Que conserver ?

David Hume était dit conservateur. Mais qu’est-ce que cela signifie ? (Avec philosophie.)

C’est une question qui est liée au changement. Face au changement, il y a ceux qui veulent que rien ne change, d’autres que tout disparaisse, d’autres encore pensent que le « monde » évolue et que la société doit s’adapter en respectant, et afin de conserver, ses valeurs. C’est l’essence de la société que l’on doit conserver, autrement dit. Il semble que Hume ait appartenu à cette dernière catégorie. D’ailleurs, il a reproché à Jacques II de ne pas avoir tenu compte de l’évolution des événements, ce qui lui a coûté la tête.

Une partie de l’oeuvre de Hume paraît avoir été consacrée à la façon de réaliser ces changements rationnellement. Ce qui est aussi mon souci.

Patriotisme

L’industrie automobile va mal. Bosch décide de rapatrier son usine de Moulins en Allemagne. J’entendais une histoire similaire concernant un groupe Suisse, qui possédait une société près de Lyon.

Curieusement, nos, si fameux, « champions nationaux » semblent avoir des réflexes opposés. Ils ferment leurs implantations françaises.

Cosmos

Elon Musk et ses fusées m’a fait écouter des rediffusions de France culture parlant d’espace et de cosmonautes.

L’existence du cosmonaute n’est pas drôle. C’est un métier. Il faut consacrer des décennies à une sélection redoutable, à des années d’entraînement et d’attente, tout cela pour l’espoir de passer quelques jours dans l’espace, dans des conditions de vie misérables, et d’avoir une belle vue.

Je me souviens aussi de ce que m’avait dit un ami lorsqu’il était entré au CNES : la science des fusées était en recul par rapport à ce qu’elle avait été dans les années 60.

Voilà ce qu’on ne lisait pas dans les livres d’anticipation de ma jeunesse !

Désenchantement de l’espace ? Ou désenchantement tout court ? L’histoire semble avoir été faite d’illusions, qui ont poussé l’homme à risquer sa vie et à faire des exploits. Par exemple à quitter la campagne pour la ville, ou l’ancien monde pour le nouveau. Mais ne sommes-nous pas en passe de découvrir que ce n’était que des illusions ? Mais aussi que la misère, qui était peut-être une forte motivation à l’aventure et à croire au père Noël, n’est plus si grande ?

Ferdydurke

Qui était Witold Gombrowicz ? Lecture de Ferdydurke, son roman le plus célèbre semble-t-il.

Un mélange de Kafka et de Céline ? C’est une sorte de farce sinistre. Une charge effroyable contre la société polonaise. Du peuple aux nobles, personne ne réchappe au règlement de compte. Quatre mots reviennent sans cesse : cucul, forme, gueule, mollet. Cucul surtout : la Pologne réduit ses citoyens en enfance. En outre, ils adoptent des comportements stéréotypés (forme). Les affrontements, qui se succèdent, se font par la parole. Mettre une personne en contradiction avec ce qu’elle dit être, c’est la tuer. Toute la laideur de l’âme qui en résulte se traduit par la « gueule ». Les visages ne sont pas humains. Quant au mollet, c’est ce que nourrit l’homme.

La virtuosité de l’écrivain est confondante. Mais que signifie une telle haine ? Une tentative de corriger les moeurs ? Et comment a-t-il pu trouver des lecteurs ?

Vade retro

Y a-t-il un équivalent aux gousses d’ail et aux croix ? Quelles sont les armes de l’Europe face à Musk et Trump ? C’est ce que se demandait Affaires étrangères.

Son opinion semblait rejoindre la mienne. Nos valeurs sont l’antidote. Ce qui détraque le magnat de la Silicon Valley ce sont les droits de l’homme. Le désir que l’humanité soit digne et heureuse. Le projet des Lumières. Car la liberté d’expression du magnat ne peut supporter aucune contrainte.

(Dans les années 80, Michel Crozier avait analysé le « mal américain », et il était arrivé à cette conclusion : l’Américain s’étouffe dans un monde clos.

)

Changement

J’entends beaucoup parler d’intellectuels et de décolonisation, en ce moment. La décolonisation fut apparemment une question de bien et de mal, de bons et de mauvais. N’est-ce pas une erreur ?

