Cohabitation

Que se passerait-il si aucune majorité ne se dégage des législatives ? J’ai découvert qu’il ne peut pas y avoir de nouvelle élection avant un an.

Le RN ne voulant pas prendre le pouvoir dans ces conditions, les autres partis doivent s’unir. Devront-ils pactiser avec M.Mélenchon ?

On parle aussi de « gouvernement technique », dirigé par une autorité façon Mario Draghi, qui chercherait le consensus. Ce qui, au fond, revient à ce qui précède.

Serait-ce le miracle que j’appelle de mes voeux ? Pour la première fois dans l’histoire de France, l’homme politique fait passer l’intérêt général avant son intérêt personnel ?

En tous cas, cela donnerait un formidable pouvoir aux minorités au sein de la coalition. Et toute instabilité peut provoquer l’effet inverse de celui désiré par notre stratège – président : démontrer que seul le RN est raisonnable et mérite de présider la nation.

Il se peut fort que le gouvernement soit paralysé, donc. Et qu’il soit obligé de renoncer aux mesures susceptibles de fâcher les uns ou les autres : probablement, à celles ayant un effet à long terme.

Le président pourra-t-il résister longtemps à la tentation d’exercer les pleins pouvoirs en faisant jouer l’article 16 de la constitution ?

Lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité de son territoire ou l’exécution de ses engagements internationaux sont menacés d’une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel.

Il en informe la Nation par un message.

Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d’assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d’accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet.

Le marché et le peuple

Les extrêmes veulent donner de l’argent au peuple, ce qui effraie les marchés financiers : la France n’en a pas les moyens.

Comment concilier les deux ?

En fait, donner de l’argent au peuple n’est pas une très bonne idée : étant pauvre, il va le dépenser dans des produits pas chers, donc chinois.

Il serait peut-être plus habile de lui dire que « le gouvernement l’a compris » et qu’il va renforcer l’économie traditionnelle, susceptible de lui fournir de bons emplois à côté de chez lui, et les services de l’Etat, donc améliorer grandement ses conditions de vie. Ce qui est sa revendication. L’électeur est certainement assez intelligent pour comprendre que, du fait de sa mauvaise gestion, l’Etat ne peut pas lui faire de cadeau.

Qu’il y ait des gains à obtenir de l’élimination des dysfonctionnements de l’Etat (sans licencier de fonctionnaires) semble évident : l’Etat a bien marché, un temps, et il coûtait beaucoup moins qu’aujourd’hui.

Quand au financement de l’économie traditionnelle, il pourrait être obtenu par réorientation des flux financiers alimentant la « bulle numérique » et en adoptant une approche « lean » de la transition climatique, qui repose moins sur une forme de « geoengineering » à base de technologie coûteuse, toxique et étrangère.

Ségrégation

Si les inégalités sociales ne sont pas un sujet en soi dans la campagne des législatives, le sentiment d’injustice est présent chez les électeurs, notamment ceux du Rassemblement national. Au cœur de la vie des Français, la ségrégation résidentielle, et surtout scolaire, est choisie par les plus aisés, subie par les autres.

Le Monde du 3 juillet

Apparemment, le RN ne devrait pas être en état de gouverner.

On peut en penser ce que l’on veut, mais en termes démocratiques c’est ennuyeux. Car il semble représenter beaucoup de monde. Et il est dit à ce monde : vous n’avez pas le droit de parler car vous êtes l’incarnation du mal. En d’autres termes, vous ne méritez pas d’exister. Au moins, Mme Clinton, en dépit de tout ce qu’on lui reproche, a eu l’honnêteté de la franchise.

Et pourquoi cela ? Même pas parce que ces gens pensent mal. Comme le dit Le Monde, qui croit un instant que ceux qui sont favorables à l’immigration ont mis leurs enfants dans une école où domine l’immigré (à moins qu’il soit oligarque étranger) ? Simplement parce qu’ils ont eu la malchance d’être du mauvais côté de la société.

