Surprenant ! J’ai découvert des entretiens étonnants entre Paul Claudel et Jean Amrouche. (Entretiens qui furent célèbres en leur temps.)
Je ne pensais guère de bien de Paul Claudel. Un triste sire à la prose hermétique et froide qui connut le succès après guerre, alors qu’une nouvelle génération d’intellectuels et d’artistes voulait faire partager la « culture » au peuple. Elle entendait par là le drame théâtral. Une époque de grands sentiments et de grands acteurs qui aurait plu à Emmanuel Macron.
Une fois de plus, j’avais tort ? J’ai découvert un Claudel bonhomme et modeste soumis plus à un interrogatoire qu’à un entretien. Avec une voix d’un provincial, voire d’un campagnard. (A moins que ce n’ait été un accent distingué ? Il m’a fait penser à Pétain.)
En fait, Claudel n’était-il pas le véritable existentialiste, bien plus que Sartre ou Camus ? Son oeuvre décrit les étapes, le chemin de croix ? par lesquelles il est passé afin de trouver sa vérité. Le combat a été violent. Il a souffert. Plus intéressant encore ? Ledit parcours dément les propos de Voltaire : Claudel montre que, dans sa quête spirituelle, les travaux d’Aristote et de Saint Thomas ont été des outils essentiels. Ne seraient-ils pas les théorèmes, tout à fait logiques, d’une certaine « axiomatique » ? Et celle-ci dépend de chaque homme ?
Mais, mieux encore, il y a Jean Amrouche. Extraordinaire numéro ! Il connaît tout de l’oeuvre de Claudel. Même mieux que Claudel lui-même. Il fait un formidable commentaire de texte, avec citations, toujours bien choisies et bien dîtes, à l’appui. Un véritable cours qui soumettrait l’auteur à la question, avec bienveillance, mais la plus parfaite intransigeance : sa légende ne permet pas le moindre relâchement.
Il fut à l’image des producteurs de radio de l’époque, des Robert Mallet, des Hubert Juin… ? Des personnes qui avaient une culture immense, qui étaient les égaux des grands intellectuels de leur temps, dont la vie était un sacerdoce ? Autres temps ?