En Afrique du sud, au moins, on est parti du principe qu’il y avait des êtres humains des deux côtés, et qu’il fallait trouver un moyen pour qu’ils cohabitent. Il n’en résulte pas, apparemment, un succès complet. Mais on a évité une guerre d’Algérie ou, pire ? une partition de l’Inde et du Pakistan, qui aurait fait un million et demi de victimes (une fraction de guerre mondiale !).

Un principe à redécouvrir ?

Des étoiles dans les yeux

La raison d’être des sociétés d’Elon Musk est la conquête des étoiles. Il possède des fusées, bien sûr. Mais aussi des tunneliers, car, sur Mars, il faudra vivre sous terre, et des robots, pour le même type de raison. Il appartiendrait à une secte qui croit que la mission de l’homme est de conquérir l’univers, et que, eu égard au nombre d’êtres humains ainsi en jeu, ceux d’aujourd’hui ne comptent pas. C’est ce que disait Affaires étrangères.

C’est une forme de pari de Pascal pour degré zéro de l’intelligence.

Lorsque l’on m’a parlé de l’attaque du World trade center, j’ai cru à une blague : j’avais vu la même chose au cinéma. Et Musk ? Le milliardaire ennemi de l’humanité ? Mais pas question de rire, car il pourrait l’anéantir ! Et il n’y a pas de James Bond.

Fatalité systémique, façon Hegel ? Car Musk est une pathologie de la culture américaine. Une sorte d’aboutissement logique. Loin d’être un entrepreneur digne de ce nom, il est le fruit d’une succession de bulles spéculatives et de l’idéologie du marché qui a amené l’Etat américain à croire à l’absolu de l’esprit d’entreprise et à fabriquer des entrepreneurs à coups de commandes publiques. Et c’est sa pensée de bande dessinée qui a fait réussir Musk, car elle est celle des Américains ?

Lamartine

Lamartine m’a toujours semblé un rien ridicule. Un poète qui se serait égaré en politique, et qui se serait comporté en général Boulanger, hésitant aux moments cruciaux.

Il semble qu’il ait en fait eu de très bonnes idées avant tout le monde, celles de la France radicale, qui est à l’origine de la France d’aujourd’hui.

Concordance des temps.

(Quant à sa poésie, si elle lui valut une gloire précoce et de forts tirages, elle a vieilli avec les modes de son temps.)

Lumières écossaises

On oublie que l’Ecosse est un pays. Et, même asservie par l’Angleterre, l’Ecosse a été une grande nation. Elle est un des berceaux de la révolution industrielle, par exemple. Mais elle a eu aussi ses Lumières.

Et celles-ci pourraient avoir été bien plus intelligentes, humaines ? que les Lumières anglaises, françaises ou allemandes. Car ces dernières ont été essentiellement des affrontements de théoriciens. On a parlé de « raison », de « contrats » on s’est interrogé sur « l’Etat », on a voulu créer le meilleur des mondes, etc.

Les Ecossais semblent avoir été beaucoup plus pragmatiques et beaucoup moins dogmatiques. Ils se sont demandé pourquoi la société était telle qu’elle était et quelles étaient les facultés de l’homme. Il n’ont pas cherché la vérité dans le « monde des idées », comme Platon, mais dans l’observation quotidienne. Avec Philosophie.

Ce qu’ils ont vu prenait en défaut les envolées lyriques des fous de la raison du continent, en particulier. Devrions-nous lire David Hume et Adam Smith ?

Péril russe

Que devient la Russie ? V.Poutine a acheté la paix intérieure. Il paie cher les soldats volontaires, qu’il trouve dans un réservoir inépuisable de misérables (la Russie est un pays apparemment extrêmement pauvre), et parvient ainsi à compenser ses pertes, et évite aux autres le bruit de la guerre. Son industrie de l’armement produit de plus en plus. Mais son armée ne parvient pas à exploiter ses succès. Et le pays est de plus en plus entre les mains de la Chine. Son sort à court terme tient au prix du pétrole.

La Russie pose une question curieuse à l’Occident. Celui-ci n’a ni intérêt à la poursuite de la guerre, ni à son arrêt. Car la société russe est de plus en plus militarisée, de plus en plus dangereuse. Comment V.Poutine va-t-il employer ses troupes une fois la guerre finie ?

Affaires étrangères.

(Un article s’interrogeait aussi sur le danger que présentait, pour l’Occident, les militaires russes démobilisés. Ils ne connaissent que la violence et pourraient passer à l’ouest. Peut-être faudrait-il réfléchir à l’avenir de la Russie, qui menace de devenir un état de non droit sur armé et sur nucléarisé ?)