde sans doute, il s’était mépris sur 68. Au fond, tous ces gens ont cru à un grand soir de libération de la pensée, alors qu’il ne s’agissait que d’une rébellion de garnements qui revendiquaient de ne pas avoir à faire leurs devoirs. Mais il s’est vite rendu compte de son erreur.

Quand à son combat, il semble avoir été le désir que l’homme pense par lui-même. Projet « éthique » avant d’être « politique ». Le danger, pour lui, c’était le « système », qui impose sa vérité unique. Et dont les conséquences sont désastreuses. Il l’avait rencontré au Parti communiste, au PSU, dans la pensée de Hegel et dans celle de Marx.

Il n’aurait pas aimé notre époque de « consensus »…

Traduction

Originale traduction de la Bible. On associe des spécialistes de l’hébreu et des écrivains. Les uns traduisent en mot à mot, les autres écrivent le texte final. Il semblerait que ce soit comme cela que Proust ait procédé pour traduire Ruskin (sa mère traduisant le texte mot à mot).

L’idée semble bonne. Seulement, en écoutant une comparaison entre une ancienne traduction et celle-ci, j’ai pris conscience que la Bible est avant tout un guide pratique, et que l’envolée lyrique ne lui est guère appropriée.

De l’intérêt d’une bible en latin ou en version originale ? Il n’y a pas de problème de traduction, puisque le lecteur est obligé de faire un travail d’exégèse ? C’est un lourd investissement, mais il n’y a peut-être pas de religion sans effort ? Serions-nous, fondamentalement, un peuple de mécréants ?

Emission qui a inspiré ces considérations.

(En Angleterre et en Allemagne, on apprenait, quasiment, à lire dans la Bible. En France, on faisait, un temps, quelque chose de ressemblant avec Corneilles et Racine.)

Grand pari

Un article des Echos annonce que le pays se désindustrialise à vitesse accélérée. En revanche 67md€ iraient aux data centres. (Paradoxalement, ils feraient partie de l’investissement industriel.)

Curieusement, la presse américaine s’interroge, avec inquiétude, plusieurs fois par jour, sur la nature spéculative du data centre.

Peut-être serait-il bien de se poser la question ?

La culture de la drogue

Midnight express : propagande ? L’histoire racontée serait une fausse nouvelle. Les USA accusaient la Turquie de leur exporter de la drogue. En arrêtant un trafiquant, la Turquie a voulu leur rendre la monnaie de leur pièce. Ledit trafiquant, d’ailleurs, ne se serait pas libéré par ses propres moyens, comme le raconte le film, mais par l’intervention de la CIA. Quelques années plus tard, il est venu s’excuser des dommages qu’il avait causés à la Turquie.

Peut-être serait-il temps de s’intéresser à l’hypocrisie des USA ? Car l’histoire récente ne semble que le résultat de leurs coups foireux, et de leur incapacité à voir plus loin que le bout de leur nez. Ainsi, en Afghanistan, ils ont laissé leurs alliés cultiver la drogue (que les Talibans avaient éradiquée), au motif que ça ne pouvait pas leur faire de mal, puisqu’elle était à destination de l’Europe.

Concordance des temps.