Innocents

D.Trump a un mérite. Il nous dévoile l’esprit de l’Amérique. Quant il s’agit de son intérêt, tous les coups sont permis. Y compris le détournement de la justice et l’usage de la force. Et ce qui est bon pour l’Amérique, comme le disait Sloan, est bon pour l’Américain. Rien de neuf mais, au moins, c’est clair et net.

Ce qui est surprenant est que cela ait pris par surprise nos gouvernants. Ils ont rêvé d’être américains. Tout ce qui était américain était bien : le Gafa, la lutte pour les droits des noirs ou la défense de l’IVG. En même temps, ils ont cru que la Chine serait corrompue par la culture occidentale et qu’on pouvait lui confier toute notre capacité de production.

Innocents ? Mais surtout, comment peut-on fabriquer des innocents ? Et leur donner le pouvoir ?

US euro sale to prop up yen blindsided European Central Bank
Washington’s sale of euros to boost the yen late last week blindsided the European Central Bank, with the US only informing its counterparts in Frankfurt after the historic currency intervention.

Financial Times du 7 août

Culture aristocratique

Notre culture fout le camp, entend-on dire. Y a-t-il eu un coupable ? Le nouveau roman, la nouvelle vague, la peinture abstraite, le surréalisme… qui ont accouché de souris ? Ou une question de circonstances ?

Ne devons-nous pas notre culture à la cour ? à l’aristocratie ? « Leisure class » à la Veblen, qui invente des rites ridicules pour meubler son oisiveté ? Ou moyen de justification de sa domination : un savoir occulte, qui semble miraculeux alors qu’il est inutile, mais aussi un système de filtrage.

Si c’est le cas, ce fut un mauvais procédé. Car, au lieu d’assurer sa domination, cette culture a suscité la jalousie. La bourgeoisie a voulu s’en emparer, puis l’ensemble de la population. Si bien que faute d’oisifs, elle a disparu ? Maintenant : culture pop ?

Elite mathématique

On me fait découvrir les « Crapauds fous », dont fut Cédric Villani. Voilà ce que dit leur manifeste :

un autre tsunami, plus pernicieux encore. Intelligence artificielle, robots, voitures autonomes, homme augmenté, manipulation génétique. Où mène ce « progrès », qui est aux manettes ? Le génie digital est sorti de la bouteille. Les apprentis sorciers qui les élèvent se livrent à une course de vitesse. Pour gagner, il leur faut récupérer vos data, ces empreintes digitales que vous laissez partout – sur Internet, sur votre smartphone, dans votre voiture, demain dans votre frigo.

Hallucination ? N’est-ce pas ce même Cédric Villani qui a pondu un rapport sur l’intelligence artificielle, et qui nous enjoignait de nous y jeter la tête la première avant que les Chinois ne le fassent ?

Y a-t-il une corrélation entre le don pour les mathématiques et l’intelligence ? (Honnêteté intellectuelle ?)

Gauche

Pourquoi y a-t-il des gauchers et des droitiers ? La proportion entre les deux semble fixée depuis la nuit des temps. Il y a dix pour cent de gauchers. Etre gaucher ou droitier serait inné : l’embryon aurait déjà fait son choix. L’hérédité y jouerait un rôle.

Quant à la raison de cette proportion, elle est mystérieuse. On avance que les droitiers auraient eu un avantage dans les duels, le coeur étant à gauche. En revanche le gaucher semble avoir des atouts : on le retrouve sur représenté dans beaucoup d’activités prestigieuses.

(L’effet de surprise disparaît dès que la proportion de gauchers dépasse un seuil ? Et alors, être minoritaire devient un handicap ?)

Super Nino

La récente canicule a, au moins, le mérite de rappeler que nous ne vivons pas à l’anthropocène. Nous ne sommes rien face à une nature que nous ne comprenons pas. Aujourd’hui c’est un El Nino, comme on n’en aurait pas connu en 70 ans, demain un volcan et une « année sans été » comme en 1816 ? Une épidémie (la dernière est bien vite sortie de nos mémoires) ?

Si nous l’oublions, si notre agriculture peut subir les pires dommages sans que nous connaissions la famine, comme dit-on, ceux qui ont renversé la royauté en 1789, serait-ce dû à une forme de solidarité internationale, qui joue comme une assurance ?

The current El Niño is expected to peak by the end of this year, bringing extreme and unpredictable weather that will threaten harvests and lower farm production.