Au fond, ce qui se joue est, en quelque-sorte, « l’identité de la France ». Un modèle de « ségrégation » à l’Anglo-saxonne peut-il s’imposer, avec d’un côté une élite civilisée et de l’autre une masse inculte ? Y avait-il quelque-chose de solide dans les valeurs de la 3ème République (et son élitisme scolaire, en particulier) ? Le changement révélera-t-il quelque-chose de neuf sur notre culture (au sens anthropologique du terme) ?…

Protectionnisme américain

Les démocrates américains ont compris que, s’ils voulaient retrouver leur électorat traditionnel, ils devaient leur rendre des emplois dignes. M.Biden a donc fait du super Trump, en érigeant d’immenses barrières de protection : l’IRA.

Apparemment, ça n’a pas marché. M.Biden n’est pas un favori des sondages, alors qu’il n’aurait dû que renforcer l’avance qu’il possédait sur M.Trump lors des précédentes élections. Pourtant les USA semblent créer beaucoup d’emplois. Mais on parle d’inflation. Serait-ce la conséquence du protectionnisme dont il est si souvent fait état ?

Mystère. En tous cas l’IRA semble avoir voulu faire d’une pierre deux coups. Il a cherché à réindustrialiser et à décarboner. Or, la Chine domine le secteur de l’environnement. L’IRA pourrait faire son jeu. (Article.)

Nier le réchauffement climatique serait-il dans l’intérêt des « classes moyennes » ? En jouant sur les forces des pays occidentaux, il y a plus de chances d’améliorer la qualité de leur emploi qu’en affrontant l’avantage chinois ? Quant au nettoyage de la planète, on peut le lui laisser ?

Péril rouge

Comment arrêter M.Poutine, si M.Trump signe la reddition de l’Ukraine, et la France s’aligne sur lui ?

M.Poutine semble faire la politique des Tsars et de Staline : bâtir un cordon sanitaire autour de lui. Bien sûr, comme ce cordon est lui même en contact avec les puissances impures, il doit être à son tour isolé, jusqu’à épuisement des terres. Mais il n’y pas de mot en russe pour « logique ».

Seulement la Russie de M.Poutine n’est pas celle des Tsars ou de Staline. Sa population est vieille. Surtout, ce n’est plus un des pays les plus peuplés au monde. Et qui dit impérialisme dit minorités opprimées. En particulier, elle est en guerre contre l’islamisme.

Il suffit que les pays de l’Est fassent bloc, s’arment jusqu’aux dents, avec l’appui de l’Allemagne, dont c’est l’intérêt puisqu’ils sont son marché captif (ce que l’on appelait un Lebensraum en d’autres temps), pour qu’ils réussissent un nouveau « containment » de l’expansionnisme russe. L’Europe aura alors un curieux aspect…

(Mais l’Allemagne, elle aussi, n’est plus ce qu’elle fut. Elle est vieille.)

Histoire de la Russie et de son empire

Péril de la raison ?

Au nom de concepts abstraits qu’il a inventés, Socrate enjoint la société Athénienne de renoncer à ce qui lui semble naturel, à ce qui fait la vie. Au fond, c’est l’histoire que raconte Platon.

C’est aussi ce que dit Tocqueville de la révolution.

N’est-ce pas, encore, ce à quoi nous devons notre « dissolution » ? Quelques personnes se sont raconté des histoires et les ont confondues avec la réalité ?

Comme pour l’intelligence artificielle générative, le bon usage de la raison consiste à en contenir les « délires » ?

(La faille de l’intelligence artificielle : elle est modelée sur la « raison pure » ? Elle n’est pas tempérée par « l’intuition », « l’instinct », « l’expérience », ou tout autre nom plus approprié ?)

Apologie de Socrate, par Platon

L’Apologie de Socrate est la plaidoirie de Socrate, lors de son procès, racontée par Platon.

