Péril russe

Que devient la Russie ? V.Poutine a acheté la paix intérieure. Il paie cher les soldats volontaires, qu’il trouve dans un réservoir inépuisable de misérables (la Russie est un pays apparemment extrêmement pauvre), et parvient ainsi à compenser ses pertes, et évite aux autres le bruit de la guerre. Son industrie de l’armement produit de plus en plus. Mais son armée ne parvient pas à exploiter ses succès. Et le pays est de plus en plus entre les mains de la Chine. Son sort à court terme tient au prix du pétrole.

La Russie pose une question curieuse à l’Occident. Celui-ci n’a ni intérêt à la poursuite de la guerre, ni à son arrêt. Car la société russe est de plus en plus militarisée, de plus en plus dangereuse. Comment V.Poutine va-t-il employer ses troupes une fois la guerre finie ?

Affaires étrangères.

(Un article s’interrogeait aussi sur le danger que présentait, pour l’Occident, les militaires russes démobilisés. Ils ne connaissent que la violence et pourraient passer à l’ouest. Peut-être faudrait-il réfléchir à l’avenir de la Russie, qui menace de devenir un état de non droit sur armé et sur nucléarisé ?)

Etre heureux, en France

Pour vivre heureux, vivons cachés. La première fois que l’on m’a dit que c’était la devise de la PME française, je ne l’ai pas cru. Puis, rencontre après rencontre, sept ans durant, j’ai constaté que c’était vrai. Stupéfiant !

Cela fait penser à beaucoup que le dirigeant français est « un pauvre type », sans ambition. Je ne le crois pas. Cette caractéristique ne tient pas à la psychologie du Français, mais aux conditions dans lesquelles il vit.

On dit souvent que la France n’aime pas les gens riches, ou glorieux, mais on n’a pas réfléchi à ce que cela signifiait pour les autres. J’ai constaté qu’elle était amicale avec les pauvres. Et cela explique les conclusions des économistes. Ils constatent que nos PME sont pauvres et petites. Elles ne veulent pas et ne peuvent pas grandir.

En fait, elles évoluent dans une économie « non monétaire ». Elles ne savent pas « se vendre ». Elles gagnent mal leur vie. Elles paient mal leurs employés ou leurs fournisseurs. Elles font tout pour ne pas payer d’impôts. Et elles n’ont aucun moyen pour investir dans « l’idée géniale » qui les sauverait. L’Etat fait tout pour les aider. Si bien qu’elles attendent tout de lui, et ne croient plus en la vertu de leur propre initiative. Et cette aide leur permet de faire une sorte de « dumping », de vendre à perte !

Comment inverser ce cercle vicieux ?

Charles Fourier

Charles Fourier n’aurait pas été que l’inventeur du Phalanstère. Il aurait été un précurseur du féminisme et de l’écologie modernes.

Et il aurait été une sorte d’anti Spinoza : il trouvait les passions utiles. (Concordance des temps.)

Le plus surprenant, pour quelqu’un dont la pensée paraît farfelue et qui était relativement obscur, fut sa capacité de séduire des polytechniciens. Ils ont cherché à transformer ses idées en réalités. C’est probablement à eux que l’on doit qu’il n’ait pas sombré dans l’oubli. Il en fut de même de Saint Simon.

Le polytechnicien fut idéaliste ?

Municipales

Que vont donner les municipales ? Difficile à dire. Il n’y a de sondages que pour les grandes villes et ils sont inconclusifs.

On nous annonçait une hémorragie de maires, ce qui ne semble pas être le cas.

Dans l’ensemble, on tend à reconduire les maires en place. C’est une question de gestion plus que de politique. Quant aux grandes villes, je me demande si elles ne feront pas partie du même phénomène : quand une équipe paraît en difficulté, son bord serre les rangs alors que les ambitions individuelles disloquent le camp adverse ? N’est pas ce qui s’est passé la fois dernière à Paris ?

Vive la guerre ?

Constat : on parlait de réindustrialisation, de relocalisation… Mais c’est le contraire qui se produit. Et avec une accélération croissante ! Seulement, il y a un espoir : l’armement. Vladimir Poutine et Donald Trump vont-ils sauver notre économie ?

J.K. Galbraith dans son analyse de la « société d’abondance » d’après guerre faisait de l’armement la raison d’être de ce miracle. Retour des jours heureux ?

Mais aussi leçon ? On nous a farci la tête de « libéralisme », de laisser-faire. Les entrepreneurs nous ont dit : éliminez les réglementations et vous allez voir ce que vous allez voir… Eh bien, on a vu. Et on voit surtout que l’entrepreneur n’est jamais aussi heureux que lorsque l’Etat lui passe des commandes. L’entrepreneur a besoin d’un avenir prévisible. Il est terrorisé par l’anarchie de « l’économie de marché ».

