Baie de Somme

La baie de Somme et ses oiseaux, et ses habitants qui, peut-être comme jadis nos campagnards, sont des gens heureux, vivant dans la nature.

Cela est-il durable ? Ce n’est pas en s’isolant du monde que l’on peut défendre son mode de vie ?

(France culture – Extrait : L’échappée belle – La baie de Somme à tire d’aile (1ère diffusion : 21/06/1985))

Ostracisme

Lorsqu’un nombre important d’Athéniens trouvaient qu’une personne était un risque pour leur démocratie, ils pouvaient décider de l’exclure de la ville pour dix ans. Contrairement à ce que je pensais, ce procédé a été peu utilisé, et, apparemment, à bon escient.

Cela aurait été vu comme un moyen doux de faire accepter la démocratie par l’élite, de contrôler ses instincts.

Une bonne idée ?

Concordance des temps.

Métiers d’art

Il y eût un temps où, autour du spectacle, s’était créée une quantité de métiers, bottiers, « carcassiers », chapeliers, etc. Métiers d’artisans artistes transmis de parents en enfants ou de maître à élève, et qui, comme les « systèmes monde » d’un précédent billet, ont disparu.

Ces métiers ont cela de curieux qu’ils semblent répondre à une de nos aspirations du moment. Ils avaient « du sens ». On imaginerait facilement qu’ils puissent séduire un diplômé qui ait un talent manuel.

Faudrait-il traiter les métiers comme des espèces en voie de disparition ?

(France culture.)

Que demande le peuple ?

Baromètre Ipsos BVA la Tribune. Que désire le peuple ? Dans la mesure où l’on peut le déduire de quelques indicateurs quantitatifs : pouvoir d’achat, modèle social, déficit. Devant insécurité et immigration. Ce qui m’a surpris. Décidément, j’ai toujours tort.

Je rapproche cela d’une étude qui corrélait le vote extrême avec le changement du modèle social (qui est désormais celui de la « performance »), mais aussi avec ce que je vois de la France : nombre de jeunes trouvent des emplois précaires, d’autres, de milieux favorisés, semblent avoir perdu tous repères. Au milieu, il y a les enfants des couples unis, appartenant à une forme « d’élite intellectuelle » qui a refusé la lutte pour le pouvoir.

Et si l’électeur désirait un retour au modèle de la France d’après guerre, avec ses emplois dignes et sa classe dirigeante modeste (et bonne gestionnaire du bien commun) ?

Europe des conquistadors et des marchands

Le France culture d’après guerre était surprenant. Les animateurs d’émission y tenaient la dragée haute aux meilleurs universitaires du temps, qui parlaient entre collègues, estimant apparemment que l’auditeur était un des leurs. Ce qui est flatteur.

A l’occasion d’une de ces émissions, tous ces gens évoquaient l’Europe des conquistadors et des marchands – l’Europe, d’après le Moyen-âge. Pourquoi s’est-elle mise en tête de conquérir le monde, alors que, jusque-là, les peuples navigateurs cherchaient à s’installer là où il faisait bon vivre ? Pour les Espagnols et les Portugais, la conquête était une croisade. Y a-t-il une composante universaliste et métaphysique dans la pensée occidentale ? Contrairement à ce que l’on entend d’ordinaire, l’émission disait peu de mal de la colonisation ibérique. Elle profite de la comparaison faite avec d’autres colonisations. Et parvenir à gouverner un continent fut un exploit.

Il y était surtout question de ce que Braudel a appelé des « systèmes mondes ». Des organisations économiques qui fonctionnent en boucle fermée, à l’échelle du monde. Celui des Vénitiens était remarquable. Ils dominaient la Méditerranée. Leurs flottes cherchaient des épices, l’or noir de l’époque, en Egypte et en faisaient le commerce en Europe. Ils sont parvenus à détourner la quatrième croisade, qui visait son partenaire économique l’Egypte, afin qu’elle détruise son adversaire économique, la chrétienne Constantinople. Ce dont elle pourrait s’être mordu les doigts. (Ce faisant elle a facilité la domination de l’empire ottoman sur la Méditerranée ?) En tous cas, elle a été punie par là où elle a pêché : les « navires ronds » des Occidentaux de l’Océan ont contourné l’Afrique pour chercher les épices auprès de leurs producteurs. Glas de Venise.

Aspect surprenant de ces « systèmes monde » et de l’histoire humaine ? Ils sont d’une étonnante complexité, autour d’eux, des industries, des systèmes financiers… se créent, tous d’une remarquable sophistication. Mais, du fait d’agressions extérieures et de ce qui ressemble aussi à un aveuglement suicidaire, ils s’effondrent. Tout ce qu’ils avaient accumulé disparaît sans presque laisser de trace. Au plus des souvenirs.

Dernière ligne droite

On lit que, pour M.Macron, c’est la « dernière ligne droite ». L’année prochaine auront lieu les élections présidentielles.