Voilà une bien étrange plaidoirie. Car que dit Socrate ? Qu’il a passé son temps à démontrer aux citoyens d’Athènes qu’ils ne savaient rien. Et qu’il a été imité par tous les enfants de riches !

Que devaient faire les citoyens d’Athènes, selon Socrate ? S’occuper de leur âme, toutes affaires cessantes.

S’il sait le bien, pourquoi n’a-t-il pas fait de politique ? Parce qu’il n’y avait que de mauvais coups à prendre !

Socrate fait preuve d’un invraisemblable complexe de supériorité. Contrairement à tous, il sait qu’il ne sait rien. En revanche, s’il ne sait rien, il sait que l’âme existe, comment elle doit être cultivée, et que ce que l’on perçoit n’est qu’illusion.

Est-il surprenant qu’Athènes ait voulu se séparer d’un tel fauteur de trouble ? D’ailleurs, même si elle le condamne à mort, libre à lui de proposer une autre peine. Elle aimerait qu’il choisisse l’exil. Il suggère, au contraire, qu’on le nourrisse aux frais de la cité, n’est-il pas essentiel ? Au pire, il est prêt à s’acquitter d’une grosse amende, qui sera réglée par ses disciples, puisqu’il n’a rien.

Socrate ou 68 ?

Sablier

Il y a déjà pas mal d’années, The Economist parlait de « sablier ». Avec l’avénement des « nouvelles technologies » la société ressemblerait bientôt à un « sablier ». Il y aurait ceux qui maîtriseraient les dîtes technologies, et les autres, qui les serviraient.

Cela paraissait farfelu. Mais cela avait une signification qui a été ignorée : la disparition « programmée » de la classe moyenne. Elle était rendue inéluctable par le progrès technologique qui, comme chacun sait, est une loi de la nature contre laquelle l’homme ne peut rien faire.

Et si la colère qui s’est emparée de « l’Occident global », comme dit M.Pourtine, venait de la démission de la « politique », au sens premier du terme ?

Révolution industrielle

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ? Quand on y songe un peu, c’est une expropriation. Le véritable projet de l’IA n’est-il pas que quelques-uns s’emparent du savoir collectif, pour se débarrasser des autres ?

Si l’on remonte aux origines, aux machines à tisser par exemple, n’est-ce pas la même chose ? On parle généralement de la lutte de l’inventeur contre l’obscurantisme. Mais qu’aurait pu faire l’inventeur sans l’accumulation d’expérience qui l’avait précédé, et dont il s’est inspiré pour son automatisation ?

C’est peut être le mécanisme que Marx avait en tête. Son moteur n’est pas l’inventeur ou le programmeur d’IA, c’est le possesseur de capitaux, qui rêve de se débarrasser de tous, y compris des inventeurs, et de partir sur mars avec la caisse.

Ruse de l’histoire ? C’est ce ménage à 3, capitaliste, inventeur et exploité qui propulse la société ?

Président de l’économie

La perspective de voir le pays du « Choose France » entrer dans une période d’instabilité politique prolongée a ruiné dix ans d’efforts pour restaurer son image à l’étranger.

L’oeil de l’éco de Philippe Mabille, la Tribune, hier

Je constate que la Tribune partage mes inquiétudes : la France a de grandes chances de s’enfoncer dans une période d’instabilité politique, qui va provoquer une crise économique, qui pourrait être sans précédent.

Paradoxe de l’action d’un président qui voulait réconcilier notre pays avec le capitalisme globalisé. L’hybris de l’apprenti-sorcier.

Philippe Mabille voit un parallèle entre M.Macron dissolvant l’assemblée nationale et Louis XVI convoquant les états généraux. Mais, alors, il y avait une forme de consensus, en France : le pays a tenu tête à l’Europe coalisée pendant 25 ans. Ce n’est plus le cas.

Que faudra-t-il pour qu’il prenne conscience qu’il ne peut plus se payer le luxe de luttes fratricides ?