Lumières

Au fond, le mythe se niche partout. Et nous en sommes victimes. C’est l’idée qui m’est venue en écoutant une émission parlant des Lumières (Avec philosophie).

Que nous a-t-on dit ? Qu’il y a eu les Lumières et qu’elles ont été causes de la révolution.

Mais, il n’y avait pas deux penseurs des Lumières qui pensaient la même chose. Comme souvent (toujours ?) avec les intellectuels, ils se haïssaient. Et ils étaient une poignée, alors que c’est le peuple, qui n’entendait rien à leurs raisons, qui s’est révolté. Tout simplement parce qu’il vivait dans la misère ? (Ce qui expliquerait que la révolution américaine ne ressemble pas à la française ?) Et que lorsque l’on a voulu les appliquer, on a découvert que les théories des beaux esprits n’étaient guère adaptées à la pratique. Robespierre était un disciple de Rousseau…

Emile Allais

Un champion du monde de ski alpin, français ! C’est ce que fut Emile Allais, il y a 90 ans.

En ce temps, ce sport était dominé par l’Autriche et la Suisse. Et probablement très peu pratiqué. La carrière d’Emile Allais fut brève. Le temps qu’il comprenne la technique suisse, il se cassait une jambe (la jambe étant liée au ski, elle cassait facilement : en deux accidents, sa taille a été réduite de 3 centimètres), et était mobilisé.

C’est peut-être la suite de sa carrière qui a été véritablement remarquable. Il semble avoir été à l’origine des sports d’hiver modernes. Il a passé des années au Chili et aux USA (dont il avait appris les langues) à bâtir des stations de ski, il y avait peu de bons skieurs, mais beaucoup de gens qui pouvaient se payer des vacances de neige, puis il a fait profiter la France de son expérience.

Bonne personne au bon moment ?

Sophocle

Comment peut-on être Sophocle ? Sophocle vivait dans un monde quasi inconcevable pour nous. Tout l’intérêt de l’étude de son oeuvre serait-il dans la remise en cause qu’il impose à nos idées reçues ?

Si je comprends bien Toute une vie, ses tragédies étaient des sortes de spectacles de rue, assourdissants et bigarrés. Ils provoquaient une transe collective. Pas question d’y voir, avec les penseurs allemands, la moindre intention philosophique. En outre, sa langue semblerait faussement simple. (Eternel mystère de l’interprétation des langues mortes dont on a gardé peu de traces !)

Je me suis demandé si une fonction primitive du spectacle n’était pas un entraînement collectif à l’affrontement de la « fatalité », l’irrationalité qui est le propre de la vie. Quelque chose que n’aurait peut être pas perçu Spinoza : l’homme est passions, mais la passion peut être folie magnifique. Oeuvre d’art.

Lu Xun

Qui connaît Lu Xun ? C’est un homme dont a peur Xi Jinping.

Lu Xun (1881, 1936) symbolise le réveil de la Chine. Un genre de De Gaulle chinois ? Pas au sens militaire, mais à celui de l’identification à l’âme de la nation. Car il est un représentant de ce que sa culture a de plus profond, de subtil, de glorieux. La tradition des mandarins. Or, il en vient à penser que le mal du pays est justement cette culture ! Alors il part au Japon, qui a réussi son occidentalisation, apprendre la médecine. Mais il comprend que c’est la littérature, pas la science, qui est le « levier » du changement. Seulement, il faut une langue unique, comme en Occident, pour cela. Il est à l’origine de l’adoption du mandarin. Plus curieusement, il a voulu inventer une langue populaire, que personne ne comprend.

Pourquoi Xi Jinping ne l’aime-t-il pas ? Parce qu’il semble avoir été un observateur objectif. Et que Xi Jinping goûte peu certaines vérités. Quant à Mao, qui en avait fait un héros, il croyait avoir changé définitivement la Chine, et que l’oeuvre de Lu Xun parlait d’une histoire révolue.

Verlaine

Je suis un mauvais lecteur de vers. J’aime qu’on me les dise. J’espérais le salut de France culture, qui consacre à Verlaine une série de rediffusions.

Malheureusement, elle traite plus de la vie que de l’oeuvre. Curieusement, on s’y lamentait de ce qu’il est toujours question des mêmes poèmes, or, c’était ceux-là mêmes qui étaient lus.

Verlaine semble pétri de contradictions. Un bon à rien paresseux, ivrogne, violent, homosexuel refoulé (ce que l’on ne disait pas dans ma jeunesse), ayant, par dessus le marché, un besoin maladif de respectabilité. Il a vécu en misérable, dans un café. L’art fut-il le moyen d’échapper, par instants, à un tel désastre ?