Vu le spectacle que donnent les partis politiques traditionnels, et l’invraisemblable floraison d’ambitions, l’hypothèse d’une finale RN, LFI semble probable. Qu’arriverait-il si le RN gagnait ? Comme aux USA, on constaterait avec surprise qu’il attire beaucoup de collaborateurs ? Mais que ceux-ci ne sont ni de très bon conseil, ni très favorables à l’intérêt de l’électeur ?

Le RN pourrait-il commettre quelqu’erreur qui inquiéterait les marchés à la façon de ce qu’ont connu les Anglais ? Il semble le parti du repli sur soi, quelle sera sa politique étrangère ?…

Comme pour le réchauffement climatique, ne faudrait-il pas se préparer à ses conséquences, plutôt que de parler « d’urgence » et de s’attendre à un sursaut populaire ?

Marlowe

Marlowe, comme Shakespeare, semble avoir parlé des problèmes de son temps, en avoir perçu la dimension universelle. Mais il y a quelque chose de grand guignol dans son oeuvre : il fallait bien amuser la galerie ?

De l’innovation ? C’est la société qui en fournit les conditions, et quelques individus, bien placés et doués, hasard et nécessité, qui la réalisent ?

(France culture : Anthologie étrangère – Marlowe (1ère diffusion : 29/06/1960 Chaîne Nationale))

Le coût du care

Rencontre de la présidente du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne. Son idée : la « fête au village », c’est la vie, et pourtant, il est de plus en plus difficile de l’organiser :

La possibilité pour les jeunes de prendre des initiatives et d’organiser des choses en rural se réduit au fur et à mesure que la bureaucratie augmente : déclaration en mairie et demande d’autorisation, selon les routes qui peuvent être bloquées, demandes à l’intercommunalité, au service du département ou à la préfecture, demande d’assurance, responsabilité de la sécurité avec de plus en plus souvent l’obligation de recourir à des agences de sécurité privée, sous contrat, déclaration à la SACEM, pour la musique, autorisation de buvette, s’il y en a une, etc.

Nos élus ont été pris d’une curieuse maladie. Ici comme ailleurs, ils n’arrêtent pas de produire de nouvelles lois. Leur « indicateur de performance » est même devenu le nombre de textes ou d’amendements proposés.

Plus surprenant, peut-être, est le nombre de disciples français de Trump. Pour eux, il faut faire table rase de la loi.

Est-ce une bonne idée ? Car ces lois ne sont-elles pas la manifestation de notre souci des « droits de l’homme » ? Ce que nous avons peut-être de plus précieux ? Certes, il a été quelque peu dévoyé, car l’esprit de notre constitution est la liberté individuelle ! Mais ne pourrait-on pas le retrouver, cet esprit ? Selon la technique de France simplification : en partant de ce qui coince, en réunissant les « services concernés », et en cherchant ensemble comment satisfaire l’intérêt général ?

Colonisation

Pourquoi le colonialisme a-t-il si mauvaise presse aujourd’hui, alors qu’il fut une pratique commune de l’humanité ? Peut-on se demander en lisant Jules Roy.

Cela tiendrait-il à son esprit ? La colonisation traditionnelle, façon Poutine, Xi ou Trump est un féodalisme. Le colonisateur vous laisse vivre à votre gré, à condition de lui payer des impôts et de le laisser s’occuper du pays et de ses ressources. L’innovation occidentale a consisté à vouloir faire le bien du colonisé, en lui apportant « le progrès » et ses droits de l’homme. Ce faisant, il lui a fait découvrir l’injustice : contrairement au Turc, l’Occidental n’applique pas ses propres lois, qui voudraient que tous les hommes soient égaux ? Peut-être aussi y a-t-il beaucoup plus à gagner d’un grand seigneur que d’un Bobo ? Sans compter que la médecine occidentale a fait exploser les populations colonisées, accroissant leur pauvreté et leur hargne, au moment même où la natalité occidentale s’effondrait.

Et le colonialisme français, pourquoi semble-t-il bien plus haï que les autres ? Les Français ont prétendu que leurs colonies étaient « la France ». Ils auraient voulu qu’on les aime ? Les autres colonisateurs cherchaient leur intérêt ?

Est-ce raisonnable ?

Un vieil ouvrage étudie le « travail en miettes ». Depuis Adam Smith, on pense que la division du travail fait la prospérité de tous. En fait, constate l’auteur, l’efficacité maximale est obtenue lorsque l’on utilise l’homme comme un homme et non comme une machine. (Ce qui peut sembler évident.)

Mais, ne commet-il pas une erreur ? Croire que les promoteurs du « travail en miettes » recherchent la performance de l’entreprise ? Et s’ils recherchaient « le travail en miettes » ?

En 68, on disait, « d’où parles-tu ? ». Cela signifiait que chacun a un intérêt et que ses paroles n’en sont qu’une rationalisation. Et si c’était le cas ici et ailleurs ? Le résultat de nos actes est notre réelle intention ?