Souvenir de petite enfance. Mon père avait l’habitude de siffler l’air de La truite de Schubert. Il se trouve que moi aussi. Un jour je l’ai entendu juger que j’avais une drôle de façon de l’imiter. En fait, ce que je sifflais, c’était ce que j’avais entendu d’un enregistrement. C’était mon interprétation qui était correcte, pas le sienne.
C’est probablement l’histoire de Marx et de Proudhon. Marx, l’homme supérieur, méprisait Proudhon, l’homme du peuple.
Les complexes de supériorité sont dangereux, ils rendent sourd.
Le sport générerait 2% du PIB mondial. Une invention anglaise transformée en bonne affaire par la culture américaine, et adoptée par le monde entier. Les Emirats y auraient vu, comme dans beaucoup d’autres idées de l’Ouest, le moyen de se doter d’une économie durable.
Les moins chers ne sont pas beaux et sont emballés dans du plastique. Les autres, bien plus esthétiques, ont droit à du papier.
Le papier, c’est la transition écologique ? (Mais, son « cycle de vie » est-il moins consommateur d’énergie et émetteur de CO2 que le plastique ?) Et c’est la santé : l’anti micro plastique qui envahit notre organisme ?
Mais à quoi cela sert-il de le réserver aux riches, minoritaires ? Leur donner bonne conscience ? Leur réel besoin ?
Cette année aura été celle du doute : et si l’intelligence artificielle était une bulle spéculative ?
Australia’s biggest pension fund to cut global stocks allocation on AI concerns AustralianSuper warns of ‘maturing’ US tech cycle and high valuations
Financial Times du 20 décembre
Qu’est-ce qui peut percer la bulle ? Le manque d’énergie (on lit qu’aux USA, il va manquer 40% de l’énergie nécessaire) ? Un financement façon Ponzi (le fournisseur finançant le client) ? Les Chinois, leurs modèles intelligents, et leur politique industrielle ? Comment souvent, dans ces situations, la bourse américaine fait du yoyo, ce fut le cas dernièrement du titre d’Oracle. Car le jeu de la spéculation, c’est de profiter des hausses et des baisses. Au fond, le spéculateur sérieux ne croit probablement pas un instant à l’IA.
Pour autant le crash ne semble pas en vue.
En fait, ce qu’il manque est une étude sérieuse des « modèles économiques » des entreprises du secteur et de leurs liens. Quelles sont les hypothèses sur lesquelles ils reposent ? Une modélisation façon « dynamique des systèmes ». C’est l’opacité qui permet la spéculation ?
Year in a word: AI bubble ft.trib.al/1AhoJwO | opinion
Qui fut Gambetta ? On n’en a guère d’idée aujourd’hui. Un mythe pour écolier de la 3ème République ?
Apparemment, c’était un orateur extraordinaire, au pouvoir de conviction surprenant, dont chaque prise de parole était une totale improvisation, dont il sortait épuisé. Il mourut jeune, et gouverna peu. Mais il eut un rôle capital dans l’établissement de la nouvelle République : il conquit à sa cause la paysannerie, jusque-là monarchiste, et choisit une voie pragmatique, en s’alliant avec Thiers.
Il aurait dit « l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation ». Ce par quoi il entendait que la religion était un bien pratique opium des colonisés.
La guerre de 14, une escadrille d’aviation. Ce qu’a vécu Kessel. Et cela commence bien. On se retrouve balloté dans un biplan au dessus des lignes ennemies. Mais cela tourne court. Tout l’intérêt du livre est ruiné par une sotte et invraisemblable histoire d’amour, pleine de bons sentiments. Un conflit entre le coeur et le devoir, bien sûr. Au moins, Kessel écrit-il simplement et clairement. Ce qui est un mérite, aujourd’hui.
Rien à voir avec Ceux de 14 de Maurice Genevois. Les aviateurs mangeaient beaucoup et buvaient sec, ils étaient bien logés, et étaient la plupart du temps désoeuvrés. De temps à autre, ils étaient abattus en flamme. Aucune comparaison avec l’horreur des tranchées.
Et question récurrente, déjà posée au sujet des corsaires : comment se fait-il que l’on tire des récits aussi mièvres de pareilles expériences ? Le héros est inconscient ? Et lorsqu’il se met à écrire, il fait ce que lui dicte la société ? Girouette humaine ?
(Rien à voir, non plus, avec Pilote de guerre de Saint Exupéry. Le récit d’une seule mission, elle aussi d’observation. Elle se vit minute par minute. Et, surtout, on y comprend les raisons de la défaite, l’esprit qui y a conduit.)
En Allemagne, la Sécurité sociale est le fruit du pragmatisme. En France, il a fallu une impressionnante argumentation scientifique (et la guerre ?) pour la faire adopter.
Ou plutôt, celle d’un grand seigneur délicat, qui vit une bien douce existence. L’envie lui prend de se révolter. Mais le rêve n’est pas la réalité, et il se demande, sur le billot, ce qui a bien pu lui passer par la tête. Curieuse histoire racontée par un auteur (Fernando Benitez) qui semble avoir eu un grand talent.
En écoutant des émissions consacrées à Fernand Braudel, j’ai découvert que l’Algérie des années 20 fut un paradis. Alger aurait été la plus belle ville de France après Paris. Et l’Algérie n’était pas que française, Oran, par exemple, aurait été un mélange d’Espagnols et d’Italiens.
Si j’en crois Germaine Tillion, ce qui a conduit à la crise, fut la médecine moderne qui a fait croître énormément la population autochtone et la rendue misérable, l’économie étant restée traditionnelle.
Si l’on avait disposé plus tôt des analyses systémiques de Braudel, peut-être serions-nous aujourd’hui tous algériens ? (De même que les Anglais seraient français, s’ils avaient gagné la guerre de 100 ans ?)
(Je ne pense pas que c’était ce que croyait Braudel : pour lui, tout était une question de « civilisation », de culture humaine liée à la géographie. Si je le comprends bien, elle serait indéracinable. Les empires, romains ou autres, seraient des accidents.)
Je suis venu tard à la philosophie. Je constate qu’elle présente le même danger que les mathématiques. Celui de la démonstration élégante, du jeu de l’esprit tellement satisfait de lui-même qu’il ne comprend pas que ce n’est qu’un jeu.
La philosophie trouve de mauvaises réponses à de bonnes questions, qu’elle a le mérite de poser. Cela tient, probablement, à ce qu’Edgar Morin nomme « pensée simplifiante ». La philosophie nie la complexité du monde, et croit qu’elle peut le modéliser.
Comme le Socrate de Platon, et les mathématiques, elle a besoin de fonction à optimiser. Or, il ne semble pas que la vie ce soit cela. La vie n’est pas optimum, mais successions d’équilibres, que l’on ne trouve qu’au hasard.