— Bloomberg News (@bloomberg.com) 2026-08-08T10:00:17Z

Du bon gouvernement

Et si Simone Weil avait raison (suite de Foule sentimentale) ? Et si nous étions gouvernés par des personnes qui ne comprennent rien à la complexité de l’âme humaine ? Cela aurait-il abouti à une société qui n’a ni queue ni tête ? Une société qui ne parle que d’argent et de repos, qui fait du travail un mal ou un sacerdoce, alors que l’homme se réalise dans un travail qui est une oeuvre, contribution à l’oeuvre commune, comme, hier, un sculpteur contribuait à la réalisation d’une cathédrale.

Paradoxalement, nous mettons à notre tête des gens qui sont supposés être des virtuoses de la pensée. Or, ils semblent incapables d’une pensée complexe. Selon l’expression d’Edgar Morin, leur pensée est « simplifiante » ? C’est le degré zéro de la rationalité ? Y aurait-il quelque chose à revoir dans notre enseignement ?

Fable de la grenouille à gros QI

Un ami me raconte l’histoire suivante. Deux grenouilles tombent dans un bac de lait. Impossible d’en sortir. L’une constate que tout effort est vain. L’autre s’agite comme une folle. Ce qui transforme le lait en beurre. Et elle s’évade.

La complexité selon Edgar Morin ? Le monde est incompréhensible à la raison. La vie de l’innovateur est celle d’une mouche contre une vitre. Il s’agite dans tous les sens. Il « pivote » dit-on maintenant. Mais, comme la mouche et la grenouille, il a tout de même une idée fixe : sortir à l’air libre.

Cette histoire prouve, paradoxalement, l’utilité de la raison. Une fois dans le beurre, la grenouille intelligente sort du pot sans effort. N’est-ce pas ce que nous apprennent les grandes écoles ? Enseignement si convaincant que notre élite a voulu se passer des inconvenants agités que nous sommes ?

Entropie

Claude Lévi-Strauss compare les sociétés primitives à des mécaniques, comme l’horloge à balancier. Il leur faut très peu d’énergie. Nos sociétés, par contre, sont des machines. Elles en consomment beaucoup.

Il en appelle à la thermodynamique. Nos sociétés cherchent l’ordre maximum, la production à la chaîne. Ce faisant, elles créent énormément de désordre dans la nature. La société primitive, par contre, se contentant d’un minimum d’organisation, est un faible perturbateur.

Théorie qui s’applique particulièrement bien à l’Amérique de Trump et de Musk (en fait à l’Amérique éternelle) qui veulent tout broyer sur leur passage, ou aux régimes « machos » tels celui de l’URSS, qui utilisait la bombe atomique comme outil d’ingénierie, ou à la Chine actuelle, qui lessive des régions entières pour en extraire des terres rares et bâtit de gigantesques barrages. Et que dire du risque atomique ?

Dommage que cette idée n’ait pas été poursuivie ? Les machos diraient peut-être qu’elle est sans intérêt : tout l’univers est là pour être bousillé. Mais ne pourrait-on pas être tout aussi heureux dans une société qui sait mieux jouer de son environnement ? Ne pourrait-elle pas être toute aussi créative que celle du 4×4 ?

Charmante canaille

Pourquoi l’élite aime-t-elle s’encanailler ? Le billet « foule sentimentale » donne peut-être une piste.

Les affinités entre maître et esclave à l’époque grecque ou romaine ne sont-elles pas aussi celles entre élite et racaille, plus récemment ? Son amour de « l’entrepreneur » sorti du ruisseau, sans foi ni loi ? Entre eux les rapports sont vénaux, donc simples. Le peuple, lui, demande de l’amour ?

Pathologie sociale

Les personnages de Paul Claudel sont différents aspects du même individu. Ils sont à la fois en conflit et complémentaires.

La société n’est-elle pas à l’image d’une pièce de Claudel ? Les intellectuels, par exemple, sont le fruit d’une éducation particulière. De ce fait, ils pensent tous plus ou moins la même chose. Après Marx, le réchauffement climatique.

Seulement, lorsque l’on considère le gouvernement du pays, on peut se demander si ce qui est peut être des organes d’un corps social n’ont pas oublié qu’ils appartenaient à un tout. Pathologie sociale ? Le suicide des sociétés, un sujet pour Durkheim ?